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CHAPITRE V

Comédiens et « impresarii ».

Recettes ordinaires : loyer payé à l'Hôpital; — prélèvement qu'il opère sur les recettes; — les « journées de bénéfice », bientôt remplacées par des subventions ; — avances consenties aux comédiens par l'Hôpital.

Recettes extraordinaires : représentations privées et représentations officielles ; — tarif des rétributions ; — les représentations de la Fête-Dieu.

Nos comédiens sont arrivés et installés à Valencia. Il leur convient d’y subsister le moins chichement possible. Peuvent-ils compter sur la libéralité des impresarit avec lesquels ils auront affaire ?

Cest surtout avec l'Hôpital qu'ils devront se concerter. Depuis le privilège de 1582, le trésorier de l'Hôpital est devenu pour la gent comique le dispensateur de: toute grâce et de toute disgrâce. Quel que soit le titulaire de cette fonction {et il changeait le 1°" juin de chaque année), il lexerçait toujours, en ce qui concerne le théâtre, avec une inflexible rigidité; c'était un pouvoir tyrannique, quoique incerlain dans ses procédés. Cette incertitude s’est marquée surtout dans les premiers temps du monopole. Si l’on montre déjà avec les comédiens, dans les règlements de compte, l'esprit le plus strict et le plus intéressé, on n’a pas encore eu l’idée de les contraindre à ces traités prévoyants et limitatifs, qu’on leur fera signer plus tard, au besoin par l'intermédiaire de leurs fondés de pouvoirs ou des sergents recruteurs ; on a traité de vive voix avant de traiter par écrit. Cepen-

dant, après bien des expériences et des retouches, un contrat-type se dégagera de la pratique habituellement suivie : toutes les troupes à destination de Valencia n'auront d'autre ressource que de l’accepter sans objection. Ce passage de la simplicité d’un accord verbal aux minuties de la procédure se produisit dans les premières années du dix-septième siècle.

Au début, le chef de la troupe qui occupait le théâtre, était considéré comme un locataire ordinaire; on lui livrait un local, il s’y établissait avec les siens, il devait donc un loyer et, en effet, il payait pendant toute la durée de son séjour une redevance quotidienne. L’importance de ce payement variait, selon toute vraisemblance, avec chaque troupe d’après les probabilités de succès, la durée du séjour et autres considérations de même ordre. En octobre 1584 Jerdnimo Veläzquez versail chaque jour 16 réaux castillans, auxquels il convient d'ajouter une rétribution obligatoire et quoüdienne de 4 réaux au gardien-chef du théâtre’. Si lon tient compte que, outre ce loyer, l'Hôpital perce-

1. Livres de Trésorerie : à la date du 15 octobre 1584 : « Fas nota que en aquest dia senana Jeronimo de Velasquez, lo qual pagaua per lo lioguer de la casa de la Olivera xvi Reals Cns cada dia sense 4 Reals Cans que pagaua al aguazir y per los respectes ben vist als Sors administradors li remeteren de gracia trecents reals castellans... » Sur le loyer de la Olivera, Velasquez avait versé des acomptes le 3 juillet, le 28 août, le 10 septembre. Cela n’empêchait pas PHôpital d’encaisser directement à l’entrée du théâtre une recette honorable; on en jugera par le relevé suivant qui, en face de la Olivera où jouait Veläzquez, indique les recettes de l'Hôpital aux Santets avec Cis-

neros. x Santets. Olivera.

Juilet:1564.. eos. tit D,.641E7 28,180 D. (2,

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vait et retenait le prix des places, à l’exception des 8 deniers prélevés sur chaque entrant par les comédiens, on jugera qu'il faisait peser d’un poids bien lourd sur ses justiciables les exigences du droit des pauvres. L'expérience le ramena vite à des prétentions plus modestes, Lorsque vint l'heure du règlement avec Jerénimo Veläzquez, on se rendit si bien compte qu'il ne pouvait s'acquitter, qu'avant toute discussion on lui fit remise de 300 réaux castillans. Concession insuffisante. Défalcation faite des 300 réaux, Veläzquez en devait encore 600, qu'il dût s'engager par-devant notaire à rembourser en 1585, le jour de la Nativité de Notre-Seigneur'. Mais allez faire valoir vos créances sur des nomades, qui au jour de l'échéance auront bien soin de n'être pas dans le voisinage! On a beau avoir la caution de l'honorable Francisco Corts, apothicaire de son état, mieux vaut éviter pour lavenir pareils ennuis.

Les administrateurs de l'Hôpital renoncèrent donc à exiger des comédiens un loyer fixé d'avance. Ils se contentèrent du bénéfice très raisonnable que leur procurait la perception du prix des places, et à vrai dire Jerônimo Veläzquez est le seul, parmi tous les locataires successifs de la Olivera, pour lequel le payement d’un droit d'occupation soit attesté par les documents authen-

tiques. L'Hôpital, pour le soin de ses malades, désirait

1. Parn., José Riudaura, 14 octobre 1584. — « Ego hieronymas de Velasquez... Confiteor... me debere vobis... sexcentas dragmas beticas siue siscents reals castellans per me Vobis debitas restantes et ad cornplementum totius logerii cuiusdan domus dicti hospitalis site et posite in presenti Ciuitate in parrochia sancti stephani in platea vulgo dicta de la Olivera a toto tempore quo in ea representaui et permansi. »

connaître à l'avance le montant exact de ses ressources; aussi devait-il lui déplaire, sur le chapitre des recettes théâtrales, d’être exposé aux mêmes fluctuations que les comédiens, avec lesquels en somme il partageait au jour le jour, à un taux inégal, le bénéfice des entrées. On conçoit donc qu’il ait quelquefois songé à revenir, en la perfectionnant, à la méthode employée avec Jerénimo Véläzquez, et si prématurément abandonnée. De ces retours en arrière, un exemple nous est resté : c’est un curieux traité ‘ signé le 28 décembre 1609 entre le trésorier de l'Hôpital d’une part, Andrés de Claramonte, doïa Beatriz de Castro, son épouse, Diego de Valdés et Alonso Olmedo, d’autre part. Ici, à la différence de l'accord de 1584, l'Hôpital ne se réserve pas sa part habituelle sur le prix des places. Il exige de la troupe, purement et simplement, une somme de 1.900"réaux castillans; le payement se fera les jours de représentation, à raison de 150 réaux chaque fois, jusqu’à parfait complément du total convenu. Les représentations commenceront dès signature du traité et se continueront jusqu’au Carnaval. En cas de relâche avant payement intégral, si la faute en incombe aux comédiens, ils verseront au trésorier une amende de 200 réaux; si la faute en incombe au trésorier, il accordera aux comédiens une indemnité de 200 réaux, On le voit : la convention avait pour base le payement d’un loyer; mais ce loyer (et ceci le distinguait nettement de celui imposé à Veläzquez) n’est pas calculé sur le temps passé à la Olivera, c’est un loyer forfaitaire, de telle nature qu'après qu'il aura été versé, les comédiens seront libres de continuer ou de cesser la

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