III. — Spirochètes saprophytes, commensaux et pathogènes
Au cours des dernières années, le nombre des espèces de Spirochètes s’est considérablement accru et, actuellement, suivant leur comportement, on doit distinguer trois grandes catégories de formes : saprophytes (1), commensales et pathogènes.
Les premières abondent dans les eaux polluées, dans tout le tube digestif (bouche, estomac et intestin), au niveau des organes génitaux, notamment sur le gland et dans le vagin des Mammifères, etc. Chez les Poissons de mer dont le rectum abrite de très nombreux Spirochètes, ceux-ci pénètrent assez fréquemment dans les cellules épithéliales, dans les espaces lymphatiques et parfois aussi dans les vaisseaux sanguins (fig. 7, 8 et 9). O. Duboscq et Ch. Lebailly ont été ainsi amenés à se demander si ces organismes ne finiraient pas par s’adapter à la vie intratissulaire. Leurs recherches n’ont pas encore fourni de réponse décisive à cette question, mais elles ont abouti à un résultat intéressant : à l’état normal, le sang et les tissus de nombreux Téléostéens abritent des Spirochètes se comportant comme des parasites inoffensifs.
Vraisemblablement, il s’agit d’une condition réalisée chez nombre d’autres Vertébrés. Les observations de divers auteurs, parmi lesquels nous citerons C. Mathis, M. Leger et A. Leger, établissent que les Mammifères, tout au moins, sont fréquemment les hôtes de Spirochètes variés; à ce point de vue, mentionnons, notamment, un Marsupial (Sarigue), des Rongeurs (Souris, Surmulot, Lapin et Gondi),
(1) Faute d’autre, nous employons cette expression sans préjuger de la nature véritable des Spirochètes.
LE PARASITE
des Ruminants (Bœuf, Buffle, Mouton, Antilope et Chameau), deux Périssodactyles (Zèbre et Cheval), un Prohoscidîen (Eléphant), un Insectivore (Musaraigne), un Carnassier (Loutre), un Cheiroptère, enfin deux Singes inférieurs (Macaque et Cercopithèque), etc.
Dans cette liste, le Surmulot mérite une attention parti-
(Gliché communiqué par les Drs O. Duboscq et Ch. Lebailly.)
Fig. 7. — Epithélium rectal de Poisson ( Lepadogaster gouani Lacép.). A et B. Spirochètes au -voisinage du plateau et à l’intérieur des cellules.
Méthode de Cajal-Levaditi.
culière, car le même Spirochète, qu’il héberge en qualité de commensal à peu près inoffensif, acquiert un pouvoir pathogène redoutable chez l’Homme et surtout chez le Cobaye : le terrain suffit pour transformer un microorganisme indifférent en un virus redoutable.
Si on rapproche certains de ces faits des observations poursuivies par E. Chatton et A. Ponselle, relativement à
LA SPIROCHETOSE
l’adaptation, chez les Batraciens et les Reptiles, des Fia-
(Cliché communiqué par les Drs O. Duboscq et Ch. Lebailly.)
Fig. 8. Muqueuse rectale de Poisson ( Onos tricirratus Brunn) envahie par h eponema gadi Neumann, n, nématode intraépithélial ; espace lymphatique; v, vaisseau sanguin. Méthode de Cajal-Levaditi.
gellés saprophytes à la vie intratissulaire, on est conduit à
LE PARASITE
se demander si les Spirochètes pathogènes ne dérivent pas également de formes intestinales.
Quel que soit le sort réservé à cette hypothèse par les recherches ultérieures, il n’en reste pas moins évident que le groupe des Spirochétidés englobe un ensemble confus d’espèces imparfaitement caractérisées au double point de vue morphologique et étiologique. Pour de telles formes,
(Cliché communiqué par les Dr8 O. Duboscq et Ch. Lebailly.)
Fig. 9. — Coupe de la veine splénique d’un Poisson ( Gadus luscus L.) avec nombreux Treponema gacli Neumann. Méthode de Cajal-Levaditi.
on ne peut guère songer à trouver des caractères différentiels suffisants dans les faits de structure; pour éviter des confusions, il est indispensable (et cela est surtout manifeste pour les microorganismes pathogènes) de recourir en outre à des réactifs appropriés (zymases, sels biliaires, saponine, etc.), et surtout aux réactions humorales; celles-ci paraissent particulièrement indiquées pour fournir des diagnoses correctes. Au cours des recherches relatives aux Spirochètes patho-
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LA SPIROCHÉTOSE
gènes pour l’espèce humaine, le microbiologiste devra tenir le plus grand compte : 1° de la présence chez l’Homme de formes saprophytes extrêmement abondantes, et aussi d’espèces pathogènes différentes du Sp. icterohemorragiæ(\)‘,
2° de la fréquence des cas de commensalisme réalisé par les microorganismes en question chez les animaux les plus divers, même chez ceux couramment employés dans les laboratoires.
En résumé, au point de vue pathologique, la constatation de Spirochètes dans les excreta et dans les cavités ou organes ouverts d’un malade n’a par elle-même aucune signification; il faut tout d'abord exclure l’hypothèse de formes saprophytes; reste, ensuite, à établir, par les moyens appropriés,, le rôle pathogène du microorganisme décelé.
(1) Pour cette question, voir diagnostic microbiologique, p. 242.