I. — Animaux habituellement réfractaires
Dans cette catégorie prennent place divers Singes inférieurs (1), le Chat, le Porc, le Cheval, le Mouton, le Hérisson, le Lapin, la Souris blanche, le Rat blanc, la Poule, le Pigeon et la Grenouille ; la liste s’allongera certainement pour peu qu’on élargisse le champ des investigations. Chez ces animaux, l’inoculation de fortes doses de virus ne provoque pas en général de troublés significatifs ; en tous cas la mort est exceptionnelle et, quand elle survient, elle n’est pas toujours imputable au Sp. icterohemorragiæ . Cependant il serait hasardé de conclure que toutes ces espèces sont complètement insensibles au virus; comme on le verra p. 96, tel ne paraît pas être, en particulier, le cas du Lapin de clapier, de la Souris blanche et du Rat blanc.
IL — Animaux réservoirs de virus.
Sous ce titre, nous groupons les animaux dans les tissus desquels le Sp. icterohemorragiæ peut persister pendant un laps de temps plus ou moins prolongé sans provoquer de troubles sensibles ; en d’autres termes, nous étudierons ici les cas où ce microorganisme vit en commensal à l’intérieur d’un hôte.
(1) D’après Huebener etReiter, l'inoculation du virus spirochétosique aux Singes (espèces non spécifiées) provoquerait simplement de la fièvre qui céderait rapidement; l’injection au Cobaye de sang prélevé sur ces Primates, environ au cinquième jour de la maladie, serait
suivie d’ictère.
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§ L Techniques pour déceler les Spirochètes chez les animaux réservoirs de virus. — Trois procédés sont utilisés :
A. Recherche , au moyen de T ultramicroscope , des Spirochètes vivants dans les tissus et humeurs de T hôte présumé ;
B. Inoculation au Cobaye d'humeurs et d'émulsions de pulpes organiques provenant de l'hôte présumé ;
C. Inoculations comme ci-dessus , complétée par la recherche de l'immunité ( procédé de Ch. Nicolle et Ch. Lcbailly).
A. Recherche , au moyen de T ultramicroscope , des Spirochètes vivant « dans les tissus et humeurs de l'hôte présumé . — Ce procédé a surtout été employé par Y. Ido, R. Hoki, H. Ito et H. Wani, accessoirement par Ch. Nicolle et Ch. Lebailly et par nous-même. Les savants japonais recherchent le microorganisme dans les reins, dans l’urine, dans le foie et dans le sang ; pour chaque organe ou tissu, iis font trois préparations qu’ils étudient à l’ultramicroscope; si le résultat de l’examen est négatif, ils admettent que l’animal n’héberge pas de parasites. Ce moyen d’investigation est aléatoire et ne peut fournir d’indications que quand les Spirochètes sont relativement abondants; d’autre part, il ne peut renseigner sur l’espèce à laquelle on a affaire, ce qui n’est pas indifférent étant donnée la fréquence des cas de commensalisme.
Les auteurs japonais précités ne se font d’ailleurs pas d’illusion sur la valeur de cette technique; en effet, pour tous les animaux chez lesquels l’examen ultramicroscopique ne décèle pas de Spirochètes, Y. Ido et ses collaborateurs pratiquent des inoculations au Cobaye.
B. Inoculation au Cobaye d'humeurs et d' émulsions de pulpes organiques provenant de l'hôte présumé. — Sur l’animal supposé réservoir de virus, on prélève une surrénale, un fragment de foie, de rein, de rate et, au moyen d’un broyeur, on réduit ces organes en bouillie, à laquelle on ajoute, si possible, 1 cm3 d’urine. Finalement, avec une grosse canule, on injecte au Cobaye 1-2 cm3 du mélange, soit par voie intracœlomique, soit par voie sous-cutanée (mieux supportée).
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Lorsqu’on ne dispose pas d’appareil spécial, on pulpe les tissus dans un verre à fond conique avec un agitateur et on passe le produit sur une toile métallique assez fine. Les Cobayes inoculés sont maintenus en observation pendant un mois et demi.
C. Inoculation coinme ci-dessus (B) , complétée par la recherche de l'immunité [procédé de Ch, Nicolle et Ch. Lebailly).
1 oui exposer ce procédé, il nous faut anticiper sur des notions qui seront l’objet d’un paragraphe ultérieur. Tous les Cobayes, ayant reçu du virus de la spirochétose ictérohémorragique, en particulier du virus de provenance murine, ne meurent pas. Par conséquent, pour Ch. Nicolle et .Ch! Lebailly, la survie de l’animal inoculé n’est pas démonstrative, il faut compléter cette méthode de la façon suiva*hte \ on pi end matin et soir la température du Cobaye afin de decelei les poussées fébriles 5 , au moyen de l’ultramicroscope, on recherche les Spirochètes dans l’urine; enfin, et surtout, une fois le Cobaye supposé guéri, on l’inocule avec du virus spirochétosique d’origine murine, conservé par passage chez le Cobaye. D après Ch. Nicolle et Ch. Lebailly, seuls survivent à cette épreuve les animaux ayant acquis l’immunité à la suite d’une infection atténuée, non décelable par la plupart des autres moyens et provoquée par la première injection, consistant en tissus et humeurs de Rat. .
§ 2. Répartition géographique. — A. La question des animaux réservoirs de virus pour la spirochétose ictérohémorragique a été soulevée pour la première fois par Miyajima (1).
Dès le printemps de 1915, ce microbiologiste établissait qu au Japon les reins d’une « Souris des champs », un Campagnol, le Micro tus montehelloi , renfermaient un microorgamsme ressemblant.(ressembling) au Sp. icterohemorragiæ. Ce
(!) Nous ne connaissons pas les publications originales de Miyaiima
tedicïn™ n met t ^rém0iT ParUS danS lG J°Urnal °f e*P*ri™*tG cl îl AVaiii 916 1 918, S°US a Slgnature de Y- Ido> R* Hoki, H. Ito
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fait établi, l’auteur nippon étendit ses investigations à des Rats appartenant au sous-genre Epymis{E. alexandrinus et E. norvégiens ) . le rein d un de ces Rongeurs montra un Sp. icterohemorragiæ . Cette constatation, cependant, ne parut pas concluante à Miyajima qui étudiant, à ce moment, la spirochétose ictérohémorragique, se demanda s’il ne s’agissait pas d’une infection de laboratoire. La question resta en suspens jusqu’en 1916; le savant japonais obtient alors des résultats significatifs : il retrouve chez le M+ montebelloi le même Spirochète qu’antérieurement; inoculé au Cobaye, ce microorganisme produit de la fièvre et des hémorragies, et finalement, après plusieurs passages, de l’ictère; d’autre part, comme le sérum immunisant contre le Sp. icterohemorragiæ détruit le microorganisme du Microtus , Miyajima en conclut que ce dernier parasite est identique à l’agent de la spirochétose ictérohémorragique. Ces constatations ont été le point de vue des recherches de Y. Ido, R. Hoki, II. Ito, et H. Wani qui, à leur tour, décèlent le Sp. icteroheniorragiæ chez les Rats proprement dits [Mus decwnanus et M. alexandrinus ) (1).
B. Dès que nous eûmes connaissance (1916) des observations de Miyajima, nous nous préoccupâmes de rechercher le microorganisme de la spirochétose ictérohémorragique chez les Rats qui pullulaient dans les tranchées occupées par
. s e s , d a> n s un lot de cinq Surmulots, que notre confrère le D1 S. Costa avait bien voulu faire capturer, sur notre demande, dans la région de Ricquebourg (Oise), un Rongeur hébergeait des Sp. icterohemorragiæ . Très peu de temps après, A. Stokes, J. A. Ryle et W. H. Tytler étendaient (1917) cette conclusion à la partie du front de France, alors tenu par les troupes anglaises.
- Ce premier point établi, nous aurions désiré faire une
(1) Les mêmes auteurs ont constaté, en outre, la présence du Sp. icterohemorragiæ chez le « F-ield Mouse ». Il est bien difficile de deviner quel est le Rongeur visé par les savants japonais; en effet, le « Field Rat » d’un premier mémoire est devenu ensuite un Campagnol (Microtus).
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enquête méthodique relativement à la répartition, sur le territoire français, du Rat réservoir de virus pour la spirochétose ; diverses causes, en particulier la pénurie de Cobayes, nous ont empêchés de réaliser ce projet. Pour la même raison, nous n’avons pas pu pratiquer des inoculations suffisamment nombreuses pour établir une statistique. Nous avons cependant réussi à déceler des Rongeurs réservoirs de virus dans trois villes de l’intérieur : à Lorient, grâce à l’obligeance de nos confrères de la Marine, les D1S Altabegœty et Manine, nous avons disposé de douze Surmulots adultes provenant du port militaire (mai 1917) ; un de ceux-ci était parasité par le Sp. icterohemorragiæ.
Vers la même époque, notre collègue, le Dr Brumpt, alors à Rennes, a bien voulu faire recueillir à notre intention une quinzaine de Rats ( M . decumanus). Tous ces Rongeurs ont été nécropsiés et examinés, mais faute de Cobayes, nous avons dû nous borner à pratiquer une seule inoculation. Dans ce but, nous avons choisi viine vieille femelle à rate hypertrophiée. Un Cobaye, injecté avec le produit de broyage (2 cm3) du foie, de la rate, du rein et de la surrénale du Surmulot en question, est mort de Spirochétose typique en 8 jours.
Dans le but d’étendre notre enquête, nous nous sommes rendus une première fois à Marseille en avril 1917, où le Dr Dupuy, directeur de la Santé, nous a prêté le concours le plus cordial et le plus efficace en même temps qu’il mettait à la disposition de l’un de nous le laboratoire des services sanitaires maritimes. Pendant notre séjour dans cette ville, notre confrère nous a procuré un nombre plus considérable de Rats que nous n’en avions examiné en aucun autre point du territoire. En quelques jours, nous avions réuni 30 sujets adultes (quelques Rats noirs, Surmulots prédominants), provenant de divers quartiers de la basse ville ainsi que de navires. Ce lot (1), déjà assez considérable, ne comprenait
(1) La pénurie de Cobayes nous a empêché d’étendre nos recherches à un plus grand nombre de Rats.
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pas un seul animal infecté par le Sp. icterohemorrcigiæ.
De l’innocuité des inoculations, nous nous sommes bien gardés de conclure à la non-existence de Rats réservoirs de virus à Marseille. Comme pour d’autres maladies infectieuses, la peste notamment, nous avons songé à des influences thermiques ou saisonnières. C’était là une hypothèse que nous nous proposions de vérifier le plus prochainement possible, mais qu’il ne nous fui possible de contrôler que l’année suivante, en mai 1918. Les nouvelles recherches furent effectuées comme les précédentes au laboratoire desservices sanitaires maritimes; elles furent poursuivies avec la même technique, dans des conditions identiques et sur des Rats de mêmes provenances; seule, l’époque des prélèvements varia (16-21 mai 1918). Nos investigations portèrent sur 30 Surmulots (M. decumanns ), choisis entre les plus gros et les plus âgés, dans un lot de plus d’une centaine, provenant à la fois de la ville et de navires. Faute d’installation convenable, nous n’avons pas pu rechercher les Spirochètes dans les humeurs ni dans les tissus frais au moyen de l’ultramicroscope; d’autre part, la pénurie de Cobayes ne nous a pas permis d’utiliser tous les animaux que le Dr Dupuy avait fait recueillir à notre intention ; pour la même raison, nous avons dû souvent inoculer à un Cobaye unique les produits de broyage du foie, de la rate, du rein et des surrénales de plusieurs Rats. Les conditions, dans lesquelles nous avons dû opérer, ne nous permettent donc pas de nous rendre compte de la proportion suivant laquelle ces Rongeurs sont infectés. Cependant, deux cas positifs montrent qu’à certaines époques, tout au moins, le Surmulot de Marseille, qu’il provienne de la ville ou des navires, représente ici encore un réservoir de virus pour la spirochétose ictérohémorragique.
C. Nos premières constatations relatives à la présence du Sp. icterohemorragiæ , chez le Surmulot des tranchées, déterminèrent (janvier 1917) J. Courmont et P. Durand à rechercher si le Rat d’égout, même dans des régions éloignées du
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front et indemnes d’ictère hémorragique, ne pourrait pas être un réservoir de Spirochètes. Dans ce but, ces médecins examinèrent 50 spécimens capturés à Lyon : 17 dans les abattoirs de Perrache, 17 dans ceux de Vaise, 16 dans une fabrique de bougies de ce même faubourg. Ces deux derniers points ne sont éloignés que de 800 mètres, mais le premier est à plus de 5 kilomètres des deux autres; il en est encore séparé par la Saône; J. Gourmont et P. Durand pensent qu’il n’y a pas de contact probable entre les animaux de Perrache et ceux de Vaise, Néanmoins, les trois lots offraient des exemples de commensalisme du Sp. icterohemorragiæ .
Quelques semaines après, E. Rénaux constala extemporanément la présence d’un Spirochète dans les reins d’un Rat, capturé -à 40-50 kilomètres du front tenu alors (1917) i par l’armée belge.
A l'Institut Pasteur de Tunis, Ch. Nicolle s’est occupé, à son tour, de la question du Rat réservoir de virus. Une première enquête, poursuivie avec la collaboration de G. Rlanc (9 février- 6 mars 1917) et portant sur 119 Rongeurs, n’avait fourni qu’un résultat négatif. En publiant leurs recherches, ces auteurs avaient eu soin de noter que les Rats examinés provenaient de diverses rues de la ville indigène de Tunis : l’expérience, en effet, avait montré que la pathologie du Rat tunisien n’était pas exactement la même clans les différents quartiers de la ville; c’est ainsi que la présence de Rats pesteux n’a jamais jusqu’à présent été remarquée à Tunis en dehors du port et de quelques rues adjacentes. Il y avait également lieu peut-être de tenir compte de la saison, l’enquête ayant été menée en hiver. Ces réserves étaient légitimes (1), car de nouvelles investigations, effectuées cette fois avec la collaboration de Ch. Lebailly à l’automne de 1917 (25 septembre-3 décembre 1917), ont abouti à des résultats positifs pour les Rats {M. decumanus) provenant des abattoirs; en revanche,
(C v raisemblablement, telle est encore la cause des recherches infructueuses de A. Leger et Certain, à Dakar.
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8 Rongeurs capturés dans diverses rues de la ville sont indemnes.
Un an après, à la suite d’expériences effectuées à Alger, A. Lhéritier aboutissait à des conclusions analogues.
D. A l’étranger, la question du Rat réservoir de virus a retenu l’attention de plusieurs auteurs, dont, faute des documents nécessaires, nous ne saurions donner une liste complète. Nous pouvons, cependant, citer les constatations positives de A. Monti à Bergame, de Grasso à Gênes, de A. G. Cotes à Bournemouth (Angleterre), de Dalmau à Barcelone (Espagne), de J. W. Jobling et A. A. Eggstein à Nashville (Tennessee, U. S. A.), de H. Noguchi à New-York (U. S. A.), de H. de Beaurepaire-Aragao à Rio-de-Janeiro.
Ces indications fragmentaires suffisent pour établir que les Rats réservoirs de virus pour la spirochétose ictérohémorragique doivent être répandus sur la majeure partie de la terre. A ce point de vue, il convient de tenir compte du rôle que peuvent jouer les Rongeurs qui pullulent à bord des navires et chez lesquels, on l’a vu, nous avons signalé la présence de Spirochètes commensaux.
§ 3. Fréquence des Animaux réservoirs de virus. Influence aes conditions ambiantes. — Actuellement, les observations sont encore trop peu nombreuses et surtout trop peu étendues pour qu’il soit possible de se rendre compte de la proportion suivant laquelle les Rats sont parasités par le Sp. icterohemorragiæ. Nous ne possédons à ce sujet que quelques indications, en particulier celles dues à \. Ido, R. lîoki, H. Ito et H. Wani, à Saïto (Japon), à J. Courmont et P. Durand (Lyon), à A. C. Coles (Angleterre), à Ch. Nicolle et Ch. Lebailly (Tunis), enfin à A. Lhéritier (Alger).
Au Japon, 149 M. decumanus donnent une proportion de 40,2 °/0 de sujets parasités; pour 24 M. alexandrinus , le pourcentage s’abaisse à 0,8 (Ido, Hoki, lto et AN ani). Avec un autre médecin japonais, Saïto, le chiffre s élève a Kyoto
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En 1917, des recherches analogues, poursuivies également par la méthode des inoculations, ont fourni à J. Courmont et P. Durand des chiffres moins élevés : sur 50 Rats recueillis dans la région lyonnaise (voir ci-dessus p. 82), 4 étaient parasités : 2 provenaient des abattoirs et 1 d’une fabrique de bougies de Vaise; le dernier avait été capturé aux abattoirs de Perrache. En Angleterre, A. G. Coles a obtenu un pourcentage voisin de 9.
Au lieu de s’en tenir comme les auteurs précédents aux indications fournies par les inoculations, Ch. Nicolle et Ch. Lebailly ont complété celles-ci par la recherche de l’immunité (voir, p. 78, le procédé de ces auteurs) : dans ces conditions, iis estiment que 28,57 % des Rats des abattoirs de Tunis abritent dans leurs tissus le Sp. icterohemorragiæ (automne 1917). Pour A. Lhéritier, qui a recours simplement aux injections, à Alger, la proportion des Rats parasités s’abaisse considérablement : 6 °/0 au maximum. D’autre part, les statistiques de cet auteur introduisent deux facteurs nouveaux : la saison et l’habitat. Pour le Surmulot des faubourgs d’Alger, notre collègue compte 3 °/0 d’infectés en été et 6 °/0 en hiver; par contre, dans le port, le pourcentage hivernal ne dépasse pas 0,5. L’influence de l’habitat est encore mise en évidence dans la statistique de A. C. Coles : dans la ville de Rournemouth, la proportion de Rats hébergeant des Spirochètes est de 5,26 °/0; elle s’élève à 9,67 °/0 chez les Rongeurs des campagnes environnantes.
Actuellement, il est impossible de dégager la signification exacte de ces résultats numériques; en tout cas, ils ne cadrent pas avec ce que nous savons de la recrudescence chez l’Homme de la spirochétose pendant la saison chaude (1).
§ 4. Espèces zoologiques représentant des réservoirs de ciras. Jusqu à ce jour, le nombre des espèces zoologiques
(1) Au moment où nous corrigeons ces lignes (décembre 1918), nous diagnostiquons 2 nouveaux cas de spirochétose ictérohémorragique à Paris.
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chez lesquelles vit en commensal le Sp. icterohemorragiæ est restreint : on ne peut citer que le Microtus montebelloi et les Rats proprement dits. Sous ce dernier terme, nous comprenons le Rat noir [M. alexandrinus ), le Surmulot (M. decumomts ) ainsi que les sous-genres du genre Mus, en particulier les Epymis.
Quelques auteurs ont recherché le virus chez d'autres animaux, mais les résultats ont été négatifs : c’est le cas notamment du Vespertilio kühli et de la Souris, à Tunis (Ch. Nicolle et Ch. Lebailly), du Hérisson de la Brie (L. Martin et A. Pettit), etc...
§ 5. Répartitions tissulaire et humorale du Sp. icterohemorragiæ chez les animaux réservoirs de virus. — Chez les Rats réservoirs de virus, le Sp. icterohemorragiæ est surtout abondant dans l’urine et le rein.
Seuls Y. Ido, R. Hoki, H. Ito et H. Wani ont effectué leurs observations sur une échelle suffisamment étendue pour qu’on en puisse tirer des indications statistiques : le gros intestin et le foie ne renferment pas de parasites; tel est encore le cas du sang même chez les Rats dont le parenchyme rénal abrite des Spirochètes. En revanche, ^ceux-ci s’observent assez fréquemment dans le rein et Burine; sur un lot de 71 Rats, Y. Ido et ses collaborateurs ont observé la spirochéturie avec une fréquence de 31 °/0; chez 19 de ces animaux, les microorganismes existaient à la fois dans le rein et dans son produit d’excrétion; en revanche, dans 3 cas où le parenchyme rénal paraissait indemne, l’urine renfermait des parasites. Un fait établit l’abondance des Spirochètes chez certains sujets : 0,1-0, 2 cm3 d’urine, injecté au Cobaye par voie intracœlomique, suffit pour provoquer une spirochétose mortelle.
Le pourcentage des reins parasités est un peu moins élevé (28,3 °/o) que celui de la spirochéturie; dans quelques cas, cependant, les Spirochètes sont décelables à 1 ultramicroscope : leur nombre varie entre un à quinze par champ optique; exceptionnellement, ils peuvent Jormer des sortes
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de touffes; ils sont toujours animés de mouvements rapides.
§ 6. Le virus murin. — Gomme pour nombre d’autres parasites, le Spirochète est hébergé surtout par les sujets adultes.
A. Persistance du virus. — Au point de vue morphologique, aucun caractère ne permet de différencier le virus murin du virus humain; mais cette ressemblance n’a guère de valeur, car des espèces manifestement distinctes peuvent la présenter également. D’autre part, nous ignorons le laps de temps pendant lequel un Rongeur est capable de constituer un réservoir de virus. Seules, des expériences de laboratoire, telles que celles de Ch. Nicolle et Ch. Lebailly, peuvent fournir, à ce point de vue, quelques indications approximatives. Le virus spirochétosique (d’origine murine, conservé sur Cobaye) injecté au Rat est décelable (par inoculation) chez M. decumanus , 69 jours, et chez M. alexan drïnus , 102 jours après l’injection.
Chez la Souris grise, l’injection du virus spirochétosique de passage donne des résultats constants; toutefois, ceux-ci n’apparaissent tels qu’à condition que l’inoculation des organes de la Souris au Cobaye de contrôle soit pratiquée à dose massive. La conservation latente du Sp. icterohemorragiæ chez la Souris atteint au moins cent jours; peut-être même est-elle indéfinie.
L’inoculation à ce dernier Rongeur constitue donc un procédé commode pour le transport à distance et la conservation à peu de frais du virus de l’ictère infectieux.
Que le commensalisme soit spontané ou expérimental, le Sp. icterohemorragiæ ne provoque aucun trouble sensible sur son hôte. Tous les auteurs sont d’accord sur ce point. Pour noire part, nous avons à plusieurs reprises observé de ia splénomégalie chez les Rats parasités par le Spirochète d Inada et Ido ; mais, étant donnée la fréquence des lésions organiques chez les individus âgés, nous nous garderons i établir une relation entre ces deux phénomènes.
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B. Identité des virus murin et humain. — Le fait que les microorganismes, tant d’origine humaine que d’origine murine, provoquent chez le Cobaye des lésions comparables, semble indiquer qu’ils appartiennent à une meme espèce; les .réactions humorales légitiment cette supposition : à Miyajima, on l’a vu, revient le mérite d’avoir démontré que le sérum immunisant, préparé ayec un virus d’origine humaine, neutralise le Spirochète commensal du Microtus. De notre côté, nous avons constaté que la réciproque est également vraie : le sérum préparé à Tunis, avec du virus murin, par notre collègue Ch. Nicolle, rend le Cobaye réfractaire au virus humain. Au Japon, Y. Ido, R. Hoki, H. Ito et H. Wani ont étendu les observations de leur compatriote Miyajima au Surmulot et au Rat noir et ont trouvé une nouvelle confirmation de celles-ci dans les phénomènes de spirochétolyse qui se produisent consécutivement à l’injection intraccelomique d’un mélange de Spirochètes d’origine humaine et de sérum immunisant vis-à-vis de ce virus. Finalement, reprenant à New-York (U. S. A.) les recherches de ses prédécesseurs, H. Noguchi a affirmé l’identité des Spirochètes des diverses provenances (nord-américaines, asiatiques et européennes), isolés aussi bien chez l'Homme que chez le Rat.