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C. Réactions de /’ organisme vis-à-vis du virus murin

Au point de vue du mode d’action du 5p. icterohemorragiæ , on notera de profondes différences (1) même chez des animaux appartenant à un même ordre zoologique et unis entre eux par des affinités aussi étroites que la Souris, le Rat, le Lapin et le Cobaye; toutefois, ceux-ci réalisent tous une même condition pour le Spirochète : leur sérum n’exerce in vitro aucune action défavorable sur ce microorganisme; mais, si on injecte ce dernier dans le cœlome du Rat et de la Souris, on constate presque immédiatement des phéno-

(1) Ce n’est point là un fait rare; nombre de Microbes, en particulier le Bacille de la diphtérie, agissent de façon extrêmement variable sur les diverses espèces de Mammifères auxquels on 1 inocule. \ oir le mémoire consacré par A. Pettit à l’étude de cette question.

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mènes de phagocytose extrêmement actifs; il est singulier cependant que ce processus n’aboutisse pas à la destruction de tous les Spirochètes et que ceux-ci puissent persister pendant de longs jours dans les parenchymes organiques du Rat et de la Souris. Ce dernier fait semble indiquer, enfin, que l’immunité relative dont jouissent ces Rongeurs tient en partie, tout au moins, à une résistance propre des éléments anatomiques.

S 7. Evolution du virus murin chez le Cobaye. — Suivant diverses influences, en particulier suivant la voie d’administration, suivant la qualité et ^quantité du matériel inoculé, chez le Cobaye, la durée de l’incubation de la spirochétose provoquée par le virus murin varie dans des limites assez étendues. Les règles, que certains auteurs ont formulé à ce sujet, souffrent trop d’exceptions pour qu’elles nous paraissent acceptables; si, dans un certain nombre de cas, la durée peut être fixée très approximativement à une douzaine de jours, sachons que les observations actuelles indiquent comme termes extrêmes les septième et quarante-deuxième jours.

A titre documentaire, nous reproduisons ci-dessous deux observations de spirochétose réalisée chez le Cobaye par injection de virus murin.

Cas I. — 21 mai 1918. Surmulot gros et pleinement adulte ; rate hyperplasiée et îlots nécrotiques au niveau du foie; capturé dans le voisinage de l’Hôtel-Dieu à Marseille. Inoculation de pulpe de foie, rate, surrénale et rein à un Cobaye. Celui-ci succombe, avec les lésions caractéristiques de la spirochétose ictérohémorragique, le 28 mai; Spirochètes nombreux dans le foie et dans la surrénale. Le virus est réinoculé avec succès à des Cobayes une seconde fois. Faute d’animaux, les passages sont alors arrêtés.

Cas IL — 21 mai 1918. 3 Surmulots gros (pour des Rats de navires) et pleinement adultes, capturés à Marseille sur un vapeur en provenance de Salonique. Inoculation de pulpe de foie, rate, surrénale et rein à un unique Cobaye. Celui-ci

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succombe, avec les lésions caractéristiques de la spirochétose ictérohémorragique, le 11 juin; très nombreux Spirochètes dans le foie et la surrénale. Passages comme ci-dessus.

La sémiologie retiendra peu notre attention, car elle se traduit par les mêmes signes que celle qu’engendre chez le Cobaye le virus humain ; ici encore les symptômes cardinaux sont représentés par la fièvre, l’ictère et les hémorragies. Très rapidement, l’élévation thermique atteint 38°-39°; vers la lin de l’infection, l’hypothermie est de règle et l’ictère fait son apparition; les hémorragies externes sont moins abondantes que les internes ; elles sont antérieures à la chute de la température.

Dans les cas suivis de mort, la nécropsie met en évidence des lésions qui présentent une ressemblance frappante avêc celles provoquées par le virus d’origine humaine; pour la description de celles-ci nous renvoyons le lecteur aux pages consacrées à l’étude de la maladie du Cobaye (p. 99); nous nous bornerons ici à signaler quelques traits spéciaux à l’action du Spirochète provenant du Rat.

Comme nous l’avons indiqué, le virus murin du Japon serait très actif puisque 0, 1-0,2 cm3 d’urine suffirait pour infecter le Cobaye. A Tunis, Ch. Nicolle et Ch. Lebailly ont isolé un Spirochète dont la virulence s’est accrue progressivement; du second au dixième passage, la mort survenait en trois jours ; vers le vingtième, l’évolution se terminait en quarante-huit heures; certains Cobayes ont succombé en vingt-quatre heures. En France, tel ne parait pas être le cas : pour notre part, nous n’avons observé d’infection que chez les Cobayes inoculés avec de fortes doses de pulpes organiques et d’urine; en outre, lors de la première injection au Cobaye, les lésions, en particulier l’ictère et les hémorragies, sont relativement discrètes; enfin, il peut se faire que les Spirochètes ne soient pas décelables et, parfois, il faut pratiquer un nouveau passage pour les mettre en évidence, ce qui d’ailleurs n’est pas toujours possible. Nombreux,- en effet, sont les échecs auxquels nous nous sommes heurtés

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en pareilles circonstances; maintes fois, le passage du virus du premier au second Cobaye ne s’effectue pas; pour expliquer ce résultat, on ne saurait incriminer une technique défectueuse, car si on inocule simultanément plusieurs animaux, un certain nombre s’infectent alors que les autres restent indemnes. Ces faits sont d’ailleurs confirmés par d’autres auteurs; dans les expériences de Miyajima relatives au virus du Microtus montebelloi , l’ictère et les hémorragies ne sont apparues qu’après plusieurs passages. Non moins significatives sont les observations qu’a poursuivies, à Alger, A. Lhéritier : d'une façon générale, la virulence des Spirochètes isolés de l’organisme du Rat a diminué au cours des passages; le virus de la première série s’est éteint au troisième passage (1 Cobaye seulement sur 2 s’infecte au deuxième passage; incubation 16 jours;* aucun des Cobayes inoculés pour le troisième passage ne contracte la spirochétose) ; quant au virus de la deuxième série, il s’est perdu au huitième passage avec des incubations de plus en plus prolongées : 5, 5, 6, 6, o, 10 et 12 jours, alors que des Cobayes, inoculés à Alger dans les mêmes conditions et à la même époque avec un de nos virus, mouraient régulièrement, en 5-6 jours, ictérohémorragiques et présentant constamment des Spirochètes à tous les passages. De ces diverses observations, un fait se dégage : l’injection au Cobaye de virus murin ne détermine pas à coup sûr la spirochétose; par conséquent, on est amené à se demander si le procédé proposé par Ch. Nicolle et Ch. Lebailly (voir p. 78) n’expose pas, dans quelques cas tout au moins, à interpréter un état réfractaire spontané comme la preuve d’une immunité qu’aurait conférée une infection antérieure.

Pour notre part, au risque de n’obtenir que des statistiques faibles, en ce qui concerne le dépistage des animaux réservoirs de virus, nous ne considérons comnte positives que les inoculations au Cobaye réalisant les conditions suivantes : mort en hypothermie, lésions ictérohémorragiques, présence du Spirochète dans les viscères ou dans les humeurs,

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présence d’agglutinine dans le sérum, neutralisation du microorganisme par le sérum immunisant, passage du virus à d’autres Cobayes.

§ 8. Rapports possibles entre la présence de Rats réservoirs de virus et V infection de l'Homme par le Sp. icterohemorragiæ. — Au point de vue étiologique, le fait important à retenir en ce qui concerne le Rat réservoir de virus, c’est que le Spirochète est localisé dans le rein, d’où il passe avec l’urine dans le milieu extérieur. D’autre part, une notion ancienne, confirmée par les recherches les plus récentes, enseigne que les ictères infectieux s’observent de préférence chez les individus qui vivent en promiscuité avec les Rats ; Y. Ido, R. Hoki, H. Ito et H. Wani admettent même un rapport direct entre la fréquence de la spirochétose chez l’Homme et l’abondance des Rats réservoirs de virus ; c’est ce que semble mettre en évidence le tableau ci-après que nous leur empruntons (p. 92).

La spirochétose humaine ne s’observe que tout à fait exceptionnellement à la suite de morsures de Rat : on n’en peut citer actuellement que deux cas. Force est donc de rechercher une autre voie de contagion. Y. Ido, R. Hoki, H. Ito et H. Wani ont été ainsi amenés à incriminer la boue souillée par l’urine des Rongeurs. En faveur de cette hypothèse, on peut invoquer la fréquence de la spirochétose chez les mineurs japonais. A ce propos, il convient de préciser; tout d’abord, les mines à sol sec ne fournissent guère de cas d’ictère infectieux, cette affection étant en quelque sorte l’apanage des fosses boueuses ; dans ce dernier cas, la morbidité s’observe presque exclusivement chez les Hommes qui travaillent dans les fonds alors que les ouvriers de la surface restent indemnes; enfin, la réaction de la boue varie suivant les régions. Or, la pratique des cultures nous a montré l’importance de cette condition pour les Spirochètes. Dans les mines d’Ita, d’Hondo et de Nishizinmachi, le sol est alcalin, tandis que c’est l’inverse dans celles de Miike, d ùamano et d’Akaike : à Miike, la spirochétose ictérohémorragique

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est inconnue ; pour Yamano, la moyenne des cas d’ictère infectieux varie annuellement de 5-20; à Hondo, elle atteint 80-100 et, à Ita, elle s’élève à 200. Notons enfin qu’à Akaike, où 80 pour 100 des Rats sont des réservoirs de virus, mais dont la boue a une réaction acide, on ne compte guère, par an, plus de 7-8 jaunisses fébriles.

Répartition géographique des Rats réservoirs, de virus

au Japon.

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