CHAPITRE II
SPECTROSCOPIE UE L’ÜEIL
L’examen spectroscopique de l’œil peut être pratiqué sur l’homme et uu grand nombre d’animaux.
Les observations peuvent être faites avec un dispositif très simple que j’ai présenté dès l’année 1891 à la Société de Physique, et qui a été exécuté par Lulz.
Il faut, pour observer les parties profondes de l’organe, combiner l’examen ophfalmoscopique avec l’examen spectroscopique.
La fig. 5 montre le premier ophtalmospectroscopc que j’ai établi.
Un petit spectroscope à vision directe est fixé par une lige T portant une double articulation en genou, sur la tige d’un miroir ophlalmoscopique ordinaire 0. La disposition de ces articulations permet de manœuvrer le spectroscope en tous sens derrière le miroir et d’amener la
OPHTALMOSPECTHOSCOPK
lente sur l’orifice central. On peut alors, en éclairant par le miroir les diverses parties de l’œil, examiner successivement la surface cutanée et la muqueuse des paupières, puis la conjonctive,
/'if/. 3. — Ophuimosfieciroscope.
la sclérotique et l’iris, enfin l'image du fond de l’œil, de la rétine et de ses vaisseaux. Cet examen ne présente de difficultés que pour le fond de l’œil ; en effet, tandis qu’on éclaire facilement la conjonctive, l’iris, il est plus difficile d’oble-
SPECTROSCOPIE DE l’(EIL
nir pour la rétine un éclairage suffisant. 11 faut pour cela choisir des malades pouvant supporter une forte lumière, par exemple, la lumière électrique, incandescente, et chez lesquels l'œil a été dilaté par l’atropine, ainsi que j’ai pu le pratiquer à la clinique du l)r de Wecker en 1890.
11 est, en outre, assez difficile de déterminer le point exact de l'œil qui correspond à la fente du spectroscope, et pour obvier à cet inconvénient j'ai perfectionné l’ophtalmospectroscope. Ainsi qu’on le voit dans la fi(j. G, une colonne Verticale fixée sur un pied supporte une lige horizontale, sur laquelle sont placés le miroir et la lentille ophlalmoscopiques pouvant être rapprochés ou écarlés l’un de l’autre, au moyen d’une vis à crémaillère.
Le spectroscope est fixé sur cette même lige horizontale, mais de façon à pouvoir être placé en face de l’orifice du miroir ou bien à être rabattu de côté. — Pour se servir de l’appareil, on cherche d’abord la position de l’image du fond de l’œil avec la partie ophtalmoscopique, et alors on amène le spectroscope au niveau de l’orifice du miroir. Un point d’arrêt permet de placer immédiatement la fente sur l’orifice du miroir.
Chez les animaux, on fait l’examen à la lu-
OPHTALMOSPECTROSCOPE
mière solaire ou avec l’éclairage d’une lampe à pétrole ou d’une bougie, même si l’on choisit des animaux albinos tels que les lapins, et de
Fig. 6. — Oplitalraospectroseope perfectionné.
préférence des cobayes albinos ou même des cobayes pigmentés, qui, grâce à la dilatation naturelle de leur pupille et aussi à leur docilité, sont très faciles à examiner à l’ophtalmoscope. J’ai
Hesocqüb — Spectroscopie des organes
SPECTR0SC0P1E DE l’œIE
pu même chez l’axolottalbinos constater les deux bandes de l’oxyhémoglobine par l’examen ophtalmospeclroscopique du fond de l’œil à la lumière solaire.
Quel que soit l’appareil employé, en procédant lentement et progressivement, on perçoit à la surface cutanée de la paupière la première bande de l’oxyhémoglobine ; les deux bandes a et p sont plus nettement observées à la surface conjonctivale des paupières, mais au niveau de la sclérotique, les bandes de l’oxyhémoglobine ne sont perceptibles que dans le cas de vascularisation intense, ou d'hyperhémie; on peut encore distinguer les deux bandes de l’oxyhémoglobinedans l’iris, lorsque la dilatation n’est pas très considérable; enfin on retrouve dans le fond de l’œil les deux bandes de l’oxyhémoglobine dues aux vaisseaux de la rétine et de la choroïde. Tels sont les premiers résultats que j’ai obtenus, je crois pouvoir espérer qu’ils donneront lieu à des applications à l’étude des hémorrhagies dans ces membranes. C’est ainsi que le diagnostic de la cataracte noire pourrait se faire à l’aide de l’examen spectroscopique. En effet, j’ai montré dans une analyse microspectroscopique d’une cataracte noire, que la coloration était due à de l’hématine réduite qui présente une grande ana-
l’œil après la mort
logie avec la mélanine, mais diffère de la coloration pigmentaire de la choroïde et de l’uvée (').
Chez l’animal mort, on ne trouve dans toutes ces parties constituantes de l'appareil de la vision que la bande unique, caractéristique de l’hémoglobine réduite, ce qui est un signe de la mort certaine à ajouter à celui de l’examen spectroscopique du sang ; en effet, à la face conjonctivale, de la paupière la réduction de l’oxyhémoglobine est très facile à observer, même avec le spectroscope à vision directe.
L’examen spectroscopique de l’œil serait aisé à pratiquer chez le bœuf, le cheval et, fût-il borné à la sclérotique, à la conjonctive, il aurait une valeur séméiologique, il permettrait d’ailleurs, au moyen de l’analyseur chromatique, de déterminer la richesse du san<r en oxyhémoglobine.
11 existe dans l’œil des pigments qu’on ne peut reconnaître, pendant la vie, à l’aide du spectroscope, mais qui sont liés directement aux phénomènes physiologiques et physiques de la vision. Tels sont les pigments de l’uvée, de la choroïde,
(•) Gillet de Grandmont. — Observation de cataracte noire. Extraction. Analyse spectroscopique, par le Dr Héxocqce. Archives (l'Ophtalmologie, 2-1!}, n° 5, p. 272, mai 1893, 2 pl.