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Anémone était lancée ; elle ne s'interronqHt ^e pour recueillir ses souvenirs, et continua :
a J'allais donc chaque matin au <Iooservtttoiiie' aGq d*y. £ttivre les «ours* Ma mère na'y aceomp»gnait, portant .dons son cabas quelques prevâion» de bouche et de TcMiYrage pour occuper son temps» Mon j^re restait «eul à garder la loge, ceiiui ne le mettait pas toujours en bonne humeur, et à «irveiller la cuisine, ce qui l'exaspérait. Mais sur m» mot de moi, il calmeât ses colères ; c'était pour moB avenir, et quand il 6ut que mes pfofessews en auguraient bien , il ne souffla plus ; il eût tiré le cordon et soigné le râti^. perpétuité.
a Les débuts ne furent pas ^ais ; je :ne savais rien en fait de musique et il fallut tout apprendre, depuis la valeur des notes jusqu'à la manière de
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former un son. Qua&d nous cbaotOQs librement et a la manière des fieriiœ, il nous semble que rîjn D^eat plus aisé «que d'acquérir un peu àe métiiode ; c'eit à Tessâi q«e f <m r^connait la difficuUé. Ton notariat , Narciase , peut être un êoA oommeroe ^ j'admets qne c'est humiKant pour un espritceonne le tien de s'abîmer la y»e «ur des grimoires. Mais crois bien aussi que tout o'est pas xoses dans ie chant, et que lorsqu'on a répété : do^ ré, mi, /a, sol, la, s%i do, pendant buit heures ée suite, et ^u'on refait le lendesnain le mkmi^ méliûr, et le lendemain encore et pendant des mois^ et pendant des années; toujours : éki, ré, mù/u, sol, lu, si, ff% il arrive un moment où l'on a plein le dos de ce dolà« Paçse*moi Texpression^ aile m'échappe comme* un souvenir du temps m je -.solAaîs à en sécb«r d^eimui. lia mère , qui s'abtmait 4am -s^n tricot et y «xerçait^ patience et ses aîgiûHes,Tme semblait une ^éature fortunée irapràs dis naoi, «t plus d'un fois je fus tentée de prendre so«a ouvrage et de lui passer le mien. Le solfège , Nardsse , le solfège I Ou a. aboU des tortures fibis douces que celle-Uu
• Enfin j'en sortis, ce n'était point malheureux ; on me mit sur des exercices moins monotones.
Alors il se passa une grande affaire, comme tu vas ^oir. A quoi ma voix convenait-elle le mieux? Au chant fort ou au chant léger, au grand opéra ou à l'opéra comique. Il faut te dire que j'étais un vrai problème sous ce rapport. On voulait du fort, j'en servais ; du doux , j'en servais aussi : j'avais tous les genres dans mon gosier. Tant mieux, vas-tu 'dire; eh bienl non, çà me nuisit considérablement. Le professeur du chant fort^déclara que je lui appartenais ; le professeur du chant léger fit de son côté la même déclaration ; de sorte que j'étais ^ntre deux sans être précisément à aucun , ni chèvre, ni chou, la pire des choses. De là , mon cher, une suite de calamités.
a Nous arrivions à l'époque des concours, c'estji-dire au moment où entre rivales on s'arracherait Tolontiers les yeux. Il s'agissait de savoir lesquelles d'entre nous on mettrait en évidence, lesquelles auraient les prix, les couronnes et les mentions, lesquelles se livreraient en public à l'exercice varié de leurs talents. Tu conçois qu'il y a toujours un
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peu d'intrigue là-dessous : où n'y en a-t-il pas? Entre élèves , c'était à qui se pousserait ; entre professeurs, c'était à qui pousserait ses élèves ; poussées par ci, poussées par Ih, il fallait avoir l'œil ouvert, les coudes solides et l'aplomb sûr. C'est une justice à me rendre que je n'avais rien négligé; }*avàis deux cordes à mon arc ; bon, me dis*je» si l'une me manque, Tautre servira. J'allai voir le professeur du chant fort.
— Soyez tranquille, ma petite, me diUl, on 6onge à vous.
a J'allai trouver le professeur du chant léger, homme aimable s'il en fut :
— Ne bougez pas, mon enfant, me dit-il, je me charge de votre affaire.
«c D'après son conseil, je ne bougeai pas; qu'aurais-tu fait à ma place? J'avais parole de <leux cAtés ; c'était bien le moins que l'une ttnt. En aî-je bâti des rêves là-dessus ! Ai-je assez essayé de poses afin d'assurer mon effet I La nuit je me levais pour repasser mon grand air: entre le cornet à piston et moi , il n'y avait plus moyen de dormir dans la maison. Le jour je demeurais aux écoutes
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afln de savoir s*il y avait quelque chose de décidé. Je n'en mangeais plus, je n'y tenais plus; j'en serais, de venue foUe pour peu qae cela eût duré. Juge d^nc , Nardsse ; paraître devant le public y chanter devant le public, débuter, poser, briller, triompher, enlever une salle et le lendemain figurer, avec tous les honneurs imaginables y dans las colonnes des jouniaux, voilà de quoi il s!agissait., ni plus, ni moins. £st-il étonnar^t que Tappétit et le ^toimeil en aknt souffert?
a En6n le jour arriva où nous connûmes nob'e sort ; j'étais p&le comme un liage et «près de passer, tant le cœur me battait. C'en était bête ; mais que veux-tu? on. est ce qvi'onest. D'ailleurs aucune de nous n'était dans ses petits souliers ; il faut en avmr tâté pwr le comprendre. On lu( la liste, c'était le ^rajiKl moment. On nomma d abord Jes plus fortes , les plus capables ; rien de.mieux, tout le monde s'y attendait; mais ensuite, quel suppliœ, mon garçon; autant un bain d'huile bouiliante. A chaque nom » je me disais : bon, ça va ôtre moi, et bernique, c'en était une autre. Je.me;rongeais les poings , je {Âétinais; pour un rien j'aurais arradié les yeux à
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«elles qui me marchaient sur le corps ; je lenr ad* ministpais à part moi les épiihëtes les plus humiliantes; je les appelais intrigantes, chipies, et que sais-je encore? je leur demandais quel prix elles avaient mis aux préférences des professeurs, et si ça ne leur coûtait pas un peu cher, enûn des horreurs c/doi, des abominations I II y a des moments où Ton n'est pas maître de ses pensées.
a Le croirais-tu, Narcisse, ce fut jusqu'au bout comme ça ; éclipse tnble, absolue; pas plus d^ Anémone que sur la main. Âhl je me trompe! Par gréiee on m'avait mise dans les chœurs? Dans les dkœurs, mon cher; c'est-à-dire avec le commun des martyrs , avec les voix les plus nasillardes de la maison. Jernai» soufflet ne porta mieux en plein visage. J'en eus des éblouissements ; je ne vis, ni n'entendis plus rien ; te fureur me serra la gorge au point que f en foiUis étouffer; ma bouche devînt sèche comme do l'amadou ; je ne sais pas comment je me tins droite sur mes pieds. S'il y avait eu un puits dans l'établissement, je m'y serais aHée jeter tftte première. Moi, dans les chœurs? Descendre dans les chœurs? Ah t m'éertaîje> on voit
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bien que vous ne me connaissez pas. Et je parti» là-dessus sans dire gare et en bousculant tout devant moi. o