‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 18 sur 40 · I.B8 DERKXBaS FSUXLLBTS · texte numérisé non relu

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La suite de cette histoire est triste , et facilement on la devine. Narcisse essaya encore de lutter et ne réussit qu'à empirer sa position. Il ressemblait à ces voyageurs qu'engloutit une dune mouvante, et qui, à chaque efiTort pour s'en dégager, s'y abîment de plus en plus. Jusqu'alors il avait usé des ressources qui lui étaient propres : quand il les eut épuisées , il se jeta dans les expédients , opéra à découvert, usa et abusa de la conflance qui s'attachait à son nom, et essaya de faire violence à la fortune. Lamentable expérience où tout

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devait périr, jusqu'à son honneur ! Au lieu de profits ^il n'y recueillit que de la honte.

A quoi servirait de s'appesantir là-dessus? On sait jusqu où va un homme aux abois , et par quels degrés il descend vers Fabime. Lé cas n'est pas nouveau. D'un côté, Narcisse s'achevait à la Bourse; de Fautre, il ne retranchait rien aux dépenses de sa maison^ menait lemCme train , gardait ses gens, son carrosse y son maître d'hôtel, donnait à dîner comme auparavant , passait ses nuits an lansquenet, comblait sa maitresse de cadeaux, s'étudiait enfin à payer d*audace et à faire bonne figure contre l'adversité. Mais personne ne s'y trompait ; on y voyait la dernière lueur que jette une lampe au moment de s'éteindre. Déjà les dettes commeflçaient , décentes d'abord^ puis criardes; c'étaient les fournisseurs , c'étaient les laquais , les uns pour de fortes sommes , les autres pour les sommes les plus mi-* nimês. Peu à peu la partie se gâta et finit par n'être phis tenable. Les huissiers s'en mêlèrent , et il y eut des instances engagées; la déconfiture devenait publique et la prison n'était pas loin. Une seule ressource restait à Mistigris , c'était de fuir devant

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l'orage et d*aller chercher Toahli sobs un eiel étruiger. Il s'y décida et disparut un beau matifi, ea eoiportant les fonds qu'il aYait sous sa ibaÎD ; par mégarde «t dans le trouble d'un départ , il y ajouta ceux de quelques amis.

Depuis lors le silence s'est Cart sur un nom accompagné naguère de tant de bruit; Narcisse n'est plus qu'un souvenir, une ombre, un rôve« Oo ignore ce qu'il est devenu , s'il vit encore , ou s'il a cherché un abri dans la mort* 11 existe pourtant quelques versions à ce sujet,, mais toutes contradictoires.

Les uns assurent qu'il s'est retiré dans nos possessions du nord de l' Afrique ^ et qu'il s'est fixé au milieu des Arabes , dont il a adopté le costuoie et les mœurs. On ajoute qu'eu se rapprochant de la nature , il a retrouvé le repos et une entière sérénité d* esprit* 11 eu profite pour initier ces peuples pasteurs aux mystères de nos spéculations , et les ^emploie à découvre quelque mine d'or , d'argent ou de platine , susceptible d'être mise en commandite et en actions, d'après ks procédés fanultenà rkurope.

D'autre» versions transportent Mtstigris sar an tliéAtre plus éloigné et pins digne de lui. A y ajouter foi , notre héros serait aujoard^hnt dans l'État des Mormons, cette secte de rÂmérique da Nord qui prfifease la communauté des femmes et la com* munaoté des biensv Narcisse est dans les meilleures conditions du monde pour adopter l'un et Tautre de ces principes ; il est célibataire et ruiné ; il n'a rien au monde , ne ticmt à rien , et ne demande pas mieai que de tout mettre en commun. C'est un sujet de choix pour cette tribu. Personne ne s'entend mieux que lui à Tart de fiyre aux dépens des autres ; il livrera cette industrie à la communauté gratuitenaent et sans exiger de brevet. Tout invite donc à croire qu'il deviendra on parfait Mormon, et que ses deux ans de couMsse lui seront comptés làbaa ceimne de» titres k r<»time et à ravameement.

Telles sont les versions qui méritent le plus de crédK ; il va sans dire qu'il s'en débite d'invraisem»^ blables. Un homme comme Mislîgris ne pouvait disparaître sans que la fiction s'en mèlèt : e'est ainsi qu'aux temps mythologiques, faute de renseignements précis , on changeait les gens en ar-

bres, en pierres, en fontaines, ce qui apportait une modiOcation profonde & leur état civil. Dieu nous garde d*en faire autant et d'abopder le pays des fables.

Quant à Anémone, pas le moindre nuage ne plane sur le parti qu'elle a pris : sa destinée est des plus positives que l'on puisse imaginer , et deux mots suffisent pour en 6xer les termes. Un bras lai faisait défaut , elle en a pris un autre ; des priocesses comme elle ne manquent jamais de chevaliers. C'est Jéroboam qui aujourd'hui porte ses devises et ses couleurs : il a su attendre et a eu son jour. D'aileurs , à part le titulaire , rien n'est changé dans la maison; ce sont les mêmes chevaux, les mêmes laquais , le même mait^e d'hôtel , le même appartement. Anémone va au bois dans le même équipage , et n'a de nouveau que ses toilettes et ses bouquets. On le voit, sa méthode ne le cède à aucune de celles que l'on a pu apprécier, et en fait de spéculations, c'est elle encore qui a choisi la meilleure.

ou

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