NI DUPES NI COMPLICES
Ces gnostiques modernes ne valent pas mieux que les anciens. Leur œuvre est un tissu d'erreurs et de mensonges. Il n'y a pas à y chercher une confirmation directe ou indirecte de TÉcriture, mais il faut y voir la déformation et Tadultération de nos Livres saints en vue de troubler les âmes simples et de les mener à Tapostasie, à l'incrédulité.
L'indication n'est pas de lier partie avec les ennemis masqués de notre foi, mais de leur déclarer la guerre, de faire surtout l'opportune conspiration du silence sur leurs œuvres et d'en détourner les bons esprits. Il faut couper* les ponts, se garder de recommander et de faire connaître des livres faux et dangereux, rompre nettement avec ceux qui soutiennent les doctrines de l'erreur et du mal.
Tous leurs efforts se portent à cette heure sur nos populations catholiques, parce que là est l'obstacle invincible : irons-nous leur donner la main et, par une fausse tactique, ouvrir la brèche à l'ennemi et lui livrer la place?
L'Angleterre, rAmérîque sont envahies depuis longtemps, entraînées et dominées par le spiritisme. Les régions protestantes ont été vile conquises, les catholiques sont réfractaires. Et la raison de cette différence est évidente autant qu'heureuse. Notre large foi donne pleine satisfaction aux aspirations du cœur, à la soif ardente d'infini qui nous tourmente ici-bas ; l'étroit et rigide protestantisme au contraire, en éloignant Dieu et en fermant le ciel, réprime les plus légitimes instincts, brise les ailes de l'idéal et prépare les pires défaillances. Il n'y a pas d'autre cause aux excès navrants qui ravagent et désolent à cette heure la race anglosaxonne. Sachons profiter de la leçon et soyons fiers et dignes de la supériorité que la foi catholique nous assure.
Gardons-nous surtout des faux prophètes, des thaumaturges et de leurs prétendus miracles; défions-nous des spirites audacieux qui se posent en magiciens et ne sont que de vulgaires charlatans. Ils sont au service du mal et
m DUPES NI COMPLICES 219
ne cherchent à nous éblouir que pour nous tromper et nous entraîner loin de TÉglise dans les erreurs condamnées et dans l'incrédulité coupable. Rappelons-nous les paroles du Sauveur et faisons- en notre profit.
« Prenez garde, dit le Christ, que nul ne vous séduise. Car plusieurs viendront en mon nom, disant : Je suis le Christ, et ils séduiront beaucoup de monde... Si quelqu'un vous dit : Le Christ est ici, ou il est là, ne le croyez point. Car il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes, et Us feront de grands prodiges et des îniracles, jusquà séduire y s'il se pouvait , les élus eux-mêmes (1). »
Ces avertissements solennels nous paraissent d'autant plus opportuns à rappeler et à méditer que les spirites redoublent d'audace, multiplient leurs prestiges, et que de savants théologiens sont séduits par ces fantasmagories et prêts à leur demander une preuve dil surnatu-
(I) Évangile de saint Mathieu^ c. xxiv, v. 4, 5, 23, 24.
rel, UD nouvel argument en faveur de la foi.
Il y a là une illusion et un danger.
Nous les avons signalés, comme c'était notre devoir, mais nous ne sommes pas assez infatué de notre sentiment pour prétendre l'imposer à qui que ce soit. Nous le proposons simplement aux penseurs, et nous le déférons à l'autorité religieuse, nous soumettant complètement et d'avance à sa décision. Soldat de la grande cause catholique, nous ne connaissons qu'une consigne : obéir au magistère suprême de l'Église, et nous ne voulons qu'un cri de ralliement et qu'un mot de passe : Jésusy et Jésus crucifié! C'est là notre voie, notre vérité et notre vie, notre parfait modèle en ce monde, notre chère et unique espérance dans l'autre.