I.B QAPITAINS FOX BT LB LIBUTBBAHT BABT
Une société de géographie^ dont je ne trahirai pas le nom , et qui tient à envelopper ses travaux d'un profond mystère^ a reçu, dans sa première séance du mois d'avril , une communication de nature à exciter la curiosité du monde savant. 11 s*agit d'une fie qui a échappé aux recherches des plus célèbres navigateurs et dont le hasard vient de révêler Texistence: Elle renferme un peuple qui, de perfectionnement en perfectionnement, en est arrivé à se passer de Tusage de la parole. C'est une histoire des plus simples et qui demande à être racontée simplement. La voici telle qu'on la trouve
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dans le boUetin de la Société el; sur le journal de bord du capitaine Fox, du brick américain le Star, appartenant au port de Savannah.
Le Star sillonnait depuis douze mois les eaux de ce cinquième monde, que Ton a nommé le Monde Maritime , et qui se compose d*une foule d'archipels semés sur un vaste Océan. Il ne perdait pas son temps à des recherches scientifiques , ne songeait à rassembler ni coquillages, ni papillons, n'avait pas la prétention de se frayer une route vers les pôles , encore moins de soumettre en passant une tribu sauvage pour en faire hommage à sa nation. Les marins de l'Amérique du Nord ne se permettent pas de ces fantaisies; ils ont Tesprit trop exact. La seule ambition du capitaine Fox était de toudier de ses harpons un grand nombre de Imh leînes, de s'enrichir de leur dépouiHe par des procédés expéditifs, et de retourner le plus tôt possible vers son port d*mrmement avec un chargement
coBoplet d'huile et de fanons. Aussi embrassait^i d'un œil expérimenté les nappes d*eau qui se déployaient devant lui ; c^était son spectacle de tous ies instants, son idée fixe, sa tâche et son plaisir;
ricD ne feu ponvail distraire, si ce ■'eaide bîn en lom on sovrenir dooné au être» cbéri& qa^il aiait laissés près de son foyer,
Paù-étre cette vie eât-elle pare raonotoiey même à des pécheurs te baleme» si ie second offi* cier da bord n'y eAt appoiié quelque variété. Le lieiit^nant Baby était* le contraste vivant dn capl^ taîne Fox« Autant le capitaine était sérieux, antani le lienteuant était joviat; si Fun maitrisait l'équipage y Vautre Fégayait. Fox appartenait aux États du n<H*d et à l'une de xx& sectes qui fout profession de se montrer sabres dan& leot s dtecours ; Baby était un eiiEaait dn soid où les intempérances du langage sont pins communes, plus tolérées par conséquent. La Blême opposition se retrouvait dans leurs per* sonnes. Le capitaifre était aussi anguleux que le lieutenant étaift sfiiiériqne, aossi roux que l'antre était bnu^ aussi élancé dans sa taîHe que l'autre était conrt,frapo et ramassé. Fox était irrépro* cbable dans ses mœurs, Eaby un peu reléché dans iessiemes, etptns d'une lois H s'éleva entre eux des discussions à ce sujet. Lorsque le Star menil lait dans une île de FOcéanie pour s'y procurer de?
vivres ou renouveler sa provision d'eaut et que des femmes accouraient à bord attirées par ia curiosité naturelle à leur sexe, le capitaine et le lieutenant différaient à Tinstant même sur la manière d*envisager l'événement ; l'un voulait les gagner à Diea et leur parlait des beautés de la Bible ; l'autre y voyait une proie pour Satan et leur tenait des conversations beaucoup moins édifiantes. De là cesquerelles où le capitaine n'avait pas toujours le dessus.
Il eilstait encore entre eux d'autres sujets de contestation. Citoyens de la même république, ils la jugeaient chacun à leur guise, et n'étaient pas d'accord sur les avantages de ce genre d'établissement. L'homme du nord y trouvait la limite de la sagesse humaine ; l'homme du midi en rabattait beaucoup, et penchait évidemment pour des moyens moins compliqués, par exemple ceux à l'aide desquels on conduit les nègres et les matelots. Ainsi, sauf la pêche, les deux officiers du Star ne s'entendaient sur aucun point; ils appartenaient à des écoles opposées.
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tIV van &■ POLILIQUB ■« »LBIMB MBIt
Un soir, après le repas, le capitaine et le lieutenant étaient assis sur le tiilac, Tun calme comme doit Fétre un membre des sociétés de tempérance, Tantre plus échauffé et sousVempire de quelques verres de rhum qui lui montaient au cerveau. L'air était doux, Tatmosphëre pure; le soleil venait de s'ensevelir dans un linceul de pourpre et d'or, le ciel s'illuminait, la mer s'ouvrait devant le bricL en nappes étincelantes. Quel beau cadre pour la méditation ! Tout y invitait, le temps , l'heure, le silence , ces dots animés , cette voûte lumineuse, même, la disette de baleines qui se prolongeait depuis quelques jours et laissait à Téquipage une période de repos. Que faire alors, si ce n'est un peu de politique à Fusage des désœuvrés. En pleine mer on n'a pas le choix des distractions.
C'est là-dessus qu'allait se rabattre le lieutenant
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\Baby : dans ses accès d'humeur il ne connaissait pas d'antre thème. Lui arrivait-il quelque chose de désagréable? il était tenfiê dt s*en prendre au mécanisme des gouvernements. Tout venait de là, les ^ouragans, les calmes, les avaries^ les jets k la mer ^t jusqu'aux mauvaises pèches. Sur ce dernier point il ne transigeait pas : dès que le poisson manquait, aucune institution libre ne trouvait grâce devant lui ; il ne voyait de salut pour rhumanité que dans le régime du fouet et du rotin. Or, de toute la semaine on n'avait apperçu qu'un cachalot et à une disance telle qu'il avait été impossible de l'atteindre : qu'on juge de l'état où se trouvaient les opinions de Baby. Le rhum y aidait aussi, il faut le dure. En vain le capitaine Fox opposait-il un flegme stoïque aux saillies de son lieutenant, celui-ci revenait toujours à la charge.
Il s'agissait de savoir si la liberté est plus codforme à la nature de l'homme que l'asservissement. Fox avait là-dessus des convictions trop profondes ,pour engager un débat ; il croyait à la liberté comme un Guèbre croit au soleil ; il en faisait la source de 4ous les biens et le remède à tous les maux ; il la
yaotait entière» absotae^ iUnHtée; il la voulait poar tous les étros vivairts, sans acccftian de classes m decauleoc. Il ae discutait pas» il croyait; pressé trop vivement il se retranchait derrière quelque seBieace et B'e« sériait fius. Baby, au contraire, prenttt à partie Tunivers eatîer, Pfaîstoire des so*ciétés passées ^ l'état des sociétés présentes, le témoignage des faits, kestefomderhisioire, Tétttde du cœur humain ; il montrait les archipels océaniens eneore sous le ieikg du besoin et peuj^ de créature» qui tie rapprochent de la brtyle, le grand cotttffieni de l*Asie conduit au bâtorn par des des^ potes obscurs , TAfrique fournissant au reste du monde des troupeaux de bétail himiain, une grande p<»yoD de rfiarope cidtîvée par des serfs, et presque toute l'Amérique livrée aux bras de» esclaves^ et il eo conrioatt que si rbomne est né pour être libre, il fr'est juaqa'ici furieusenient trompé de de»* tination.
Se la pM*t de tout «ttre, Fox n*eftt pa» toléré un pareil langage , mais il traitait son lieutenant en enfont gtté et lui laissait de grande» fraachisea. Sur un point seulement sa susceptibilité se réveilla» U
4 2) riLE DES ÀPHONSg.
s'r -issait de constitutions, 'et le capitaine n*a«mait pas qu'on leur manquftt de respect.
^— AhlBaby, Baby! dit-il avec un accent paternel.
— Vos constitutions , ^ijouta le lieutenant sans s'arrêter à la remontrance, je ne donnerais pas un galon d'builc delà meilleure. Qu*est-ce, après tout? des chiffons de papiers. Combien cela dure-t-il? Yingt-qoatre heures.
— Baby, Baby ! répéta le capitaine en élevant le ton et comme s'il eût entendu un blasphème.
— Ahl si, pourtant! j'oubliais! Il existe une constitution parfaite, dit le lieutenant.
— Celle des États-Unis, à coup sûr?
— Non, capitaine, non, pas même celle des États- Unis, quelque droit qu'elle ait à nos hommages. J'en connais une autre plus irréprochable , mieux éprouvée , plus ancienne, et qui durera plus longtemps.
— En vérité, Baby?.di*t le capitaine avec on sourire d'incrédulité.
— Oui , mon digne ami « et cette constitution la voici.
L*ILE BBS ÀPHOIIES. 429
n yeDatt de 8*einparer d*ane manœuvre qui se trouvait à isa portée et lai imprimait un mouvement significatif. Tout habitué qu'il fût aux écarts ée son lieutenant, Fox trouva que la raillerie dépassait les bornes.
— Un bout de corde I s*écria-t-il scandalisé. Oh I Baby!
— Un bon bout de corde, capitaine, parlez-moi cle ce genre de constitution. C'est franc, du moins, €*est net; on sait ce que cela veut dire. Point de «urprise, ni d*équivoque. Quiconque se plaint est cinglé ; s'il y revient, on redouble. Cingler, toujours cingler, jusqu'à ce que le silence se fasse et que tout le monde s'avoue heureux ; voilà le procédé par excellence. On en cherche, on en essaie d'autres, puis on y revient.
— Vous devenez fou, Baby. Et notre devise : Dieu et la liberté ! dit le capitaine.
— Bonne à encadrer, j'en conviens ; mais rien de plus. La preuve, c'est que nous fouetterions nos nègres s'ils s'avisaient d'en user. Dieu et la liberté I c'est-à-dire la liberté pour nous. Fi de l'hypocrisie I
130 VILS »KS 4rH0JIR8.
— Qoe vouleE-Yons, ca^akie; c'est eeldL Ail», j'ai étudié les hooiraes: m food q«e demapdeBtrib? à être menés; ils suH^tent ptas iddHamùi un maître que mille maîtres.
— Baby, dit solewwUement le rafirine, tous êtes indigne d'appartenir à un État libre.
. s ni.
«1 Aotnimn ovi mv tas «mat a vàtmamm.
L'eirtvetieo tn était là et menaçaR de ae prolonger, lorsqu'on bruit ^se fit entendre dans la direotioa d« gailland d'ataat, en même temps qu'il s'en élevait un cri d'alarme.
— Uifeomme à l'eaft, dit nae voix.
En un clin d'œil tout le monde f ot sur pied, et, aatant qoe le permettait l'obscurité, on p«t apereevoir une feme bamaifie se débattant au milieu des flo(B« C'étiât on matelot qui , à la nuit close, o?ait oammis l'imprudence de s'endormir sur le beaupré : un mouyemer.' du brick venait de loi
S.MLE DSS APHONES. 43t
faire perdre Féqi^tbre et de le pnédpîter dans la* mer. Le mabeurenx poussait des cris lamentaUes». monis dfitincts à mesure que le bètiiuent s'éloignait de Ini , et se confondaDt peu à peu avec le bruit des vagues et du vent.
Au premier appel , le capitaioe Fox s'était trouvé dri)Out ; d'un coup d'oefil il avait tout vu, tout jugé ; déjà ses ordres étaient donnés, les manœuvres s'exécutaient, d le navire évoluait sur lui-même. De son oôté, le lieutenant ne demeurait point inactif. Une des enâ>arcations venait d'être descendue le long du bord , et il s'y était jeté avec six hommes de l'équipage. L'œil attaché sur les flots, l'oreille attentive aux moindres bruits, il se dirigeait vers la victime avec l'espoir d'arriver à temps pour la sauver. La nuit et Fétat de la mer rendaient céUe opération diffieSe; il fallait s'y aider des moindnes indices , et pour le reste s'en remettre au hasalnd. Qu'on juge des émotions dont les acteurs de cette scène étaient assaillis ; chaciue minute qui s'écoulait leur apportait une angoisse nouvelle. Il n'ren^ était aucun parmi ces hommes, officiers ou meteloto, qui ne se sentit ei^koaé àmne chaice pamNe^.
et ne se mit aux liea et place da malheureux qui disputait sa vie à ce gouffre ouvert pour l'engloutir.
Cependant Terabarcation glissait sur les vagues avec la rapidité de Toiseau et au milieu d'un silence profond. Pas un mot , pas un geste : les marins penchés sur leurs avirons , y déployaient cette force qu'on puise dans une circonstance critique; le lieutenant , debout à Tarrière, sans chapeau, les 'Cheveux au vent , le gouvernail en main , était absorbé dans sa recherche opiniâtre. Tous les yeux étaient fixés sur lui ; on épiait ses mouvements, on •attendait ses ordres ; enfin sa voix domina les murmures de la mer; — Enfants, s'écria-t-il, arrêtez!
Les six avirons se levèrent à la fois , et- les hommes , par un mouvement spontané , regardèrent autour d'eux. A la surface de l'eau s'agitait une masse confuse vers laquelle glissait l'embarcation , au moyen de l'élan qui lui avait été imprimé. Malgré les ténèbres qui régnaient , il était facile de ^apercevoir que le malheureux au secours de qui on se portait, en était arrivé à la limite de ses forces et aux dernières convulsions de l'agonie. Ses bras frappaient l'eau au hasard , avec cette pré-
cipitation qui est TefTet ordinaire de la terreur. Encore quelques secondes et il était perdu ; il coulait pour ne plus reparaître. Le lieutenant jugea la chose ainsi ; son œil exercé ne pouvait s*y tromper: un acte de dévouement était nécessaire ; il n*hésita pas. D'un bond il s'élança dans la mer, nagea rapidement vers rinHortuné en danger de périr, Tatteignit au moment où une vague venait de le submerger, le ramena à la surface, et l'y soutint d'un bras pendant que de Faulre il cherchait à regagner l'embarcation et à .y prendre un point d'appui. Tout cela avec la promptitude de la pensée et «en moins de temps qu'il n'en faut pour le raconter.
De leur côté, les matelots s'étaient portés au secours de leur intrépide hleutenant. L'un d'eux l'avait suivi à la nage, tandis que les autres manœu- Traient de manière à rendre le sauvetage plus aisé. Déjà tout sujet d'inquiétude avait disparu ; le groupe flottant se rapprochait ; entre lui et la chaloupe, il n*j avait plus qu'une toise ou deux de distance, lorsqu'un nouvel incident changea l'aspect de la scène et donna des motifs d'alarme bien autrement
sérieui.
43 i L*ILE DES APHONES.
Dans les profondeurs de la mer et trahi par un sillon phosphorîqae, les matelots Tenaient d'apercevoir QB énorme requin. II montait lentement, mais en ligne directe et tomme assuré de sa proie. Le péril était imminent, et le temps mangoaitpoar 8*7 soustraire. L'équipage de l'embarcation allait tissister à une épontantaMe catastrophe , sans poo- ?oir ni Vékrigner, ni la conjurer. Aussi quelle angoisse dans les coeurs ! quelle consternation sarles visages I De ces trois hommes qui se débattMent à la surface de Feau y c*est le Hentenant qm était le plu^ vivement menacé ; c'est sur lui cpje le monstre marin semblait s'acharner de préférence; H allait payer de sa vie son chevaleresque dévouement. Par deux fois le requin Favait touché de son a3eron , et se renversant sur le dos , il ouvrait sa redoutable mftdioire ; c^en était, fait de ce pauvre Baby , si jovial et si généreux, à moins d'un secours inattendu. €e secours arriva. Cn matelot, gardant plus de sang-froid que les antres , s'était emparé d'un trident et , ainsi armé, surveilladt les mouvements de ranimai. Au moment décisif, et quand les dents touchaient déjà leur proie, il brandit le
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fer d'une main vigoureuse, atteignît une partie mlnérable, et cela si profondément > que le requin lâcha prise à l'instant même, et disparut en emportant le harpon dans ses chairs. Le lieutenant était sauvé ; il tint bon pourtant , et ne remonta dans Tembarcation que le dernier. C'était un garçon ainsi fait ; il s'oubliait pour les autres : un petit esprit politique, mais un grand cœar.
s IV.
asQORB vu ûYàmBunur.
Le lendemain^ grftce au lieutenant du Star^ l'équipage se retrouvait au complet ; aucun bras ne manqua à rappel 9 et c'était fort heureux ; le navire allait avoir besoin de tous ses gens.
La journée s'annonça néanmoins sous tes plus favorables auspices. Au lever du soldl, point de nuage, ni de brume; rien qui troublât la transparence de l'air ; le ciel , sous les premières clartés du jour, formait une coupole d'une purelé parfaite et d'un beau bleu d'indigo ^ k mer, caressée par des
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brises folles , tantôt se ridait , tantôt présentait une surface polie comme le marbre, et sur laquelle les rayons lumineux se jouaient obliquement. Attirés par ce spectacle, les alcyons rasaient l'eau de leurs ailes, tandis que des bandes de dauphins, marchant en bataillon , exécutaient avec une précision militaire leurs évolutions accoutumées. Tous les présages étaient rassurants, et, ce qui en doublait le prix , on voyait au loin quelques baleines. Le lieutenant triomphait.
11 allait donner Tordre d'armer les embarcations, lorsque le capitaine Ten empêcha. Depuis quelques minutes celui-ci examinait Thorizon d'un regard soucieux, et en homme qui se défie des apparences.
Le Star se trouvait alors à Forient des Philippines , et dans des parages où de terribles surprises attendent les navigateurs j c'est là qu'éclatent ces redoutables typhons dont la violence est au-dessus de ce que Ton peut imaginer, et auprès desquels les tempêtes des autres mers ne sont que d'insignifiants phénomènes. Fox les connaissait de longue main; il en avait essuyé plus d'un , et quelques i;}-
L'ILE DSS APHONES. 437
dices, distincts pour lai seul, lui faisaient prévoir qu'il allait en essuyer un nouveau. Le ciel était encore serein, le vent léger , et pourtant il régnait dans Tair et sur les eaux on ne saurait dire quel frémissement, accompagné d'un lointain murmure. Ces symptômes alarmaient le capitaine et tenaient sa vigilance en éveil.
Bientôt il s'en déclara d'autres, bien plus évidents , et auxquels personne à bord ne put se méprendre. Une masse de nuages opaques s'éleva de l'un des points de l'horizon , et envahit peu à peu le ciel dans une portion de soq étendue. Cet envahissement ne fut ni soudain ni général, il s'accomplit graduellement et avec une sinistre lenteur, de telle sorte qu'il y eut un moment ; dans le cours de cette scène, où la moitié du firmament conserva son azur, tandis que Tautre moitié se revotait de diverses couleurs , depuis le violet jusqu'au bistre. Par intervalles, de ce rideau sombre se détachaient des météores bizarres, des sillons lumineux, se brisant sous des angles divers, des éclairs suivis de tonnerres brusques et secs, ou bien des nuages blancs» pareils à des flocons de neige» et animés
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d'un monvenieiit plus rapide qoe la masse d'oà ils étaient sortis.
Les pressentioieiits do capHaine Fox ne Fanient pas trompé ; c'était on typhon, le redoutable typhon de la mer des Indes. Ces nuées sombres fomaieiit , comme disent les marins « te lit Ai yent; dies s'avançaient chargées de menaces. Qaaiid elles se furent bien emparées d« ciel, Tooragan édataet prit sor-le-champ d'effrayantes proportions. Tous les élém^dts semUaieot s'être conjurés pour ea accroître la violence, l'air, Teaa et le feu; rakniosphère passait d*an embrasement subit à des téaëbres profondes; la mer grosMSsait i vue d*ceil; b pluie tombait en gouttes énormes, mfilées de giélons; une flamme électrique s*était fixée aa sommet de daque mAt , et le couroanatt comme uae lampe édaîrée à l'esprit-de-vin.
Le capitaine Fox avait tout préw^etâétait prêt: c'est à de pareilles épreuves que se juge le viai matin. Dès les débuts de l'ouragan » ià était i soo poste, près du gouvenaU, le porte-voix en main, A ne devait plos en bouger. La vie de ces komoMS* le sort de ce bâtiment, dépeaAaient désormais de
L'IL& BSS APBONBS. ; ') V
lui r auciine respoQsd^ilHé n*étâttt plus grafe , et i) en portail digneaieiit te poids. Taol que dora le périls ofi le y\t sur le pont » domptant le sommetl, bravant la {date et les^coops de mer, «aimant Téquir page piar son exemple, le rassurant par son maintie&. Qu'au miliea de ce désordre des éléments, sa fermeté se démentit, que son sang froid l'abandon* nât, qu'il bésitAt sur une manœuvre , sur un commandement, et son navire désemparé devenait la proie de la tourmente, et TOcéan l'eût couvert de ses nappes d'eau comme d'un linceul. Mais le capi* taiae Fox avait l'âme aussi robuste que le corps ; 9 se retrempait dans la laite. Jamais il n'avaii d'une voix plus ferme donné des ordres plus précis, pria avec plus d*i propos de meilleures dispositions , ni opposé am issttltes des flots et du vent de plus énergiques mojen^de défense.
Lesahit n'était qa'à ce prix. £n se prolongeant, la ten^te augmentait de ioreur ; toutes les voiles avaieat été mises e» lambeaux ; l'un des mftts venait de se rompre et l'autre était foctement â>ranlé ; plufr de mancBuvre posôUe , si ce n'est de foir an ' gré du vent et des v^gjoes déahaknées^ A dia^ne
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instant <l*éiiormes masses d'eau se précipitaient sur le pont et submergeaient le brick dans toute sa longueur ; pour y résister, il fallait toute Fagilité de ses mouvements et la solidité de ses membrures. Dans ces chocs furieux, les dernières chaloupes furent emportées , le dernier mât également; le gouvernail résistait encore ; un coup de mer, plos violent que les autres, le brisa et en dispersâtes
fragments; de sorte que le Star, naguère si fier et si sûr de lui-môme, n'était plus qu'une coque rasée, désarmée,vainciïe,joiU't(îu hasard et des éléments. Pendant quarante-huit heures, les choses se maintinrent sur ce pied , avec des alternatives de détresse et d'espoir. En vain, le capitaine Fox avait-il essayé de fixer sa position , à l'aide des observations ordinaires; Fétat sombre de Tatmosphére ne permettait plus de se servir des instruments nautiques, et les montres marines, dérangées par Tintempérie, se trouvaient hors d'état de fournir des renseignements précis. On ignorait donc au juste où se trpuvait le bâtiment et vers quelle plage le poussait la tempête. Un événement étrange allait éclaircir ce point.
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Dans le cours de la deuxième nuit, et alors que Touragan sévissait avec le plus de fureur, par un épouvantable temps et au milieu de ténèbres épaisses, le brick reçut une secousse à laquelle personne ne se méprit; il venait de toucher sur un écueil. Le choc fut si violent que pas un homme à bord ne resta debout; tous, officiers et matelots, en perdirent l'équilibre. Le capitaine Fox, jeté contre le cabestan, se releva le premier et chercha à se reconnaître ; ses gens , revenus de leur stupeur, se groupèrent autour de lui ; le lieutenant, que l'événement avait surpris la bouteille en main accourut sur le pont afin de s'assurer de l'état des choses. Il n'en était aucun parmi ces hommes qni ne crût sa dernière heure venue , et n'entendit résonner à ses oreilles comme un glas de mort. Encore quelques minutes , et le brick déchiré par le récif et dépecé par cette mer furieuse , allait disparaître débris par débris et s'en aller vers la plage avec les cadavres de ceux qui le montaient* Telle était la perspective présente à tous les esprits.
Qu'on juge de la surprise des marins du Star^ lorsque après quelques minutes d'hésitation, le bâti-
méat parut se dégager de luHaème, Boiter de naaveaa et s'ouvrir un chemiA dans des eaux (rios tranquilles. L'équipage cria au prodige, te capitaiiM Fox en devina le motif naturel. Le brick , soulevé par le flot , venait de franeiûr l'arête d'un de ces bancs de coraux qui entourent les lies de rOcéanie et servent de rempart à des havres intérieurs, où la houle ne pénètre pas. Ainsi un instrument de perte était devenu un instrument de salot. Chassé par la brise , le Stair vogua sur cette mec fermée « qui devenait plus calme et plus sûre à mesure qu'il s'y engageait plus avant. Les ombres 'de la nuit et une brume persistante empêchaient de rien distinguer autour de soi : pendant plusieurs heures, le brick s'en alla ainsi à l'aventure, et comme guidé par un génie invisible qui sembbiit veiller sur lui. EnGn le brouillard céda, le vent fléchit, et l'on put voir^ dans un horizon rapproché» étinceler une multitude de feux.
— Où sommes-nous? dit le Ueutenant.
— Qui le sait? répondit flegmatiquement le capt» taine. Faites mouiller ime ancre, Saby; nous ver* rona demain*
l*IL1E mSS ÂPHOITEB. h 43
— A la lotine heure, reprit VofBcîer; maïs notis iroici lancés en pleine féerie. Où diable sommesnous?
Ils étaient devant l'Ile des Aphones et en face de la capitale de ce nom.
UK PRBBQim GOV» D ŒIL BUa UL VILLB HM AVBOHBB.
Comme on le pense, personne à bord du Star ne ferma Tœil de la nnit. Le bâtiment était hors d'embarras ; l'ancre avait rencontré un fond sûr, et les eaux du mouiflage étaient aussi unies que celles d'un lac. L'attention de l'équipage pouvait donc se porter tout entière sur celte apparition étrange , imprévae et d'autant plus douce qu'elle succédait à un naufrage imminent. Quoique la nuit fût sombre et la distance assez forte, il était facile de voir qu'on avait ope ville considérable sous les yeux. Çà et là, sur ce fond obscur, des coupoles montraient leur masse imposante ; à leur pied s'étendait une vaste enceinte couverte de constructions.
Des siUons de clarté y indiquaient la direction des rues, et il s*en élevait ces murmures qui accompagnent le sommeil des grands foyers de popalatioD.
Quand le jour parut, et que les objets furent plos distincts, ce spectacle prit d'autres proportions. Le ciel avait recouvré sa pureté, le soleil son éclat; la nature était en robe de fête. Les premiers rayons du matin glissaient comme une poussière d'oc sur les cimes des bois environnants , et venaient se briser sur les eaux du bassin et sur les toits de la ville endormie. Tout ce paysage respirait le ealme et la sérénité. A l'horizon, les coteaux se succédaient, les uns chargés de vignobles, les autres garnis de forêts touffues, tandis que dans la vallée une rivière baignait des pAturages couverts de troupeaux et sur quelques points de son coars brillait comme un ruban de moire. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, de riches cultures couvraient le sol , d'un aussi bel aspect et de nuances aussi diverses qu'en un pays pourvu de comices et jouissant des méthodes les plus perfectionnées.
Quoique les marins du Star ne fussent point in-
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sensibles à ces beautés de la nature , leur attention se portait de préférence vers un autre côté du tableau. Ce qui les préoccupait surtout, c'était TinH posante ville, assise sur la plage et dont les rnonu^ ments avaient ce caractère de grandeur qui est le signe d'une civilisation avancée. Encore n'aperce« vait-on du mouillage que les moindres de ces monuments, ceux dont la ligne des quais était dé« Corée ; mais au delà et sur des plans plus éloignés se montraient des dômes, des flèches, des colonnes, des galeries aériennes , des tours couronnées de plates-formes, qui portaient l'empreii^g de plus de magnificence/ et révélaient un peuple abreuvé aux bonnes sources de l'art. Même dans les habitations privées se retrouvait ce cachet d'élégance et de goât. Élevées d'un étage, de deux aux plus, elles avaient toutes un balcon en saillie pourvu de châssis mobiles et abrité par un auvent gracieux : c'était comme un pavillon suspendu d'où la vue se por« tait vers la mer et que signalaient des vitraux de couleur et des rideaux agités par la brise.
Parmi les personnes réunies sur le pont du brick, il n'en était aucune qui prit plus d'intérêt à cette
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sfièw que le lieutonooit. C'e^t qoe Baby se pifttait d'^ce olvervatetNr : 4efm viogtt ans qu'il finé^veo* t^it ie$ eaux du M pode Maritis^e, 9 avait fiSKé |«r toutes les éipreures et toutes le» aitoetioQs, éta^ \e^ omors de ces iBsulaires. «élue «de eeivi qaîM QWrrissent d'alof au Jtowates» et faHll kU mite d'Qoe surprise, servir de base à un de leivs Kefns de corps. Cette cireoostaiice l'Avait reoda oin(WK s^ct ; il trouvait cette luauière de finir peu tifua de lui et s'efforçait de s*y soustraire. Delàuoepnir denee igaî ne se démentait jamiis«
Aussi, dès les furemières ilueurs du jour, Sabr i^UH exercé sou contrôle vigil^t, ^ ce^pi'H sj^rcevait n'était pas de nioiture i détoriaier wi défiauce». Une remarque le frappa d'iibei^d, c'est qujs le ^^r se trouvait dans une Hier eiMîèreiQeBt fermée et sans ccmiuttuievation appavente avec roeéan, Sur la ligue de rberi«eu céguaitune saHe^ de réciifs, facile à reco«uattre aux Oots qui s'y lyris^nt et au nuage d'éovne fut s'en élerait wi solution d.6 contîuqité. JEn vain le Ueutenaut «hsr* çbmt-îl du regard un passage, nue issue à toav^rs ffilta bvre d^ coraux i A n'en découvrait pas et
Uot'fe €i[)iiBi!nurit dans te peosiie ipK iejieid moy eii d'aboutir à cebaana était 4)eliii>dûiit le brick avait fiât répraime à »$ aîMpieB H (périto» c'^st^à^^âino m JMoit péfciHctia par dosais HéciieiU En effet» aiiciiD 'autre bâtîmeM si'étaît «MMiUié à ses côtés» aucun autre pavillon ne se déployait pcàstfci sim; le Sfaréimt seiul« nb^iflumeot Mul sor cette vaste surface. Et quant à la marine du pays, elle se esQfiH ffiSoMifle «ueb^es barques ^élégammerit pavdsées, qui ressemblaient plutôt à des mendiks de plai** mt»,, 4o*k dea ioab'QMents destinés à m ^service de mer..
Ce fut» pour Baby, un premier fBiDtiC*det8e tenir wm 9^ gardes; âl a'y en joignit d'antres :peo dUn* sti^ts .après. £n «examinant les édtfiaes dopt ka qaais étuiant couverts, iLdiatiagtta une xsonstruo* tien véritablement imposante, et dpat Tattique povtait mu observatoire d'oa oaraotëre sombre et dgHHMteui*. De là en eoibrassait les eaux du moiitt* i^ge. et i'horison dsAS «ne étendue de piusieui^ Ueues. Ëtaît-ce une ittusîott ide Baby 2 )l lui seon biait voir, dans lesfrofQudeurs de cet observatoire, aA>tBbe de forte dinaeusion dirigé coalre le Star
448 LMLEbES APHONES.
et ie tenant pour ainsi dire en échec. Dans la pensée du lieutenant, ce ne pouvait être qu'an engin de guerre, quelque miroir ardent renouvelé d*Archimède, et de nature à incendier le brick, en dépit de réloignement. Aussi n'en détournait -il pas les yeux :
— Capitaine, s*écria-t-il» ne le voyez- vous pas?
-- Quoi donc, Baby ? répliqua celui-ci avec son calme ordinaire.
— Un piège, une machine, poursuivit le lieute» nant ; une invention de l'enfer, à coup sûr.
— Où cela, Baby?
— Là bas, capitaine, dans la direction de ma main. L'apercevez- vous maintenant? Quels t^ flets ! Nous allons fondre comme de la cire. Après l'eau, le feu.
Le lieutenant eût poussé plus loin cette explication et donné h ses inquiétudes un commentaire plus précis, si un incident inattendu ne fût venu rompre Tentretien. Du haut de cet observatoire menaçant, une fusée venait d'être tirée , en mêoie temps qu'on arborait un drapeau écarlate, parsemft
d'emblèmes en or. A ce signal, le quai, jusque-là désert, se couvrit de monde ; il en déboucha de toutes les rues et de tous les carrefours : ceux-ci se formèrent en groupes ; ceux-là se jetèrent dans des embarcations et les poussèrent au large , en les dirigeaot vers le brick* Le moment critique approchait:
— Eh bien! capitaine, que vous disais-je? s'écria Baby.
L'équipage du Siary rangé en bon ordre sur le pont, attendit la suite des événements.
SVL mn visiTB DBS «ATiraBLfl. — FtamAaiw ntPAunoas.
De la terre au brick le trajet était assez long pour laisser à Baby le temps de reconnaître à quelles gens on avait affaire. Armé d'une excellente Innette , il la tenait obstinément fixée sur les embarcations qui s'étaient détachées du quai et s'avançaient à force de rames. Ces embarcations ressemblaient à des gondoles et portaient sur toute
450 FILB D&6 AYSOflSSi
ie<ur' tenguair des tenfies: ea. étoffe» de soie qui ft'ineliiiiiœt Al volbnté et (draoïiant mi' sAri jnobiie eoiitre le seleiL Iles paviUo&s étaiea^ déplejéSN à ïm^léx^r et la) coBtevr en variait d'une anbatca*" tien h UxÉte ::m te ftaè était Iriano^ Ut Jaciuc, ailjeoisbleuç. l'«inblèniie s«iiUdeBieirailtUBif0nBe; De loin cet emblème n'offrait guère qufnD denJQ eenfii», et Bah; se yerdadlicik a)aDjecliitefl..M«s » quand les embarcations se furent rap{9BtHftéft9 « dOn doute ceasa<: €:étàitiUiie.é0nevi^e^de.la<9ttAde espèce et dcaifela.nuaiice tratchait AUrkucoiiiksr du pavillon.
Le lieutenant venait de s'assurer du fait, et se demandait si c'étaient là les armes du pays , lorsqiifiiAerattioe;éb6ouÉBn€e^le:fiHq[^pak L«»heiiinMs qui montaient les gondoles portaient tous cette éereviaBEe: suirquedqur point de laor vètttne&t^.les unsisur ledus ,. les^autres auFla'poltriiie ^d'auti» tîHeurSi.OueÉtdtt un.s^eide.natioBalité. £'eiii»> Idème semblait- se medifiËr à raisûa dte«lasaeftet jfesiiangSy et conuae siila^plaee ,. l'étoiE&et la courleur eussent été un moyen de- fêite DeeonnaltfaB lUii'leHshami) la concKifoni de»* ptfCMaiei^ Cbei
tmt<i Vécreyï^t était plus pefil^ y thet ^emt-M ^hts grande ; ici eHe était en or brocKé, là en si^ie, m ftimpteiBeiit en^ Mne. Les éerevtssei ie» fins rkke^ appartenaieifC iemx qoi étaient iwfetftts^de quelque commaudement ; ils^ ta portnieat par 4^ ¥ffiit et ftvee «ne eertaine fi«rté; te» éiei^visBe» les pin iBOdesCe» éMent fe ptrts^e de^ idnpies im» rlnier» : ils h p^tfiiènt par derrière et »'6n'pai»i«^ salent pas fort enorgueiHii.
Enfin les embarealimis arrivèrent près^d» brkk et de clmcnne d'elles se éét^^ba un personMfi^ iMrdè de Pécrevtsse d'#r« tcMut un 4vwMf ëvmi mam et d^ Tanfre un cbapetet à gt^im i%mhm: et de coraîK Ce ne fet pae sans peine fa*iltf parvinrent sur le pont; et dai» le ceerr» deeette entreprises le génie dte Bairy fui mi» à> une Vftte épvenve. La dimension de ees fendionMiPes: p«drti«s dépaMaft eeqne nom cMnaissens de plus^ peffsetiMné en ee genre; o» nfcfn voit peint et Ms^ en E^epe , même parmi les mieux nourris et Has^tMÉas-oociPpésf. Pendant qu- on les bissait 6 bar* ^ trois poulies cédèrent sous^ le poids. L'opération s'iattkof a pOttN tant, ef sii naturéto de distinction ewmtaecès
Aht L'ILE DES APHONES.
sur la dunette , où le capitaine Fox les resut avec sa gravité accoutumée. Il y eut» dans les roimcs respectives, échange de civilités , et le lieutenant put examiner de près et tout à Taise ces habitants d*une terre inconnue.
Leurs vêtements se composaient d'étoffes de soie, taillées à Torientale et formant une jupe ample et longue qui descendait jusqu'aux chevilles, et qu'une ceinture en mousseline Oxait à la chute des reins. Ces étoffes paraissaient être de belle qualité ; mais , par la plus singulière des modes , les naturels les portaient à Tenvers. Ge n'est pas tout : à cette bizarrerie s'en joignait une autre, d!uu effet encore plus malheureux. La coiffure se composait d*une sorte de feutre , à peine dégrossi , et dont la forme rappelait le bonnet imposé aux enfants qui ont encouru une punition.
— Serait-ce un peuple qu'on a mis en pénitence? se demandait Bdby. Il n'y manque guère que le martinet*.
Cétait l'usage , voilà tout : quel pays n'a les siens? Rien ne sert de disputer là-dessus.
Cependant l'entrevue n'aboutissait pas; des
deux côtés , on se contentait d*échanger des gestes et des soarires. Un naturel de première distinction avait bien essayé de frotter son nez à celui du capitaine Fox, ce qui est, dans le pays, comme on le sut depuis , une grande marque d'honneur ; mais œtte tentative n'avait eu qu'un succès médiocre auprès du rigide Américain. De là un peu de froideur et une sorte de contrainte. On ne saurait dire comment les choses auraient tourné si Baby n'y * eût mis du sien. Au milieu de ces visages étrangers; iL venait d'en distinguer un qui avait une exprès^ sion particulière de malice et paraissait se divertir surtout des dépenses de gestes que faisait le capitaine dans l'intention d'être compris. De ce perâounage à ses compagnons , il n'y avait pas de différence sensible ; il était vêtu comme eux , coiffé comme eux ; sa poitrine était comme la leur, ornée d'une magnifique écrevisse d'or. £t néanmoins Baby resta convaincu, dès le premier coup d'œil , ^u'il en tirerait plus de parti que des autres.
Pendant que la conférence suivait son cours» il prit donc cet homme à part et l'entraina jusqu'au pied du grand m&U
UMB REHGONTBa
Bafayr niéteiti pas/ seidemeiittvQi obsoMtëur di psemièie: voléaii G*était escore; un pdyfjUte do f lut} gisad. mârite. U ailÉitt,..dm Ib: eouv» ^|0i loyagetv d>ondé a.tonbw les cAtefr et tayé me tdiit6&Iei 6nlnisM"iu:>uiâ]aiigiiei».sattyage:(iQleUe fitr^« mt. lut étaib éiraBgèreiLtt connaisaiit viifia ortie: de laptmfkderqmiaviM^vMlù k oftlteeteit fiiire>la basft dîil»^dQ<seftiiBeiia8id& 6Û19I1 de (|Qi l^âdftit sittgoUàfieoiaotrdaiMfcette âtad^vVcst^qo^ inaRloiit OKuil mettatUaiiièi, U«8ren.iMtiaiti4'atad mai fèouneâv et dCtaiie maatoe; ait vi?e>qilBf l'entt» ttt» s'eagageait boa gné Mi (r^. Aui nMfOiiii cette inéAbod&,.ils^toifcfonttâ an K^csMskem i«mri,.etistL^ piquait de; peaydir tcaileB le acafr unst dfiubton l»diale6tes.«o«feiia>.
En ^tanteetle. personnage qafii araîtidistfrftJle fabandei el ^^ili^uloit: seonôttre^à n» exameD {eottteaieCt^^iliSRpa^ d!d[>enlaiMMa(fQeBtioDi Dstf quel idiome convenait-il de rentiOfirendce?-faQtf|'
il lui parier n^prt ea iiialiii>T ViMt-ik tÉMOft re- €4»ii6H* «a madé^aaas^Z ht Mml eaibariaB ^'il éprom^t éMi ^vlI éà eMs. A^aokMé «^ il pM»
«ait ee sentir 4e l'inslnmcirt le ^adfui^Bii» oa le l^kift perfectiMBé^ Il Bmwi te flnnri ^a» tk» pulk dans les archipels , le mMdefaMi â»tM&»4tÂtàmf l#cftnWîâ, letoBgSi^ leaéUaéiiB y te cwréWy enfin ce que sait unv hmame ^ «in^ Mig de baleine»
et qui sait mettrer fe terafft et In oocaûiMâ à
.<- Teoioa 86 poaettl oeUe tpÊeaiiam àfiltealfr, B1A9 côtttiottftit à BOttOKfttre l'inebon» aosL proeédéi dtetlgrae qM b» étiieiA hnàOtm fia» ii F^ladieit» plasilseipeflsuadiit q^leu te choîMNMt il ami en iBMM beiimuae;.PaBlDi» MÉHe il iMtitait s'éfutHer «[» vagne toMeiôv loMqM cel ImiMiie aHaelisit i«r hii n œil souoMit el raHiisiir. Oe^liit Mi»l'eii»' l»e 4e^ eBntinntipifilooaiflMiica w» intervofiteire. Csmmm débat, H wt fecoui» «a paitogm; MGMDé lengw «n'ast pin» vépaûdue ésHii lea ftvigtt ée Tinde.
^ Ott^aonoittiMMitts:? d<aMaid ft>l^ méigettalre déaoré 4e lé^ceifaM ë mw
456 l'^ILE DES APHONES.
Ceiui-ci ne répondit que par un sourire.
— Il n*entend rien au portugais , pensa Baby ; essayona autre chose : le lascar, par exemple.
Le lascar est , dans ces mers , ce qu*est la langue ftanque dans la Méditerranée , un mélange affreux de. toute espèce d*idiomes.
— Comment nommez-vous ce pays? demandât-il à l'impassible fonctionnaire public.
Même silence , môme sourire.
Le lieutenant ne se découragea pas : la patience sied à un pêcheur de baleines. Il renouvela sa question en vingt-deux langues , passant des plus élémentaires aux plus rafBnétô y du malabar au japonais, de l'arabe au persan, de Tindostani au siamois; il n'oublia aucune de celles qui se parlent dans les mers de l'ôcéanie, aux. lies Fidgi, aux Hariannes, aux Philippines, aux Moluquès; il remonta, dans le pôle nord jusqu'aux Kouriles et aux Aleutiennes, et descendit dans le pôle sud jusqu'à la.Nouvelle-Zélande et à la îerre de Van-Diémen. Vains efforts, peines perdues! Rien ne pouvait tirer le dignitaire interpellé de son silence, ni le faire renoncer à son sourire : seulement ce sourire
riLË DES. APUONES. 4o7
devenait de plus en plus significatif. Enfin lorsque Baby, de guerre lasse, se fut rejeté vers les langues savantes de Tlnde et. eut posé sa question en pur sanscrit , cet homme ne put se contenir plus longtemps : sa parole trouva une issue.
— Si vous essayiez de parler anglais , lieutenant Baby, dit-il dans cet idiome et avec l'accent tréscaractérisé des Américains du Sud.
La foudre serait tombée aux pieds de FofQcier du Star que sa surprise n'eût pas été plus profonde. Pour un observateur aussi consommé, c'é*tait jouer de malheur.. Il venait d'épuiser le réservoir de ses connaissances, se mettre en frais jusqu'à la concurrence de vingt-trois langues, et pour le g)ayer de tant d'efforts ,. cet homme lui répondait <n anglais , comme on le parte sur le littoral du golfe du Mexique. Bien plus, iirapostrophait par son nom et le désignait par son grade. Malheureuse campagne, en vérité, et de nature à ruiner une réputation moins solide que celle de fiaby I Si rude que fût le coup, notre officier s'en remit.pourtant. Examinant de nouveau le personnage de la tête aux pieds, il chercha dans ses.sou-
45S VIJX. BIS APHOKfiS.
WBirs à <puM lA naMleiièrr et a y trdavÉRt ma , ii
^ Affiteieaift? MéàS. Vdilâr Attiérieaia?
«^ AioérioâiB ds 8oé, tteateiiaBb
— Votre poft?
-^ Pefisaecdii,
— David.
^ fiàyM? 4^61 Imiif s'^tfrii IM>y àtfpêtl^té ^fie ]M6 obtenir pttt» ie MiMldr^s «e^de» méMtolK ittibitoeflleft d'idbsertatiOfK Ito (mllttleat \%» MA «ma lea ËtMa^ du Èûû. Qtf eN-ce ^ te ê'appeRb fas Dff^dr
-« Pfffii, Mfea»|«ké rar tè A^, vépmdtt le dij^tri: itiré à l'éeretfgae d'«r, ama ae dëparltp du Mt
k ce mift, ît ai» fit Me elitMé aoitdaine daiia V^ ^ du Keatenattt* Le tfy éUKmdeaea bMineirts f «fviiria, cehil à ]K>Yd doquet tt Avait fiait sea pias )iem*e«aea pédiea et dàtia sea faara les {Ans fleri»- «airta. Biai déa «inaéa» a^étadeat écouKea depris ioira i mate on t4eti aottsait pot» le t amener I ces er^aiArai ffe an jwoeiae. Si ir^iproetmtit aa mm
ttlttliail déciééfànifi cffaibe':
— Vous ici, David ? lui dit-il ; sous ce'costao» t Êfé» cet orneiMatt fias faal HasuM^ s'il vous
*^ C'est toste u» bistoiw> Geateatet Bab|.
— fTu peu» f lai^ Mo!,, libuteacot; en^ mugN ob- Mrv«; fi^om^w» te gâtant dTanél'; ao» ; se**'* m» plus tibreKr
Ik ivMtfW^ampM^ et; quaml Itefid s» cnit k iVt»ld» iâditftMHv il conuWDftf^stt Pédt-:
S viiL
«I tf^ar^toY Bit tfBH»
rlitautêiiMbi.dlP^v fOtts pôonev m» Madctf ««tto}Qslios ipsm jv'htinai» Ik JBy^ atdHit que^ vôotf Vflf atar faUMDâne tl^qM je m l'audat» pas pluà quitté que vous, si, par un jour d« Imnillard^ if lMvaitM«Bér:tfetipMivf69if dAife aor m écMil de:
4 GO VlLlt DES APHONES.
— Oui, VOUS étiee dans ce temps-là un bon et loyal marin. Je vous rends volontiers ce témoignage.
<r Ce ne fut donc pas par caprice, poursuivit David, que je fis un autre embarquement. On armait YAlàairos à Mobile^ je m'y enrôlai comme second maître. Dieu me garde de mal parler de Y Albatros; seulement il ne Vfltlait pas le Fly. Ce n'était ni la même légèreté sur l'eau « ni la même solidité dans le gros temps ; surtout ce n'était pas le inéme équipage. Vous me connaissez, lieutenant Baby, vous savez que les coquins et moi n'avons jamais cadré ensemble ; eh bien I vous vous ferez alors une idée de ce que j'ai souffert dans ma navigation sur VAlbatros. Le capitaine n'avait pas regardé d'assez près au choix de ses gens; pour les avoir à quelques piastres de moins, il avait embarqué tout ce qui se présentait, et dans le nombre tpois ou quatre garnements échappés des cellules de Philadelphie. Mauvaise compagnie et la siûte ne le prouva que trop.
€ Dans les premiers mois de la traversée , les choses marchèrent sur un pied décent. Il y avait
L'ILE DES APHOKES. 464
bien, par ci par là, quelques querelles entre matelots, des coups de poing échangés, des couteaux tirés; mais le capitaine y mettait bon ordre avec des corrections vigoureuses» administrées aux plus turbulents. Je puis dire que les mattres Taidaient dans cette besogne et que je ne m'y épargnais pas. Quand les vauriens virent qu'on le prenait ainsi, ils changèrent de conduite. Au lieu de mener du bruit» ils se mirent à monter un complot le plus mystérieusement possible, en séduisant ceux-ci et en effrayant ceux-là. Us disaient aux uns, qu'une fois maître du bâtiment, on aborderait dans une lie où chacun serait souverain et aurait cinquante Indiens pour le servir^ ils disaient aux antres que s'ils bougeaient ou soufflaient mot, on les couperait en morceaux, après leur avoir arraché le cœur pour le jeter aux requins. Voilà comment ces misérables menaient leur monde.
i£u apparence, tout allait au mieux. Jamais l'équipage n'avait été plus soumis, jamais les manœuvres ne s'étaient mieux exécutées. Sur un mot da capitaine, on voyait les plus révéches monter dans les hunes par le mauvais temps et sans qu'il
kiir échappât un DMifmiine. Enconraieirt-ito «n ebfttmieDt , Us le reeeraiest d'âne hg&n ttemifiàn ^ €Ointoe sileârftépMledr ennsetA éi& de Ms^ ffrfs le dioUe n'f pârAit triea et ito s^ priMOélteieiit bien» à part eu, et Bons te rcsdue & k prantère oceaston*
« Setti de loaft tes mattres^ j'avai» éea Amte» mit ce qui se paasatt. Une mdlr pendant men sefrf^ l'idée^ me vint de deseendre i pas ée iMp dan» k diaffibre où ane portion de t'é<{Qlpage vepMif. Les hamacs étaient en ordre €* les hoaneie» c<m- «hés ; stotementf dan» aa^ 6<âii, o» se perlait â veti basae ; j'écoutai. Getoi (ftti «rail 1» parafe étaft «D scélérat fieSé^ de?eM libre depefs qfldifftS moi» seulemeiit, apr^ âl9t am ée ediule. Qoeft propo»! (pie) langage ! maa dievemc s'en «l^ssaiaft d'horreur* Noua devions to«» y passer, les ofBcierSi les maîtres et quelques matelots suspects. Vafflasrs les moyens ^ient pri^ elt Men^ pris. La révolte dereit éeietev 1» nuit, pendant le sonm^sM' de^* fàbAnt 61 quand » serait bars d'état de résister. On amrit de^ armes^, des mmiHon!», et pour conpliee le méiisse de iftambi^ 40! Kfrerait les cfe6
ik la doufe an pondriei^ et avertirfiK les coojtirés éa mmneftt opfKnrtan.
« Qttanfd H m me resfa plus lien à apprendre» je tne dégainai du: miet» que je pan, mesimint mes pasi, retenent mm seufRe, de manière à ne pas me •rafair. Vœ fois ^r le picmt, je respirai plas libres »en(; îl me semMaifCve Je sortai»de9 entrailles de Tenfer. Que faire? ta {rahisoA eeutsM partout; pour la déjouer et la punir, il fallait agir avec beaucoup de prudeuce. J'attendis que le capitaine reparût sur le pont et qu'il eût des ordres à me donner, pour l'informer (fe ma découverte. Je le lis en peu de mots; mais chaque mot avait son prix.
C'était un homme de fer et qui savait se décidera A rinstant même, il rassembla Téquipage , fil attaâi^r au grand mât le chef du comptent, et donna Perdre de lui administrer cent coups de corde , puis de ïe mettre aux fers pour vingt jours. Je me chargeai d'une bonne partie de la correction, et n'y all8(i pas db main morte. Il est vrai que dès iju'îl le put, fl me ïe ren:dft: bien.
aGrûce à meî, cette première alerte tfeut pas âe suite rl€fs dioses avaient été prises & temps. Le
^64 LULE DES APHONES.
mousse de chambre fut fouetté jusqu'au sang et remplacé dans ses fonctions; les plus mutins d'entre les matelots eurent leurs corvées ; le capitaine mit les armes et les munitions sous clef; et dès ce moment, il porta sur lui une paire de pistolets, avec le ferme desseia de brûler la cervelle au premier homme qui broncherait. Ceci fait, on se remit en pèche; tout semblait fini.