CHAPITRE III
Les Tables tournanles*
Les phénomènes physiques de la médiumnité ont été plus particulièrement étudiés de nos jours : nombre de sujets s'en contentent, et la vogue leur appartient. Les médiums manifestent leur pouvoir et déploient leurs talents de bien des manières, mais les séances qu'ils dirigent sont faîtes pour frapper et convaincre les spectateurs : elles s'entourent de mystérieux apprêts, d'un profond silence et d'une obscurité toujours salutaire. Tantôt ce sont des tables qui s'agitent et qui tournent; tantôt ce sont des bruits insolites inexplicables, des coups dans les murs, l'ébranlement et le déplacement de meubles, l'apport de cailloux ou de pierres, des impressions sensibles analogues à la vue d'un chien, au frôlement d'une robe, au toucher
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d'une main froide, des lévitations d'objets lourds, de chaises ou même de corps humain, des apparitions de fantômes, etc. , etc.
Nous nous bornerons dans ce chapitre à l'étude des tables tournantes qui a autrefois passionné l'opinion et qui a été reprise par la science de nos jours. Nous n'ignorons pas qu'elle est très controversée, les uns croyant à un simple phénomène physiologique, les autres tenant pour une intervention surnaturelle, pour l'action spéciale des esprits. Mais la vérité doit être entre ces deux sentiments extrêmes :
comme nous l'écrivions naguère, « ce qui est probable, c'est que les deux explications en présence rendent compte respectivement de certains cas, c'est que les tenants du surnaturel ont parfois raison sans que leurs adversaires aient absolument tort. Le plus souvent la prestidigitation et le charlatanisme arrivent, avec les seules ressources de la nature, à faire tourner ou parler les tables, mais quelquefois l'action diabolique préside à l'opération et lui donne un
caractère nettement surnaturel, magique et malfaisant (1). »
Nous n'avons rien à retrancher, rien à ajouter à ce texte : il résume encore très bien notre sentiment. La part du diable est toujours sinon à faire, du moins à craindre, puisqu'il tend i\ s'immiscer à tous nos actes, puisqu'il est l'ennemi du genre humain, mais elle doit surtout l'être dans les phénomènes obscurs ou merveilleux, tels que les tables tournantes. Est-ce à dire que l'intervention démoniaque soit fréquente? Nous ne le pensons pas, nous la croyons exceptionnelle. Des phénomènes physiques ou physiologiques encore mal déterminés interviennent d'ordinaire et nous paraissent suffire à expliquer la généralité des cas. Des expérimentateurs honnêtes, consciencieux, ont fait souvent tourner des tables sans la moindre complicité diabolique, et tous s'accordent à attribuer leur succès à un tour de main, à une
{\) D"- S..., La Vie -psycho-sensible, 8« édition, p. 250-251.
pratique attentive et suivie, à un véritable entraînement.
Le matériel crexpérience se trouve partout, la mise en scène est des plus simples, le procédé est élémentaire et les opérateurs sont vous ou moi (1). On choisit une table légère, ronde, montée autant que possible sur un seul pied, et on se met à plusieurs autour d'elle, graves, silencieux, attentifs, les mains posées sur le rebord, les doigts se louchant. La chaîne ainsi faite, on attend.
Au bout d'un temps variable, quelques minutes le plus souvent, la table oscille sur sa base, s'arrête, oscille de nouveau, paraît s'animer : elle se déplace bientôt, tourne, se soulève et frappe en tombant (2).
(!) Bien entendu, nous n'engageons personne à faire tourner les tables. C'est une pratique vaine et dangereuse, justement condamnée par l'Église.
(2) On interroge la table tournante ou plus exactement on interroge les esprits dont elle est supposée Torgane. La table devient ainsi parlante : elle répond aux questions par oui ou non, ou plutôt le nombre de ses coups marque le»
LES TABLES TOURNANTES i9
A défaut de table, une corbeille, un chapeau, ua coffret, un meuble léger quelconque peut devenir le centre de la chaîne humaine et prendre un mouvement de rotation plus ou moins rapide. La nature de Tobjet qu'on actionne n'e^t donc pas déterminée, son influence est à peu près nulle ; mais, par contre, Fctat psychique des assistants est loin d'être indifférent.
La croyance aux esprits ne semble pas inutile au succès des opérations ; plusieurs la jugent nécessaire. Il est indispensable qu'on soit sinon initié, du moins sympathique, bienveillant. On a remarqué dès longtemps que la présence dans la chaîne d'une seule personne réfractaire, incrédule, suffit à rompre le charme, à empêcher le mouvement de la table. Par contre, l'assistance d'un médium est des plus favorables, peut-être indispensable, et l'on a vu plus d'une
différentes lettres de l'alphabet pour constituer les mots de la réponse. Les procédés d'interrogation varient beaucoup : on use souvent d'abréviations ou de signes conventionnels. Voir le chnpilre suivant.
fois le chapeau, la table tourner entre les seules mains du médium.
Faut-il conclure de ces faits que les assistants des séances spirites et tout spécialement le médium sont livrés aux puissances infernales? Ce serait aller un peu vite et confondre le surnaturel avec l'inexpliqué. 11 est plus rationnel et plus prudent de demander à la science la clef du mystère ou tout au moins de se réserver. En invoquant prématurément une cause extranaturelle, on risque d'être démenti dès demain et de compromettre la foi qu'on prétend servir.
L'hypothèse du fluide vital y de plus en plus probable, déjà confirmée par les faits, répond à la plupart des difficultés que soulève la question des tables tournantes. Pourquoi le médium exerce-t-il une action prépondérante ? Parce qu'il produit en plus grande abondance ce fluide subtil. Pourquoi la présence dans la chaîne d'une personne défiante ou hostile contrariet-elle la rotation ou même empêche-t-elle tout
mouvement de la table? Parce que des fluides s'opposent et s'annihilent Tun par l'autre. Pourquoi, enfin, le mouvement obéit-il à toutes les indications quand le médium est entouré d'assistants crédules et sympathiques? Parce que son action se joint à toutes les autres et les coordonne dans une puissante coopération.
Sans doute, il y a encore quelques difficultés, et l'hypothèse n'a pas l'avantage de lever toutes les objections de la raison et de la science. Mais on ne saurait nier qu'elle est très plausible et qu'elle peut attendre de l'avenir sa confirmation. Nous y reviendrons souvent dans le cours de ce livre.
Le recours intempestif au diable est vain et dangereux : non seulement il ne suffit pas à résoudre les difficultés, mais il les multiplie singulièrement. Nous n'en voulons pour preuve que la lettre suivante de M. l'abbé Chevojon, alors vicaire à Saint-Roch, mort curé de Notre- Dame des Victoires à Paris :
« L'année dernière (1853), ayant entendu
raconter par des hommes sérieux les phénomènes les plus extraordinaires en fait de tables tournantes, parlantes et dansantes, je fus curieux de voir et déjuger par moi-même. On me présenta d'abord dans une famille où deux jeunes enfants possédaient une puissance particulière pour ces sortes d'expériences. Nous étions une douzaine de personnes, et pendant deux heures se passèrent sous mes yeux les choses les plus étranges... Ce qui nous frappa davantage et est plus cai^actéristique en effets ce qui me pénétra pour moi de la plus intime convietlon, ce fut l'expérience d'un tabouret. Il me fut impossible de faire tenir sur ce tabouret un chapelet bénit que j'y posai jusqu'à six fois. Je me mis avec deux autres personnes pour empêcher les convulsions du tabouret, car c'étaient de véritables convulsions. Six fois de suite le chapelet fut jeté par terre, et une fois même au milieu du feu à plusieurs pas de là; tous nos efforts furent vains ; je me ressentis moi-même pendant assez longtemps des secousses qui
m'avaient été imprimées. Deux jours après ces expérieuces, en ayant parlé à quelques-uns de mes amis, je revins avec l'un d'eux pour lui faire partager mes convictions. Nous nous trouvâmes en compagnie d'un médecin protestant :
les mêmes choses se produisirent et d'une manière aussi frappante ; seulement, pour le tabouret, au lieu d'un chapelet bénit je pris un petit crucifix d'argent que je porte toujours avec moi, je l'y déposai, mais à peine avais-je retiré la main que le crucifix était jelé à terre. Je l'y remis de nouveau, et cette fois mon ami et le médecin prirent le tabouret par les pieds, l'isolèrent du sol et opposèrent toute leur énergie à ses ébranlements convulsifs ; la lutte dura quelques minutes, mais à la fin il fallut céder à la puissance occulte mystérieuse y et, malgré toute la force de résistance, le crucifix fut rejeté et je le reçus dans mes mains. Le tabouret étant remis à terre, j'en approchai encore une fois mon christ en disant : Tu vas baiser ce crucifix, et avec calme. Mais au même moment le
tabouret échappa aux mains des enfants et glissa sur le parquet à la distance de plus d'un mètre. Je le fis reprendre, j approchai encore mon christ, et le tabouret se renversa ; trois fois consécutives la même chose se reproduisit.
Voilà, Monsieur, des faits que j'affirme sur ma conscience et sur mon honneur. Du reste, tout cela est maintenant connu, indubitable. Il n'y a
qu'une difficulté a résoudre, celle DE LA CAUSE
DE pareils phénomènes. ïout cc qui s'est dit sous ce rapport me paraît puéril ; on fait des efforts qui ne font que rendre le mystère plus insaisissable. Pour moi qui ai vu, qui ai expérimenté. Un y a pas un doute possible : l'Esprit du mal est là, c'est lui qui agit, et qui se manifeste (1). »
Cette conclusion ne répond pas aux faits et ne saurait satisfaire la critique. Les convulsions du tabouret sont-elles dues au diable ou aux médiums? Toute la question est là. Rien ne
(1) Lettre du 3 novembre 1854 à M. des Mousseaux.
prouve que le fluide de ces derniers ne suffit pas à produire tous les phénomènes observés.
On a proposé, nous ne l'ignorons pas, pour s'assurer de la présence du démon dans les tables tournantes, d'user du signe de la croix, de pratiquer l'aspersion d'eau bénite ou même de faire de véritables exorcismes ; mais n'est-il pas prudent, comme le recommande l'Église, de réserver ces moyens extraordinaires pour les cas où la présence du diable est certaine? En effet, si le démon n'est pas là, ce que nous croyons, le procédé est au moins inutile; sinon, il peut être inefficace. Ajoutons qu'il est parfois dangereux. On l'a vu parles exorcismes pratiqués naguère à Loudun contre les fameuses Ursulines. Ces exorcismes aggravèrent l'état des religieuses, à mesure qu'on les multiplia. L'autorité ecclésiastique les fit suspendre par une sage prudence : les crises diminuèrent aussitôt pour cesser bientôt, comme en témoigne le P. Surin.
Le recours au surnaturel, répétons-le, ne doit
se faire qu'à bon escient. On ne saurait trop craindre les erreurs d'interprétation telles que les suivantes :
Une table tourne. Vous y placez une médaille, UQ chapelet bénit. Elle s'arrête aussitôt.
Doit-on conclure qu'elle est mue par l'esprit mauvais? — Non.
Allons plus loin. Un prêtre autorisé fait la chaîne avec d'autres personnes, et, au moment où la table s'ébranle (si elle s'ébranle), il formule intérieurement les paroles de l'exorcisme. La table s'arrête brusquement.
Peut-on affirmer qu'elle obéit alors à l'action du diable? —Non.
Pourquoi contestons-nous dans les deux cas un sentiment généralement accepté?
Parce qu'une explication rationnelle des faits nous paraît possible, probable, et que, de l'avis commun, le surnaturel ne se présume pas, il se prouve.
Si, comme nous le supposons, la table ne doit son mouvement qu'au fluide du médium et
de ses aides, il est facile de comprendre que ce mouvement est enrayé par la présence dans la chaîne d'une personne hostile ou seulement par l'opposition subite, momenlanée d'un assistant. Or, dans le premier cas, la personne qui fait intervenir le chapelet formule une opposition intérieure, et son fluide peut arriver à annihiler raction des autres. Dans le second, Tobstacle ne vient pas de la récitation mentale de Texorcisme, mais bien de celui qui Fopère et qui est manifestement contraire : c'est la même réaction qui intervient et provoque un arrêt. Tout s'explique par le jeu de la force vitale qui est encore mal connue mais indubitable, et le surnaturel est hors de cause.
Les tables parlantes offrent incontestablement une complexité de nature et un surcroît d'intérêt sur les tables tournantes^ mais elles sont étroitement liées ensemble malgré leurs différences. 11 est difficile de faire tourner une table sans éprouver une vive curiosité et la violente tentation de la faire parler. Et comme la première opération n'est qu'un vain amusement, la seconde suit fatalement avec ses conséquences et ses dangers. Sans doute, le jeu comporte autant de bêtise que de superstition, mais la raison est faible et incertaine quand elle est abandonnée à elle-même, elle ne recouvre l'empire que sous l'action de la foi. Et la plupart de ceux qui se livrent à ces pratiques sont des indifférents ou des incrédules. L'Église,
en en détournant sévèrement ses ftdèles, a rendu un immense service à la société.
La pratique des tables parlantes est celle des tables tournantes. Le médium commande à la table, et c'est par ses coups qu'on connaît les réponses.
Comme pour les tables tournantes, l'application du médium et la bonne volonté des assistants sont nécessaires au succès de l'opération. La valeur des réponses de la table dépend essentiellement de l'accord des esprits et de l'attention de tous. Au contraire, si cette attention est faible ou distraite, si la confiance manque, Yesprit frappeur est désorienté et impuissant, les coups ne viennent pas, ou à contre-temps, ou ils ne traduisent que des absurdités et ne répondent plus à aucun sens. L'expérience est manquée. Elle l'est bien davantage quand la chaîne comprend une personne hostile. On dit, pour excuse, que l'esprit se retire ou refuse de répondre.
Les communications que nous transmettent les tables parlantes de la part des esprits ont
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un intérêt et une valeur des plus variables : il en est d'incompréhensibles, de sérieuses, de stupides, de frivoles, de grossières. Le plus souvent ce sont des notions vulgaires, des lieux communs qui nous arrivent d'outre-tombe.
Parfois on apprend des choses qu'on ignore complètement et qui constituent des révélations instructives, mais le fait est bien rare.
Des défunts connus et aimés, des personnages fameux de l'histoire, des grands capitaines, des écrivains sortent du tombeau et viennent, à l'appel du médium, témoigner leurs sentiments et leurs pensées. Une telle évocation serait saisissante si elle était effective, si l'on voyait un Galilée, un Copernic surgir de l'autre monde pour nous enseigner. Mais le fait du médium citant devant nous tel savant du passé et lui servant d'organe n'a rien d'extraordinaire et devient même suspect, si l'on remarque une frappante concordance entre les idées de ce médium et celles des personnages évoqués : on dirait qu'il ne traduit pas leurs pensées, mais
qu'il les leur prête en travaillant d'imagination avec Taide d'une bonne mémoire. Les expressions trahissent Thomme. « Dans la même séance, observe très justement un diUleur^V esprit de Vollair e,jfdiV exemple^ s'exprimera comme un charretier, si le médium (ou simplement l'opérateur) appartient à cette classe sociale ou toute autre similaire ; et, dix minutes après, comme un homme du monde, si l'évocateur est une personne distinguée, instruite, bien élevée (1). » De pareils faits légitiment la défiance.
11 y en a d'autres qui la commandent. Tels sont ceux où l'invraisemblance le dispute à la sottise. Citons seulement comme exemple rhistoriette que rapporte sérieusement Allan Kardec et qui se passe de commentaire.
« Nous assistâmes un soir, dit le maître spirite, à la représentation de l'opéra d'Obéron avec un très bon médium voyant. II y avait dans la salle un assez grand nombre de places va-
(1) Santini, Photographie des effluves humains, p. 36, note.
canles, mais dont beaucoup étaient occupées par des esprits qui avaient l'air de prendre leur part du spectacle; quelques-uns allaient et venaient auprès de certains spectateurs et semblaient écouter leur conversation. Sur le théâtre se passait une autre scène; derrière les acteurs, /?/?m^?/r^ esprits d* humeur joviale s'amusaient à les contrefaire en imitant leurs gestes d'une façon grotesque; d'autres, plus sérieux, semblaient inspirer les chanteurs et faire des efforts pour leur donner de Ténergie. L'uix d'eux était constamment auprès d'une des principales cantatrices ; nous lui crûmes des intentions un peu légères. L'ayant appelé après la chute du rideau, il vint à nous et nous reprocha avec quelque sévérité notre jugement téméraire : « Je ne « suis pas ce que vous croyez, dit-il; je suis son « guide et son esprit protecteur; c'est moi qui « suis chargé de la diriger. Adieu! elle est dans « sa loge, il faut que j'aille veiller sur elle. »
« Nous évoquâmes ensuite Vesprit de Weber^ l'auteur de l'opéra, et nous lui demandâmes
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ce qu'il pensait de rexécution de son œuvre : a Ce n'est pas trop mal, dit-il, mais c'est mou; « les acteurs chantent, voilà tout! il n'y a pas a d'inspiration. Attendez, ajouta-t-il; je vais es- « sayer de leur donner un peu de feu sacré ! » Alors on le vit sur la scène, planant au-dessus des acteurs; un effluve semblait partir de lui et se répandre sur eux; à ce moment il y eut eiïectivement chez eux une recrudescence visible d'énergie (i). »
Tous les médiums n'arrivent pas à cette extravagance, mais la plupart la côtoient. Des volumes ne suffiraient pas à renfermer leur verbiage oiseux qui accuse sa naturelle origine, les démons n'étant vraiment pas si bêtes. Qu'on nous permette d'en donner un seul exemple instructif, extrait des Souvenirs d'un mar/néliseur (2). Le D' de Maîche, interrogeant une jeune médium de 1 i ans, candide et pieuse, en obtint les réponses suivantes :
(1) Livre des Médiums y p. 20 o.
(2) Revue du monde invisi'jle, 1'"*' année, n" 4 et 6.
<( Faites-nous le tableau de ce qui se passe à la mort de Tliomme, quand Tâme se sépare du corps. — On a peur; mais on est bientôt près de Dieu. On se voit toujours mourir.
Pensez h la terreur des méchants, pensez à la crainte de ceux mêmes qui se comportent bien en sentant qu'il va être décidé de leur sort pour toujours. Ce n'est plus comme sur la terre.
Quand vous êtes condamné pour toute la vie à quelque mallieur, vous dites : on meurt, le terme viendra; mais au ciel toujours, toujours, éternellertient !
a Comment se fait le jugement? — Comme il est annoncé dans rEcrilure.
« Mais expliquez-nous vous-même ce qui se passe. — Cela se fait à Tinslant même. Ce n'est pas comme dans la justice des hommes. Dieu est juste, il ne peut se tromper. On n'a pas de défense à faire, il sait tout (1 ).
(1) Hemarquons-Ie une fois pour toutes : vagues généralités, faux-fuyants, soin d'esquiver les difficultés, voilà ce qu'on retrouve sans cesse dans ces réponses sans valeur.
a Pourriez-vous nous dire quelque chose sur les astres? — Les astres- i^essemblent absolument au nôtre ^ c'est-à-dire à la terre. On ne connaîtra jamais ces mystères que quand Tâme sera dégagée de ce qui l'attache ici-bas. Rien déplus facile à comprendre quand on est au ciel, mais les hommes n'y peuvent comprendre quelque chose qu'avec beaucoup d'études, et encore n'y comprennent-ils guère. C'est encore une des punitions de Dieu, punilion bien juste à cause de Torgueil d'Eve qui voulait être avec ses enfants aussi savante que Dieu. Jamais les hommes ne connaîtront les mystères de Dieu.
« Y a-t-il de Fair dans la lune? — il n'y a pas d'air dans la lune; sans cela, les hommes y seraient déjà allés. (!) Mais Dieu ne veut pas qu'on sorte de sa sphère (sic). Les habitants de la lune sont comme vous, et jamais les habitants de la lune n'iront visiter la terre.
« Comment l'eau se répand-elle sur la lune?
— C'est un mystère de Dieu. Vous savez qu'il est
tout-puissant. Il a bien trouvé le moyen d'y faire aller Teau.
« L'eau y est-elle nécessaire comme ici? — Oui. Les habitants de la lune sont comme vous. Seulement ils ne peuvent vivre avec de l'air, et vous, vous ne pouvez pas vivre sans air.
« Leur corps est-il fait comme le nôtre? — Oui. Ils ont des corps comme vous. L'air n'y est pas nécessaire. Mais il y a autre chose qui le remplace.
« Comment s appelle cette chose? — Cela leur produit le même effet qu'à vous l'air. Mais les mystères de Dieu ne se révèlent pas (I). Je ne suis venu que pour faire croire qu'il y a un Dieu, un enfer, des démons pour vous tenter. Cependant je ne vous empêche pas de me demander des explications sur ces mystères.
« Quels sont les principaux organes de leur corps ? — Les mêmes que les vôtres. Us ont des doigts, des oreilles, etc., enfin tout leur être
(i) Admirons l'échappatoire. D"" S...
est comme le vôtre. Seulement ils sont plus petits (1).
« Sont-ils aussi civilisés que nous? — Oui.
Ils ont des affaires politiques tout comme vous. Ils ont des rois.
« Après leur mort, se réunissent-ils aux âmes qui ont vécu sur la terre? — Non, ils ne se réuniront qu'au grand jour du jugement.
« Y a-t-il des habitants dans le soleil? — Oui.
« Comment ne brûlent-ils pas? — Dieu leur a donné un corps qui supporte toujours la chaleur.
« Comment est composé le soleil? — Il n'y a pas de montagnes. Le milieu, c'est la terre pleine et les à-côtés sont comme est pour vous cet océan qui entoure la terre. C'est une enveloppe d'eau comme la vôtre. Dieu, par Je dégagement du gaz hydrogène, le fait briller à vos yeux pour vous servir.
(1) A cause de la distance, ou du plus petit volume de la planète? On ne le dit pas. D»" S...
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« Quel serait le moyen de dégager facilement le gaz hydrogène de Teau? — Les physiciens sont chargés de celte découverte, et cela paraîtra bientôt dans le monde, »
Si toutes les communications spirites avaient celte taille, la question de leur origine ne se poserait même pas. Beaucoup sont vaines cependant, très peu sont sérieuses. Et celles même qu'on cite comme démonstratives en faveur du surnaturel ne sont pas toujours convaincantes : témoin la suivante.
« Dans le salon d'une des plus illustres familles de France, cinq personnes faisaient tourner et parler une table en employant les signes convenus. La porte du salon s'ouvre, la marquise de M... entre, elle était chez elle, aussitôt la table fait des bonds, échappe aux mains des médiums, puis refuse de continuer ses communications. Dans la séance suivante on demande à la table l'explication de ses mouvements 'désordonnés de la veille ; elle répondit : « La marquise de M... porte
« sur elle une relique de la vraie croix (1). » L'événement est-il extraordinaire? Ne peut-il pas s'expliquernaturellement? Est-on sûr d'une relation directe entre l'arrêt des mouvements de la table et la présence de la relique? Cet arrêt n'a-t-il pas été produit par la seule entrée d'une personne hostile? Et, dans le cas contraire, le médium ne connaissait-il pas de manière ou d'autre l'existence de la relique ?
L'exemple n'est ni clair ni décisif.
En résumé, nous estimons que les conversations avec les esprits d'outre -tombe sont oiseuses, n'ont pas la moindre raison d'être, la plus légère justification. Il est d'autant plus imprudent d'y recourir que le diable peut toujours occasionnellement s'en servir pour nous mystifier et nous tromper.
(1) Élie MÉRiG, Le Merceilleux et la Science^ p. 356-357.