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A cette époque Mistigris n'était pffs ce <{iie ratons connu , un raffiné donnant le ton à t^nt Paris et Pdiaussant par sa mise les a¥antage8 de sa personne. Il sortait des mmos de la nature et peilU Hre «'en vakiit-ii qae mieux. Il avait le port élégant, rœil vif, les traits ùm, tes dents belles, et sur les lèvres un sowrire raillenr qoi indiquait un homme destiné à faire son chemin. Sa conitltulSon était de celles ^ui résistent à la mauvaise et à la tonne fortune , rt savent supporter sans Héchir ta fPfifSftion et Tabns de toutes choses. Bn un hk^I^ €*était un garçon avenant et fart pour plaire dès h prefliler abord.
Mademoiselle Anémone promettait aussi «e quelle a tenu depuis. Sa heaaté , sans 'être régulière» avait ce charme qui attire et fixe le regard^
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une originalité réelle et an certain éclat. Dans une foule » c'était son œil que l'on apercevait avant tous les autres ; à la promenade , sa démarche était celle qui frappait le plus. Tout était voyant en elle , si Ton peut se servir de ce mot, ses cheveux blonds et sa manière de les arranger, ses cils noirs qu'elle avait le soin de passer au pinceau , sa tournure opulente , ses ajustements , la couleur de ses robes, l'ensemble et le détail. Elle visait à l'eSèt et savait y atteindre. £t avec cela le caractère le plus résolu et l'humeur le plus enjouée du monde , une verve à réveiller un mort et un vocabulaire d'une richesse et d'une variété incroyables. Elle eût déridé un derviche, pourvu qu'on lui laissât le choix des moyens.
On comprend comment ces deux créatures se convinrent dès le jour où le hasard les mit en rap* port. Narcisse était fait pour Anémone , coaune Anémone pour Narcisse; les contrastes y aidaient autant que les affinités. A peine venait-on de les jeter hors du théâtre que l'affaire s'engagea :
— Voilà qui est drôle, s'écria la jeune fille. Traiter ainsi les gens I
— Des citoyens naturalisés, ajouta Mistigris.
— CestégaU jeane homme, reprit-elle * je ne m'en plain3 pas. Ça me vaut de vous avoir connu. Comme vons y alliezl Comme vous avez pris fea pour moi ! Vous me faites l'efiTet d'un bon garçon.
— Je m*en flatte. Mademoiselle, et toujours prêt à vous servir.
— Je ne dis pas non ; vous me revenez. Comment vous nomme-t-on?
— Narcisse. Et vous?
— Joli nom I Et moi « Anémone.
— Anémone , j'adore cette fleur.
*— Eh bien ! à nous deux nous ferons le bouquet. Donnez-moi votre bras.
C'est ainsi que les choses s'arrangèrent , sans plus de façons ni de formalités. Bras dessus, bras dessous, les nouveaux amis regagnèrent leur domicile et la familiarité ne fut pas longue à venir. Mistigris se trouvait heureusement en fonds , ce qui ne nuisit pas à ses affaires; il offrit des comestibles et des rafraîchissements , qui furent parfaitement accueillis. On causa , on échangea quelques confidences; surtout on se promit de se revoir.
18 SPLENnSURS BT INFeRTCNES
Narcisse combla la mesure; il eut jusqu'au bout, pour la princesse , des égards de chevalier. Après ravoir nourrie et désaltérée, 111a déposa à sa porte, sans faire seulement mine cfe rentrer immédiatement dans ses frais.
Cette conduite «xcita au plus haut degré l'admiration d'Anémone; on ne l'avait point hafUtnée à un pareil désintéressement. Aussi d'un simple goût passa-t-elle ^ur-le-champ à une passion profonde» Rentrée dans son modeste logis, olle rêva aux événements du jour, à ce paladin qui^ après l'avoir assistée de son bras et récurée aui dépens de sa bourse, n'abusaft pas de Tirapression que laisse une telle conduite dans un cœur naturellement bien placé. Voilà où en étaient les afifoires de Narcisse : à peine connaissait-il la jeune fille depuis quelques heures, et déjà il avait fait un terrible chemin dans son esprit.
VZ «AftClSSS auSTIORIS. 4f
GB QU'ÉTAIT AMAkOHB.
Ainsi conduite, rarentore marcha vite, et q«el- «pies srnis achevèrent ce que des procédés délieats avaiei^ commencé. Ce M, alers le moment des c(m6dences sans limites : les secrets des deux amis forent mis en commun, même oenx de leurs petites ambitions. Narcisse raconta comment son pèvele laissait au déponrva , et combien les avenues du Tiotariat offrent peu de ressources aux maUieoreax qui s*y engagent :
•i^ Mais , aj9iita*t^ , 'tout «eei n'a qu^un temps. "Nous prendrons notre revanche , Anémone , oui , fions la prendrons. QBe je puisse seulement faire mes petites atfoiFes, fA tu verras. Nous rirons alors.
— C'est comme moi, Ifarcîsse. J'ai cent mBle «francs dans !a voh ; ces messieurs du Conservatoére ■me Font dît. H ne s'agit pftas que de les faire -sortir, ces cent mille francs. Un petit effort!
20 SPLENDEUBS ET INFORTUNES
— Ta es donc de rétablissement, Anémone ?
^Si j'en sois? autant qa*on en peut être. Ah çà ! mais tu me crois donc sortie de dessous un chou? Au fait, c'est de ma faute; j'aurais dû té conter mon histoire plus tôt. Pour bien s*aimer, il faut se bien connaître : écoute-moi donc :
Anémone commença son récit :
a VoiS'tu, Narcisse, il y a des êtres frappés de guignou : je suis de ceux-là. A Theure où je te parle, je devrais être plusieurs fois millionnaire : Dieu sait s'il en est rien. £n apparence, mon père et ma mère étaient simplement des concierges, et à la manière dont ils tiraient le cordon , on eût pu croire qu'ils Tétaient de naissance. Hais des personnes très au courant m'ont assuré qu'ils étaient de grande famille tons deux, et qu'ils avaient perdu leurs biens dans la première révolution. Mon père faillit même avoir le cou coupé $ heureusement il prit à temps les habits de son suisse, et en mémoire de cet événement il resta concierge jusqu'à son dernier jour. C'est connu dans la famille. Quant à ma mère, elle descendait d'un prince d'Allemagne dont on n'a jamais su le nom , quoiqu'il fût de première
naissance. Voilà d'où je sors, et ta yois que je n*en suis pas plas fière pour cela.
. a Cest égal , sachant ces particularités, je ne me trouvais guère à ma place dans une loge. Dès l'enfance, j*en pris le dégoût; je me sentais née pour autre chose. Oh 1 là-dessus je n'ai pas bronché. Je ne voyais pas une belle robe que je ne voulusse Tavoir ; s'il passait un carrosse, je me demandais pourquoi il ne m'appartenait pas. Et puis, mon cher, une horreur du mauvais genre 1 one horreur comme on n'en voit pas 1 Je ne pouvais rien souffrir qui eût ce cachet. Aussi la loge me pesait; Dieu sait à quel point! Je la portais sur mes épaules. Quand il nous venait des visites, je m'enfuyais dans la cour ou me cachais sous les remises. Je te le répète, Narcisse, je n*étais pas née pour cela; j'avais des penchants de princesse; c'était dans le sang.
c Au moment de prendre un parti , la nature parla et ne voulut pas en avoir le démenti. Mon père me destinait au cordon; ma mère préférait me lancer dans la couture. Je me croisai avec tous les deux, et déclarai que je ne me souciais ni de l'un ni de l'autre état. Du cordon , j'en avais assez.
t% SPLBHOEOBS ET HfFOSTUSES
d'autdnt que je n'aime j^aii les^ nnîto btenches ; et quant à la couture, c'est une jtfstice à me rendre que je n'ai jamais su tirer parti de mes dix doigts. Je bâille, rien qu'à prendre une aiguille, et quand: je fais un point, il est de travers. Preuve nouvelle, Narcisse ,^ que j'étais née pour avoir des renteset pour courir les boulevards en calèche , mrec mi bouquet à mes piedsK. On ne se refait pas, vois-tu.
« Cette résistance mx voloBtés des auteurs de mes jours m'attirait bien, de loin en loin, quelques petites corrections; mais je les supportais sans reculer d'une semelie; j'étais duré au mal^ et puisj'avais la tète excessivement près du bonnet. On^ n'est pas de sang noble pour rien. Quand on vît dan» la maison que les tapes étaient en pure perte, on essaya du sentiment. Ou me dit que c'était une honte à mon S%e de rester sans oceapation , qu'on en jasaft dans le quartier, que ce n'était pas le Mt â*une bcfnnéte fille, que le vmi bonheur se trouve dans le travail , que lui seul préserve des mauvaises pensées, et un tas d'autres balivernes sempiterneMes , à Tuaage des nmrguilHers et des endoi^
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meurs. Je répondons qoë le quartier n'avatt que faire en tout ceci, que je ne demandais rieii à personne » que le ti^a?ail déjetait la taille et rendait chasneux ; enfin que je ne disais pas à des prix de vertu. Puis j'ajoutais que j'y songerais.
« l'y songeais en effet. Il faut te dire qu^une portfoii de* notre cîaïqiijènie était ocettpée par un confet à piston plein d'avenvr, et qui: remplissait la ni^son du bruit de ses exercices. En raison de son état, eet béimie était oBltgé d'avoir pour la loge tonte sorte de ménagements. Jasqile-^là on ne ratait souffert nnlle part, il en était à son vingt* deuxième congé ; partout où il emménageait, c'était nn cri général parmi les autres locataires , et , de gré <Ri de foree^ il lui fallait déguerpir. Mon père seul avait réussi à le maintenir; il le couvrait de son cordon , demandait grâce ponr lui , parlait de ses vertus domestiques, et ajoutait avec Vaplomb d'un homme au courant^ que cette industrie n'est point prohibée par les lois. Moyennant quoi, le malheureux cornet à piston parvenait à gagner un tertne et à rectiler te «miietft de son Yingt*troîsfème «ongé. Jamais on ne Savait laissé souffler si
longtemps SOUS le même toit, et il en ressentait une très-vive reconnaissance.
a Or, ce cornet à piston exerçait ses facultés au Conservatoire de musique, ni plus ni moins; il passait raéme^ dans cet établissement de connaisseurs^ pour être d'une très-jolie force sur son instrument. Tu comprends, Narcisse, que je n'étais pas fille à manquer une semblable occasion. Un jour que le virtuose entra dans la loge et s*y assit familièrement, je me mis à chanter à dessein un air d'opéra que j'avais retenu et qui était dans mes moyens. Dès les premières notes., notre cornet à piston dressa les oreilles en homme qui s'y entend :
— a Tudieu ! s'écria*t-il , que voilà donc une belle qualité de voixi... Il faut soigner ça, mon enfant , il faut soigner ça.
« Ces mots décidèrent de ma vocation, p