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CHAPITRE XVII

Les faux spiritualistes*

Les spirites, en se donnant comme spiritualistes, font œuvre flagrante de mensonge : ce sont, quoi qu'ils disent, de faux spiritualistes ^ des matérialistes déguisés. Mille témoignages mettent ce point hors de doute, et on ne saurait trop y insister.

Nous venons d'entendre M. Alban Dubet appelant toutes les opinions, même les matérialistes, dans son syndicat spiintualiste et annonçant une évolution indéfinie qui doit amener la fusion des contraires, du fini et de l'infini dans un panthéisme inconcevable. C'est le sentiment très net de nombreux spirites, c'est celui qu'on exprimait au Congrès spirite international de 1889. « Aux yeux de beaucoup de nos confrères, disait M. Marins Georges, nous serions les athées

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du spiritisme, je ne me défends pas outre mesure, en ce qui me concerne, d'une qualification qui, si flétrissante qu'elle est encore aujourd'hui, perdra toute acuité, lorsqu'au lieu de signi/ie?* amour de la matière et néantisme, elle sera devenue synonyme d*immortalité et d'amour passionné de rhumanité. Telle est bien, en efifet, l'expression de notre athéisme. Contrairement à la majorité des croyants qui fait du mot Dieu une borne, nous en faisons, nous, un acheminement. C'est assez dire que nous ne répugnerons nullement à la pensée qu'au-dessus de l'état divin il puisse exister des états plus sublimes encore. »

Voilà un échantillon des sottises que nos prétendus philosophes savent produire. Et ils les réservent pour le congrès spirite international tenu à Paris à l'occasion de l'Exposition de i 889! Celle de 1900 ne pouvait pas manquer de provoquer une réunion du même genre, sinon pour servir la science, du moins pour avancer l'œuvre spirite.

Les spirites, magnétiseurs et occultistes, fraternellement associés dans le syndicat que nous avons fait connaître, ont pensé à celte occasion qu'ils se devaient à eux-mêmes; bien mieux, qu'il importait à l'honneur et à la gloire du pays de former un grand Congrès pour y formuler leurs doctrines et afQrmer leur touchante union à la face du monde. Voici, pour l'édification du lecteur, le prospectus qui a annoncé au public la préparation du Congrès.

Congràs spiritd et spiritualiste international de 1900.

COMITÉ d'organisation

Voulant resserrer davantage les liens de sympathie et de solidarité morale qui existent déjà entre eux, les Sociétés et groupes suivants :

Syndicat de la Presse spiritualiste de France^

Comité de propagande spirite,

Société française d'étude des phénomènes psychiques,

Société magnétique de France,

Il •

École pratique de magnétisme et de ma^ssage,

Syndicat des masseurs et magnétiseurs y

Ecole supérieure libre des Hautes Études hermétiçues,

Groupe indépendant d'Études ésotériques.

Ordre martiniste,

Société alchimique de France,

Société théosophique , branche parisienne Ananta,

Étudiants stoédenborgiens,

et Divers groupes spiritualisles indépendants

Se sont réunis dans le but d'organiser un Congrès pour faciliter l'étude et le développement des Sciences et Doctrines spiritualisles. Ce Congrès, qui tiendra ses assises à Paris, vers la fin de l'Exposition, prend le litre de Congrès spirite et spiritualiste de 1900,

Ce Congrès comprend cinq sections :

Section spirite,

Section magnétique,

Section hei^mélique.

Section théosophique ,

Section des Spiritualistes indépendants.

Entièrement autonomes, les sections ne sont liées que par la sympathie et le désir de concourir, dans la mesure de leurs moyens, au développement des Sciences et Doctrines spiritualistes.

Le comité d'organisation est composé de trois membres de chaque section. Les adhésions, les mémoires et les fonds doivent être adressés à Paris : pour le spiritisme, à M. C. Du- VAL, rue..., n\.. ; pour le magnétisme, à M. H. DuRViLLE ; pour Thermétisme, à M. Papus ; pour la Ihéosophie, à M. Gillard; pour les spiritualistes indépendants, à M. Alban Dubet. Fait à Paris, le 7 avril 1899.

Le Comité d*organisation :

Allar, Couillerot, g. Delanne, Alban Dubet, H. DuRviLLE, C. Duval, Fabius de Champville, Laurent de Faget, P. Gillard, Grelleau, Hervy, l'abbé Julio, Papus, Rosabis, Sédir (i).

(1) Revue scientifique et morale du spiritisme, 1899.

Un tel faisceau d'autorités est éblouissant et nous déconcerterait presque si nous ne connaissions la plupart des membres du syndicat. Nous trouvons là les professeurs des trois Facultes, les maîtres... que TEurope nous envie, Papus, Durville, Delanne, Alban Dubet, etc., et nous apprenons avec satisfaction, mais sans surprise, que V Université libre des Hautes Études n a pas répondu à toutes leurs espérances. Elle ne fait sans doute pas ses frais. Il paraît que le spiritisme, avec ses branches annexes, ne suffit plus à attirer la foule des simples. Pour le rendre acceptable, pour le faire vivre, il faut lui inculquer une forte dose de spiritualisme : c'est une mesure urgente de salut.

Les bons esprits distinguent encore avec nous le spiritisme du spiritualisme : c'est parfait.

Mais il faut à tout prix les leurrer. Pour gagner et tromper son monde, on ouvre donc à deux battants la porte du temple et on invite à y entrer non seulement les spirites, mais les spiritualistes de toutes les écoles. Bien naïfs ceux

qui ne verront pas le piège et se laisseront prendre !

« Le Comité spirite avait posé la question suivante : Le futur Congrès doit-il êl?'e purement spbnte ou comprendre toutes les écoles qui ont participé à la réunion de 1889 ?

« A une très grande majorité, les spirites consultés se sont prononcés pour la réunion des diverses écoles sjmntualistes , et, en exécution de cette décision, le Comité de Propagande a pris rinitiative d'un rapprochement qui laisse à chaque école son autonomie absolue et la gestion des fonds recueillis par elle (1). » Il est difficile d'être plus habile dans Tinlérêt d'une mauvaise cause, mais où est l'honnêteté, où la droiture? Il ne saurait être permis de fausser aussi complètement la notion des mots et des choses. D'ailleurs la confusion qu'on voulait établir et entretenir insidieusement n'a pas eu d'effet, car nous n'avons pas appris qu'aucun

(1) Loc. cit.

spiritualiste se soit fourvoyé dans le petit cénacle des spirites.

On était là en famille, et il nous suffira d'analyser rapidement les différents éléments du Congrès pour constater qu'ils se ramènent plus ou moins aux amis de la maison, aux affiliés connus du syndicat Dumlle-Papus-Delanne.

Et d'abord la /?r^^^e dite improprement ^/>iritualisle de France ne comprend, nous Tavons dit, que des revues et journaux d'occultisme, de spiritisme, de magnétisme, fort peu répandus et dont le gros public ignore même l'existence et le nom.

La Société magnétique de France ^ VÈcolej^ra" tique de magnétisme et de massage, le Syndicat des masseurs et des magnétiseurs évoluent dans l'orbite du professeur déjà nommé, M. Durville.

LÈcole supérieure libre des Hautes Études hermétiques^ le Groupe indépendant d'études éso^ tériqueSy F Ordre martiniste sont, nul ne l'ignore, aux ordres du maître mage Papus. La Société

alchimique de France ne paraît pas lui être étrangère.

La Société française d'étude des phénomènes psychiques nous est inconnue et nous ne serions pas étonné qu'elle fût composée des épaves spiriles de la Société des sciences psychiques fondée en 1895 par des prêtres et des médecins chrétiens, et que son président, M. le chanoine Brettes a dû dissoudre après Tavoir mise imprudemment au service et à la discrétion de Papus et de ses amis. L'histoire de cette aventure n'a pas encore été faite, elle mérite de l'être, parce qu'elle est navrante et montre qu'on ne compose pas avec l'erreur. Quoi qu'il en ^oxi^hi Société française d'étude n'a pas rendu de grands services à l'occultisme et a eu une existence éphémère : elle paraît remplacée par V Institut des sciences psychiques qui a à sa tête deux spirites de marque, M. Gabriel Delanne et le D' Mou tin, et qui, malgré cette haute protection, aura vite le sort de ses aînées.

Revenons aux différents groupes que le syndicat a conviés à son Congrès : Tétude en est instructive.

Les théosophes^ on le sait, sont des occultistes qui se distinguent, à quelques traits insignifiants, des kabbalistes que dirige avec tant d'autorité le fameux mage Papus. Les premiers se regardent comme nantis de la tradition orientale, les autres se tiennent pour représentants de la tradition occidentale ; mais tous sont d'accord pour rompre avec la philosophie traditionnelle et faire la guerre h, l'Église catholique romaine. Le spiritualisme qu'ils prétendent défendre est assurément indépendant de la vraie tradition et de la vraie foi : il est aussi léger qu'incertain et n'a pas la moindre racine.

Bornons-nous à signaler le groupe modeste des swédenborgiens. Ceux-là sont des indépendants, mais ils se font de plus en plus rares, sont isolés, sans action sociale. On peut les abandonner à leur folie. Ils ne sont pas dangereux.

LES FAUX SPIRÏTUALISTES 197

Il n'en est pas de même des esprits déséquilibrés et faux qui prétendent engager la Religion et les catholiques dans le Congrès spirite sous le nom de spb Uualistes indépendants. Notre devoir rigoureux est de les démasquer et de les confondre.

C'est un prêtre que le syndicat Durville-Papus-Delanne est tout heureux de produire pour amener à lui les naïfs. M. Julio avait un autre nom dans le clergé parisien, quand il était vicaire d'une paroisse populeuse : il n'a pas été bien inspiré en quittant l'Église et en se faisant le J?arnw/wdes sectaires. Écoutez son boniment:

« Je fais appel à tous les catholiques , prêtres ou laies; ils ne peuvent rester étrangers au mouvement scientifique qui entraîne l'humanité vers la fin glorieuse que lui a montrée le divin Maître.

« Notre-Seigneur était tout amour. Pour comprendre son cœur, pour comprendre nos destinées, celles qu'il nous a révélées, TEsprit-

Saint vient à notre secours. 11 éclaire notre intelligence, il dissipe les obscurités, et nous pouvons prévoir le moment où les malentendus qui existent entre les hommes qui pensent finiront par se dissiper.

« U Église ne perdra rien de ses dogmes, rien des vérités éternelles qu'elle a proclamées par la bouche de ses docteurs en prenant contact avec le monde scientifique. Bien au contraire. La science qui marche tend de plus en plus à confirmer les vérités primordiales, essentielles de l'Église universelle {\)j en nous faisant pénétrer dans le Sanctuaire mystérieux par la porte de r entendement (2).

« La foi naïve va devenir la foi éclairée (3).

« J'estime, avec nombre de mes collègues (4),

(1) Pourquoi pas catholique romaine ? D*" S.

(2) Est-ce une allusion à la gnose ? D*" S.

(3) Sans doute par Tadoplion des billevesées du spiritisme. D»" S.

(4) C'est une vantardise. Rappelons qu'à la défunte Société psychique les occultistes ne cessaient d'affirmer qu'on pouvait être à la fois spirite et catholique, qu'ils avaient

que le prêtre a pour devoir de venir faire entendre la parole divine partout où on l'appelle.

« La section desspinlualistes indépendants est ouverte à tous ceux qui, en dehors des autres sections, veulent aider à faire pénétrer la vérité dans les masses.

« Les catholiques doivent être les premiers à donner l'exemple.

a Je convie tous les catholiques des deux mondes à participer au Congrès en donnant leur adhésion. Je forme donc un groupe sous le nom d'Union catholique.

(' Abbé Julio. »

L'appel n'a pas été entendu, et M. Julio est resté tout seul pour former son Union catholique. Le résultat était fatal. Les catholiques ne connaissent pas d'autre autorité que celle de leur

dans leurs rangs des chrétiens pratiquants, et même des prêtres. Espérons cependant que le cas du pauvre abbé Julio est unique. D' S.

évêque, et celui-ci n'a pas, que nous sachions, donné aucun pouvoir au prêtre qui se cache sous le nom A'abbé Julio. Nous savons tous que les pratiques du spiritisme ont été plus d'une fois condamnées par le Souverain Pontife. L'ami de Papus ne doit pas non plus ignorer que les doctrines ouvertement professées par le syndicat spirite sont contraires à l'enseignement de l'Église catholique romaine. Nousle montrerons amplement au chapitre suivant.

Le Congrès de 1900 a eu lieu, et son succès a été si modeste qu'il a passé inaperçu. On y a débité les fantaisies habituelles, aussi contraires à la grammaire qu'au bon sens; on y a répété cette fastidieuse allégation que le spiritualisme (lisez spiritisme) n'est l'ennemi d'aucune religion, d'aucun dogme, mais déclare une guerre acharnée au matérialisme ; on y a enseigné que « les sciences occultes donnent à tous la force de bien vivre en montrant que rien ne finit avec la mort », mais on n'a pas parlé de Dieu ni de rame et on a conspué la foi catholique. Hypo-

crîsie et mensoûge, telles sont les armes du spiritisme : elles sont redoutables.

Nous avons vu ses adeptes envahir il y a quelques années et perdre, grâce à une complicité inconsciente, la Société cV études psychiques que nous avions contribué à fonder; nous les voyons à cette heure préparer leurs batteries pour s'insinuer dans une réunion du môme genre en formation. Leurs efforts n'aboutiront peut-être pas, mais ils sont de ceux que rien ne décourage. N'ont-ils pas eu la prétention extravagante d'accaparer les séances du Congrès de psychologie de 1900, au détriment de la vraie science? Pourquoi ont-ils eu alors pour complices des philosophes sérieux que la foi spirilualiste aurait dû mettre en garde? imaginalion, voilà bien de tes coups! Qui nous évitera de prendre des phrases pour des idées? Qui nous délivrera de la piperie des mots?

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