X. — Thérapeutique générale'. Sérothérapie. Vaccination
§ 1. Thérapeutique générale . — Les expériences pharmacodynamiques chez le Cobaye ne présentent d’intérêt que dans la limite où elles sont susceptibles d’applications à la médecine humaine. En tant qu’il s’agissait d’une spirochétose, divers médecins japonais (R. Kaneko) et allemands (P. Lhlenhuth et Fromme) ont songé à recourir aux composés arsenicaux ainsi qu’à divers autres produits bactéricides. Pour le salvarsanet ses dérivés, les expérimentations étaient d’avance vouées à un échec certain, en raison de l’intolérance (Hata) du seul animal utilisable, le Cobaye. D’ailleurs, eussent-ils fourni des résultats expérimentaux satisfaisants, on ne conçoit pas comment ces composés auraient été applicables à l’Homme chez lequel la spirochétose provoque rapidement de la rétention azotémique ainsi qu’une hépatonéphrite accusée. Les autres préparations bactéricides (argent atoxylique, collargol, antimoine colloïdal, optochine de Morgenroth, etc.) essayées par P.Uhlenhuth et Fromme n’ont montré aucune propriété curative.
On doit donc reconnaître actuellement que la chimiothérapie a complètement échoué dans le traitement de la spirochétose expérimentale.
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ LES ANIMAUX
§ 2. Sérothérapie. — Par contre la sérothérapie exerce une action des plus efficaces tant au point de vue préventif que curatif; tous les médecins(japonais, français et allemands) qui ont expérimenté cette méthode sont d’accord surce point. Pour notre part, ce sont les résultats encourageants que nous avons obtenus chez le Cobaye qui nous ont amené à appliquer la sérothérapie antispirochétosique à la médecine humaine.
Voici, en bref, les effets que produit sur l’animal le sérum préparé à l’Institut Pasteur au moyen de Chevaux : administré par voie sous-cutanée, 1-2 cm3 suffisent pour immuniser temporairement le Cobaye contre une dose plusieurs fois mortelle de virus; la même quantité de sérum, injectée pendant les premiers jours qui suivent l’inoculation, assure la guérison; après apparition de l’ictère, ce médicament prolonge assez souvent la durée de la maladie ; très exceptionnellement, il assure la survie de l’animal.
§ 3. Vaccination. — Divers procédés permettent de vacciner le Cobaye. Y. Ido, R. Hoki, H. Ito et H. Wani ont tout d’abord recouru à la méthode suivante : Une émulsion de foie ou une culture est additionnée de 0,5 °/0 d’acide phénique ; le liquide clair surnageant est inoculé dans le cœlome en trois injections espacées de 7-9 jours : 2-3 cm3 pour la première, 2-4 pour les suivantes. La température de 38°-40° est fréquemment atteinte; le poids diminue sensiblement; certains sujets succombent ; la plupart guérissent et deviennent réfractaires ; ils résistent à l’injection intracœlomique de 2-3 cm3 d’une culture ou d’une émulsion de foie contenant 6-15 microorganismes par champ optique. Par conséquent, à la suite d’inoculations de Spirochètes morts ou de leurs produits de désintégration, le Cobaye peut acquérir l’immunité. Le sang, cependant, ne renferme pas d’anticorps.
L’inoculation de Spirochètes vivants nous a permis également de vacciner des Cobayes. Cette méthode a été expérimentée, dans notre laboratoire, par le D1' M. Corrales et nous reproduisons ci-après les résultats qu’il a obtenus :
LA SPIROCHÉTOSE
« On se procure des cultures dont la virulence a été sensiblement atténuée par des repiquages en série plus ou moins nombreux et on inocule de petites quantités de celles-ci à des Cobayes, à intervalles variables. Bien que de telles cultures soient incapables cle reproduire la spirochétose ictérohémorragique typique chez le Cobaye, l’inoculation peut cependant être mal supportée par les animaux : le plus souvent, on constate un amaigrissement très accusé, le poids pouvant diminuer de 25 %; quand la mort survient, les viscères ne présentent ni iclère ni hémorragies ; chez quelques rares sujets, on observe un subictère à peine esquissé, de légères suffusions sanguines limitées à l’épididyme, enfin de la congestion vasculaire de l’atmosphère adipo-conjonctive des ganglions lymphatiques cruraux. L’examen ultramicroscopique ne montre de Spirochètes ni dans le foie, ni dans les surrénales, ni dans le rein, et, dans les quelques cas où les disponibilités en animaux nous ont permis de le faire, les inoculations n’ont pas davantage décelé de parasites.
Parmi les Cobayes traités, un certain nombre résistent et acquièrent l’immunité ; nous avons été ainsi amené à rechercher les anticorps du sérum, à étudier les conditions dans lesquelles s’effectue la phagocytose et à déterminer le degré de résistance de l’animal contre le virus spirochétosique. Nous reproduisons ici une de nos expériences à titre d’exemple :
15 juillet. — Cobaye, pesant 550 grammes, reçoit 5 cm3 de culture en injection sous-cutanée.
19 juillet. — Seconde injection de 5 cm3.
22 juillet. — Poids, 510 grammes.
2 août. — Poids, 500 grammes. Premier prélèvement de sang; avec le sérum, séparé par centrifugation, on pratique les réactions suivantes: agglutination positive, 1/100; pouvoir lytique, in vitro , très accusé jusqu’à 1/50 environ; réaction des immunisines : à un grand nombre de doses mortelles de virus spirochétosique, on ajoute 2 cm3 de sérum; le mélange, laissé en contact une demiheure à la température du laboratoire, est injecté à un Cobaye, sous la peau. L’animal ne s’infecte pas, et le témoin, qui a reçu
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ LES ANIMAUX
la même dose de virus, meurt en 5 jours spirochétosique.
5 août. — Inoculation intrapéritonéale de 2 cm3 de culture de Spirochètes. Dans le liquide de ponction retiré toutes les 10 minutes pendant la première heure, et ensuite, toutes les 3 heures, nous avons recherché la présence des microorganismes. L’examen a été positif seulement dans le liquide prélevé 10 et 20 minutes après l’inoculation, bien que la plupart des éléments fussent altérés et en voie de destruction. Chez le Cobaye témoin, on pouvait constater l’existence de nombreux Spirochètes normaux, 24 heures après l’inoculation.
Cette expérience a été répétée, en employant, au lieu d’une culture, une émulsion de foie et de surrénale, riche en - parasites : le résultat a été sensiblement le même.
13 août. — Inoculation de virus spirochétosique : le témoin meurt en 7 jours et l’animal d’expérience est sacrifié en bonne santé le 31 août; la nécropsie ne montre pas de lésions spirochétosiques et J’examen ultramicroscopique des différents organes (spécialement foie, rein et surrénale) ne décèle pas de Spirochètes.
Ces expériences ont porté sur 16 Cobayes en variant les doses.
En résumé, il est possible de vacciner le Cobaye contre le Sp. icterohemorragiæ par des injections de cultures peu ou pas virulentes ; deux inoculations de 1 et 2 cm3, répétées à 5 jours d’intervalle, suffisent pour conférer une immunité solide. Le sérum des animaux renferme alors une agglutinine, une lysine et une immunisine. L’immunité persiste pendant au moins 3 mois.
Il n’est pas sans intérêt de rapprocher des animaux étudiés précédemment certains Cobayes paraissant réfractaires au virus de la spirochétose. Louis Martin et Auguste Pettit ont constaté que si on pratique des passages en série sur un nombre suffisamment élevé d’animaux, il est des sujets, très peu nombreux à la vérité, qui ne s’infectent pas; parmi ceux-ci, quelques-uns ne résistent pas à une nouvelle dose de virus, pourvu qu’elle soit suffisamment forte. Chez les Cobayes qui demeurent réfractaires à deux inoculations d’une dose de virus tuant les témoins en 5-6 jours, le sérum
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renferme des anticorps dans des conditions comparables à celles réalisées par les animaux vaccinés avec des cultures. Les conditions matérielles actuelles ne nous ont pas permis de déterminer si les Cobayes en question présentent naturellement un état d’immunité ou si celle-ci est due au virus inoculé. »
H. Ito et H. Matsuzaki (1) ont employé, dans le même but, des cultures sur gélatine au sang, tuées par chauffage à 60° pendant 30 minutes, trois jours de suite, ainsi que des cultures desséchées; ces dernières constituent une sorte de vaccin qui a T avantage d’être dix fois plus concentré que la première préparation. D’après leurs expériences sur le Cobaye, ces auteurs évaluent à 25-30 cm3 de cultures ou à 2,5-3 cm3 du produit sec la quantité nécessaire pour immuniser un Homme.
H. Noguchi a utilisé le procédé de H. Ito et H. Matsuzaki pour étudier les affinités des diverses souches japonaises, américaines et européennes de Sp. icterohemorragiæ au moyen des réactions d’immunité croisée. Ses expériences aboutissent aux conclusions suivantes : de petites quantités de vaccin suffisent pour immuniser les Cobayes contre les souches homologues ; l’état réfractaire à l’égard des divers virus actuellement isolés n’est obtenu qu’avec des doses plus élevées.
(1) Travail publié en japonais, cité d’après H. Noguchi.