‹ Splénalgie et Splénomégalie: Leur Influence sur la Température dans les Maladies InfectieusesChapitre 22 sur 23 · NT TRE · texte numérisé non relu

NT TRE

À noter encore dans cette observation labsence d’impaludisme dans les antécédents du malade, et les larges oscillations, coïncidant avec la splénalgie, qu’a présentées la courbe thermique.

Retirons-en, en outre, cet enseignement, qu'une rate qui souffre (quand bien même sa lésion n’a rien de commun avec l’impaludisme) pourra rester muette pendant quelque temps, mais manifestera toujours sa souffrance, à un moment donné et sous une influence quelconque, par des accès fébriles.

Observation IV (Inédite)

Communiquée par M. Andrieux, aide de clinique de M. le professeur Baumel

Gabrielle Donnadieu, 15 ans, originaire de Maraussan, pays fiévreux qu'elle a quitté depuis quatre mois, entre aux contagieux (service de M. le professeur Baumel) pour une rougeole contractée à l'Hôpital Général, le 17 novembre 1900.

Antécédents personnels. — Bégaiement ; fièvre typhoïde à 41 ans ; non menstruée.

Antécédents héréditaires. — Père et mère bien portants ; sœur en convalescence de rougeole aux contagieux ; un frère bien portant. Le père, le frère et la sœur de la malade bégaient, ainsi que les oncles et le grand’père paternels.

Histoire de la maladie actuelle. — Notre jeune malade était en convalescence de sa rougeole et suivait un traitement tonique el reconstiluant : fer, phosphates, quinquina, pour aider à

l'établissement de la menstruation, lorsque, le 4 janvier, elle est prise de courbature, de frissons ; on prend la température et on note de la fièvre. La malade ne tousse pas.

d'janvier — M. le professeur Baumel pratique l’auscultation et trouve un foyer de broncho-pneumonie à la base gauche, de l’obseurité respiratoire dans tout le reste du poumon gauche ; sibilants du côté droit; rate douloureuse à la pression, augmentée de volume.

Traitement. — Lait, tisane de violettes.

Looch blane . . . 120 grammes Benzoate de soude . 2 gr. 50 Teinture de digitale. X gouttes.

T. — Amélioration notable; même prescription.

10. — Rate toujours grosse. — Vu le caractère intermittent de la fièvre, on donne de la quinine, 0,50 centigrammes.

Le lendemain, la quinine est supprimée jusqu'au 15.

15.— T. matin: 36°,6 ; T. soir: 38°,8. Rate très grosse, douloureuse. — On ordonne 0,50 centigr. de quinine en un cachet, à prendre à 11 heures du matin. (On ne connaît pas encore l’heure du début de l’accès).

16. —T. matin: 36°,8; T. soir: 39°,3. La quinine, 0,50 centigr., est donnée à 10 heures.

17. — T. matin : 36,1 ; soir: 39°. La même dose de quinine est donnée à 9 heures.

18.— T. matin: 36°,5; soir: 39°,3. La quinine, administrée les jours précédents n'ayant pas agi sur les oscillations de température, probablement parce qu'elle n'était pas donnée en temps voulu, on prend, ce jour-là, la température d'heure en

heure.

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L'accès semble débuter à midi et demi. La quinine sera donnée demain à 6 heures et demie.

19, 20, 21 janvier. — Les températures du soir ont baissé très sensiblement. La quinine est donnée à la même dose et à la même heure.

99.—T. matin: 37° 6, soir : 38°5. La matité splénique reste toujours augmentée de volume : hauteur, 16 centimètres, largeur 13 centimètres. La malade se plaint d’une douleur à l'épaule gauche. On donne 0,60 centigr. de quinine en deux cachets, à une heure d'intervalle, le premier à 5 heures 172, lesecond à 6 heures 1/2.

Le. jours suivants, la quiuine est donnée aux mêmes heures, mais à doses croissantes, 0.60, 0.70, 0.80 centigr. Les températures du matin et du soir baissent d’une façon progressive. Le 28, la quinine est supprimée.

Dé99.=5T: matin :136° 2 :1s0ir 36%8.

Le 30 et le 31, les températures du soir remontent à 37°7 et 37° 8. Aussi, le 1* février, la quinine est reprise (0. 80 cgr.) et la température redescend à 37° et au-dessous.

Ayant suivi au jour le jour la marche de la maladie que relate cette observation, puisque c’est elle qui a été le point de départ de notre travail, nous pouvons nous étendre un peu sur les considérations qu'elle comporte.

Le cas se résume, en somme, en ceci: une petite malade en pleine convalescence de rougeole, présente tout à coup de larges oscillations de température et nous n'avons pour nous expliquer cette fièvre soudaine que les deux faits signalés par M. le professeur Baumel, le 5 janvier : la broncho-pneumonie de la base gauche et l'hypertrophie douloureuse de la rate. Or, poumon gauche el rate ne

sont séparés que par l'épaisseur du diaphragme, el vraisemblablement l'atteinte de l'un est sous la dépendance de l'atteinte de l’autre. Mais lequel de ces deux organes a été le point de départ ?

La rate ? Cet organe, primitivement atteint, aurait très bien pu, en effet, engendrer de la périsplénite, et cette périsplénite, l'état particulier dela plèvre et du poumon, linflammation ayant franchi le diaphragme.

Le poumon ? Rien d'étonnant, en effet, à supposer une broncho-pneumonie a frigoreprimitive,engendrant secondairement l’état splénique que nous constatons. (Il se serait produit en somme les mêmes phénomènes que lon observe en ce qui concerne la pneumonie bilieuse : pneumonie droite, immobilisation du côté malade, d’où congestion du foie et état ictérique).

[Il nous semble, cependant, en consultant les renseignements fournis par l'observation, que l’on doive rejeter l'hypothèse de l'atteinte primitive du poumon. La malade, en effet,au moment où l'attention a été de nouveau attirée sur elle, était déjà depuis longtemps complètement guérie de sa rougeole ; les complications broncho-pneumoniques n'étaient plus à craindre et jamais d’ailleurs elle ne s'était plaint du côté de ses organes respiratoires; le 4 janvier, même, jour oùse déclarait la fièvre, l'observation constate qu'elle ne toussait pas.

Au contraire, l'atteinte première de la rate nous est parfaitement expliquée soit par la fièvre typhoïde que la fillette a présentée antérieurement, soit par suite d’une tuberculose qui sommeillait et qui a été rendue effective par la médication ferrugineuse à laquelle a été soumise la malade pendant sa convalescence, soit enfin, et plus vrai-

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semblablement, du fait d'une fièvre paludéenne latente et réveillée par une rate cardiaque consécutive à un cœur droit forcé. Ce cœur droit forcé s’expliquerait ici, soit par l’anémie, par de la dénutrition du myocarde, soit par la rougeole elle-même (fatigue du cœur droit par catarrhe bronchique).

Cette observation nous a fourni, en outre, de nombreux enseignements, tant au point de vue de l'amplitude des oscillations de température d’origine splénique (qui peuvent atteindre, ainsi qu'on peut s’en rendre compte, près de trois degrés), qu’au point de vue de leur traitement palliatif. Ces enseignements ont été utilisés dans les chapitres ayant trait à ces diverses questions.

Observation V

M. le professeur Baumel nous a signalé le cas d’un enfant mort dans son service de tuberculose pulmonaire, et ayant présenté à la fin de sa maladie de larges oscillations de température avec splénalgie et splénomégalie.

L'on pouvait considérer cette splénomégalie douloureuse comme étant d’origine cardiaque (cœur forcé dans la tuberculose pulmonaire), ou comme étant le résultat de la propagation de la tuberculose à la rate.

L’autopsie démontra que cette dernière hypothèse était la bonne.

Ce cas, très intéressant, montre donc que la tuberculose de

la rate peut s'accompagner de larges oscillations de température.

Nous n'avons malheureusement pas pu retrouver l’observalion complète.

Observation VI

Nous avons eu l’occasion d'observer dans le service de M. le professeur Baumel une petite fillette, Eugénie Donnadieu, âgée de T ans, la sœur de celle qui fait l'objet de notre observation IV, actuellement, elle aussi, en convalescence de rougeole, et qui présenta brusquement, ces jours-ci, des oscillations de température, variant de 1° à 15.

Elle se plaignait également de douleurs à l’hypochondre gauche. Notre attention fut attirée du côté de la rate ; et M. le professeur Baumel trouva la matité splénique augmentée dans de notables proportions.

Nous rapprocherons son cas de celui de sa sœur, et nous estimons qu’il prête aux mêmes considérations.

Nous devons toutefois ajouter que la petite malade était en même temps en période d'évolution dentaire; — ce qui nous expliquerait les résultats peut-être moins concluants que nous a donnés la quinine dans ce cas particulier.

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