CHAPITRE XVI
Triiiité savante et syndicat.
Le spiritisme n'est qu'une vaste conspiration, haineuse et sournoise, contre toutes les idées chères aux cœurs spiritualistes et chrétiens. Ses mensonges et ses faux-fuyants ne nous empêcheront pas de faire la lumière. 11 s'agit de l'honneur et de l'avenir de la société.
Il est bon, il est nécessaire de se rendre compte de la savante machination qu'ont ourdie dans l'ombre les ennemis de Dieu et de l'Église. Ils n'ignorent pas les grosses difficultés de leur misérable tâche, ils savent la puissance de la foi, la force des vieilles habitudes, ils ont senti que tous n'étaient pas également prêts à rompre avec le passé et à les suivre, et, pour arriver à leurs fins, ils ont établi plusieurs degrés dans l'initiation, proportionnés à la culture et au zèle.
Après avoir constitué un état-major d'occultlstesy ils ont réparti la plèbe en deux classes : les amis du magnétisme et les spirites. Des sociétés plus ou moins savantes, de prétendues Facultés y des journaux et des revues surtout groupent les différents adhérents et leur inculquent la doctrine. Les malins deviennent occultistes et se font les maîtres des autres, les mages initiateurs; la masse est entraînée à la suite sans savoir où elle va, sans se douter de son servage, he magnétisme des charlatans (I), élevé à la hauteur d'une science, conduit au spiritisme, et celui-ci a des relations étroites, fatales avec l'occultisme, le degré supérieur du matérialisme sectaire. Ces trois degrés d'initiation se tiennent et s'enchaînent : on passe facilement de l'un à l'autre. Qu'on use du magnétisme pour remédier aux misères de la vie ou qu'on exerce le spiritisme par curiosité ou délassement, le
(1) Il ne faut pas le confondre avec Vhypnotisme scientifique, bien que celui-ci soit aussi honteusement exploité, méiae par des praticiens patentés.
résultat est le même : on abandonne les pratiques et les enseignements de la foi et on entre dans l'incrédulité impie, dans l'armée des sans Dieu.
La trinilé savante que nous signalons pour la stigmatiser n'est pas qn rêve : elle s'incarne dans une petite société, active et remuante, qui envoie partout ses prospectus et s'intitule prétentieusement : Université libre des Hautes Etudes,
Le titre par lui-même est ambigu et trompeur. Il ne s'agit ni d'une faculté catholique^ ni d'un centre d'études officiel se rattachant à la Sorbonne ou au Collège de France, mais, comme nous allons voir, d'une infime église, où les magnétiseurs, les occultistes et les spirites communient dans une édifiante entente, ils sont une poignée, mais ils font du bruit et de l'embarras comme cent. Leur accord n'en est pas moins significatif. Nous n'en avons jamais douté ; mais, comme ils se combattent publiquement et se posent volontiers en frères
eQDemis, il est bon de savoir que Ton s'unit dans la coulisse et qu'on s'y embrasse cordialement.
« L' Université libre des Hautes Études se compose actuellement de trois Facultés ou Écoles : Faculté des sciences magnétiques^ Faculté des sciences hermétiques, Faculté des sciences spirites. Les Facultés, entièrement indépendantes, ne sont rattachées à l'Université çue par des liens moraux. »
Une notice de M. Durville, directeur de la première Faculté, va nous édifier sur la nature de ces liens, les seuls qui comptent. L'échange de professeurs qui se fait entre les trois Facultés n'est-il qu'un lien moral?
« La Société magnétique de France a décidé, dans sa séance du 24 juin 1893, la fondation d'une École pratique de magnétisme et de massage. » Les professeurs sont :
M. Fabius de Champville pour l'histoire;
M. Durville pour la physique magnétique ;
M. le D"^ Moutin pour l'anatomie ;
M. le D'' Encausse {Papus)^ le maître occultiste, pour la physiologie ;
M. Durville, déjà nommé, pour les théories et procédés ;
M. Renaud pour le massage ;
M. Durville, déjà nommé, pour la pathologie et thérapeutique ;
M. Durville, encore le même, pour Texpérimentation ;
M. de M*** pour la psychologie.
Il est regrettable que ce dernier maître ait voulu garder l'anonyme. Mais écoutons le professeur Durville :
« L'enseignement eut lieu à V École pratique de magnétisme,... mais quelques élèves auraient voulu que la direction de l'École ajoutât à son programme des cours de spiritisme et d'occultisme. C'était impossible, car le programme était déjà suffisamment chargé ; et d'ailleurs ce n'était pas mon but principal.
« Pour donner satisfaction à tous, il fallait donc étendre et compléter l'enseignement* C'est
alors que j'eus Tidée d'organiser une Université composée de Facultés ou Écoles dans lesquelles on donnerait un enseignement spécial. Je parlai de mon intention à M. le D' Encausse, qui l'adopta avec d'autant plus de satisfaction qu'il cherchait déjà les moyens d'organiser un enseignement régulier des sciences hermétiques. Je vis ensuite les maîtres du spiritisme qui adoptèrent également le principe du projet,
« L'organisation fut rapidement faite. En augmentant encore l'importance de son enseignement, Y Ecole pratique de magnétisme et de massage prit le titre de Faculté des sciences magnétiques ; M. le D' Encausse prit la direction de la Faculté des sciences hermétiques^ et M. G. Delanne se chargea de l'organisation de la Faculté des sciences spirites.
Nous ne discuterons pas le programme prétentieux ni les classiques fantaisistes de la Fa-^ culte magnétique : ce serait lui faire trop d'honneur et accorder à une école sans élèves une réclame inutile. Nous nous bornerons à noter
TRINITÉ SAVANTE ET SYNDICAT l8l
que la Société magnétique avait en 1897 M. le D' Encausse pour président et M. Durville pour secrétaire général. Les liens moraux, on le voit, sont des plus solides. Le chef des occultistes, Papus, préside aux destinées de la société des magnétiseurs.
Passons rapidement devant la Faculté des sciences hermétiques ou occultistes. Ses visées antichrétiennes sont connues. Le D"* Encausse, dit Papus, y règne en maître ; et Ton sait que, tout en affichant un vif penchant pour le spiritualisme, il est très opposé à la doctrine catholique romaine. Le chef martiniste ne disait-il pas un jour à l'un de nos confrères que le Pape, cest l* Antéchrist !
La Faculté des sciences spirites^ plus pauvre ou plus modeste que ses sœurs, a pour directeur et unique professeur M. Gabriel Delanne. Elle recommande comme classiques « les ouvrages du directeur » : c'est moins modeste, mais c'est dans Tordre.
Les professeurs de V Université libre des
Hautes Études ont voulu resserrer leurs liens moraux et surtout s'unir en un puissant faisceau contre l'ennemi commun en fondant un syndicat. Fidèles à leur tactique, ils l'ont appelé syndicat de la presse spiritualiste de France. Quelle prétention et quel mensonge ! La presse spiritualiste compte en France de nombreux organes; la presse spirite, qui est aux antipodes, qui combat à outrance la foi spiritualiste et chrétienne, ne fera jamais à côté d'elle qu'une triste figure, malgré la quantité de ses feuilles qui inondent le monde. La confusion qu'on veut établir entre spiritualisme et spiritisme est trop grossière pour tromper personne (1), mais les ennemis de la vérité n'y renonceront pas de sitôt.
Tous les ans, la trinité savante ou, pour mieux dire, le syndicat Papus-Dwmlle-Delanne se réunit au printemps dans un banquet. C'était en 1898 au Palais-Royal, et le compte rendu que
(1) Cf. D"- s..., Spiritualisme et Spiritisme, Téqui, 1898.
nous avons sous les yeux porte que « la réunion fut joyeuse, cordiale, harmonieuse. Les trois Ecoles étaient représentées par cinquante convives, dames et messieurs : école hermétique^ école spirite et école magnétique.
« Le \y Papus, M. G. Delanne et M. Durville avaient amené chacun des invités.
« La présidence du dîner dévolue de droit à M. G. Delanne, le président du syndicat, a dû, par suite d'une indisposition de ce dernier, être attribuée à M. Durville.
« Pendant tout le dîner, la plus franche cordialité et la plus parfaite bonne humeur n'ont cessé de régner.
« Au Champagne, M. Durville s'est levé et, après avoir excusé M. Delanne, nous a entretenus de \di photographie des effluves humains (1).
« Le D' Papus a pris ensuite la parole, et, I comme toujours, a su charmer l'auditoire.
(1) C'était la grande « découverte » spirite. Nous avons montré dans un chapitre précédent ce qu'eUe est devenue avec les révélations du D' Guebhardt.
M. Alban Dubel, le secrétaire général du syndicat, a parlé sur la nécessité qu'il y avait pour tous les spiritualistes de s'unir. » Son discoursprogramme abonde en perles incomparables, mais il faut se borner,
« Que nous soyons hermélisles, orientalistes ou occidentalistes, dit M. Alban Dubet; que nous soyons animistes ou spirîtes, ou même encore matérialistes y quelles que soient nos convictions^ que nous affirmions ou que nous niions^ il y a un fait : c'est que la vérité est (!)... Que chaque école travaille dans le sens qui lui est cher; mais qu'à certaines heures elles se communiquenlleurs travaux ; qu'elles soient émules, mais non rivales. N'aspirons qu'à la vérité... Nous arriverons ainsi à la synthèse qui est la science totale, par la fusion de la raison et du sentiment^ du cerveau et du cœur^ de Dieu et de r humanité (1). »
Voilà le dernier mot de nos savants : il n'est
(l) Journal du magnétisme^ n^ 20, 2« trimestre i81>8.
pas clair. Ces syadiqués ouvrent leurs rangs aux malérîalistes, à toutes les convictions, ils aboutissent au plus grossier panthéisme, et ils osent se dire spiritualistes ! C'est être trop conciliant ou trop trompeur! Mais les foules sont si crédules qu'il faut craindre qu'elles ne soient un jour dupes et victimes de celte trahison. C'est pourquoi nous crions : gare !
^:^ll^^^-^^