II. — Place taxinomique des Spirochétidés
Tour à tour ballottés entre les règnes animal et végétal, il semble actuellement que les Spirochétidés doivent prendre rang à côté des Bactériacées : telle est, en tout cas, l’opinion en faveur p&rmi les morphologistes et que soutient notre collègue F. Mesnil. Sans prétendre en aucune façon trancher cette question épineuse, il n’est pas indifférent peut-être de montrer que des faits d’ordres divers, en parti-
LE PARASITE
culier des phénomènes relevant de la physiologie pathologique, ne déposent pas en faveur de cette conception : au point de vue clinique, la spirochétose se comporte bien
plutôt comme une infection à Protozoaire que comme une maladie bactérienne; la réaction sanguine est, non point une polynucléose typique, mais plutôt une mononucléose et une myélocytose; d’autre part, lesculturesréussissentsurtoutà une température inférieure à + 37° ; enfin les ensemencements des milieux et les inoculations aux animaux nécessitent des quantités notablement supérieures à celles qui suffisent quand il s’agit de Bactéries proprement dites. Remarquons, toutefois, que ces arguments ne sont pas péremptoires; en effet, ces diverses réactions peuvent tout aussi bien être considérées comme des faits d’adaptation convergente; antérieurement, F. Mesnil avait proposé cette explication pour des espèces voisines.
D’autre part, rappelons avec R. Blanchard que les Spirochètes ne sauraient être confondus avec les Spirilles. Si les genres Spirillum et Spirochæla ont été créés par Ehrenberg pour des microorganismes présentant certaines ressemblances grossières, néanmoins des caractères précis les différencient nettement. « Les Spirilles sont des Bactéries de grande taille, à corps rigide; ils se meuvent au moyen de cils vibratiles rassemblés en un ou deux pinceaux terminaux. Ils vivent en saprophytes dans les eaux riches en matières organiques. Aucun d'eux n’est pathogène, aucun d’eux n’est parasite : dans l’état actuel de la science, on ne connaît aucune spirillose, ni chez l’Homme ni chez aucun animal. Les Spirochètes, dé dimensions beaucoup plus grêles et à corps flexible, sont dépourvus de cils vibratiles (1). Les uns vivent en saprozoïtes, soit dans les mêmes conditions que les Spirilles, soit dans le corps de divers animaux, y compris l’Homme; un bon nombre sont pathogènes et causent de très graves maladies ». Actuellement, on ne peut donc plus
(i) Certains auteurs ont décrit des cils à plusieurs Spirochétidés (p. 21).
LA SPIROCHÉTOSE
employer le terme de Spirilles pour désigner les agents pathogènes (anciens Spirillum obermeieri , Sp. duttoni , Sp. novyi , etc.) des diverses spirochétoses.