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tion de Tolède. Du même coup s’évanouissait la légende que les Français du maréchal Suchet, dans leur fureur antireligieuse, avaient incendié en 1808 jusqu'aux plus anodins documents d’une institution abhorrée. Il n’est point mauvais que des démentis de ce genre soient infligés de temps à autre aux propos qui courent dans la péninsule. Les Espagnols souffriront-ils qu'on leur dise qu’en vérité ils abusent et qu'il peut bien y avoir chez eux une statue ébréchée, un tableau écaillé, un édifice brûlé sans que la responsabilité en retombe nécessairement sur l’invasion napoléonienne?
Dans ces divers dépôts où sont enclos tant de grandes mémoires et de menus souvenirs, on pouvait légitimement espérer que l’histoire du théâtre trouverait de quoi butiner. Mais il fallait d’abord en ouvrir les portes, dont quelques-unes ne sont pas habituées à tourner sur leurs gonds. L’hospitalité espagnole n’a pas démenti envers moi ses longues traditions de générosité. Presque partout on m'a accueilli à bras ouverts. Mieux encore : on m'a guidé et assisté. Valencia, qui a si fièrement apporté sa contribution au trésor littéraire de l'Espagne, n’a rien abdiqué de son passé. Elle travaille aujourd’hui à la fois à accroître ces richesses et à les dénombrer. Deux tertulias réunissaient, il y a quatre ans à peine,
les artisans de cette grande œuvre, Le mercredi,
AD D. Teodoro Llorente, avec sa double auréole d’aède et de patriarche, recevait dans un salon encombré de trophées poétiques tous ceux qui ont collaboré dans le royaume valencien à la renaissance de la langue et de la littérature nationales. Enthousiastes et jeunes sous leur barbe déjà blanche, ils se donnent le beau ütre d’ « Amants des gloires de Valencia » — Amadors de les glories valencianes, — et ils se rallient au signe de la chauve-souris — lo Rat-Penat — qui est la protectrice de leur Société et l'emblème de la cité. Ils causaient, ils déclamaient, ils cueillaient les paroles inspirées du Maître sur ses lèvres alourdies, et à la chaleur de ce foyer s’élaborait sans doute le chef-d'œuvre inconnu qu'ils attendent avec confiance. Le dimanche, après les accès de l'enthousiasme, la réflexion reprenait ses droits. C’était chez D. José- Enrique Serrano Morales, dans cette admirable bibliothèque qu'il a léguée à la ville de Valencia et où il a reposé, enveloppé dans la bure du franciscain, avant d’être porté au champ de léternel sommeil. Les livres, les manuscrits qui surchargeaient les rayons, fournissaient au maître de céans l’occasion de savants et modestes exposés. Une pléiade d’érudits lui donnait la réplique, et sur tous dans lPintimité de ce sanctuaire pesait l’ombre de la glorieuse cité dont ils étaient dans le domaine de lPhistoire les
fils et les serviteurs. Tant d’heures écoulées aux
NÉE côtés de ce poète ou dans la fréquentation de cet érudit se peuvent-elles oublier? J’ai reçu d’eux conseil et protection. Qu'il me soit permis de reporter sur leur mémoire et sur leurs amis toujours vivants la gratitude par laquelle je n’entends point payer, mais seulement publier leur bienveillance.
Après quelques journées de conciliabules et d’explorations, il apparut que sur les acteurs et les théâtres de Valencia les documents décisifs ne se trouvaient ni dans les archives ni dans les bibliothèques ouvertes au public. L’Hôpital, propriétaire du théâtre dès le jour où il en exista un, les retenait jalousement. D. José-Enrique Serrano Morales me prêta son aide pour en forcer l'entrée. Dès le premier mot qu'il prononça, le député provincial, M. Valldecabras, qui dirigeait alors l'Hôpital, déclara que notre cause élait gagnée. De ce geste avenant et noble que lon sait si bien faire en Espagne, il me tendit la clef du local où étaient entassés tous les registres de l'Hôpital depuis le quinzième siècle jusqu'au vingtième : &« Vous n'y trouverez, me dit-il, ni catalogue ni classement, mais je vous le livre sans aucune réserve. » Ai-je su répondre à cette confiance qui est, dans une telle aventure, l'unique fierté dont je me pare? Pendant des semaines, chaque jour, Jai pénétré dans la cave, qui était affectée
aux archives. Au-dessus de moi, à peine percepübles,
les gémissements des malades; par le soupirail, les effluves d’un oranger en fleurs. Un jour enfin, après bien des tâtonnements, la joie de lire à la lueur d’une chandelle un compte des recettes théâtrales : il était bien insignifiant, mais il apportait la preuve que les scrupuleux trésoriers de Hôpital avaient placé les comédiens sous leur obédience et écrit dans leurs registres les annales du théâtre. La voie indiquée par Lamarca était largement ouverte : d’autres la suivront avec plus de bonheur que moi, lorsque l’ordre aura succédé dans les archives à la confusion actuelle. Il me suffit d’avoir éprouvé la cordialité de l’accueil dans cette maison qui n’est pas seulement hospitalière aux déshérités de là fortune. Inconnu et étranger : dans ces deux ütres, qui auraient dû me faire repousser, le directeur de PHôpital à trouvé une double raison de me recevoir.
Je ne fais donc que remplir un strict devoir de reconnaissance en offrant aujourd’hui à tous ceux qui me sont venus en aide, ainsi qu'à la cité levantine elle-même, cette modeste contribution à l’histoire du théâtre valencien. Quelque imparfait que soit cet essai, je n’aurais pu, sans leur appui, le mener à
bon terme.
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