III. — Anatomie pathologique
^ 1. Aspect généra* de l organisme. — Chez les Cobayes, qui succombent à la suite d’inoculations de virus bien adapté à leur organisme, les lésions anatomo-pathologiques présentent une uniformité et une fixité remarquables (pl. VI). Dans toute leur étendue, les téguments offrent une coloration jaune intense dont la valeur est sensiblement celle d’une solution aqueuse saturée d’acide picrique; l’ictère est particulièrement manifeste au niveau des régions glabres de la peau (pourtour des narines, lèvres, scrotum, vulve, etc.), des muqueuses et surtout de la cornée. Les conjonctives oculaires sont fréquemment injectées. Enfin, la région ano-génitale et le museau sont souvent souillés par des écoulements hémorragiques.
Après incision, la face interne de la peau se montre coloiée en jaune, tandis que la musculature superficielle est diffusément piquetée d’hémorragies; au niveau des creux axillaires et inguinaux, les ganglions sont hypertrophiés et, en grande partie, masqués par un lacis de petits vaisseaux dilatés et noyés dans des suffusions sanguines. En outre, certains Cobayes présentent des œdèmes du tissu cellulaire sous-cutané; mais ce phénomène est loin d’être constant
^ ^ 116 s observe que par phases irrégulières, séparées par de longs intervalles de rémission.
A 1 ouverture de la cavité thoracique et du cœlome, on retrouve la teinte ictérique, en particulier au niveau des
< ivers cartilages, de l’appendice xyphoïde, des uretères et
< e a vessie, quand ces derniers renferment de l’urine; l’esto-
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ LES ANIMAUX
mac est fréquemment verdâtre ; le rein a, par places, une coloration bilieuse.
§ 2. Poumons. — Les poumons sont le siège d’une lésion caractéristique : des hémorragies y dessinent des taches rouges, irrégulières, larges de quelques millimètres, de telle sorte que la surface des lobes offre une certaine ressemblance avec les ailes des papillons du genre Vanesse (R. Inada et R. Kaneko).
§ 3. Foie. — Suivant les individus, l’aspect de la surface libre du foie est assez variable, tant au point de vue de la teinte générale que du dessin plus ou moins nettement accusé des lobules. Les lésions du parenchyme hépatique correspondent à deux grands types : certains Cobayes ont le foie gras; chez d’autres, la nécrose est prépondérante : la masse brune de l’organe peut alors s’infiltrer, en certains cas, de nodules formés par l’accumulation d’éléments dégénérés. C’est là, à la vérité, une distinction quelque peu schématique; en réalité, ces deux types d’altérations sont fréquemment associés chez un même sujet; mais, en général, par sa prédominance, l’un d’eux tout au moins imprime sa caractéristique anatomo-pathologique à l’ensemble.
La vésicule biliaire est, le plus souvent, modérément remplie; le canal cholédoque est toujours perméable.
§ 4. Reins et surrénales. — Le rein est infiltré de bile; la surface de l’organe, comme nous l’avons déjà signalé, offre une coloration verdâtre ; sur les coupes transversales, celleci est beaucoup plus manifeste encore, surtout au niveau de la substance médullaire, qui de blanche est devenue bilieuse. Chez nombre de sujets, les surrénales conservent leur apparence normale, mais, assez souvent, la teinte ocreuse fait place à une coloration rouge généralisée à tout le parenchyme; c’est alors l’image de la glande hémorragique telle qu’on l'observe dans la diphtérie.