Roux. — Zeitschr. f. Biologie, 1885, t. XXI
6. Rxper. — The archistome theory (Amer. Naturalist., 1885, XIX, p. 1115).
5. Ch. Sedgwick Minor. — The concrescence theory of the vertebrate embryo (Amer. Naturalist., 1890, XXIV, p. 5or, 617, 702).
8. O. HERTWIG. — Urmund und Spina bifida (Are. J. mikr. Anat., 189», XXXIX, p. 353).
9. M. Duvaz. — Ann. des Sciences naturelles (Zoo!.), 1884, XVIII,
nous venons de montrer l’origine, porte le nom de blastoderme. Cette vésicule blastodermique ne tarde pas à s’invaginer, comme un doigt de gant dont on rentrerait le bout en lui-même : nous aurons ainsi deux parois cellulaires, l’une externe, l’autre interne, et au niveau de l’invagination un orifice, dont le bord sert de transition entre les deux parois. La blastula s’est ainsi transformée en gastrula. Les deux couches cellulaires constituant la double paroi deviennent les feuillets externe et interne du blastoderme, l’ectoderme et l’endoderme. La cavité intérieure deviendra l'intestin primilif, progaster, archenteron, coelenleron, etc. L'orifice qui existe au niveau même de l'invagination, dont le bord établit une transition entre les deux feuillets, et qui donne accès dans l'intestin primitif, c’est le prostome.
Nous verrons plus loin un troisième feuillet, le feuillet moyen ou mésoderme, s'interposer entre les feuillets externe ou interne du blastoderme.
Mais ce processus de la gastrulation est tellement complexe chez les vertébrés, qu’il est nécessaire de l’examiner d’abord dans une espèce où il s'effectue d’une façon plus simple, par exemple, chez l’amphioxus. D’après Hatschek r, la gastrula de l’amphioxus représente une dépression allongée, occupant presque tout le diamètre apparent de la blastula. Peu à peu, cette vaste ouverture se transforme en un petit trou qui se trouve tout près de l’extrémité postérieure de l'embryon, sur sa face dorsale. Or, l'examen des formes intermédiaires permet de reconnaïtre que
les lèvres du prostome se sont d’abord réunies à leur extrémité
-antérieure, tandis que la partie postérieure du prostome restait ouverte sans présenter de modifications. L’union des lèvres du prostome s’est continuée progressivement d'avant en arrière, suivant une ligne qui sera plus tard la ligne dorsale médiane. Cette fermeture du prostome, d’une part, clôt la paroi postérieure de l'intestin primitif qui, plus en arrière, s’ouvre directement à l'extérieur par la partie non refermée du prostome; d'autre part, cette soudure constitue sur la ligne médiane une
1. HarscHex. — Stud. über Entwickl. d. Amphioxus. (Arb. d. zool. Inst zu Wien, 1881, t. 1V).
masse cellulaire dont la couche externe est l’ectoderme qui s'épaissit et se différencie pour former la gouttière médullaire, tandis que la couche profonde forme le cordaentoblaste, origine de la corde dorsale. «(Le cordaentoblaste prend part entre les deux replis entoblastiques, qui, ici, sont visibles et séparés l’un de l’autre par sa largeur même, à la fermeture de l'intestin primitif. «C’est aussi cette masse médiane qui donnerait naissance à deux expansions cellulaires latérales qui, s’insinuant de chaque côté entre le feuillet interne et le feuillet externe du blastoderme, représenteraient l’origine du feuillet moyen. »
Chez les amphibies, ce processus de gastrulation présente quelques modifications que O. Hertwig décrit ainsi : : dans la zone de transition, entre les parties animale et végétative de la vésicule germinalive, près du bord antérieur de la zone marginale, au point qui correspondra à l'extrémité céphalique, il se forme d’abord une petite invagination, qui sera la cavité de l'intestin céphalique. Cette invagination s'accroît en arrière; ses bords représentent les lèvres du prostome; à mesure qu’elles s'étendent en arrière vers la moitié végétative, en s’éloignant l’une de l’autre, en avant, au contraire, elle se rapprochent. Le tout représente assez exactement la forme d’un fer à cheval. En avant, les bords, en se développant, viennent au contact et se soudent progressivement d'avant en arrière. Par suite de cette soudure progressive, la cavité de l'intestin primitif s'agrandit d'avant en arrière. Mais, en même temps, la partie du prostome qui était restée ouverte, recule proportionnellement vers l’extrémité caudale, et ainsi la paroi dorsale de l’embryon se constitue peu à peu, présentant au point qui vient de se souder le sillon dorsal.
De plus, des lèvres du prostome, au point où se faisait leur soudure, part une invagination cellulaire, orgine du mésoblaste (mésoblaste péristomal de Rabl).
Au niveau du sillon primitif, dans l'ectoderme, se différencie
1. HERTWIG. — Der Entwickl. d. mittleren Keimblattes d. Wirbelthiere. lena, 1883, p. 43, 44, 45. — Urmund und Spina bifida (Arch. f. mikr. Anat., 1892, p. 430).
la lame médullaire. Plus en avant se trouve le double renflement cérébral, au niveau duquel le processus d'’invagination a débuté. À mesure que les lèvres du prostome se soudent, la corde dorsale se constitue profondément et, de chaque côté, le mésoblaste péristomal, en s'étendant, devient le mésoblaste gastral. | |
Ce processus de gastrulation s'étend d'avant en arrière; les lèvres du prostome s’accroissent toujours dans la direction de l'extrémité caudale, à mesure qu'elles se soudent du côté de l'extrémité céphalique. L’invagination mésoblastique constitue la cavité du cœlome qui va en s’approfondissant. Enfin, les lèvres du prostome, arrivées à l'extrémité du diamètre le long duquel s’est produite l'invagination, se ferment, entourant un orifice annulaire. Juqu’au delà de cette ouverture par laquelle le vitellus est à découvert (bouchon vitellin), l'hémisphère végétatif est entièrement recouvert. La soudure prostomatique s'est accrue proportionnellement; sa partie encore ouverte est très loin de son origine, et s’est transportée de l'extrémité céphalique à l'extrémité caudale de l'embryon. Comme, à mesure que l'extrémité céphalique du prostome se soudait, l'extrémité caudale encore ouverte s’allongeait d'autant, il n'y a jamais eu d’ouvert qu'un petit orifice qui s’est déplacé d'avant en arrière, et c’est à cet orifice qu’on réserve le nom de blaslopore. | Û
C'est au delà de la partie ouverte du prostome que s'accroît le blastoderme ou, pour parler plus exactement, qu'une part.
toujours plus grande de la masse vitelline se trouve englobée
par le blastoderme. Aussitôt qu’une nouvelle masse cellulaire 3 s’est constituée au delà de la portion ouverte du prostome, l'in= vagination s'étend à cette masse, c’est-à-dire que la portion ouverte du prostome s'accroît vers l'extrémité caudale, tandis qu'une partie égale se referme vers l'extrémité céphalique. Or, comme nous savons que cette soudure constitue à mesure les organes axiles, intestin primitif, corde dorsale, lame médullaire, nous voyons le rôle important que joue ce processus dans l'accroissement en long du corps embryonnaire. |
Chez les vertébrés amniotes, le processus de la gastrulation est à peu près le même, quoique plus complexe encore. Ici, le prostome n'est autre chose que la gouttière primitive; ses bords se soudent très tôt sur la ligne médiane et, à ce niveau, les trois feuillets sont unis l’un à l’autre sur une certaine étendue. Le rôle de cette gouttière primitive dans la formation de l'intestin primitif, de la corde dorsale, de la gouttière médullaire est identique au rôle du prostome chez l’amphioxus et les amphibies. Il en est de même pour le formation du feuillet moyen. À sa première apparition, la gouttière primitive appartient à l’extrémité céphalique de l'embryon; elle constitue les organes axiles en se soudant, et se développe vers l'extrémité caudale en s’insinuant entre les cellules de nouvelle formation dans la zone d'accroissement qui la limite en arrière. Ainsi, sa longueur, à partir de son point d'origne, augmente sans cesse.
Or, si on a bien compris comment le prostome, en se fermant en avant, clôt l'intestin primitif, tandis qu'il s'ouvre en arrière, on verra comment, à chaque moment du développement, la cavité de l'intestin primitif viendra s'ouvrir entre les lèvres de la partie ouverte du prostome. Et comme ces lèvres sont en voie de différenciation en lame médullaire, on s’expliquera sans peine la communication établie entre la cavité de l'intestin et l'ébauche médullaire ; c’est la partie restée ouverte du prostome, le blastopore, qui représente cette communication à laquelle on a donné le nom de canal neurentérique. Le rapport immédiat entre l'extrémité postérieure de l’ébauche cordale et le canal neurentérique s'explique ainsi de lui-même.
Revenons en détail sur quelques-uns de ces points, et tout d'abord sur la formation de la lame médullaire. Hertwig, jusqu'ici, a semblé admettre que c'était après la fermeture du prostome que, sur la soudure même, l’ectoblaste se différenciait en lame médullaire. Il y a cependant des raisons morphologiques sérieuses, et Hertwig le reconnaît lui-même (p. 440), pour admettre que l’'ébauche primitive du système nerveux central représente un anneau développé sur le pourtôur du prostome,
D88 SPINA BIFIDA
avant la soudure de ses lèvres; l'anatomie comparée nous montre, chez diverses espèces de la série animale le prostome encore ouvert et entouré d’un anneau nerveux. C’est le cas notamment chez les anthozoaires, comme aussi, mais jusqu'à un stade moins avancé du développement, chez les annélides et les arthropodes. Même chez les vertébrés supérieurs, l’étude du développement de la substance grise et des racines médullaires montre bien que l’ébauche primitive du système nerveux central préexiste à la fermeture du prostome. Enfin, si la théorie de la concrescence peut fournir un solide point d'appui aux théories tératogéniques du spina bifida, réciproquement, les faits observés dans l'anatomie pathologique de cette malformation pourront éclairer certains points de cette théorie. Les faits de diastématomyélie que nous avons rapportés peuvent être considérés comme rentrant dans cette dernière catégorie. En résumé, et suivant les expressions même de Hertwig, « les deux commissures grises du système nerveux central sont constituées par des soudures; la commissure antérieure est formée par la fermeture du prostome, et la commissure postérieure par la soudure en arrière des crêtes médullaires, alors que la gouttière médullaire se referme et constitue le tube médullaire. »
Pour la corde dorsale, Hertwig est beaucoup moins affirmatif : « Nous n'avons pas le droit de dire que la corde dorsale est constituée par la soudure des lèvres du prostome. Peut-être n'y a-t-il entre les deux faits que le rapport suivant : cette fermeture forme le recouvrement de l'intestin primitif, et il se peut que ce soit au niveau de ce recouvrement que se développe ultérieurement, pour des causes qui nous sont inconnues, la corde dorsale. On ne peut pas donner la corde comme formée par la suture longitudinale médiane du corps, mais elle n’en indique pas moins le siège de cette soudure, la ligne au niveau de laquelle, à un moment donné, s’ouvrait le prostome. Et même, il serait erroné de conclure du fait qu’on trouve une double corde dorsale, quand la fermeture du prostome a été retardée, que, génétiquemènt, la corde unique est due à la réunion de
deux ébauches cordales primitives. Le dédoublement de la corde tient seulement, dans ces cas, à ce que les matériaux de l’ébauche ont été anormalement divisés au moment même où cette ébauche est sur le point de se différencier. Ce dédoublement indique seulement qu'à un moment donné, le processus normal du développement a été troublé; il n’est nullement la résultante d’une circonstance embryogénique précise. »
J'avoue que ce raisonnement est loin de me convaincre; les faits mêmes qu'Hertwig a observés sur ses embryons de grenouilles, plusieurs des circonstances anatomo- pathologiques que j'ai rapportées au cours de cette étude me confirment dans l'idée que la corde dorsale, comme le veut His, est primitivement double. Je serais même tenté de me rallier à l’opinion de von Spee, que j'ai exposée plus haut, et de considérer les deux demi-ébauches primitives de la corde dorsale comme d'origine ectodermique. L'explication que donne Hertwig de la formation du canal cordal chez les mammifères et les schémas qui accompagnent cette description viennent à l'appui de cette idée. Nous avons vu comment des lèvres du prostome, avant leur fermeture au-dessous de la lame médullaire en voie de différenciation, se forme, par une sorte d'invagination cellulaire, le feuillet moyen, qui se clive en deux parois limitant la cavité du cœlome. « Chez les mammifères, dit Hertwig (p. 462), sur le pourtour du prostome, ou ce qui revient au même, sur le pourtour du sillon primitif, on trouve, sur un espace des plus restreints, une double formation de lèvres : r° les lèvres proprement dites du prostome, au niveau desquelles, maintenant, le feuillet externe du blastoderme se continue directement avec le feuillet moyen pariétal; 2° les lèvres du feuillet intestinal qui établissent la continuation entre ce feuillet interne et le feuillet moyen viscéral. Quand le prostome se ferme, chez les vertébrés en général, il n’y a que les lèvres, proprement dites, du prostome qui se soudent, tandis que les lèvres du feuillet interne restent séparées par un petit espace et, de chaque côté, limitent l’ébauche cordale qui se forme ainsi au niveau de cette fermeture incomplète, et, en la complétant, prend une part à la clôture de l'intestin primitif.
Chez les mammifères, il y a une petite différence ; les lèvres du feuillet intestinal se soudent ou, tout au moins, viennent au contact l’une de l’autre. Ainsi se forme, sous l'ébauche cordale, un canal étroit plus ou moins long qui, en arrière, s'ouvre par l'orifice du canal neurentérique à la surface du sillon primitif et, en avant, par un deuxième orifice, est en communication avec la cavité du blastoderme. de
« De tous les observateurs, qui ont étudié ces premiers stades du développement chez les mammifères, c’est van Beneden qui a étudié ce point avec le plus de précision. Or, ses résultats s'accordent exactement avec les miens. Van Beneden a vu (et on peut comparer ses conclusions avec mes schémas): 1° que les cavités cælomatiques s'ouvrent à l’origine dans le canal cordal ; 2° que l’ébauche cordale se continue de chaque côté avec le feuillet pariétal du mésoblaste; 3° que le plancher du canal cordal se continue avec le feuillet viscéral du mésoblaste… Plus tard, ajoute Hertwig, les lèvres du feuillet interne accolées s’écarteront, et le canal cordal se confondra avec la cavité proprement dite de l'intestin primitif.
Il n'en reste pas moins établi par les recherches ds! van Beneden, confirmées par celles d'Hertwig lui-même, que l’'ébauehe de la corde est en continuité avec le feuillet moyen pariétal et qu’elle est séparée du feuillet endodermique par le feuillet moyen viscéral. |
Nous avons vu plus haut (p. 23) comment se formaient les ‘4 protovertèbres. « Si, dit Herlwig, à une époque assez avancée du développement, on fait des coupes en série à travers la partie postérieure du corps, on trouve, par exemple, quand il y a e déjà dix, onze ou douze segments primordiaux formés, en allant M d’arrière en avant, d’abord le prostome ouvert; puis ses bords M s'unissent, puis ils constituent un cordon cellulaire, puis on voit D se différencier la corde et la lame médullaire, tandis que, laté- 4 ralement, un nouveau segment se différencie des parties envi. ronnantes. Lorsque, par exemple, le dixième segment se forme, 4 une partie correspondante du prostome se ferme, ct il en est de même pour l'établissement du onzième, puis du douzième | 3
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segment, et ainsi de suite. Le prostome, qui reste ouvert audessous du dernier segment formé, a toujours les mêmes dimensions, de sorte qu'il faut bien admettre que la portion postérieure du prostome doit s’accroître de ce que sa fermeture fait perdre à sa partie antérieure. Contrairement à l'opinion de Balfour, je crois que c’est par sa partie postérieure que s'accroît le prostome. Ce qui se fait en avant du prostome refermé, c’est la différenciation cellulaire ; ce qui se fait en arrière, c’est l’accroissement du blastoderme, par la multiplication cellulaire. »
: Nous avons vu, également, comment des protovertèbres partent des prolongements mésodermiques qui s’insinuent d’une part ‘entre la corde dorsale et le tube médullaire, et d'autre part entre la corde et l’endoderme, enveloppant ainsi la corde d'une gaine mésodermique, tandis que d’autres prolongements s'interposent entre le lube médullaire et l’ectoderme. Nous ne reviendrons pas sur ces faits. |
Nous voyons là comme il faut entendre ce processus de la concrescence qui, suivant l'expression de Sedgwick Minot:, n'est autre chose que le processus d’union soudant les lèvres d’une gastrula très allongée, «a modified method of uniting the lips of a greatly elongated gastrula mouth. »
En étudiant ainsi l’évolution du prostome chez les diverses espèces animales, depuis l’amphioxus jusqu'aux vertébrés supérieurs, j'ai voulu montrer que l’organisme, au début de son développement, obéit aux lois du plan de symétrie.
On pourrait se figurer idéalement un embryon, à un stade précoce, formé de deux moiïtiés symétriques: de chaque côté, le feuillet externe en se réfléchissant, constituerait au milieu une fente longitudinale, allant de la surface dorsale à la surface ventrale. Si cette fente n’affecte que la partie dorsale, elle représentera le prostome. Les deux lèvres de cette fente se réuniront en plusieurs endroits, pour former profondément l'intestin pri-
mitif, puis la corde dorsale, et enfin, superficiellement, la gout-
tière médullaire, qui se refermera ensuite, s’isolant de la surface
1. CH. SEenGwick Minor. — The theory of the concrescence (Amer: Naturalist., 1890, p. 516).
dorsale. De son côté, le feuillet moyen du blastoderme, apparu de chaque côté, franchira à son tour le plan médian, et c’est ainsi, par concrescence, que ce plan médian sera le siège de formations impaires et médianes, tandis que les parties latérales extrêmes resteront paires et symétriques. Il est aisé, dès lors, de concevoir que les troubles d'évolution, portant sur la nonsoudure partielle ou complète des deux moitiés, pourront expliquer les troubles d’évolutions dont la conséquence sera le spina bifida.
Tout d’abord, ce processus peut être complètement arrêté, pour ainsi dire, dès son origine. Le cas de Morel et Gross, que nous avons rapporté p. 530, en est la preuve. Bien que certains détails manquent dans la description anatomo-pathologique de cette pièce remarquable, les particularités relatées sont d'autant plus intéressantes pour nous, que les auteurs n'avaient aucune idée des théories auxquelles ces particularités s’adaptent si exactement. Je renvoie à l’analyse que j'ai faite de cette observation et aux remarques qu'elle m'a suggérées, p. 536. J'ai montré comment cette continuité du feuillet ectodermique avec le feuillet endodermique, interrompue seulement par la présence de l’anneau médullaire, ne pouvait s’expliquer que par un arrêt total de la concrescence. Le prostome s’est produit sur toute sa longueur; il a donné lieu par son extrémité caudale aux phénomènes habituels d’accroissement en long du corps embryonnaire. Mais, du côté de son extrémité céphalique, la soudure ne s’est pas faite, les organes axiles se sont développés en deux parties séparées et repoussées latéralement.
Mais si l'observation de Morel et Gross peut représenter cet arrêt de la concrescence dès le début sous sa forme totale, nous avons d’autres observations qui nous indiqueront le même arrêt évolutif, plus localisé. Dans les observations de Svitzer, de Lévy, de Rindfleisch, on voit une anse intestinale, partie de la cavité abdominale, traverser un orifice du diaphragme, puis venir faire hernie à travers une division des corps vertébraux, de la moelle et des arcs vertébraux postérieurs. Il me paraît difficile d'admettre qu’il s’est fait une hernie diaphragmatique
chez des sujets atteints précisément de spina bifida antérieur, ce qui a permis à la dite hernie de venir faire saïllie audehors à travers la fissure rachi-médullaire. Il me semble beaucoup plus simple de croire que les lèvres profondes du prostome se sont refermées, amenant la clôture de l'intestin primitif, mais que le tube intestinal refermé ne s’est pas séparé des parties sus-jacentes du prostome, et que la réunion tant des demiébauches médullaires et du- feuillet ectodermique que des organes axiles mésoblastiques n’a pu s'effectuer. L’intestin s’est développé, mais par un point il est resté adhérent à la fissure rachidienne. Autour de l’anse, allant ainsi de la région thoracique à la région abdominale, le diaphragme, secondairement, n'a pas pu se refermer complètement.
Si ces cas de Rindfleisch, Svitzer, Lévy, peuvent servir à démontrer que le spina bifida s’est établi par suite d’un trouble de la concrescence, ils peuvent aussi nous fournir un argument à l'appui de la deuxième partie de notre théorie. Nous avons, en effet, cherché à établir en premier lieu que le spina bifida est dû à un trouble de la concrescence; mais aussi, en second lieu, nous voulons faire voir que les diverses formes du spina bifida ne sont pas des lésions absolument distinctes, apparaissant à des époques différentes du développement embryonnaire, comme on l'a admis jusqu'ici. J'ai dit déjà que, quel que soit le trouble subi à l'origine par le processus de développement, ce processus tendra à revenir toujours vers sa marche normale. Trouble à son début, le processus reprendra ensuite son cours, et c’est de la lutte entre le trouble primitif et la tendance du processus à ramener l'évolution vers son type normal que résulteront les formes successives du spina bifida. Or, dans les cas que je viens de citer, on voit très nettement comment l'arrêt de la concrescence a causé la lésion; mais on voit aussi que la concrescence, troublée à son origine, en un point donné, a pu reprendre son évolution ; la fermeture des lèvres profondes du prostome s'est effectuée, et si, à ce niveau, les lèvres superficielles n'ont pu se souder, celte soudure ne s’en est pas moins effectuée en arrière du point malformé. La présence de cette
D' M. DENUCÉ. , 38
594 SPINA BIiFIDA anse intestinale rejoignant à travers le diaphragme incomplètement refermé la cavité abdominale, tandis que les parties du rachis et de la moelle voisines du point malformé ont leur conformation normale, en est la preuve. ë
On comprend, dès lors, combien es faits analogues à ca de Morel et Gross doivent être rares. Un arrêt aussi complet el aussi précoce de la concrescence doit généralement amener la mort de l'embryon. Dans les expériences de Lereboullet, comme dans celles d’Oellacher ou d'Hertwig, lorsque la lésion primitivement constatée ne diminue pas rapidement, pour se rapprocher du type normal, l'embryon ne tarde pas à mourir. 4 Aussi, en général, le trouble initial apporté à la concrescence | n'empêche pas, quand le processus reprend son œuvre, la fermeture des lèvres profondes et, par conséquent, la fermeture et la libération de l'intestin primitif. Pour cela, il faut qu'il y ait en même temps fermeture du -feuillet interne et du feuillet moyen viscéral. Les cas de spina bifida antérieur que nous avons cités, où la fissure des corps vertébraux ne s'accompagne pas de malformation du côté du tube digestif, accentuent la séparation entre l’endoderme et le feuillet moyen viscéral, d’une part, et la corde dorsale et le feuillet moyen pariétal, d'autre part. Je rappelle seulement que, dans mon observation personnelle, « j'ai pu lrès nettement constater, par la persistance de deux nuclei pulposi, un de chaque côté de la fissure, un indice certain démontrant que la corde dorsale avait été doublée, ou, pour parler plus exactement, ne s'était pas réunie en un point sur la ligne médiane.
Laissons actuellement de côté les cas dits Rue ceux où une masse sépare les moitiés latérales des corps vertébraux et de la moelle. Dans les cas simples, la division, ou du moins la division apparente des corps vertébraux, est rare, et tout au plus se révèle-t-elle par un sillon médian longitudinal imprimé plus ou moins profondément sur leur face dorsale. Mais, le plus souvent, la concrescence s’est effectuée non seulement pour la corde dorsale, mais encore pour les prolongements, sclérotomes et , myotomes, qui, partis des segments primitifs, se sont insinués :
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