‹ Spectacles et comédiens: à ValenciaChapitre 9 sur 88 · Rennert, The spanish slage, p · texte numérisé non relu

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2. Sur Valladolid, cf, Agustin de Amezüa y Mayo, El casamitento engañoso y el coloquio de los perros, Madrid, 1912, p.79, n. 81. Sur Séville, cf. Sanchez Arjona, Anales del teatro en Sevilla, Sevilla, 1898, p. 147. H semble résulter de la brochure de D. Narciso Diaz de Escovar, ZT leatro en Mülaga, Mälaga, 1896, qu'à Mälaga Part dramatique aurait été exploité au bénéfice des bonnes œuvres dés 1490, et que, en 1513, sous l’épiscopat de D, Pedro de Toledo, l'Hôpital aurait reçu le monopole des spectacles, Mais ce travail, dénué de références et qui ne repose pas sur des recherches personnelles, ne mérite aucun crédit.

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ratfièrent en 1585, le comte de Aytona, vice-roi de Valencia, considérant la supplique à lui élevée par les administrateurs de PHôpital Général, leur accordait Île monopole exclusif de posséder un local apte aux représentations dramatiques, avec défense aux troupes nomades de se produire ailleurs que dans le dit local.

Certes, c'était un cadeau vraiment royal que le comte d’Aytona, au nom de son souverain, remettait à la mense de l'Hôpital. Au moment où la passion du spectacle se déchaînait sur Valencia avec une fureur contagieuse, il lui donnait licence de prélever sur les profits qu’elle comporte, une part léonine ; mais, si belle que fût l’offrande versée au tronc des pauvres, l'Hôpital sut la grossir encore. Le privilège originaire fut-il aggravé par quelque privilège additionnel ? ou bien y eut-il simplement, de la part de l'Hôpital, interprétation abusive du texte primitif, sans autre argument que le droit du plus fort? Le fait est que bientôt il n’obligea pas seulement les histrions à devenir ses locataires, il perçut encore une taxe sur les pauvres diables qui organisalient, dans quelque coin disponible, un spectacle au rabais. Le 28 février 1598, des saltimbanques donnent une séance en lo hostal del Gamell, et le comptable de l'Hôpital enregistre de ce chef un versement de 5 sous 11 deniers. Le 23 février 1599, au moment où le prochain mariage de Philippe IT et de Marguerite d’Autriche animait Valencia entière d’une frénésie de plaisir et de divertissements, des acrobates s’installèrent à la porte du Palais-Royal (portal del Real) : ce fut pour l'Hôpital l’occasion d’une recette. À partir du 24 août de la même année el pendant une dizaine de jours, des Italiens soumirent à l'appréciation des connaisseurs des exerci-

ces de voltige; ils se produisent « dans la cour de la maison de Ripoll, au dos de la maison du seigneur de Bétera », c’est-à-dire dans un local absolument indépendant de l'Hôpital; ils n'en versent pas moins à celui-ci une redevance qui, en deux occasions, dépassa le chiffre, relativement considérable, de 8 livres. Enfin, le 29 juillet 1615, une troupe de saltimbanques improvise une représentation « dans la rue de Conills » et enrichit d’une contribution, d’ailleurs modeste, la caisse de l'Hôpital. On le voit par ces exemples! : l'Hôpital, à la suite du privilège octroyé, n'a pas seulement exercé en matière de spectacles le monopole du local; il en est venu assez vite à faire valoir le droit des pauvres aussi bien en dehors qu’au dedans de, son domaine particulier; partout où une représentation payante est donnée, quel que soit le propriétaire de la salle, il prélève son butin. Il est le maître souverain des jeux publics de la cité.

Pareille omnipotence, acquise avec le temps, succédait à une période d'incertitude. Brusquement chargé, en octobre 1582, de fournir un logement à Part dramatique, l'Hôpital en avait d’abord éprouvé quelque embarras. Le plus simple, c’eût été pour lui de s'entendre avec les propriétaires du corral où des corrales où les troupes nomades avaient jusque-là pris leur gîte : ceux-ci auraient continué leur industrie, sous réserve d'associer PHôpital à leurs bénéfices. Rien ne prouve qu’on ait essayé d’une telle combinaison; les propriétaires, brusquement dépossédés d’une lucrative industrie en faveur de l'Hôpital,

r. Hose. Livres de trésorerie, aux dates indiquées,

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n'avaient aucun désir de lui consentir un arrangement. Les administrateurs renoncèrent donc à tout ce qui aurait pu ressembler à une mise en régie de leur privilège. Ils n’hésitèrent pas à se transformer en impresarit, et pour parer au plus pressé, ils s’entendirent avec la Confrérie de Saint-Narcisse, qui leur céda la salle habituelle de ses réunions. On procéda d'urgence aux aménagements indispensables, on dressa quelques bancs”, et dès le mois de novembre 1582, des représentations purent avoir lieu, pour lesquelles le caissier de FHôpital ouvre dans son grand livre un chapitre spécial de recettes. Cette installation de fortune ne pouvait durer. Au moment même où il y recourait, l'Hôpital en préparait une autre, plus spécialement adaptée à ses fins. Il acheta à cet effet au notaire Francisco-Jeronimo Victor et à son épouse Sebastiana-Paula Fuster, une maison à cinq portes”, qui était située au Vall-Cubert, à deux pas de l'Université, sur la petite place jadis appelée de la Olivera et aujourd’hui « des Comédies ». L'achat fut conclu au prix de 550 livres valenciennes, qui équivalent environ à 2.070 piécettes en monnaie d’aujourd’hui. Dès le début de 1583, les travaux commencèrent pour établir à la place de cette maison, et en profitant autant que possible des constructions déjà existantes, une salle de spectacle avec ses indispensa-

1. Libre e registre de la scriuania del loable spital general de Valencia, à la date du 6 novembre 1582 : « ... Cent Iliures per obs de paguar la obra dels assientos y altres cosses se fan et fabriquen en la confraria de sent Narsis pera les farces quen dita confraria se an de representar en benefeci del dit hospital. »

2. 1bid., à la date du 11 mars 1583 : « ... La obra et fabrica de les cases per lo dit spital general comprades de ffrances hieroni victr not. pera fer les representacions e comedies », etc., ete,

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bles dépendances. Le 11 mars 1583, les administrateurs votent pour les travaux un crédit de 250 livres; le 29 Juillet, nouveau crédit de 200 livres; le 20 septembre, troisième crédit de 200 livres; le 14 octobre, crédit supplémentaire de 200 livres; puis, le 11 février 1584, on procède au règlement définitif, on concède aux ouvriers des gratfications extraordinaires, et on prend livraison de l'édifice enfin terminé. La construction, ou plus exactement la transformation, en avait duré un an. Entre temps, on ne sait dans quel local se donnèrent les spectacles, sans doute au siège de la Confrérie de Saint- Narcisse, et d’ailleurs', en 1583, pendant l’année des travaux, la saison théâtrale fut très brève, puisqu'elle ne dura même pas trois mois, du 22 juin à fin juillet et du 8 août au 6 septembre. C’est le 22 juin 1584 que lon inaugura à la fois le nouveau théâtre et un cyele de représentations dont la durée comme l’importance devaient laisser bien loin en arrière tout ce que lon avail encore vu à Valencia. L’Hôpital était désormais en mesure d'offrir à l’art dramatique un asile digne de

ses progrès. |

I ne faudrait pas croire, après cela, que la « Maison de la Olivera », comme la nomment les documents contemporains (/a Casa de la Olivera), devançät sur aucun point la disposition et le luxe de nos modernes Colisées. Toute la supériorité en consistait dans ce qu'elle était exactement appropriée et rigoureusement réservée à sa destination dramatique. Ce n’était plus la cour banale d’auberge, dont muletiers, charrettes et voyageurs disputaient la jouissance aux malheureux acteurs, c'était un emplacement sacro-saint, où nul ne

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pénétrail sinon pour jouer ou entendre des pièces. La comédie, échappée au taudis de fortune, habitait désormais un sanctuaire.

Au demeurant, aucune recherche de somptuosité : le sol était simplement empierré', et il n’y avait pas de {oilture, au moins au-dessus de la partie centrale du local, si bien que les jours de grande pluie force était à la troupe de faire relâche. Sur lun des côtés se trouvait la scène; sur les trois autres côtés se succédaient les loges, ou /inestres, et le balcon réservé aux femmes, ou aposento de les dones. On avait suivi en cela le plan des théâtres madrilènes, mais on désignait chaque catégorie de places d’un nom spécial à Valencia. Le mot aposentos, au sens de « loges », ne fut employé que sur le tard; il apparaît dans les registres exactement le 21 Juin 1598, et il ne supplanta pas de longtemps celui de finestres, sans doute afin de prévenir une confusion avec laposento de les dones, pour lequel les Valenciens n’adoptèrent jamais la désignation castillane de cazuela. LA1 partie basse du local était divisée en deux sections : la plus grande recevait le public populaire, capable d’endurer sur des banes incommodes toutes les émotions de Ja fête; la plus petite était garnie de chaises, où s’installaient, moyennant surtaxe, les amateurs fortunés. Ces sièges (cadires) n'étaient ni fixés au sol, ni assujettis les uns aux autres. L’'HÔpital, en quête des bénéfices les plus menus, les louait

parfois à d’autres entreprises; ainsi fit-il le 25 juil-

1. Libre e registre de la scriuanta del loable spital general de Valencia, à la date du 11 février 1584. Les détails qui suivent sont pris dans les Zibros… de la claueria (ou trésorerie) del Hospital (reneral.

let 1590 pour les courses de taureaux, ce qui lui rapporta la somme de 1 livre 3 sous, les frais de manutention étant à la charge de l’emprunteur. Les dégagements du théâtre comportaient surtout une grande porte qui donnait accès au parterre; on l’appelait, selon le cas, porta major, porta de baix, porta de dauall: les hommes avaient seuls la permission d’y passer". Une porte spéciale était réservée aux femmes, et il n’est pas probable que les habitués des loges, quoique comme les femmes ils dussent gravir un étage, aient usé du chemin ménagé à celles-ci; 1ls avaient donc eux aussi leur porte particulière, ou peut-être accédaient-ils à leur loge par les maisons voisines, dont chaque loge était au début une chambre nullement indépendante, sans autre particularité que d’avoir vue sur le théâtre. En tout cas, les pensionnaires de la cazuela, qui étaient des femmes du commun, et les habitués des loges, grands seigneurs ou nobles dames, ne se coudoyaient

ni dans les couloirs ni dans la salle.

Tel qu'il était, avec ses commodités el ses imperfections, le théâtre de la Olivera subsista sans changement pendant dix ans.

Au mois d'août 1593, des réparations furent reconnues nécessaires ; on consolida quelques points faibles, et surtout on perça dans les parois de nouvelles ouvertures; faut-il entendre par là qu’on augmenta le nombre des loges ? La dépense, estimée d’abord à 20 livres, resta

1. Cest à cette porte que se payait l’entrée au tarif général. Or, les livres de trésorerie de l'Hôpital enregistrent sous une rubrique spéciale cette recette, et ils la désignent souvent ainsi : « Per la 3a part que paquen los homens. »

ce

bien au-dessous des prévisions! ; c’est dire que l’aspect du théâtre n’en fut pas modifié. Il suffisait encore à cette date aux besoins de l’art dramatique.

Ne nous étonnons pas de ce que, au temps où les Castro et les Aguilar florissaient, le théâtre de Valencia n'ait reçu, pendant près de quarante années, aucun agrandissement notable. Cette stagnation apparente tient à ce fait, trop longtemps ignoré, que la Olivera, en cas de besoin, avait, pour la prolonger et la doubler, un autre théâtre, d'organisation analogue et de fonctionnement intermittent. Il n’y a plus à en douter : de 1584 à 1619, c’est-à-dire à l’apogée de l’art dramatique, il y a eu à Valencia non pas un mais deux théâtres, tous deux hospitaliers aux troupes nomades, tous deux favorisés de l'affluence des spectateurs. Le théâtre des Santets était, à une échelle équivalente, la reproduction du théâtre de la Olivera.

L'ouverture de ce nouveau théâtre fut purement fortuite : en juillet 1584, la scène de la Olivera était occupée par Jerénimo Veläzquez et sa troupe, lorsque brusquement survint Cisneros, qui émit la prétention de donner, lui aussi, des représentations. L’embarras ne fut pas médiocre. En désespoir de cause, on eut recours à dame Ana Camps, qui possédait, proche les Santels, une maison susceptible de se transformer en théâtre. Le 8 juillet, Cisneros y fit ses débuts. Pourquoi l'Hôpital jeta-t-il son dévolu sur ce local ? La maison d’'Ana Camps était-elle connue pour avoir déjà reçu des comédiens au temps où l'Hôpital n'avait pas le

1. Libro de claueria (année 1593-1594). « A 18 de dit [agost 1593] L 20, S-—, D —., de les quales Iliuats {o reals castellans per uns adobs y obrir finestres en dita casa. Restaren netes 16 S 3 D 4: »

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