MADEMOISELLE ANEMONE
LES ORIOIHB8 DB BSZSTIOarS
Il est des positions qu'il convient de fixer; celle des Mistigris est du nombre. Notre siècle tient à fcvoîr le cœur net sur tous les monuments; il veut savoir d'où ils viennent et quels en furent les déb Is. Eh bien ! Mistigris est un monument, et il est u'un véritable intérêt, pour les races futures, de rechercher dès aujourd'hui d'au il sortit et queli
furent ses premiers pas dans la vie. Si l'antiquité avait pris cette précaution vis-à-vis d*Homère, nous n'en serions pas à poursuivre de ville en ville les vestiges de sob bercean..
Mistigris naquit dans le Cotentin, au milieu de plus beaui bœufs du monde*. Dès son bas âge, U spectacle de la nature frappa ses yj&ux ; il n*en recueillit que ce qu'il fallait pour devenir l'esprit 1 . plus positif de toute la Basse-Normandie. Ce quM voyait dans un pâturage, c'était le profit qu'en tira le bétail , et dans le bétail le poids qu'il acquéra par la nourriture. A onze ans il savait déjà dire, d premier coup d*œil, ce qu'un bœuf rendrait ai débit, combien de filet et d'entre-côte, combien d :" graisse et de gîte à la noix , si bien que son père , propriétaire d'un petit herbage, s'en remettait . lui pour faire ses^ calculs et le conseiller danjs se^ marchés; Jamais on ne vit^ dans un pays où le.> gens madrés ne iMuquest pas, d'esprit plus subtil, d'intelligence plils préeoce; penti-ètre s'y mélait>-i: un peu trop dlaardeup et un goût trop: vif pour le succès à tout )prix. Mais ce n^était^là qu'un j^^erme, et à celte époque de^sa^vie, Uistigri» pouvait pose\
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hardiment la main sur son cœur et se déclarer sans peur ni reproche, exactement comme le chevalier Bayard. •
Ce n*est pas que, dans les foires aux bœufs, il ne vît bien des choses équivoques et ne prit des levons dont la moralité laissait à désirer. Le monde est ainsi fait, que les mauvais exemples y abondent, et que ce sont précisément ceux là qui frappent le plus sûrement les jeunes esprits. Comme un autre, mistigris s'en ressentit ; seulement il se créa dès lors un genre de philosophie à lui , où la tolérance et le calcul entraient dans une proportion égale, et où d'avance il excusait chez les autres des écarts où plus tard il pourrait être entraîné. C'était trèsingénieux, surtout de la part d'un adolescent; cela présageait une prudence consommée. Ainsi, quand il voyait employer, autour de lui, ces stratagèmes dont les marchands ne se privent jamais, ces tromperies à Faide desquelles ils déguisent les défauts de leurs denrées, Mistigris n*avait qu'un mot à la bouche, un mot profond , qui résume sa destinée, en explique les grandeurs et en justifie presque la décadence.
— Que Toalez-vons? avait-il coutunde de dîrc;, il faut bien que chacun ici-bas fasse ses petites affairq^.
tas DÉBUTS
Le père de Mistigris ne fut pas longtemps à comprendre que le génie de son fils serait à Tétroit,. même dans un pays de ressources comme Test la Basse-Normandie. Il songea donc à renvoyer sur un théfttre plus relevé» où il pût faire figure et déployer ses moyens. Tout autre eût songé à Coutances, à Avranches, peut-être à Falaise, comme à la dernière limite du monde connu. Le père de Mistigris porta plus haut ses prétentions ; il estima que son fils ne serait déplacé nulle part, et qu'à lui donner une destination, il fallait se décider pour la plus éclatante. En d'autres termes, ce fut à Paris qu'il résolut de l'envoyer.
Mistigris n'avait pas poussé très-loin les études qui constituent le parfait bachelier : cependant il
D*était point dépourvu de culture. II sayait, du grec et du latin , ce qu'il en faut pour composer un mauvais thème ou une détestable version; tous -écoliers en sont là , même ceux dont on célèbre les mérites. U avait une plume très*nette, quelque lecture des auteurs, du goût pour les sciences exactes, et surtout une aptitude remarquable pour le cal- -euh Cest probablement ce qui décida son père à ^n faire un procureur ou quelque chose d'approchant. Des relations de voisinage existaient entre lui et un notaire de Paris, propriétaire d*un château dans le Cotentin. C'en fut assez pour bâtgr un plan et ouvrir des négociations. Le résultat ne ti^bit point les vœux du Bas-Normand; le notaire consentit à ouvrir au jeune homme les portes de -son étude; il fut décidé qu'il y entrerait comme neuvième clerc, avec un traitement indéterminé et un repas composé d'une flûte et d'un verre 4'eau. C'étaient IJ de grands avantages.
Mistigris y fut sensible comme il le devait. Dans les débuts , l'existence lui fut assez dure et il eut à pâtir plus d'une fois. Tous les grands hommes ont commencé ainsi ; c'est le tribut payé au destin.
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La teudr^sse d*an père a des limites, sortoot celle d*un Bas-NorifiaDd; Uislîgris ne put jamais tirer da sien au delà de cinq cents livres ; encore faUait-JI user des prétextes les plus ingénieux. C'est an point qu*un jour, à bout de ressources et pressé par la faim , il jeta TaUrme dans le Gotentin et les pâturages environnants. Il écrivit k son auteur qu'une voiture lui avait passé sur le coarps «et lui avait brisé une jambe; il demandait vingt-cniq livres pour Topération. Cette fois, le coeur paternel se réveilla ; Therbager, en inroîe an désespoir, prit Je cocbe au lieu d'envoyer la somme et arriva en toute bâte à Paris. Quand A vit son héritier alerte et dispos , et se fut Jàssnxé da parfait état de ses membres , il lui admi Aistra use Bernoose en guise *d'argent et retint sur le premier trimestre de aa pension les frais de son voy<age , aller et ivetour. .A Normand , Normand et demL
Avec cinq cents livres par an , Mistigris ne poifr» vait faire qu'une a^ez^é^iocre figure.
Dfi MAUGlgl^E MI^TIGRB. «7
Il avait beau s'adresser mx foornemix éconosiiques, se prêter à toi» les déguisements que les ?ivres peuvent siAir, passer les barrières afln de se soustraire aux taies de roctroi , s'adresser pour sa gardcHTobe aux étalages des fripiers, porter ses clu^eaux jusqu'à altération de couleur, et garnir ses chaussures d'une triple armure de clous , fl n'en vérifiait pas moiiis la justesse de celte maxime , que tout est périssable ici-bas , et qu'il arrive vn moment où il faut loizt remplacer, soutiers , linge , coiffure,, vêtements. Remplacer! prcMème terrible et souvent insoluble , qui occupe tant d'imaginations et trouble tant de nuits. Comme im autre, Mistigris en fut fangtem]» préoccupé : il est vrai qu'il ne connaissait pas encore les «xpé* dients du crédit et la manière de s*en servir^
Ce fut une cruelle période, surtout pour un homme qui se sentait deîrtiné à mieux. Les priva- Kons physiques n'étaient pas sans doute tndîflTérentes à Mistigris ; je n'en fais ni un cynique , ni un stoïcien. Il n'est indifférent à personne de ne pas manger tout son soûl, de vivre sous un toit à jour et en proie aux injures de fair, gelé en
hiver, rôti en été /de voir la trame d'un habit se mettre en relief, les coutures se trahir et les entournures céder, de sentir sous ses pieds des bottes qui deviennent perméables et livrent les bas aux outragés des ruisseaux. Non, rien de tout cela n'est indifférent à un cœur bien placé, et Misiigris Tavait aussi haut placé que qui que ce fût. D'ailleurs rinstinct parlait déjà chez lui ; il se sentait du goût pour les délicatesses et les raffinements de la vie , et se prenait à envisager d'un œil jaloux le luxe dont il était environné.
Et pourtant cette privation n'était à ses yeux que secondaire; il se serait habitué aux souffr:ances du corps; ce qui lui était intolérable, c'était les souffrances de Tâme. Ses grandes et profondes révoltas venaient de là. Dans ses heures de méditations , il en revenait toujours aux misères et aux injustices de sa destinée. Il se disait que jamais être n'avait été plus méconnu que lui, plus notoirement jeté ^lOrs de sa sphère , qu'aucun n'était moins à sa place. Un génie comme le sien, réduit à quoi? à courir la ville pour porter des expéditions , à tenir la plume dans des inventaires après
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décès , à jouer le dernier des rôles dans la plus prosaïque des professions. Où tout cela pouvait-il le conduire? Même en portant son ambition jusqu'au plus haut degré, que pouvait-il lui arriver? de devenir notaire, de passer notaire. Bel avantage pour un esprit ardent, inventif, ingénieux et qui se sent créé pour de grandes choses. Non , ces perspectives ne suffisaient pas à l'âme de Mistigris. C'était un enfant des nouvelles générations, à qui il fallait de l'air et de l'espace , un champ sans limites, et la bride sur le cou en matière d'opérations. A' ce prix il devait se retrouver et reprendre possession de lui-même, occuper son rang et s'élever à un ordinaire digne de lui.
Que de fois le soir, triste, découragé, à court d'aliments , en butte aux rigueurs de la saison , il Jeta , des hauteurs de sa mansarde , un douloureux défi à la destinée ; que de fois il laissa échapper le cri de son âme , et avec ce cri le secret de ses combats intérieurs!
V — Quand donc viendra le jour, disait-il , où je pourrai faire aussi mes petites afiaires?
'■ Ses petites affaires! le naturel perçait déjà.
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LB8 DISTftAGTIOaS I»«U« OIEUa DÉPOURVIT.
Od sait quel péril s'attache aux ambitions con* centrées. De tous les maux, il n'en estpoiut de pire ; nul traitenaent n'y est approprié. Le seul remëde à TambitioD, c*est l'ambition môme; elle ne se tempère qu'en changeant d'objet. Mais chez Mistigris Tambition ne yariait guère, elle arait tous les caractères que l'on attribue aux idées fixes, elle s'acharnait obstinément sur un poiat^ n'en déviait pas , ne s'en laissait pas détourner. Le malheureux voulait absohiment faire ses petites affaires. Il n'en dormait plus , il en rêvait au milieu des grosses et des dossiers, chargeait les^ actes qu'on lui donnait à copier de déplorable erreurs, et préparait ainsi aux clients une suite de déceptions faciles à imaginer* Encore quelques pas dans cette voie, et c'était un homme perdu; perdu pour ses {projets qu'il n'était point en mesure
de poursuivre, pendu pour le notariat, d*oà al allait éire exclu ifxmmt nu neoibre jodigne et frappé d'aaatiiëiDeu
Pour sauAier «se créature 'parvenue si frès de J^ibime^ il fatlait un miracle; 43e fin nue Jènra^ qui Topera. Les feflEnueB sC^n font tjanate d^JivâKS; elles aement à ppqiQS pour iendre une main secounaUe aux malbeufeiix; c'est leur .titre «eit leur destinatiuB. Si l'on accordait des i&édaîtIeB paur des traHs de ce genne, Dieu sait qnette luasse d en faudrait! Mais les fiennies fCj apporteot ni jcakal , ui vanité^ «Ues £Mt le tien discrètement et pour le pteisir de Je faire., elles sanvent les gens sans deuuindef de lav«ur peur «cela* Qu'elles soient béaîes et que fiâeu les paie ! iui seul pcHt iBesoFer la récompense «an :serYice ; il a le secret 4le tous les dévouefii^ts.
Mapdsse Misttgrts iot sauvée un soir et par ?e lunrd le plus singulier du monde. 0» était ddiiis la belle saison, •c''esNHliiie à une épo<|ae ou Jes dialeurs exilent des IhéAtres les personnes qui 7 ¥ont avec leur aident et ou ces établissenieuts s'ouvreot k ces spectateurs qui ne craig»snt pas