‹ Spectroscopie biologique (volume 2)Chapitre 7 sur 75 · SPECTROSCOHIE DES TISSUS VIVANTS · texte numérisé non relu

SPECTROSCOHIE DES TISSUS VIVANTS

parties cutanées érectiles et bien vascularisées. Chez les autres vertébrés, on peut utiliser les parties peu épaisses et transparentes, dans les recherches physiologiques ; parmi les mammifères : l’aile de la chauve-souris, l’oreille des rats blancs albinos, la langue et la membrane natatoire de la grenouille (*), la queue des tritons, les larves des batraciens ; chez l’axolotlalhinos, on peut suivre les variations de la coloration de la peau et des branchies, de la queue, qui peuvent donner, avec l’analyseur chromatique,des différences de 6 à 12 °/0 suivant, diverses conditions d’anémie, ou d’hyperhémie cutanée.

Chez les poissons, on peut examiner par transparence la queue, les nageoires, et directement les branchies, en conservant l’animal immobile et en l'isolant dans des cuves très étroites, ou même dans un aquarium peu large, entre deux lames de verre. On peut varier facilement ces dispositifs pour pouvoir examiner au spectroscope et même au microspeclroscope aussi facilement qu’avec la loupe ou le microscope; dans ces cas, on choisira les poissons les plus transparents, ou même les poissons en voie de dé-

(*) G. Corrado. — Spettroscopia del tissi r ivi e mord. E. Detkeri, Napoli, 1892. Estratto del Giornale Interna dette Scienze nudiche, anno X1Y,

COLORATION DKS TISSUS

veloppement, les alvins, et l’on pourra étudier l'action des substances qui agissent plus particulièrement sur le sang.

Des études analogues sont faciles à faire sur certains insectes, les larves de chironomus en particulier, les daphnies, les cyclops, les apus, et parmi les annélides, les lombrics, les néréides, et en général tous les animaux inférieurs qui présentent de l’hémoglobine dans leur hémolymphe (Chap. V, p, 91).

L’examen spectroscopique des téguments comporte encore l’analyse de la coloration de ces tissus, en d'autres termes l’analyse des pigments. Il y a certainement intérêt à isoler les pigments des tissus, à en rechercher les caractères chimiques et spectroscopiques, à établir leur rôle physiologique et leurs relations réciproques ; mais il est nécessaire aussi de les rechercher sur le vivant, pour en mieux comprendre les modifications.

L’étude la plus complète, et je puis dire la seule qui envisage, dans son ensemble, les colorations des téguments et des tissus, a été faite par Krukenberg (:i). (*)

(*) Khukenberg. — Grundzuge einer Vergleilienden Physiologie der Farbsloff und de r Farben , Heidelberg, Cari Winter, 188b

COLORATIONS OBJECTIVES

Ce travail est indispensable à consulter pour quiconque voudrait poursuivre des recherches analogues, ou même simplement compulser la bibliographie des documents déjà très nombreux qui s'y rapportent. Je me conlenterai de signaler les deux principales divisions de l’étude des colorations des téguments et des tissus. Les unes sont objectives , c’est-à-dire qu’elles sont dues à des particularités déstructuré des tissus qui modifient, à la fois, les radiations lumineuses transmises de la superficie des tissus à leur profondeur et celles qui sont réfléchies de la couche profonde pigmentée des tissus. Ainsi que le dit Brucke, l’examen microscopique d’un iris bleu offre simplement un tissu transparent reposant sur une couche pigmentaire, et ce tissu transparent, comme d’autres corps, jouit de la propriété de laisser passer les radiations d’une grande longueur d’onde, en môme temps qu’il réfléchit les radiations d’une plus courte longueur d’onde.

Le type des colorations objectives est la couleur blanche, celle des cheveux blancs, des plumes blanches, des écailles argentées du poissons, l’aspect argenté métallique des téguments des insectes aquatiques, du ventre des hydrophiles, des dytiques, des hydromètres ou araignées d’eau.

COLORATIONS OBJECTIVES

Dans ces cas, la coloralion est produite par des corps opaques contenus dans les cellules des tissus, dans les chromatophores, comme dans les écailles des poissons, ou par la présence de bulles d’air, soit à l’intérieur des éléments anatomiques (cheveux, poils blancs), soit à la surface même des tissus (insectes aquatiques). Les colorations objectives se présentent souvent dans la série animale ; telle est, chez l’homme, la coloration bleue de l'iris des veines vues à travers la peau, des ongles dans la cyanose ou après la mort, des tatouages faits avec la poudre ou l’encre de Chine; et, chez les animaux, le museau du mandril, les parties colorées de la peau du casoar et la pintade, et les plumes d’un certain nombre d’oiseaux, les pittacides en particulier.

Il est important de connaître ces phénomènes et de savoir qu’un grand nombre de colorations bleues ou vertes sont dues à des phénomènes de réflexion ou de réfraction de la lumière dans les éléments des tissus avant d’arriver à la couche pigmentaire noire ou jaune sous-jacente. Les plumes des oiseaux mettent en évidence les variations si remarquables de la couleur, indépendantes du pigment, qui présentent une relation directe avec la finesse, le nombre des stries des éléments des plumes et peuvent produire

COLORATIONS OBJECTIVES

une teinte jaune ou verte, ainsi que 1 a démontré Gadow.

Les colorations dorées, nacrées ou verdâtres de la peau des caméléons, des lézards, des rainettes ; la coloration violette de l’écaille de la moule comestible seraient un phénomène de même ordre, suivant Krukenberg. Mais nous devons dire que G. Pouchet a exposé une théorie différente, celle qui consiste à admettre que certains tissus possèdent une propriété spéciale, la coloration bleue, indépendante de toute structure anatomique, la cérulescence, phénomène qui doit être rapproché du dichroïsme, ou de la fluorescence (*).

Les colorations, dites subjectives , forment deux groupes distincts : celles qui sont produites par des phénomènes d'interférences, et celles qui dérivent de la dispersion prismatique.

Les couleurs d’interférence sont produites par des dispositions des éléments des tissus qui forment, d’une manière générale, de fines stries, analogues aux divisions des réseaux. Tantôt ce sont de fines stries ou des lamelles allernative-

(*) G. Pouchet. • — Changement de coloration sous V influence des nerfs. Journal de l’Anatomie et de la Physiologie, 1876-1877.

COLORATIONS TAR INTERFERENCE

mont minces et épaisses, et aussi des membranes avec interposition d’espaces renfermant de l’air. Les couleurs si vives de la perle ou de la nacre sont dues à la présence de couches successives que le polissage inet en lumière.

Les couleurs d’irisation sont bien dues à cette disposition de stries et de sillons, car la perle et la nacre, plongées dans l’encre, conservent leurs propriétés d’interférence. Les couleurs d’interférence ont un vif éclat métallique, ainsi qu’on peut le constater dans les écailles des serpents, les ailes de papillons. Les é ly très de certains coléoptères, en particulier chez les curcu- Iionides, les hoplies farineuses et divers scarabés doivent leurs brillantes couleurs à la présence de Unes stries.

De même, chez certains oiseaux-mouches, les reflets métalliques sont en rapport avec la texture des plus Unes divisions des plumes.

On retrouve les couleurs d’interférence chez les annélides, lombrics, néréides, et chez les céphalopodes, le poulpe, la sépia. La caractéristique des couleurs dues à l’interférence est de ne pas être modifiée à l’examen spectroscopique direct, c’est-à-dire à la lumière incidente ; les tissus examinés par transparence ne sont pas colorés, ou présentent une coloration pigmentaire qui n’a

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