L*HOMME
tîes ; mais la partie doit se concevoir elle-même de trois manières différentes : d'abord comme partie absolue, si Ton peut dire, puis comme partie au milieu d'autres parties, enfin comme partie relative au tout. L-âm e est une partie de rinte lligence infinie de Dieu, comme Je corps est une partie de r etendue infinie de Pjeu; en un mot, Fhomme est une partie de Dieu (1, 85) ; il y a donc pour Thomme trois façons de se rattacher à Dieu, qui constituent trois formes d'intelligence, et par suite aussi trois formes d'existence. En un mot, il y a place dans la pensée humaine pour une dialectique qui est en môme temps une morqle. Sans doute, à toutes les phases de cette dialectique, Thomme se définit par Dieu, et son activité est une conséquence de la puissance divine; mais Thomme se définit Dieu sous un certain rapport, Deus quatenus (I, 82, sqq ) ; ce qui se transforme, c'est précisément ce rapport, c'est-à-dire Fhomme'même, dont l'essence est déterminée par ce rapport. Le progrès de la dialectique morale ne détermine donc pas une gradation de qualités qu'un môme être acquiert tour à tour ; il est une ascension de l'ôtre lui-même, un approfondissement de son essence qui transforme la nature de cette essence môme.
L'obligation que subit l'esprit humain, de commencer par des déterminations finies et de recourir aux auxiliaires de l'imagination, lui impose le progrès de cette dialectique ; d'autre part, cette dialectique est compatible avec l'immuable identité de la substance, parce que la nécessité géométrique de cette dialectique, telle que Ta conçue
Spinoza, ne se confond nullement avec la nécessité mécanique : la nécessité mécanique est une nécessité d'extension qui suppose un monde de choses multiples et homogènes, dont chacune est déterminée d'avance et du dehors, toute faite et tout étalée; la nécessité géométrique est une nécessité spirituelle, qui procède d'une spontanéité naturellement infinie, qui exprime un développement logique et intérieur, qui ne permet pas seulement, mais qui implique le progrès. De même qu'elle a conduit la pensée de l'Être infiniment infini à ses modalités finies, de même elle sera capable de la faire remonter des afl'ections particulières et contingentes à la vie éternelle ; la même nécessité, en un mot, qui a fondé la fatalité des événements naturels, élèvera l'homme au règne de la liberté, et ainsi la nécessité logique s'affirmera comme nécessité morale.