‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 4 sur 40 · I.B GONSBRVATOIRB · texte numérisé non relu

I.B GONSBRVATOIRB

Après une pause , Anémone continua son récit ? « On a beau, Narcisse, avoir du sang de prince

^E NARCISSE MKSTIGBIS. 35

dans les veines , il est des professions où l'on ne déroge pas , ce sont celles de Tart. Ta sais , l'art , le grand art , comme disaient nos messieurs. Le fait est qu'on a vu des nobles monter sur les planches et n'y être point déplacés. De quoi s'agit-il, après tout ? De porter la main sur son cœur, de montrer le blanc des yeux et de faire valoir les sons de tête et de poitrine que Ton possède. Rien de tout cela ne jure avec la noblesse : d'aillQur^ c& vaut mieux, tu me l'avoueras, que de tirer l'aiguilie ou le cordon. le me promis donc que J'entrerais au Conservatoire de musique, et ce n'était pas viser bien haut ; les filles de concierge y sont en majorité.

a Ce fut par l'intermédiaire du cornet à piston , que la négociation s'entama. Chaque jour cet artiste avait plus de torts à se faire pardonner ; il devenait intolérable. Des mansardes au rez>-dechaussée , c'était un concert de malédictions qui répondait à celui de son instrument. Tous les locataires menaçaient dé quitter le logis s'il ne le quittait pas : jamais il n'avait été plus sérieuse*

ment menacé d'un vingt- trôisièro'>* congé; mou

86 SPLENDEURS ET IRFORTUÏÎES

père lui-même Vabandonnaît à son sort. Je posai mes conditions à cet homme : elles étaient courtes et claires. S'il m'întrodufeaît au eonservatoire , je lui ferais un rempart de mon corps et le défendra ^vers et contre tous ; sinon , son affaire était liquide ; avant trois mois il serait obligé de franchir la porte avec son cornet insalubre , sa batterie de aiisine et le restant de ses effets. C'était à prendre ou à laisser.

« Le malheureux n'avait pas la liberté du choix; il fallait qu'il en passât par ce que je voulais. De congé en congé, il était exposé à coucher à la belle étoile : plutôt que d'en être réduit à cette extrémité , il fit un effort décisif, m'obtint u» examen hors tour, se chargea de voir les professeurs, et manœuvra si bien que je fus admise un mois après et à l'unanimHé. Ge procédé ne laissait rien à désirer ; j'y répondis par un procédé égal ; voilà comme je suis : service pour service. Dès ce moment , l'artiste fat un locataire inviolable et à l'abri de toute espèce de papier timbré ; f avais déclaré que je quitterais la maison avant lui ; il put le prendre à l'aise, travailler son cornet de nuit et de

igS NAUCIÂSE ILISTIGBIS. 17

jour, faire donner au diable tous le» habitants^, il était cuirassé ; je le protégeais.

t J'entrai donc au Conservatoire ; ce fut un beau jour que celuX-tiu Non pas que Ton soit bien reigardant pour le càoix^ je te Tai d^à dit » la porte donne, Tépicerie aussi, la cbarcuterie également. En général les gens de commerce ont de ces ambitions.; tes métiers salissants» vois-4u9 ça ne va jak mais aux femmes. Et pjiis 1^ héritières de ces messieurs vont au thé&tre un peu plus un peu moins, et toutes les fois q\;k* elles y voat, elles se mettent à la place de T^uirioe en vogue et se disent qu'elles feraient une bien belle figure sous sa robe à volants, ses dentelles, sa coiffure» sa gorge à découvert et le xe&te. Ce n'est là qu'un trait, qu'un éclair; mais il décide de l'existence. Quand une femme a été mordue de ces fantaisieslà et que le hasard y préte^ j[)as.une d'elles ne résiste à tenter l'aventure Jusqu^au bout J'en puis parler d'expérience : j'y ai passée et puis J'en ai tant vul

cr II n'y avait donc .pas lieu d'éprouver des transports de joie pour la faveur qii'on me faisait, et je te prie de croire qu'au Conservatoire comme ail-

Page 1