CHAPITRE XVIII
Les faux chrétiens*
Les spirites qui ne croient ni à Dieu ni à Tâme ne peuvent être chrétiens. Écoutez-les cependant. Us aiment à se donner comme de parfaits catholiques ou prétendent tout au moins que rien ne s'oppose à la foi dans leur doctrine. Ils mentent impudemment et ne craignent pas, pour se défendre des reproches, de se retrancher derrière la distinction hypocrite qu'ont inventée les sectaires politiques entre le cléricalisme et le christianisme. Us sont catholiques. . . sans Têtre comme nous. Ce sont, il faut le dire nettement, de faux chrétiens, et le cas du malheureux abbé Julio que nous avons signalé au chapitre précédent n'est pas fait pour nous détromper. Mais les preuves abondent, et nous choisirons les plus caractéristiques, pour mettre
en relief celle hoslilité sourde et fondamentale du spiritisme vis-à-vis du vrai christianisme.
AUan Kardec, le fondateur, a beaucoup écrit, et plusieurs de ses textes semblent défendre le déisme et admettre les vérités essentielles de la religion, mais il ne faut pas s'y fier. L'abbé Julio aussi n a-t-il pas la prétention d'être catholique? 11 n'est pas un auteur spirite qu'on ne puisse mettre à tout instant en contradiction avec lui-même, et c'est logique dans une œuvre de mensonge. D'ailleurs, depuis AUan Kardec, d'innombrables commentateurs sont venus qui ont donné à la doctrine une base suffisante pour établir que si le spiritisme est une religion, c'est une religion nouvelle, et qui n'a rien de commun avec le christianisme.
« Les groupes sjnritualistes , dit un membre du Congrès de 1889, repoussent tous le fanatisme sacerdotal et l'intolérance du matérialisme érigé en dogmes. Unifier nos croyances en un tout irrévocable, cette pensée dogmatique, catholique, inquisitoriale, nul de nous ne
peut ravoir. Le spiritisme doit et veut participer à tous les progrès de l'avenir. S'il était mis en défaut sur un point par la science, il se reviserait sur ce point. Qui parle ainsi? Allan Kardec lui-même. Vous voyez qu'il ne visait pas à faire du spiritisme une religion infaillible (1). » Un maître spîrîte, M. Léon Denis, est encore plus explicite que iM. Laurent de Faget. « Allan Kardec, dit-il, a maintenu et purifié la morale évangélique parce qu'elle n'est pas seulement la morale d'une religion, d'un peuple, d'une race ; elle est la morale supérieure, éternelle, qui régit et régira les sociétés terrestres comme les sociétés de l'espace. Si Allan Kardec a respecté les principes du Christianisme primitif, il a combattu^ avec une logique rigoureuse, tout ce qui constitue le catholicisme moderne. Ces dogmes qu'on l'accuse d'avoir ménagés, il n'en a pas laissé un seul debout. Qu'on lise attentivement ses ouvrages, et on constatera que par-
(i) Procès -verbaux du Congrès international spirite de Paris, 1889, p. i38.
tout il s'élève avec une grande énergie contre réternité des peines, la grâce et tout le cortège des superstitions aveugles. » (1) Pour une fois notre auteur dit vrai, car AUan Kardec a fait lui-même cet aveu significatif : « Le spiritisme combat certaines croyances, telles que l'éternité des peines, le feu matériel de l'enfer, la personnalité du diable, etc. (2). »
Dans ces conditions, l'attitude de quelques catholiques n'est-elle pas étrange? Ils croient au diable, sont même disposés à le voir dans tous les tours plus ou moins vérifiés du spiritisme, et ils cherchent la base d'une nouvelle apologétique dans une doctrine qui nie le diable même. Us ont une foi aveugle dans les opéralions des médiums, dans leurs affirmations; ils leur témoignent une chaude sympathie analogue à celle qu'on aurait pour des possédés, car ils se persuadent qu'ils sont le jouet du diable. Nous n'y contredisons pas absolument ; mais
(1) Loc. cit,, p, 456.
(2) Le Spiritisme à la plus simple expression, 1889, p. i3.
le diable n'est pas dans les tours, il est dans la doctrine et dans les infâmes et ténébreuses me^ nées des spiriles.
Le diable est là : c'est lui qui use des pauvres humains livrés à son empire, c'est lui qui tire les ficelles de ces sinistres pantins traîtres à leur âme et à Dieu.
La dernière forme du diabolisme, en nos temps troublés, ce n'est pas l'hypnotisme, comme l'a cru un prince de l'Église, c'est incontestablement le spiritisme, c'est l'occultisme.
Le mal est l'objectif de ces détestables doctrines, le mensonge leur arme.
Aussi comment s'étonner de la conformité de la doctrine des spirites avec celle de l'Église sur les démons? Elle n'est que trop naturelle et très habilement établie pour duper les simples. Les spirites ne sont que des chrétiens renégats, égarés; ils ont la plupart reçu l'enseignement du catéchisme; voulant gagner à l'erreur les âmes fidèles, ils ont emprunté à notre foi plu-
sieurs de ses notions, les plus consolantes et les plus populaires, rejetant les autres, ils ont propagé les idées de la vie future, des esprits, des anges bons et mauvais, mais ils en ont dénaturé le sens et la portée.
Qui voudrait reconnaître la vérité catholique dans leur détestable adultération? Comment assimiler l'esprit du mal avec l'esprit d'un médium, celui même de Home? Comment voir les démons dans ces esprits familiers qu'on évoque à plaisir, et dont les réponses sont le plus souvent équivoques ou insignifiantes? Comment comparer la vie future qui nous attend avec les réincarnations successives et les épurations fluidiques que rêve le spiritisme? Ces rapprochements ne sont pas sérieux , et il y a une véritable imprudence à les faire.
On nous dit gravement que, pour connaître le démon, il est indifl'érent d'ouvrir un livre de théologie ou un ouvrage spirite, de consulter les écrits des démonologues ou les annales du spiritisme. Ce n'est pas notre avis. Les esprits des
médiums ne sont pas nécessairement des diablotins. La preuve n'est pas faite ; et nous demandons ce qui arrivera le jour prochain où l'explication naturelle des merveilles spîrites sera fournie par la science. Qui sera joué alors? Les catholiques qui ont pris le change ou les spirites qui, abusant delà crédulité des masses par leurs mauvais tours, les ont entraînées dans Terreur de la doctrine ; les catholiques qui ont vu le diable où il n était pas , ou les spirites qui, le niant partout, auront établi son règne sur l'apostasie et la ruine des croyances ch rétiennes? Nous espérons, nous sommes sûr, que cette dernière éventualité ne se produira pas et qu'aucun catholique ne voudra faire le jeu du spiritisme. Les occultistes ne se sont pas bornés à combattre sourdement la foi dans les âmes, ils ont cherché à la dénaturer. Revenant aux erreurs condamnées du passé, ils ont ressuscité la gnose des premiers âges et odieusement transformé les Écritures à la lumière blafarde d'une fausse science. L'insidieux commentaire de
rÉvaDgile est particulièrement fait pour indigner tout cœur chrétien ou simplement honnête; et nous n'en parlerions pas s'il n'avait pas une action puissante sur les âmes simples et n'égarait malheureusement trop d'esprits superficiels. La moindre parole du Divin Maître est retournée contre la foi et travestie pour être invoquée en faveur de l'erreur. Qu'on juge par un exemple de l'odieux procédé.
« Il arriva, nous dit l'évangéliste saint Luc, que Jésus se trouvait pressé par les foules. Et une femme qu'affligeait un flux de sang depuis douze ans, et qui avait dépensé tout son bien en médecins, sans qu'aucun eût pu la guérir, s'approcha par derrière et toucha la frange de son vêlement. Aussitôt, le flux de sang s'arrêta.
« Et Jésus dit : Qui est-ce qui ma touché?
Comme tous s'en défendaient, Pierre dit, et de même ceux qui étaient avec lui : Maître, les foules vous pressent et vous accablent, et vous demandez : Qui m'a touché? Jésus dit : Quel-
qu'un m'a touché; car j'ai connu qu'une verlu était sortie de moi (1). »
Les spirites, doués de la science infuse, ne s'embarrassent pas plus de ce miracle que des autres, ils en ont tout de suite raison. Quelle est cette '» verlu » qui sort de Jésus et vient guérir la pauvre malade? C4'est, disent-ils, le périsprit^ le corps astral. L'explication est assurément dérisoire, elle est si simple qu'elle suffit à plusieurs. Les spirites sont brouillés avec la science et se contentent de peu : les preuves manquent, mais la phraséologie abonde et Vastral répond à tout. Nous n'avons pas foi dans le système, et nous n'engageons aucun malade à recourir à ces philosophes superbes et à en effleurer le manteau, car il n'arriverait pas à en faire sortir une vertu quelconque, esprit onpérisprit.
Jésus leur apparaît comme un être supérieur, hors ligne, non pas parce qu'il est
(1) Saint Luc, c. viii, v. 12.
riIomme-Dieu, le Fils éternel du Père, mais uniquement parce qu'il engendre beaucoup de périsprity parce qu'il est la source d'une grande force fluidique. C'est par cette force seule, et non par son pouvoir divin, qu'ils osent expliquer les incomparables miracles du Sauveur, sa marche sur les eaux, sa résurrection, son ascension. Et ces merveilles ne les déconcertent pas. N'en observent-ils pas tous les jours de semblables dans leurs séances? Ils s'expliquent très bien les miracles de l'Évangile et ne craignent pas d'y comparer les lévitations et autres mauvais tours des médiums.
Voilà les sectaires spirites ! Ils se posent audacieusement en défenseurs du spiritualisme, ils se disent respectueux de nos croyances, et ils outragent indignement le Christ Jésus, le Roi du ciel et de la terre, en niant sa divinité et en contestant les preuves miraculeuses de son incarnation. Ne sont-ils pas vraiment, comme nous l'avons dit, de faux chrétiens, les pires de nos adversaires?