‹ Spécifiques électro-homéopathiques [electronic resource]Chapitre 4 sur 62 · L'INVENTEUR DES REMÈDES · texte numérisé non relu

L'INVENTEUR DES REMÈDES

Monsieur le comte César Mattei appartient à l'une des premières familles nobles de la savante ville de Bologne. Après avoir étudié les sciences naturelles, il s'est adonné à l'anatomie, à la physiologie et à la pathologie, puis plus exclusivement à la chimie et à la botanique. Après de longues et patientes recherches, en suivant une méthode à lui et dont il a jusqu'ici gardé le secret, il a su extraire de certaines plantes des principes actifs, qui, seuls ou combinés entre eux, ont formé les agents médicamenteux de cette nouvelle matière médicale. Des essais nombreux et prolongés sur l'économie animale, essais faits tout d'abord sur des chiens, en ont démontré la valeur cm-ative sur l'organisme , tout en prouvant qu'ils ne pouvaient jamais produire d'altération soit dans les organes, soit dans leurs fonctions. Convaincu ainsi, et à la fois, de leur immense utilité et de leur innocuité , le comte les appliqua en toute sécurité à la guérison de l'homme. De plus, afin de voir de près les innombrables infirmités et de mieux étudier les effets de ses remèdes , il tint dans son palais de Bologne, pendant plus de dix ans, dés consultations publiques et gratuites , en présence de médecins et de chirurgiens qu'il s'était attachés pour cela. Un registre qu'il possède et où sont inscrits nominativement tous ceux qui se sont présentés et qu'il, a guéris, contient, outre leur adresse (afin que chacuii puisse vérifier) ,■ le genre de maladie dont ils ont été délivrés. Des volumes ne suffiraient pas si on voulait pubfier ces expé-

riences. Il suffit d'ajouter que de grands personnages de toutes nations, des médecins et même de grandes sommités médicales ont assisté à ces séances dans le cours de ces dix années, La renommée de ces remèdes s'est étendue dans le Nord et le Midi, en Russie, en Pologne, en Angleterre, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Amérique même. Néanmoins on s'étonne qu'en 18 ans cette découverte n'ait pas fait plus de chemin. Cela tient peut-être en partie au secret que l'auteur a gardé siu- son invention. Ce secret, on a cherché de tous côtés à le lui arracher en analysant chimiquement ses remèdes; puis on a travaillé à les discréditer par des contrefaçons , et enfin on a tout fait poiu' les dénigrer. D'autres, frappés de leur valeiu", ont abusé de la philanthropie de l'inventeur en profitant de la générosité avec laquelle, pendant dix années, il les donnait à profusion et gratuitement. Le globule à' A7itica7iGeroso s'est vendu un thaler à Leipsick et un dollar à New- York. Le comte, espérant que sa découverte finirait par triompher et par étendre ses bienfaits à toutes les nations, donnait toujoiu-s: si bien que sa fortune s'en ti'ouvait sérieusement menacée . sans profit pour ceux qu'il désirait atteindre et unicpement au profit de ceux qui l'exploitaient. Il a vu les médecins de tous pays , sauf de rares exceptions . convenir de l'efficacité de ses spécifiques dans le moment où ils contemplaient les guérisons opérées, puis agir comme s'ils n'avaient rien vu, ou même nier ces mêmes guérisons.

Bon nombre, questionnés sm' ce sujet, répondaient en haussant les épavdes de pitié : « Comment voulez-vous qu'un si petit grain puisse' produire le moindre effet?» On pardonnerait cette réponse à un ignorant ; mais à un médecin , qui a étudié la chimie et la botanique, et qui sait que la simple olfaction d'un flacon d'acide prussique tue raide, cela devient plus difficile. On comprend mieux ceux qui reculent devant l'usage d'un remède secret, alors qu'ils peuvent craindre pom- les malades la présence d'éléments toxiques et qu'ils ignorent d'ailleurs l'efficacité du remède. Mais eux, qui avaient pu constater des guérisons nombreuses et que la moindre analyse chimique pouvait rassm-er, ne semblent guère excusables d'avoir repoussé des spécifiques certains, surtout pour des

maladies qu'ils étaient certains de ne pouvoir guérir par les moyens déjà connus.

Le secret, beaucoup auraient été fort aises d'en profiter pour s'enrichir. Mais le comte a pensé sans doute que s'il ne travaillait lui-même à se récupérer de dépenses ruineuses, ce ne seraient ni la reconnaissance, ni la bonne foi de pareils aides qui viendraient lui en offrir des compensations. Il a pensé , en tous cas, que puisque, donnés gratuitement et à profusion pendant dix ans, ses remèdes avaient. fait si peu de chemin, il était bon, dans l'intérêt même de l'humanité souffrante, de voir s'ils ne se feraient pas mieux connaîti'e dès qu'ils coûteraient quelque chose. Il était intéressé d'ailleurs à faire cesser l'abus qu'on en a fait en Allemagne et à New-York pour exploiter le public ; c'est pourquoi aujourd'hui il croit utile d'en régler la vente à des conditions uniformes, en en faisant des dépôts dans chaque pays, lorsqu'il y découvre des dépositaires sûrs et dignes de sa confiance.

Le comte Mattei est âgé aujourd'hui. Les attaques auxquelles il a été longtemps en butte, la mauvaise foi avec laquelle il a été si souvent traité et dupé, ont aigri son caractère et jeté un voile de tristesse sur ses vieux jours. Il devait être bien dur à un vrai philanthrope de se sentir l'auteur d'une si grande découverte, et de se voir arriver aux dernières phases de la vie sans en avoir pu contempler le triomphe. On comprend ({ue dans son amertume il soit allé jusqu'à imprimer qu'il préférait emporter son secret dans sa tombe plutôt que de le livrer à tant de fripas et d'hypocrites. Mais nous espérons qu'il n'accomplira pas cette menace et qu'il aura trouvé \m moyen de conserver cette découverte à l'humanité. Faire autrement serait mal comprendre la volonté de Dieu, qui, cpmmo il le dit lui-même, lui a fait trouver ce secret; et s'il y a peu de coeurs honnêtes sur cette terre, il en reste pourtant assez pour bénir sa mémoire.

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