XXXV
LBS rAvAlatiovs.
Après quelques heures de repos, David se trouva remis de i*eiercice un peu violent auquel il avait été obligé de recourir afin d'assurer son salut. Quand il remonta sur le pont, Tile des Aphones venait de disparaître dans les profondeurs de l'horizon; à peine distinguait-on, dans un nuage de brume 9 les arêtes de ses plus hautes montagnes. C'était comme un songe que la lumière dissipe et dont la trace même disparait du souvenir.
Il était naturel qu'ayant à leur bord un homme qui avait joué un rôle dans le plus étrange des pays et au milieu d'une civilisation aussi singulière f le capitaine et le lieutenant se montrassent curieux de détails sur les mœurs , sur les lois, sur le régime politique , sur la vie sociale qui y étaient en vigueur. Que dans la contrée même , David eût éprouvé quelque scrupule à dire ce qu'il en pensait, qu'il eût y sur de certains chapitres, manqué
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de Yoix, cela s'expliquait par des scrapales de position ou des devoirs d'état, peut-être aussi par les conditions particulières de l'atmosphère qu'il respirait; mais à bord ces empêchements avaient cessé; ses fonctions ne l'enchaînaient plus; l'air de rtle ne pesait plus sur sa poitrine et n'y étouffait plus les soùs. Il pouvait parler impunément»
Et pourtant il se passa un temps infini avant que l'ancien dignitaire, promu aux honneurs de l'écrevissie d'or, recouvrât cette liberté , cette aisance de langage que le capitaine et le lieutenant attendaient de lui. Ses poumons ne semblaient se dégager que graduellement et avec un certain effort; son esprit même s'effrayait parfois de son indépendance. Souvent il commençait upe phrase et ne l'achevait pas ; ou bien il s'y prenait à plusieurs reprises et comme si le courage lui fût venu avec le temps. C'était une sorte de cure des organes de la voix ; aujourd'hui David gagnait une note 5 demain une autre, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'instrument fût complet.
Enfin la guérison s'acheva et on le vit bien au changement de ton et à la nature du langage.
Les réticences étaient moins fréquentes; les jurons reprenaient le dessus. EnQn an soir, après un repas copieox et d'abondantes rasades de linm, David annonça qnil allait foire des réyélatious complètes :
a II y a longtemps que cela me pèse, s'écria-t«il; quel bonheor de pouvoir se soulager ! Âhl je pois parler enfln ; ah I je pais dire tout ce qae j'ai sur le cœur. Eh bieni voas allez en entendre de cruelles !
« Tons saurez donc* • • • ;
(Ici se termine le bulletin de la Société de Géographie auquel ces détails sont empruntés. Pourquoi le récit de Fox s'arrète-t-il là? Est-ce la faute du capitaine ou celle de David? Faut-il en accuser la Société de Géographie? C'est ce qu'il a été impossible d'édaircir. il est à croire que David, lancé comme il Tétait, ne s*est pas arrêté en si beau diemin et qu'il a traité la eivilisatioa des Aphones comme elle mérite dç l'être. Il est également pro-
bable que Fôx^ doDt les principes sont connus, n'a rien déguisé de ce que Fancien chevalier de récrevisse lui a révélé. Baby l'eût suppléé au besoin , quoique avec des intentions et des mœurs moins austères. Il ne reste donc que la Société de Géographie à qui Ton puisse imputer la déplorable lacune qui existe dans cette narration. C'est de ce côté qu'il faut chercher le coupable , tout le fait supposer. Les Sociétés de Géographie craignent tant de faire parler d'elles, et aiment si peu A mener du bruit I )