‹ Spectacles et comédiens: à ValenciaChapitre 30 sur 88 · PROS · texte numérisé non relu

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acheter le droit de construire, en face de la scène, des gradins dont il n’est pas probable que la location ait produit un beau revenu. Convient-il de voir dans cette ête un usage charitable ? Les acteurs des mystères du Corpus, qui étaient tous recrutés dans Valencia, voulaient-ils que leurs concitoyens hospitalisés ne fussent pas privés de la part qui leur revenait dans cette grande fête si chère au cœur de tous les Valenciens ? et allaientils leur porter chez eux les spectacles auxquels ceux-ci ne pouvaient se rendre ? Cette hypothèse fait si grand honneur à la charité des Valenciens qu’elle mériterait d’être admise sans réserve, si cette méchante recette, inscrite sur les livres de trésorerie, ne laissait deviner l'esprit de lucre plutôt qu’un dessein pitoyable.

Représentations publiques ou privées, bien abritées dans une résidence seigneuriale ou exposées au grand jour de la place publique, elles ont toutes ce trait commun qu’elles se produisent avec une installation de fortune. Ces scènes d’un jour se distinguent de la Olivera par leur durée éphémère, mais elles s’en rapprochent par la nature de leurs spectacles. Religieux ou profanes, frustes ou luxueux, ils sont tous des spectacles proprement dramatiques; ils mettent en œuvre la mimique et la diction, la musique et la danse ; ils ont pour base une

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Contralibre del hospital general. Sous la rubrique : Rebudes de charitats voluntaries.

intrigue, pour moyen d'expression la parole et le jeu, pour but la satisfaction de l’esprit, le plaisir des yeux et de l'oreille. Mais ce serait tronquer cette revue des spectacles à Valencia que de s’en tenir à leur forme la plus relevée. Dans cette ville amie du plaisir, il y avait plus d’une manière de se divertir et il y avait plus d’un genre de spectacle. Les plus vulgaires méritent au moins d’être mentionnés parce qu'ils ont retenu eux aussi l'attention du public sinon le plus raffiné du moins le plus nombreux. Considérons sans trop de dédain ces humbles manifestations, qui ont prétendu, aussi bien que les plus relevées, distraire un moment et charmer à peu de frais les pauvres gens. Mascarades, prestidigitateurs, saltimbanques et acrobates, tournois et courses de taureaux, ce sont autant de concurrents avec lesquels l’art proprement dramatique a dû lutter et se mesurer ; ils nous intéressent dans la mesure où ils ont rivalisé avec lui.

La forme la plus rudimentaire de cette concurrence était l’exhibition de phénomènes et de monstres. Les Valenciens, il faut le confesser, s’en sont montrés extrêmement friands, et leur gaieté naturelle, qui au témoignage d’un romancier contemporain recouvre mal un fonds de cruauté volontiers sanguinaire, ne s’offusquait point de contempler d’abjects exemplaires d'humanité. L'informateur scrupuleux qui compilait les renseignements conservés dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, décrit les visions offertes à sa curiosité : « Le 5 octobre 1577, nous raconte-t-il, on a apporté à la cité de Valencia un monstre véritablement merveilleux ; c'était une femme appelée Marie et originaire du pays de Barbastro, royaume d'Aragon, âgée de quatorze ou quinze ans; elle n’avait sur toute sa

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pérsonne ni poil ni cheveux, et elle n’en avait jamais eu. » Et il continue avec mille détails très intimes qui faisaient d’elle, en effet, un phénomène miraculeux; 1l va même jusqu’à dessiner à la plume le portrait de la patiente. Il termine enfin : « La dite Marie est restée dans la présente cité de Valencia un mois environ, et son père gagnait beaucoup d’argent à l’exhiber ; il l’avait installée dans l'auberge de Gamell, et là, au son du tambour, on convoquait les gens pour la voir’. » Aucun doute n’est possible : on exploitait le phénomène, on faisait de lui un spectacle payant et public; nous sommes au degré le plus bas du divertissement théâtral.

On fit de même, ou à peu près, en ce qui concerne une autre jeune fille, âgée de dix ou onze ans, qui arriva de France à Valencia le 5 décembre 1581 et y fit longtemps étalage de sa difformité”®; la malheureuse, née d'une grossesse double, était liée à un fœtus qui ne s'était point développé. Il est manifeste, après cela, que ces exhibitions ne se proposaient aucun but de morale ou d’édification. La perversité dont elles témoignaient, n’empêcha pas l'Hôpital, une fois doté de son privilège, d’en rer profit. Du 22 septembre au 23 octobre 1616, il a perçu plus de 22 livres sur les recettes encaissées par une femme monstrueusement obèse, à laquelle il ne semble pas avoir loué, pour s’y montrer, aucun local de sa

1. B. N. P., ms. esp. 147, p. 680 : « … Estigue ladita Maria en la present ciutat de Valencia vn mes poch mes o menys, y lo Pare de aquella guanya moltes dines a mostrarla, la qual tenia en lo hostal del Gamell, y alli abatanibor cridauen la gent pera veurela. »

2: B':NEP;;,fns ésp 147, p. 719% QT Mla quallera /vna fadrina de deu u onze anys molt ben feta e proporcionada, natural de Franza, la qual tenia en los Iloms y angues esta monstruositat que li exia com vna criatura, la q'ial tenia los muscles y brazos. »

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propriété; le prélèvement représente non le droit du propriétaire, mais uniquement le droit des pauvres. Un homme privé de ses bras et capable de se moucher du pied versa lui aussi à l'Hôpital, le 31 mai 1619, une redevance de 6 livres 7 sous’. Ces deux exemples permettent de juger de bren d’autres cas dont l’énumération serait oïseuse. Les exhibitions, on vient de le voir, élaient soumises aux mêmes charges que les représentations dramatiques, et, ce qui est pire, elles entraient véritablement en ligne avec celles-ci. Ce n’est pas seulement dans l’enfance de l’art dramatique qu’elles osèrent lutter avec lui; au temps même où il avait atteint son apogée et où il avait trouvé à la Olivera le foyer nécessaire à sa subsistance, il suffisait que dans quelque recoin un cul-de-jatte ou un bancroche étalât ses misères el déroulât son boniment pour que le théâtre véritable, celui des comedias et des poètes, sentit le besoin de se défendre et de se prévaloir de son privilège.

Les phénomènes n’ont pas eu accès à la Olivera; les saltimbanques y étaient reçus chaque fois que le local était disponible, et, si la place était déjà prise, on les logeait dans quelque auberge ou dans la cour de PHôpital; il arrivait même qu'on les Jaissât sur la place publique, sans que l'Hôpital renonçât pour cela à rançonner leur recette. Ils exerçaient leur industrie de bien des facons diverses. La catégorie la plus relevée était celle des prestidigitateurs, dont Part subtil faisait à Valencia

1. Livres de Trésorerie : & Item sis Îliures set sous que dit dia [31 mai 1619] rebi de frans Monfort receptor per tantes dix se hauien tret, en los sis dies finiren dit dia, de la gent entra a ueure lo Monstro que era vn home sense brasos y que sonaua en los peus y feya les demés coses ques acostumen fer en les mans. »

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d'excellentes recrues; n'’était-il pas à demi-Valencien ce fameux Dalmao dont nous parle Zapata ? Il transformait un jeu de cartes à la vue de tous, n’y laissant que des as ou des rois, au choix du public’. En août 1627, un confrère pensa séduire les Valenciens par un jeu de miroirs qu'il montrait (bizarre assemblage !) en même temps que des os de géants; la recette, à en juger par la part réservée à l'Hôpital, resta loin du maximum”.

Le Juego de maestrecoral, où de masecoral, ou de pasapasa, ou de masegicomar, plaisait au public valencien. par d’habiles escamotages. L'opérateur dépouillait manteau et habit, il apparaissait vêtu d’un tricot ou camisole rouge, ce qui lui donnait l’apparence du corail, comme l’indique, à en croire Covarrubias, le nom même de maestrecoraL. Il plaçait dans des gobelets de petites balles qu’il en faisait disparaître par la double vertu d’une baguette et d’une formule magiques. Ou bien il simulait une lutte avec un serpent velu, enfermé dans un sac, d’où il prétendait sortir et où notre homme : l’obligeait à rentrer, jusqu’au moment où le serpent venait s’enrouler au cou de son maître; ce serpent c'était, habilement truquée, la queue d’un écureuil. Que ces habiletés aient connu succès et popularité dans la péninsule entière au début du dix-septième siècle, c’est ce qu’attestent les allusions au Juego de maesecoral

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