SPECTRE DE LA PEAU
spectroscopique des surfaces tégumentaires, non seulement au point de vue du dosage de l’oxyhémoglobine du sang, mais aussi à l’égard de l’appréciation do la vascularisation normale ou pathologique des divers organes accessibles à noire investigation. Mes recherches dans ces deux directions ont donné des résultats importants. En effet, tandis que l’examen de la paume de la main, de l’ongle, du front, donnent des résultats à peu près identiques, il n’en est pas de même pour les lèvres et la face interne des lèvres, ou bien pour la conjonctive palpébrale. En général, on trouve pour ces deux muqueuses un chifîre de i à 2 °/0 supérieur à celui qui s’observe à la surface cutanée, et ce fait constitue un nouveau moyen de contrôle de mon procédé d'analyse, qui sera surtout utile dans les cas d’anémie extrême ; en effet, lorsque la bande n’est pas perceptible à l’ongle avec le spectroscope nu, c’est-à-dire qu’il y a moins de 9 °/0 ; si elle apparaît aux lèvres avec le n° 9, on peut conclure à la présence de 8 °/0 d’oxyhémoglobine au plus dans le sang.
Chez l’enfant nouveau-né, au contraire, ces différences sont moins accentuées ; 011 trouve souvent les mêmes chiffres à la main et aux lèvres. J’ai constaté de dix à onze et même douze
Hénocoüe — Spectroscopie des organes
SPECTRE OES TEGUMENTS
chez plusieurs nouveau-nés, et dix et onze en particulier chez deux enfants, nés à six et huit mois de grossesse, âgés de un à deux jours.
Plus tard, la différence sc prononce et, quelques semaines après la naissance, la lèvre donne 1 à 2 % de plus que la paume de la main ; de sorte que, chez l'enfant, il faut prendre le front comme lieu d élection de l’examen spectroscopique.
Parallèlement à ces variations régionales, il existe des modifications passagères; c’est ainsi que chez l’enfant, dans les premières semaines, les cris amènent la rougeur du visage, augmentent l'intensité des bandes d’oxvhémoglobine, et le spectre du front ressemble alors à celui des lèvres et même de la langue. Chez les femmes à coloration vive, la joue donne un résultat spectroscopique analogue à celui des lèvres, surtout lorsque l’émotion amène la rougeur de la face.
Ces variations dans l'intensité des bandes d’oxyhémogtobine dépendent de la richesse du sang du sujet observé et, probablement aussi, de l’épaisseur et. de la pigmentation des téguments, bien que certaines expériences me démontrentque l'influence pigmentaire n'a qu’une importance accessoire; mais c'est évidemment l’état de vascularisation qui explique le mieux ces différences, et, par conséquent, il y a un grand
CUEZ LES ANIMAUX
intérêt à les étuclier dans les conditions les plus variées. Celte simple observation que, chez un homme ayant 1 1 0 0 d’oxyhémoglobine à l’ongle, on trouve un chitîre de i3 °/0 à la Face interne de la lèvre, montre que la vascularisation superficielle de la lèvre est à celle de la surface sousunguéale comme i3 esta 1 1, c’est-à-dire environ un septième de la quantité d’oxyhémoglobine du sang en plus, pour la lèvre.
Il est donc possible désormais de mesurer la vascularisation et l’hyperliémie relative des surfaces cutanées ou muqueuses, avec l’analyseur chromatiq ne.
Chez la plupart des animaux, il est facile cle faire l’examen du sang dans les tissus vivants, en choisissant les parties glabres ou peu colorées, ou les muqueuses ; c’est ainsi que chez un lapin, j’ai trouvé le chiffre 8 à la face interne de l’oreille et 12 à la face interne des lèvres, des paupières et aux narines. Or, cet animal avait 10 ° 0 d’oxyhémoglobine dans le sang, c’est-à-dire la moyenne entre les deux examens. Chez des cobayes, c’est à la plante du pied, à l’oreille, par transparence, que j’ai trouvé des chiffres analogues, c’est-à-dire le chiffre indiquant la quantité d’oxyhémoglobine du sang.
De même, pour le rat albinos, le chien, le
ANALYSEUR CHROMATIQUE
porc, le mouton, le cheval et le bœuf, il sera loisible de choisir soit les lèvres, la paupière ou l’oreille, mais il sera nécessaire d’établir pour ces animaux une échelle de concordance avec les chiffres des verres chromatiques, et c’est un travail que j’ai commencé.
Applications à la physiologie et à la pathologie. — Les observations précédentes montrent quelles sont les applications immédiates de mon procédé à la physiologie, pour étudier, non seulement dans les téguments, mais aussi dans les organes internes, les phénomènes spectroscopiques, en vue d’obtenir des notions comparatives sur les effets des sécrétions, des contractions, des excitants et des agents toxiques, sur les muscles, les vaisseaux et le cœur. Les expérimentateurs qui, jusqu’à présent, ont utilisé le spectroscope, et je suis du nombre, pour analyser les modifications du sang dans les vaisseaux mis à découvert, ne pouvaient faire qu’une analyse qualitative très approximative ; l'analyseur chromatique fournira des résultats beaucoup plus précis. Au point de vue pathologique, l’étude des érythèmes congestifs, exanthématiques, ou des éruptions spécifiques et diathésiques offre un vaste champ d’observation.
SPECTR0SC0P1E DES TEGUMENTS
Dans la cyanose, l’analyseur chromatique, combiné avec l’examen hématoscopique, m’a permis d’apprécier la quantité d’hémoglobine réduite par rapport à la quantité d’oxyhémoglobine contenue dans le sang de plusieurs individus atteints de maladie bleue. Enfin, il m’a permis de suivre dans le service du Dr Lahadie-Lagrave, avec son interne 31. Potel, chez des enfants nés avant terme et débiles, l'action des aspirations d’effluves d’ozone, sans être obligé de répéter des piqûres pour extraire les quelques gouttes de sang nécessaires pour remplir l’hématoscope.
Étude des téguments pendant la vie. — Chez la plupart des animaux supérieurs, l’étude des téguments présente principalement des particularités dans la vascularisation des tissus qui les constituent et qui doit être étudiée, soit dans les parties vivement colorées, soit dans les parties transparentes. C’est ainsi que, chez les vertébrés, Corrado a appliqué l’examen spectroscopique direct de la crête des gallinacés à des recherches intéressantes sur l'action des divers empoisonnements, par l’acide carbonique, l’oxyde de carbone et l'hydrogène sulfureux. Pareilles recherches peuvent être faites chez le dindon, et en général, chez les oiseaux qui présentent des