‹ Spectacles et comédiens: à ValenciaChapitre 49 sur 88 · Parr., Miguel Jeronimo Chorrutta · texte numérisé non relu

Parr., Miguel Jeronimo Chorrutta

location. L’audace de cette innovation effraya-t-elle lune des deux parties ? Les administrateurs de l'Hôpital n’osèrent-ils pas s’engager dans la voie ouverte par leur trésorier ? Ce qui est certain, c’est que le traité établi avec la troupe d’Andrés de Claramonte fut résilié avant tout commencement d’exécution : Non venit ad effectum, mentionne en marge le notaire. On préféra s’en tenir à un système qui avait fait ses preuves : suppression du loyer — puisqu’aussi bien les comédiens n’arrivaient pas à l’acquitter, — et association financière de l'Hôpital avec les comédiens, auxquels il enlevait, à la porte même de la salle, au double titre de propriétaire du local et de tuteur des pauvres, une bonne part de l'argent recueilli.

La crainte des chômages, qui était pour l'Hôpital le commencement de la sagesse, l’amena à consentir aux comédiens de nouveaux avantages susceptibles de les attirer de plus en plus vers Valencia.

IL institua donc des « journées de bénéfice », dias de aprovechamiento, c’est-à-dire des journées où l'Hôpital renonçait à percevoir sur chaque entrant les 4 deniers réglementaires et permettait aux comédiens d’encaisser l'intégralité de la recette, sauf la taxe spéciale des chaises (cadires) et des loges (Jinestres), qui restait à l'Hôpital. D’ordinaire, cette faveur était consentie à la troupe alors qu'une circonstance exceptionnelle permettait de prévoir une fructueuse recette, et en compulsant les Livres de Trésorerie on se persuade vite que la générosité de l'Hôpital équivalait pour les bénéficiaires à une bonification d'environ 15 ou 18 livres : le cadeau était d'importance pour d'aussi pauvres hères. L'usage des «journées de bénéfice » date environ de l’année 1600. Le 12 mai 1601, au témoignage des Livres de Tréso-

rerie, on abandonne à Rios, pensionnaire de la Olivera, tous les bénéfices de la journée, et le trésorier se croit tenu de justifier cette largesse par la nécessité d’attirer des comédiens à Valencia’. Si on la justifie, c’est qu’elle n’était pas encore entrée dans les habitudes ; nous allons voir qu’elle y prit rapidement une belle place. Dès le 4 novembre 1601, Gaspar de Porres obtient le traitement qu'on venait de consentir à Rios; le 31 mai 1602, c’est le tour de Santander*, et dès lors les exemples deviennent si nombreux qu'il serait malaisé de les relever tous. Leur multiplicité provoqua une réglementation. On décida (et ce fut dès lors une clause de tous les traités signés entre Hôpital et comédiens) que ceux-ci bénéficieraient de trois représentations sur trente, étant bien entendu que l’un de ces bénéfices sera un jour de première, l’autre sera un jour de seconde représentation, et le dernier sera un jour férié; en aucun cas, les comédiens, qui avaient le choix des dates, ne pouvaient pla-

1. Ittem en dotze de maig [1601] rebe dos Iliures quinze sous y nou diners de la caritat de la casa de les farces, ço es de les cadires, com tot lo demes se li hagues Iliurats a Rios per acomodarlo com se acostuma en ocasions pera atraure a comediants que aco dixquen y per inconuenients y infortunis quels seguixen durant les representacions perque resten aprahits. » Il n'est pas question des loges dans la part réservée à l'Hôpital, parce que, appartenant pour la plupart à des abonnés qui payaient une fois pour toutes, il se trouve que cette fois aucune d’elle n’a donné lieu à une recette; mais d’autres documents prouvent qu’en pareil cas le prix des loges restait à PHÔpital.

2. Livres de Trésorerie : & Item en 4 [de noembre 16071] rebi cinch Iliures y onze sous, Ço es cadires 3.5. —, apos. 2. 6. —, com lo demes se donas a Porras per concert. » — «Item en darrer del dit [maig 1602] rebi una Iliura huyt sous y huit diners, ço es per les cadires y aposentos, com lo demes se hagues donat a diego de Santander per concert y per acomodarlo coms li hauia offrrit al principi y quant comença a representar. »

cer un spectacle de bénéfice soit le jour de leurs débuts, soit le lendemain. Si d'aventure le contrat prévoyait une série déterminée de représentations avec faculté de prolongation, l'Hôpital, pour que les comédiens profitassent plus volontiers de cette faculté, leur accordait au début de la nouvelle période une ou deux journées supplémentaires de bénéfice, lesquelles pouvaient coïncider avec des spectacles de première”.

Ce régime dura jusque vers l’année 1624. À cette date, les directeurs de troupe qui n'avaient besoin de rien tant que d’argent liquide, obtinrent de l'Hôpital qu'il rémunérât leurs services en monnaie sonnante et trébuchante. Par compensation, ils renoncèrent à leurs représentations de bénéfice. L’'Hôpital, pour parler comme les contrats, « racheta » les journées jusque-là abandonnées aux acteurs. Cette combinaison apparaît dès le 13 août 1624 dans un traité signé entre l'Hôpital et

1. Voici, par exemple, un extrait du traité intervenu le 5 septembre 1619 entre le trésorier de l'Hôpital et Alonso de Olmedo [Parr., Miguel Jeronimo Chorrutta] : le trésorier « se obliga de dar de ayuda de costa al dicho Alonso de Olmedo de treynta representaciones {res dias, a saber es vn dia de comedia nueua, y el otro segundo dia, y el tercero dia de fiesta, a saber es los quatro dineros tan solamente como no entienda darle los dos dineros que se han impuesto ni los derechos de los aposientos ni los de las sillas, que se quedan los dos dineros para la obra.., Que el dicho Olmedo no pueda tomar el primero ni segundo dia, quando Ilegara a representar a la pressente ciudad. » Cf. bid., même année, le traité du 17 décembre.

2. CF., par exemple, le traité du 2 décembre 1613 dans les minutes

de Miguel Jeronimo Chorrutta, — Cf. aussi le Livre de Trésorerie de l’année 1621-1622 : &a 11 de dit [Juny 1621] se dona lo dia als comediants per conset [— concert] perque restan assi. » — « a 13 de

dit [Juny} se dona lo dia als comediants per concert pera que fesen la festa del corpus y perque restasen assi. » Le Corpus avait été célébré le 10 juin; il s'agissait donc, le 13 juin, de l’exécution d’une promesse antérieure,

Antonio de Prado, dont le fondé de pouvoirs était Don Guillén de Castro : celui-ci serait-il l’auteur responsable de l'innovation? Le trésorier « fait bonne et valable promesse à Antonio de Prado de lui donner et payer 2.000 réaux castillans à la place des six représentations de bénéfice dont le dit Prado devait profiter selon l'usage et la coutume; le payement aura dieu sous cette forme que, de quinze représentations en quinze représentations, remise sera faite de 5oo réaux jusqu’à complet achèvement de 2.000 réaux' ». Toutes les troupes ne surent pas imposer à l'Hôpital le payement d’une pareille prime. Le 17 janvier 1625, on en revient avec Juan Martinez au système des représentations à bénéfice, mais on y revient dans des conditions plus avantageuses pour les comédiens, puisque ceux-ci obtiennent huit jours de bénéfice (au lieu de six) pour soixante représentations”.

Ce retour en arrière marque la suprême — et inutile — résistance de l'Hôpital. S'il veut avoir des acteurs dans son théâtre, il faudra désormais qu’il les attire par lappât d'une subvention. On discutera et on modifiera sur ce point comme sur les autres les clauses des contrats, mais le principe n’en sera plus contesté. Le 27 novembre 1625, Juan de Morales Medrano touche à la

. caisse de l'Hôpital 310 livres « pour avoir donné soixante-

deux représentations sans avoir pris aucun bénéfice. et pour avoir élé convenu avec lui qu'il lui serait payé 5 livres pour chaque représentation” ». Le 12 mai 1627,

1, Parr., Lorenzo Villareal.

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3. Livre de Trésorerte, 1625-1626 : « a 27 de nohembre 1625 Pa a Joan de Morales medrano Autor de comedies per sa M° 310 Il. per auer representat sexanta dos representations y no auer pres ningu

le trésorier de l'Hôpital promet à Juan Nüñez, qui s’engage à jouer à la Olivera pendant quarante jours, de lui remettre 2.000 réaux, « qui lui sont donnés gracieusement pour les dites quarante représentations”. » Le 12 août 1627, promesse analogue de 200 livres (soit 2.000 réaux) en faveur de Tomäs Fernandez qui, le 20 septembre, commencera une série de quarante représentations”. Les exemples foisonnent : ceux qu’on vient de voir suffisent à nous édifier. 3

. Les administrateurs, obligés de débourser les deniers de l'Hôpital, pensèrent qu’ils avaient droit à quelques garanties. [l leur arriva donc d'imposer aux troupes comiques une épreuve de début, après laquelle, en témoignage de’ satisfaction ou de blâme, ils décidaient souverainement de payer ou de refuser la subvention convenue. Ils en usèrent de la sorte, en mars 1626, avec un comédien aussi renommé qu'Alonso de Olmedo Tofiño, et leur exigence avec lui nous surprend d’autant plus qu’ils savaient à quoi s’en tenir puisque, du 31 novembre 1625 au 23 février 1626, Olmedo avait déjà donné une première série de soixante représentations. Mais, puisqu'on lengageait à dater du jour de Pâques, 12 avril, pour une nouvelle série, ne pouvait-il pas donner à MM. les Administrateurs le régal d’un spectacle privé, régal d'autant plus savoureux qu’on était au temps prohibé ?

dia com em costum per auer concertat ab dit auctor que li auia de pagar sinch Iliures cascuna representacio.» Le 28 juin 1630, Juan de Abadia et Luisa de Robles, son épouse donnent reçu de 300 livres pour quarante représentations à 7 livres 10 sous par représentation; en cinq ans, les prix avaient augmentés de 5o 0/6. (Francisco Läzaro Jusep, 28 juin 1630.)

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