CHAPITRE PREMIER
L^autre monde*
Uaiitr^e inonde^ la vie future, est une réalité, une forte et absolue certitude.
Ce n'est pas seulement la philosophie dont les victorieuses démonstrations nous apportent cette consolante certitude, c'est encore et surtout l'Église qui nous l'impose par son enseignement, c'est Dieu même qui nous la garantit de son infaillible parole.
Tout ne finit pas à la tombe. Nous ne sommes ici-bas que des passagers d'un jour, des voyageurs en route pour l'éternelle patrie.
Quand l'âme se détache à la mort de son enveloppe charnelle, elle paraît devant son juge el^
suivant qu'elle a méconnu la loi divine ou qu'elle Ta suivie, elle reçoit son châliment ou sa récompense.
Il y a dans cette perspective du ciel et de Tenfer une douce consolation pour les fidèles, un sévère avertissement pour les pécheurs, des garanties précieuses et une leçon salutaire pour tous. L'éternité demeure l'ancre de salut, la sanction efficace de notre vie.
L'ennemi du genre humain, le diable en un mot, a tout mis en œuvre pour ébranler et ruiner dans les âmes la croyance à l'autre monde. Et, pendant longtemps, on le sait, le hideux matérialisme a docilement subi son inspiration, et multiplié ses attaques.
Les matérialistes ne se sont pas bornés à rejeter les lois de l'Église, à abandonner ses pratiques, à subordonner leur existence aux bas instincts, à vivre et à mourir comme des bêtes. Pris d'un prosélytisme ardent, ils ont déclaré la guerre à la foi au nom de la raison, puis au nom de la science, et ils ont construit un grand
corps de doclrine, où tout s'expliquait naturellement, sans Dieu et sans âme, où aucune place n'était laissée à Fidéal et au ciel.
A l'homme qui, agité des plus nobles sentiments, prétendait observer la dignité de la vie et rester fidèle à Thonneur, même au détriment de ses intérêts matériels, même au péril de sa vie, ils ont dit : // ny a pas d'âme! El ton seul devoir est de servir les passions de ton corps !
Au soldat qui allait crânement au feu, prêt au sacriflce et à Théroïsme, ils ont crié : Il n'y a pas de Providence ni de Législateur suprême.
Un y a pas de Dieu! N'attends pas de récompense et sauve ta peau, car c'est le seul bien !
A l'époux brisé par la douleur qui pleure celle qui n'est plus, à la veuve qui lève éplorée les bras au ciel, aux enfants orphelins ils ont dit d'une voix implacable : Pourquoi ces larmes et ces prières ? Celui ou celle qui vient de mourir est bien mort, et vous ne le reverrez jamais. Un y a ni âme, ni éternité , ni ciel, ni enfer!
Cette désolante doctrine a fait de profonds
ravages, de nombreuses victimes, mais elle ne pouvait pas tenir longtemps captif Tesprit humain. Non seulement elle ne répondait pas aux besoins du cœur, à cette soif d'idéal qui ftiit à la fois le tourment et le bonheur de Tâme, mais elle était absolument contraire à la vérité. L'expérience l'a démentie et la science en a fait justice. A cette heure, on peut le déclarer hautement (1), le matérialisme est condamné et agonisant, et il n'osera plus se produire au grand jour. Sans doute, en raison des passions et de la faiblesse humaine, il y aura toujours des individus matérialistes, des gens vivant comme si Dieu n était pas ; mais, nous le répétons, en tant que doctrine, le matérialisme est bien mort.
Devant un tel désastre, l'esprit du mal ne s'est trouvé ni découragé, ni surpris, ni désarmé : il a simplement retourné sa doctrine, nous allions dire sa veste, et s'est fait ermite, il est devenu
(l) Cf. D'' S., Spiritualisme et Spiritlsmej Téqui.
spiritualité ou plutôt spirite. Le spiritisme en effet se présente partout comme spiritualisme. C'est sous cette forme hypocrite et menteuse que le matérialisme renouvelle ses attaques contre Dieu et l'Église ; et, pour en avoir raison, il suffit de le démasquer.
C'est la tâche que nous nous sommes imposée dans les pages qui suivent : puissions-nous ravoir remplie de manière à faire la conviction et la lumière! Nous y avons été conduit par lattitude de quelques esprits qui ne comprennent pas la véritable signification du spiritisme et y voient, sinon un acheminement à la foi, du moins un témoignage nouveau et précieux en faveur du surnaturel. Nous le déclarons nettement, nous n'apercevons pas là une base pour l'apologétique et nous y dénonçons au contraire une illusion dangereuse, une véritable erreur de tactique.
L'enseignement spirite est, sur tous les points, opposé à celui de l'Église : comment lui serait-il utile ou favorable?
La vie future n'a rien de commun avec la pérégrination indéfinie des esprits désincarnés, avec les réincarnations successives, avec un ciel abstrait et vide.
Les esprits dont rêve le spiritisme ne sont pas comparables avec les âmes des vivants et des morts : ce sont des entités fictives, des composés grossiers tenant plus du corps que de Tesprit.
A quoi bon insister? La doctrine spirite est Tantithèse de la doctrine catholique : c'est un étrange assemblage de notions confuses, où toutes les choses sont travesties, où les mots mômes perdent leur sens.
Mais, disent nos nouveaux apologistes, la religion ne doit-elle pas saluer avec enthousiasme, avec reconnaissance, les travaux des savants qui reconnaissent hautement l'existence du monde invisibley scrutent ses troublants mystères, évoquent les défunts et touchent les fantômes?
Nous ne partageons pas cette illusion.
Les merveilles spirites, qui viennent à l'appui de la doctrine, ne sont nullement vérifiées. Et les « savants », tels que Crookes, Gibier, Aksakoff, qui s'en portent garants, ne nous inspirent aucune confiance : ce sont des spirites fanatiques qui veulent séduire les âmes simples, crédules, elles éloigner, par des prestiges où le surnaturel semble évident, de l'enseignement traditionnel et chrétien.
Autrefois on faisait appel aux plus basses passions et on prêchait le néant; aujourd'hui on flatte les plus délicats instincts, on parle au cœur et on invoque les esprits. Mais c'est toujours au fond la même doctrine, affublée d'un manteau trompeur, et c'est l'esprit du mal qui préside aux menées sournoises du spiritisme comme aux brutales négations du matérialisme. Il ne faut pas se laisser prendre à ses mensonges.
Nous avons dénoncé le péril.
Aux consuls d'aviser!