A MON FILS
C’est pour toi, Jules, mon cher fils, Que je commençai cet ouvrage;
C’est pour toi que je le finis:
Ces types, enfin réunis ,
Sont désormais à tou usage.
Tu les vis, tendant par degré,
Depuis leur ébauche première,
Vers ce point toujours désiré Qu’on entrevoit, qu’on n'atteint guère, S'embellir, du moins à ton gré,
D’une forme assez régulière.
Dans ce travail minutieux,
Et de fait, comme en apparence, Monotone, fastidieux,
Toutefois it l'œil curieux Moins indifférent qu’on ne pense,
Tu me plaignois de ma constance.
Ah t plutôt félicite-moi ;
Durant la fleur de ton jeune âge Je me suis captivé pour toi ;
De mon temps quel plus doux emploi !
J'y croyois voir tou avantage.
Ils te seront donc précieux,
Comme un fruit de ma patience:
Sans doute ils ponrroient être mieux; Mais voili toute ma science.
Si pourtant, à force d’essais,
Dans l’art qui me plut dès l’enfance Je pus avoir quelque succès,
Tu dois en obtenir quelque antre.
Mon fils, ne te rebute pas,
Et tu sauras marquer ton pas Plus loin que n’a porté le nôtre.
L’amour-propre, qui sottement S’applaudit et se félicite , L’amour-propre, sans fondement.
Bien qu’appuyé sur le mérite,
D’un art utile , ou d’agrément,
Se persuade vainement Qu’il a su fixer la limite.
Non ; le goût n’épure toujours,
Et sa recherche est infinie.
D’un fleuve arrête-t-on le cours f Met-on de» bornes au génie ?
Celles de l’art que je chéris,
Qu’a d’autres pour toi je préfère, Que tu commis, (jue tu choisis,
Tu les reculeras, j’espère;
D’avance je m’en applaudis.
Je te devrai, je le prédis,
L’éclat du sort le plus prospère ;
Les heureux succès d’un bon fils Comblent le bonheur d'un bon père.