‹ Splendeurs et infortunes de Narcisse MistigrisChapitre 7 sur 40 · S VIII · texte numérisé non relu

S VIII

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Anémone continua :

« Tu as assez d'acquis pour deviner qull y avait une machination ténébreuse là-dessous. On n'insultait pas sans motif un talent eomme le mien, et cela jusqu'à la bride. Yoici comment les choses s'étaient passées. Quand il s'agit de composer le programme et de régler les rangs» mes deux damnés professeurs s'étaiept trouvés en présence» A l'appel de mon nom , le professeur de chant fort s'écria : Anémone» elle est à moi. A quoi le profes* seur de chant léger avait répondu : Du tout» elle est à moi. Là-dessus grand débat : aucun d*eux n'en voulut démordre* Elle est à moi, elle est à moi, répétaient-ils à l'envi. Tu comprends que ce jeu-là ne pouvait pas se prolonger d'une manière indé*

fioie ; il fallait choisir entre mes profèssears. Pour ne point faire de jaloax et ne donner raison à ancnn, on décida que je ne serais à personne. Voilà comment je fas sacrifiée au bon accord. C'est-àdire, Narcisse, que depuis Salomon on n'avait pas rendu un jugement pareil : pour ne pas me couper en deuxy on me laissa dans mon coin. Qu'est-ce que cela prouve? Que la Justice n'est pas de ce monde : je m'en doutais.

• De riiumeur dont je suis ,' l'afiaire ne pouvait pas finir ainsi. Ce n'est pas moi qui , après avoir reçu un soufflet , éprouve le besoin d'en recevoir un second; au contraire, quand je puis me venger j'y vais de mon mieux, et quand je ne le puis pas, je l'essaie. De retour à la loge, que fis-je, mon cher? J'envoyai ma démission, et déclarai que les chœurs s'arrangeraient comme ils le pourraient. Que veux-tu? Il y a des moments où il faut savoir briser sa carrière. Déjà pourtant il était avéré que j'avais cent mille francs dans la voix, au plus bas mot : juge de l'étendue du sacrifice. £t ce n'était pas tout que de donner ma démission; il fallait voir dans quels termes. Tu ne te fais pas d'idée de l'in-

^ SPLENDEURS BT INFORTUI^ES^

solence ; j'avais passé ma rage sur ce chiCfon de pa-^ pier; il parait que Totsthographe s'en ressentait. Après un tel éclat je m'attendais à tout^ à être traînée de cachot en cachot, à être jetée dans des oubliettes pour le restant de mes jours ou bien envoyée en exil dans des lieux peuplés de bêtes féroces, à tout, Narcisse à tout?. Sais-tu ce qui arriva? Ma lettre était si drôle que les professeurs en rirent pendant huit jours et en amusèrent leurs épouses , ceux du moins qui en avaient Puis , à l'unanimité^ on déclara que j'étais une mauvaise tète, et que, pour me punir, on me maintiendrait sur les cadres, malgré moi. J'en étaij pour mes frais.

a C'est égal , Narcisse, l'âme n'essuîo pas de ces déboires sans qu'il y reste un peu de levain. Depuis ce jour, je ne fus plus la môme ; j'avais reçu comme

an coup de marteau et ne pouvais revenir de mon étourdissement. On me promit bien de réparer la chcse , de me favoriser dans un autre concours ; c'était trop tard ; mon premier feu avait disparu» et ces feux-là ne se rallument pas à volonté. Je suivais toujours les classes, mais machinalement; je chan-

taiii, BMî^flftnftéDecgia : jeu'aiiAis plus le diable au oorps, comme ao début Et cehi, pourquoi? Peur use ataisene, pow im passe-droit ! Oh ! les paase^ AoMsI ies paasè-droita 1 Que de taieuts ils ont étouffés 1 Sous ce paaaa-Apoît « esirce que je serais itil Est-ce que je sei^ais à te parier 7 EsMe V^i^ ne serais paâ, à Tlieiire qu'il est» sur le premier théitre de la capitale, à ciîsoii de otet mille francs par an qui sont le juste prii de ma vois, accaMée de bravos, couverte de satin de la tèie aux pieds, et Mttéralemant assouixiée de oouromKS. Quand }'y pense ^ Narcisse, mes rages me reviennent» et jTéppoave le besaîn de me vengBc sur quelqu'un» même sur toi.

: « Jen'étais pasaulxnrt de mesmalbeacs. B^uis mon entrée an Gcmservatoire, mon pauvre père ne rêvait plus que montsd'or ; il espérait que je lui relferris sa fortune: A farce de ra'entendre parler des cent mille franes^ue f ai dans la voix» il finit péris'imagioer que citait «n bien net et liquide» eomme qui dirait me ferme dans la Beance» o« un pigOM sur le pa^ de Paris, il s^attendait à en toudmr les aemestres et avait déjà Mti là-dessus une

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foole de chAteaux tous plus beaux les uns que les autres. Ma pauvre mère aidait à cette croyance, en répétant dans la loge les propos de ces messieurs, et en y ajoutant des petites broderies afin qu'ils fissent plus d -effet. Tous les deux y comptaient de la meilleure foi du monde , et on ne leur eût pas ôté de ridée qu'au premier jour les directeurs de la province et de Paris viendraient, en voiture k deux chevaux , me faire les propositions les plus brillantes et m'enlever si je résistais.

c Juge quel coup ce fut pour des cerveaux pa« reilSy que de voir les cent mille francs leur échapper. Quand j'écrivis la lettre que tu sais, mon père entra dans une fureur dont rien ne peut te donner ridée. Il brisa deux carreaux de sa loge, et n'osant se venger sur moi, se rattrapa sur ma pauvre mère qui n'en pouvait mais. Pour un homme de naissance, c'était bien s'oublier. Puis il me dit que je voulais le ruiner, que j'étais uue fille dénaturée, et que je ne lui savais aucun gré des sacrifices qu'il faisait pour mon éducation. A quoi je répondis que j'étais juge de ma dignité, et que cela lui plût oa non, la lettre n'en partirait pas moins. J'étais

si montée, Narcisse^ que je ne pus retenir ces mots-là. Que de fois depuis je les ai regrettés! Combien aujoard'Iiui encore je me les reproche 1 Ces pauyres chers parents , le ciel m*est témoin que je ne leor voulais faire aucune espèce de tort. Une fois riche ^ je les aurais comblés de biens ; ils auraient eu des rentes, un jardin, un poulailler, une maison à eux, tout enfin. Seulement il fallait savoir attendre, il ne fallait pas aller plus vite que le violon. Mais les vieilles gens sont toujours pressés , et cela s'explique -, elles ont peu de temps à jouir.

« Depuis ce jour-là, mon père ne fut plus le même , il dépérit à vue d'œil. Nous avions beau lui dire, ma mère et moi , que ça allait bien , que les choses s'arrangeraient; rien ne le ramenait , il avait perdu confiance. Pendant trois mois encore , il attendit qu'un directeur vint me proposer un engagement ; quand il ne vit rien paraître, le désespoir s'en mêla et ce fut fini , la mort s'empara de lui , il ne fit plus que traîner sa pauvre existence. Ma mère et moi, nous le soignâmes de notre mieux ; on n'épargna aucuns frais pour le remettre sur pied , les

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boas médecins, h faons remèdes, ie9l)oa3loiu(v les ivîandes de choix. Bien n'y fit; il mourut dans ooç bras, après m-avoir fnrdonné d; en me reoomr «MMiant d'wfoir soin de na mère, cemme î'a%*ais «« goin de tai* Hâas!. la lîeeosanBandatiQn n'était pas de trop: stttttqfne son mari fut mort, la pamr ive femme se mit k prendre le mêase chenna ; eUe jetait tant habitoée à le Toir dans la loge^ qu'une Ibis qn'dle ne Fy fit ptns , tout son être en fut -bovteversé. EHe le efaerdiait partout ^ eomoie d «ne atait dft 1$ retnoiUver.^efit à petit, sa saalé s'en affecta, et au bout de six mois elle mouratdia mdme mal et de la môme mànièFé.

«Voilà èomment je restai série, Nancisse, et pouniuoi tu m*às trouvée ici , libre comme an pia*son« Quand la lo^ eut perdii deux de ses hafaitantâ Sût trois , tt me M; ihipossiUe <f y r^ter.ie quittai donc le domicile où j'avais été élevée au milieu des canaris et des lapins de Barbarie ; mon protégé, le cornet à piston , perdit beaucoup à ce déménagement : huit jours après mon départ, il recevait son ▼ing^troisième ooogé; a

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