‹ Spirochétose ictérohémorragiqueChapitre 29 sur 71 · C. Le sang et l’urine de l’Homme · texte numérisé non relu

C. Le sang et l’urine de l’Homme

D. Nombre de tissus et d’humeurs du Cobaye.

En raison de la teneur en parasites (voir répartitions tissulaire et humorale, p. 101), un choix cependant s’impose : la bile, dont l’action défavorable sur les Spirochètes (1) est manifeste, sera naturellement rejetée; on emploiera, surtout l’urine, la surrénale, le foie, le rein et le sang prélevés de préférence sur l’animal ictérique, sacrifié quelque temps avant la mort. En cas de besoin, on peut parfaitement recourir aux cadavres des Cobayes dont la mort remonte à quelques heures, et même à 1 ou 2 jours, lorsque ceux-ci ont été conservés à la glacière; enfin, notons que le sang est virulent longtemps avant l’apparition de l’ictère.

L’urine représente un véhicule très favorable pour le pas-

(1) P. Uhlenhuth et Fromrae signalent, cependant, la présence des Spirochètes dans la bile de la vésicule.

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sage du virus au Cobaye et présente l’avantage de conserver son pouvoir infectant pendant un laps de temps assez prolongé (souvent plus de 48 heures) : des confrères, travaillant dans le midi de la France ou même à l’étranger, ont pu transmettre la spirochétose à l’animal avec de l’urine que nous leur avions expédiée, de Paris, en tubes scellés.

Quand, par suite d’épizooties, en particulier de pasteurellose ou d’infections banales, on risque de perdre le virus spirochétosique, il est particulièrement indiqué de pratiquer les inoculations avec burine : alors que les Bactéries ont envahi le sang et les divers organes, l’injection à un animai normal d’une petite quantité de sécrétion rénale permet la transmission de la spirochétose, sans grand risque d’entraîner en même temps les autres Microbes.

§ 2. Formes et doses du matériel d'inoculation. — L’urine s’emploie, telle qu’elle provient de la vessie, à la dose de 0,5-1 cm3; le sang peut être utilisé soit en nature, soit citraté, soit défibriné (0,5-1 cm3 suffit). Si on recourt aux injections, les tissus proprement dits (rein, foie et surrénale) seront, soit pulpés au couteau, soit broyés avec un appareil spécial ou encore avec un agitateur dans un verre conique ; la bouillie ainsi obtenue sera ensuite filtrée sur toile métallique assez fine et additionnée d’une faible quantité d’urine ou d’eau physiologique; les émulsions ainsi préparées seront administrées à la dose de 0,5-1 cm3 suivant leur densité.

D’une façon générale, l’évolution de la maladie expérimentale est accélérée par l’inoculation de fortes doses.

§ 3. Voies d' inoculation. — La plupart des voies sont capables d’assurer la transmission de la spirochétose au Cobaye. Pour obtenir ce résultat, il suffit de déposer du virus sur la conjonctive oculaire, sur la peau légèrement irritée ou même normale, de faire ingérer à un animal quelques grammes (2 grammes) de foie riche en Spirochètes. Mais, pour les passages de virus ou encore pour la mise en évidence du Spirochète d’origine humaine ou murine, le pro-

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cédé pratique consiste à injecter le matériel dans le torrent circulatoire, dans le cœlome, et surtout, dans le tissu cellulaire sous-cutané : la voie hypodermique nous paraît la plus recommandable en raison de sa simplicité et de la rareté des complications; nous l’employons de façon courante. Certains expérimentateurs, cependant, préfèrent pratiquer les inoculations dans la cavité générale, malgré les risques de péritonite.

II. — Répartitions tissulaire et humorale du Sp. icterohemorragiæ.

A. La plupart des auteurs, qui ont étudié la spirochétose, ont été tout naturellement conduits à se préoccuper de la recherche du parasite dans l’organisme du Cobaye; celte question a été, en particulier, l’objet des études de R. Inada et R. Kaneko, de A. Monti.

B. Si on inocule à un Cobaye des Spirochètes, ceux-ci ne tardent pas à disparaître de la région dans laquelle ils ont été introduits et, au bout d’un certain nombre d’heures, il ne paraît guère possible de les retrouver dans aucun des organes et tissus de l’organisme. Après un laps de temps qui se chiffre en jours (environ 48 heures), ils font leur apparition dans le torrent circulatoire où ils sont toujours peu nombreux; on ne saurait guère les déceler sur les frottis et c’est tout au plus si, à l’examen ultramicroscopique, on peut parfois constater leur présence dans le sang frais. Cependant, l’existence d’une phase septicémique n’est pas douteuse, car l’inoculation de sang, prélevé sur le Cobaye dans les derniers jours de la maladie, confère presque sûrement la spirochétose. Dans le milieu intérieur, tout comme dans les tissus proprement dits, le Sp. icterohemorragiæ vit en liberté, en dehors des cellules.

L’abondance des parasites varie, dans de larges limiles, suivant les organes ; on peut se rendre compte de ce fait en prélevant, sur l’animal parvenu à la fin de la maladie, des fragments des différents tissus et en examinant ceux-ci soit

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à l'état frais sur fond noir, soit sur coupes nitratées.

G. C’est la surrénale (pl. V, 3) qui nous paraît renfermer la plus grande quantité de Spirochètes, viendraient ensuite , le foie et enlin le rein ; mais ce ne sont là que de simples indications approximatives qui ne peuvent prétendre à une véritable rigueur.

Dans la glande endocrine, les parasites sont disséminés à la fois dans la substance médullaire et dans la substance corticale, mais avec une élection marquée pour la couche fasciculée : à ce niveau, les parasites s’ordonnancent dans les sens des travées et forment, par places, de volumineux amas enchevêtrés ; en outre, on en observe un certain nombre entre les cellules qu’ils enserrent plus ou moins complètement. Les lacs hémorragiques, si fréquents dans la surrénale des Cobayes spirochétosiques, renferment aussi des microorganismes, mais en plus faibles proportions.

D. Le foie (fig. 2) est également envahi par d’innombrables Spirochètes et peut-être même y sont-ils parfois plus abondants que dans la surrénale. Dès que la maladie est à la période d’état (très approximativement vers le 3e-4e jour), les parasites pénètrent (1) dans le parenchyme hépatique ; ils s’y localisent assez strictement dans les lobules proprement dits, à l’exclusion du tissu conjonctivo-vasculaire: ils affectionnent les pourtours cellulaires, aussi bien les faces en contact que la portion recouverte par le syncytium des capillaires; il en résulte que, sur les coupes, nombre d’éléments hépatiques sont comme ceints d’une couronne de Spirochètes, capricieusement ondulés et entrelacés les uns avec les autres.

E. Au niveau du rein (fig. 3), les parasites sont encore abondants mais leur proportion nous a toujours semblé moindre que dans la surrénale et dans le foie. Ici encore, ils témoignent d’une élection manifeste pour la substance corticale où ils siègent aussi bien dans l’élément conjonctif

(1) Pour P. Uhlenhuth et Fromme, le foie du Cobaye commence à être virulent 7 heures après l’inoculation.

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que dans l’épaisseur du revêtement canaliculaire. Dans les carrefours conjonctivo- vasculaires interposés aux tubes, ils gisent isolés ou plus rarement réunis en faisceaux ; de là, ils franchissent la vitrée, pénètrent dans le syncytium pour tomber finalement dans la lumière d’où ils sont évacués avec lurine, les cylindres et les éléments desquamés dans le milieu extérieur.

F. Les autres organes et (issus de l’économie sont infiniment moins parasités. Les Spirochètes sont rares dans la rate, les ganglions lymphatiques, le stroma des villosités intestinales, les ganglions sympathiques, divers nerfs (1) et la moelle osseuse ; le myocarde est encore plus pauvre ; dans les autres régions de l’organisme, on n’en observe qu’une quantité infime et encore sont-ils plus ou moins dégénérés.

En se basant sur les résultats habituellement négatifs fournis par l’observation ullramicroscopique et par l’examen des frottis, les centres cérébraux paraîtraient indemnes de parasites. Cependant, d’après les recherches de S. Costa et J. Troisier, non seulement le Spirochète existe dans les centres nerveux du Cobaye au cours de l’infection expérimentale mais, à en juger par les injections pratiquées comparativement avec d’autres parenchymes, le tissu nerveux jouit parfois d’une virulence plus élevée que d’autres organes ou humeurs de l’organisme.

G. Enfin, S. Costa et J. Troisier ont montré que le microorganisme d’Inada et Ido est capable de traverser le placenta ; ces expérimentateurs ont pu, en effet, transmettre la maladie par inoculation de liquide amniotique. Nous avons obtenu, de notre côté, les mêmes résultats, mais sans avoir la certitude de ne pas entraîner une petite quantité de sang, et nous avons toujours échoué dans nos tentatives pour déceler des parasites dans le placenta par nitratation.

(t) Les belles planches qui illustrent le mémoire de A. Monti montrent cependant que ces organes, en certains cas tout au moins, peuvent re nfermer des proportions notables de Spirochètes.

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Dans toutes les conditions envisagées ci-dessus, les parasites sont extracellulaires; ils ne pénètrent à l’intérieur des éléments anatomiques que dans le cas de phagocytose par les leucocytes ou par l’endothélium des sinusoïdes hépatiques. D’après A. Monti, cependant, certains Spirochètes traverseraient les cellules hépatiques.

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