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Après ce séjour, il passe six mois chez lui, mais son ventre
augmentant considérablement de volume, il rentre dans notre
service, salle Delpech, n° 1.
A son entrée, l’ascite est considérable, s’accompagne de circulation collatérale. Impossible de percevoir le foie, ou la rate. Un œdème blanc assez dur remonte des membres inférieurs
jusqu’à la partie abdominale.
La diarrhée est fréquente, l’appétit très dimmué.
Aux poumons: quelques râles de bronchite diffuse avec râles sous-crépitants aux bases.
Le pouls est hypotendu, TA — 12. Au cœur, l’auscultation fait percevoir un léger souffle méso-systolique susapexien.
Les urines des vingt-quatre heures s’élèvent seulement à 400 grammes, ne contiennent ni albumine, ni sucre.
Une paracentèse favorise la palpation abdominale, le 29 octobre 1904. Le foie, dont le bord supérieur affleure le bord supérieur de la sixième côte, présente un bord inférieur qui dépasse un peu les fausses côtes et se sent facilement à la palpation ; sa hauteur est de 11 centimètres sur la ligne mamelonnaire.
La rate ne se sent pas sous le bord des fausses côtes, mais peut se percuter dans le sens longitudinal; elle mesure 14 centimètres.
Le 31 octobre. — L’ascite a reparu immédiatement après la ponction, sans que l’œdème ait notablement diminué.
Du 2 au 20 novembre, — Le malade prend des pilules d’extrait hépatique ; on commence par quatre pilules et la dose est augmentée progressivement jusqu’à concurrence de douze. Néanmoins, le 5 novembre, l’æœdème augmente, envahit le scrotum, la paroi abdominale, la région lombaire, L'ascite est de nouveau
considérable.
Trois ponctions abdominales sont faites, dans le courant du mois de novembre.
L’ascite se reforme immédiatement après chaque ponction. Trois ponctions, pratiquées dans le mois de décembre, permettent de retirer chaque fois entre 10 et 12 litres de liquide. L’œdème, néanmoins,remonte jusqu’au-dessus des fausses côtes. Le
visage est amaigri, le nez pincé, la diarrhée abondante. Deux
ponctions sont faites au commencement de janvier de 11 et 10 lit, 500. Le 14 janvier, une diarrhée profuse s’est établie. La langue se sèche de plus en plus. Les épistaxis se répètent avec persistance ; pas d’hématémèse, ni de mélœna.
Notre malade meurt le 22 janvier, avec du délire et des troubles adynamiques progressifs.
À l’ouverture de la cavité abdominale il s'écoule
Aulopsie.
un liquide ascitique assez abondant. On ne retrouve pas de lésions congestives, ni gangréneuses des anses intestinales.
En explorant la région sous-hépatique avec soin, on remarque que la veine porte, depuis l’abouchement de la veine splénique jusqu’au hile du foie, et que la veine splénique dans toute sa longueur paraissent dures, comme injectées au suif,ce qui explique à la fois leur consistance et leur aspect variqueux.
La rate volumineuse, d’un poids de 529 grammes, présente un épaississement nacré de son enveloppe fibreuse. Le tissu en est consistant et se trouve parcouru par des tractus conjonctifs, prédominant nettement autour des vaisseaux veineux, dont la lumière estoblitérée par un caillot rougeâtre. La veine splénique est injectée par un caillot cruorique non adhérent à l’endoveine.
Le foie porte sur sa capsule les traces d’une périhépatite
ancienne.Son poids est de 935 grammes. Les coupes ne tradui-
‘sent aucune lésion de cirrhose nette, pas de nodules, pas d’an-
neaux fibreux. Sur les tranches de section apparaissent des vaisseaux, dont les parois très épaisses se prolongent par des tractus étoilés et fibreux dans le parenchyme voisin. La lumière de ces vaisseaux veineux est remplie par un caillotcruorique peu adhérent aux parois veineuses. Le parenchyme hépatique, au voisinage de ces vaisseaux oblitérés, prend un aspect grisâtre qui
tranche sur le reste du parenchyme.
La veine porte du hile est fortement scléreuse, sa lumière est béante, la paroi très épaissie présente une consistance presque cartilagineuse. Elle est obturée par un caillot arrondi et cruorique.
Les voies biliaires sont indemnes et ne présentent aucune lithiase, la bile est fortement colorée.
Examen histologique. — L'examen histologique de la rate montre un épaississement considérable et uniquement fibreux de la capsule. |
De volumineux faisceaux conjonctifs pénètrent dans la pulpe et accompagnent des vaisseaux veineux, dont quelques-uns sont obturés par un caillot récent et dont la paroi est fortement épaissie, uniquement fibreuse.
Il y a une disparition complète des groupements folliculaires. Le tissu splénique présente uniformément le même aspect entre les travées fibreuses. !
La sclérose pénètre en minces fibrilles de substance collagène entre quelques cellules conjonctives à noyau allongé dans la pulpe, formant un véritable tissu conjonctif spongieux, dans les mailles duquel se voient de nombreux éléments lymphoïdes. Quelques cellules à gros noyaux clairs et à protoplasma uxiformément acidophile, souvent surchargées de pigments se trouvent appuyées contre les travées fibreuses, ou perdues dans des cellules lymphoïdes.
Par endroits, quelques figures de macrophagie se voient nettement à des stades différents.
Donc, sclérose pulpaire, phlébite ancienne et thrombose des veines.
La weine porte présente sur les coupes un épaississ ment
fibreux considérable, sans fibres élastiques (coloration à la fuch-
sine-résorcine de Weigert) ; sa lumière est obturée par un caillot cruorique en voie d'organisation.
Les veines portes hépatiques présentent sur les coupes une lumière très dilatée par un caillot, dans la périphérie duquel se voient par endroits quelques néocapillaires. Dans certaines veines, le tissu fibreux se prolonge dans le caillot et il devient difficile de dire où finit la paroi veineuse et où commence le caillot sanguin. Il y a un début d'organisation du caillot.
Autour de ces veines scléreuses se voient, étouffés dans le tissu coujonctif, des vaisseaux biliaires et quelques artérioles. Entre ces éléments apparaissent de petits îlots arrondis à capsule nettement concentrique et fibreuse, dont le centre est formé de cellules conjonctives jeunes ; ce sont des veinules, dont les caillots, complètement organisés, traduisent une oblitération ancienne. Ce tissu conjonctif périveineux suit les ramifications veineuses et ne présente aucune tendance à pénétrer dans le parenchyme.
L’examen histologique du foie montre, en effet, des îlots fibreux et des bandes. Les îlots correspondent à des veines portes coupées transversalement, les bandes à des veines coupées obliquement, les formations fibreuses sont aussi infiltrées, comme le montrent les coupes colorées à la méthode de Carnot et Smet (Fuchsine-résorcine de Weigert; Safranine de Pfitzner; Carmin picrique de Weigert), de nombreuses fibrilles élastiques. Les veinules fortes apparaissent très dilatées, souvent obturées par une thrombose récente. Les canaux biliaires sont étouftés dans le tissu fibreux, ils ne présentent aucune trace d’angiocholite. Les travées fibreuses ne portent aucun néo-canalicule biliaire. Les artérioles hépatiques sont enserrées aussi dans ces
anneaux de sclérose, qui circonscrivent nettement les veines el
ne pénètrent pas dans le lobule hépatique.
= 449 — Les veines sus-hépaliques presque indemnes ne sont nullement fibreuses.
Xe : ‘ Les travées des cellules hépatiques sont, par endroits, dissociées et un léger chevelu fibreux peut entourer les cellules les
plus superficielles. Toutes ces cellules présentent une dégéné-
rescence granuleuse et atrophique, avec légère caryolyse.
Cbservation XI. — Hazrpré Er DÉVÉ à ({nédite) (1).
Cancer colloïde de l'estomac. Phlegmatia alba dolens de la jambe gauche. Thrombose de la veine splénique.
Baz... Victorine, 60 ans, laveuse, entre le 24 juillet 1902, dans le service de M.le Dr Halipré, à l’'Hospice Général (observation n° 475). ©
A l’âge de 11 ans, elle à eu une fiévre typhoïde grave, avec délire et hémorragies.
À 17 ans, elle a commencé à avoir des « crises de nerfs > fréquentes (trois fois par semaine environ) et se produisant régulièrement la nuit, vers 11 heures.
La crise débutait par des frissons, des tressaillements, puis la malade perdait connaissance, se débattait et poussait des cris. On était obligé, dit elle, de la maintenir et de lui mettre une cuiller dans la bouche pour l'empêcher de se mordre la langue. Cette crise durait à peu près cinq minutes. Puis la malade s’en-
dormait et ne se souvehait de rien au réveil.
1. Les deux observations inédites qui suivent n’ont ici leur place que d’une façon accessoire (V. pages 10 et 153).
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Ces crises se sont reproduites jusqu'à l'âge de 48 ans et n’ont pas reparu depuis.
Il y à trois ans, à la suite d’une chute sur le pavé, la malade a ressenti des douleurs dans le côté gauche, qui l’ont empêéchée de marcher pendant deux mois. Depuis cette époque, elle a un prolapsus utérin qui l’oblige à porter un pessaire.
Enfin, depuis six mois, elle a des douleurs dans les deux jam bes et des troubles digestifs. Elle éprouve le besoin, dit-elle, de remuer continuellement les jambes, qui lui donnent une sensation de brûlure.Les douleurs sont continues, avec exaspérations fréquentes. La nuit, elles sont plus vives et empêchent la malade, de dormir.
Elle éprouve, en outre ; des douleurs au creux épigastrique. Les digestions sont difficiles et souvent accompagnées de vomissements. Depuis quatre mois, à la suite du régime lacté, ces vomissements ont disparu.
Examen. — Teint jaune et terreux. Amaigrissement notable, surtout depuis quatre mois. Pas d’œdème des jambes. Réflexes rotuliens exagérés. Quoique la malade nie avoir les habitudes alcooliques si fréquentes dans son métier, on note, cependant, plusieurs signes, tels que rêves fréquents, pituites matutinales, incapacité par moments de finir un travail commencé...
Elle ne tousse ni nè crache. L'auscultation des poumons ne
/ | révèle rien d’anormal. Les bruits du cœur sont sourds. Le premier bruit à la pointe est prolongé. Le pouls est faible, les artères sont souples.
Léger nuage d’albumine, En somme,il y a surtout de l’affaiblissement et des troubles digestifs RE | \en anorexie lègère, renvois acides après les repas, qui sont quelquefois suivis
de vomissements. La palpation de l'abdomen un peu doulou-
reusé ne révèle aucune tumeur de l'estomac. C2pendant, l'état général et le facies permettent de soupçonner un néoplasme.
Deuxième séjour. — La malade, qui était sorte il y a un mois, revient le 2 décembre 1902.
Loin de s'améliorer, elle a continué à s’affaiblir. Elle dit qu’elle n’a « pas de force dans les reins »4
I] lui arrive souvent de se laisser tomber et de ne se relever qu'avec peine.
La diarrhée, qu’elle avait présentée souvent à. l'hôpital, l’a reprise dernièrement, en même temps que sa douleur dans le côté. En ce moment, cette diarrhée est intense (18 fois dans la nuit). Elle ne prend guère que du lait.
Examen. — Teint jaune. Pas d’æœdème des membres inférieurs. Réflexes exagérés. Ventre ballonné.Les digestions sont toujours très difficiles. Douleur au creux de l'estomac. Cependant, il n’y a plus de vomissements. Elle se plaint surtout de la diarrhée et de l’affaiblissement.
L'examen des poumons révèle quelques râles sous-crépitants à la base gauche et de ràles sibilants,en avant et à droite.
Au cœur : prolongement du premier bruit à la pointe.
La palpation de l’abdomenne démontre rien d’anormal,ni pour le foie, ni pour l'estomac. Ni sucre, ni albumine.
Jusqu'au 15 décembre, la diarrhée a persisté. Elle à cessé plusieurs jours, mais pour reprendre. Malgré le traitement(bismuth et opium, tannigène, etc.) ces intermittences de diarrhée et de bon fonctionnement de l'intestin se reproduisent pendant plusieurs mois, De temps en temps, on remarque plus spécialement du ballonnement du ventre, des vomissements et également, par intermittences, des poussées de râles sous-crépitants
à la base droite,
15 Juillet. — Peu à peu la diarrhée à fait place à de la constipation. La malade très affaiblie reste au lit et mange très peu. Ce matin, elle s'est aperçue que sa jambe gauche était envahie par un œdème blanc et douloureux. Cet œdème remonte, en eftet, jusqu'à la racine de la cuisse. Les doulenrs sont très vives et exagérées par les moindres mouvements, ou le contact des draps. Il s’agit d’une phlegmatia alba dolens typique.
Le 25 juillet,la malade souffre davantage de la jambe. L’ædème augmente et diminue alternativement.
L'état général s'aggrave. Le 1° août,on note uneleinte subictérique. La phlébite ne diminue pas.
La mort survient dans lé marasme, le 3 août 1903.
Autopsie (par M. ie Dr Dévé).— A l'ouverture de l'abdomen, dans la région épigastrique : paquets veineux énormes ayant la dimension du petit doigt, occupant l’épiploon.
Cancer colloïde, de la région pylorique, qui a déterminé de la périgastrite et des adhérences épiploïques.
Le foie, au niveau de son lobe carré, adhère à la face antérieure du pylore et; en voulant l'en séparer, on ouvre la paroi pylorique très amincie à ce niveau.
Diaphragme infiltré de noyaux cancéreux colloïdes, étalés à la face pleurale. u
Rate, grosse, adhérente à l’estomac,au diaphragme et à la face inférieure du lobe gauche du fqie.
On enlève tous ces organes en masse avec l'extrémité inférieure de l’œsophage, le duodénum, et le côlon transverse. La dissection est faite par la face postérieure,
Elle montre qu'il existe une ohlitération complète de la veine pancréatico-splénique, au niveau du bord supérieur du pancréas, sur une longueur de # à 5 centimètres, |
Cauchois 10
La veine mésentérique supérieure et le tronc de la veme,
porte sont normaux, ainsi que la terminaison de la veine splénique, :
D'autre part, au niveau du hile de la rate, les veines gastrospléniques apparaissent distendues par du sang noir et se continuent en bas avec les veines gastro-épiploïques distendues, qui forment le paquet variqueux ci-dessus indiqué.
Enfin, la veine gastro-épiploïque droite, près de sa terminaison, est oblitérée par une thrombose au contact de la masse cancéreuse pylorique.
Toute la masse est fixée dans le formol.
Foie. — Jaune, ictérique. Adhérences sus-désignées. Quelques granulations blanchâtres miliaires (petits tubercules,; ou noyaux cancéreux).
Lobe de Spigel. — Coloration jaune ocre, mollesse rappelant l'aspect macroscopique de l’atrophie jaune aiguë. A la coupe mélange de jaune et de rouge (marbrures).
Quelques veines portes apparaissent fhrombosées ; les vaisseaux biliaires ne sont pas distendus. Pas de noyaux cancéreux volumineux. Près del'insertion duligament suspenseur, zone atrophiée d’aspect caverneux, dépendant des veines sus-hépatiques.
Capsules surrénales. — Normale, à gauche. Scléreuse, à droite.
Poumons.— Congestionnés et œdématiés, surtout au niveau du lobe inférieur. Sérosité ictérique s’écoulant à la coupe.
Reins. — Mous. Légèrement adhérents à la capsule. Graisse abondante autour du bassinet.
Cœur. — Gros. Mou.
Aorle, — Dilatée d’une façon cylindrique, placards athéromateux, minces comme des coquilles d'œufs. Valvule mitrale saine.
Arlère coronaire antérieure calcifiée.
FU
Observation XII. — Perrrererc et Caucnois (1) (inédite).
Phlébite typhique ancienne. — Cancer de l'estomac. — Phlegmalia alba dolens double. — Pleurésie double. — Aulopsie : thromboses cancéreuses du canal thoracique, de la veine porte et de la veine cave inférieure.
Mang., Louise, femme de 51 ans, laveuse, entre à l’Hôtel- Dieu, salle I, le 6 avril 1908, pour des douleurs dans la région hépatique et dans l'épaule droite. Pas d’antécédents familiaux connus. La malade est fille unique et ne sait comment sont morts ses parents, A l’âge de 36 ans, elle a fait une fièvre typhoïde, à la suite de laquelle elle a eu une angine violente, accompagnée de fortes douleurs dans les deux jambes, pendant quinze Jours.
Un an après, ces mêmes douleurs reparaissent dans la jambe droite. À 38 ans, cette femme met au monde un enfant à terme, qui ne vécut que 6 jours. Elle n’a jamais eu d’autres enfants, ni fait de fausses couches.
Depuis trois à quatre mois, la malade a été reprise de violentes douleurs dans les deux jambes, avec gonflement. Les douleurs ont débuté au mollet droit et ont bientôt gagné toute la jambe, avec maximum au creux poplité. Le gonflement de cette ‘jambe a diminué depuis. Mais la jambe gauche, à son tour, est devenue œdématiée, blanchâtre et très douloureuse, au point que la malade ne peut poser le pied à terre et que le moindre mouvement réveille de vives douleurs. Depuis huit jours, elle a
ressenti des douleurs dans l’hypochondre droit, accompagnées
1. Nous avons été secondé, pour recueillir l'observation clinique, par notre ami M. H. Touflet (externe du service).
d'irradiations dans l’épaule droite; ces dernières procèdent par
intermittences et par lancements successifs très pénibles.
Actuellement, la face présente des traces d’amaigrissement, le teint est pâle plutôt que jaunâtre, les lèvres légèrement violacées. Le reste des téguments présente une teinte subictérique. Langue blanche, Appétit nul. Les digestions sont pénibles et accompagnées de maux de tête, parfois de vertiges. Jamais, cependant, il n’y a eu de vomissements. Les selles sont régulières, non décolorées. Les douleurs hépatiques se reproduisent indépendamment des heures des repas, Quoique laveuse, la malade ne présente aucun stigmate d’alcoolisme. Elle déclare n'être plus réglée depuis deux ans, et avoir pâli et maigri considérablement, depuis cinq à six mois.
Elle a des sueurs abondantes, la nuit ; elle tousse souvent, mais n’a qu'une expectoration insignifiante. Elle n’a jamais craché de sang et n’est nullement oppressée. Température normale. Pouls : 98.
Aspect classique d’une phlegmatia alba dolens des deux jJambes, suttout de la gauche.
La palpation de l’abdomen montre que le foie est dur et déborde les fausses côtes de deux travers de doigt. Un peu audessous de son bord inférieur facile à délimiter, et à droite de la ligne médiane, on sent glisser sous les doigts une tumeur marronnée, du volume d’une mandarine très mobile, indolore, appartenant soit à la grande courbure de l’estomac, soit à la partie droite du côlon transverse : boulette fécale, ou néoplasme., Pas d’adénopäthie sus-claviculaire qauche.
La percussion révèle de la submatité dans la région sous-cla-
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viculaire droite. En arrière : matité au sommet droit. Matité également à la base droite, remontant jusqu’à une ligne passant à 5 centimètres environ de la pointe de l’omoplate, ligne assez régulièrement horizontale qui vient rejoindre en avant la ligne supérieure de matité du foie.
A la base gauche, on trouve aussi une zone de matité, qui paraît correspondre à la rate légèrement hypertrophiée. L’auscultation ne révèle rien d’anormal dans les bruits respiratoires, mais, au cœur, un souffle systolique à la pointe. Urines: pas d’al-
bumine. Diagnostic: Phlébite et cancer gastrique.
14 avril. — Depuis plusieurs jours la température vespérale monte à 38°-38°5, La malade est plus abattue : yeux cernés, langue saburrale, A l’auscultation, on trouve en arrière une diminution notable du murmure vésiculaire dans les deux tiers inférieurs à droite. Égophonie, pectoriloquie aphone dans le tiers inférieur droit, avec quelques frottements. À ce niveau, vibrations diminuées et même abolies tout en bas. On remarque qu’à cette région correspond une matité très prononcée et de la voussure. En avant, skodisme sous la clavicule droite, râles ronflants au sommet gauche.
Le foie, très sensible à la palpation,est dur et déborde davantage. Peut-être est-il à la fois augmenté de volume et abaissé par un épanchement.
Oppression : 44. Expectoration spumeuse abondante.
17 avril. — Les signes d’épanchement se sont accentués. Frottements aux deux bases. Souffle pleurétique, dans le tiers inférieur droit, égophonie, pectoriloquie aphone et matité. Une ponction exploratrice, pratiquée à cetendroit, montre un liquide légèrement trouble et hémorragique.
L'oppression et le point de côté persistent. Cependant, la thora
centèse est différée, en raison de la nature cancéreuse de l'épan- # chement et de son peu d’abondanñce.
Les jours suivants, la douleur se calme, ainsi que Poppression.
Peu à peu la malade tousse moins et ne crache plus. Elle se plaint seulement de douleurs épigastriques et elle n’a pas d’appétit..
A quelque temps de là {vers le 15 mai à peu près), on remarque une recrudescence des phlébites. Le gonflement des deux jambes devient énorme, les douleurs sont plus vives. Température : le matin, 3705, le soir, 39°-39%8. En même temps, la malade s'aperçoit que son ventre est plus douloureux, très augmenté de volume et qu’elle est oppressée. On distingue une ascite peu abondante et quelques KO sous-cutanées abdominales se continuant avec un réseau plus abondant sur la racine des cuisses. En présence de ces symptômes, on pense à une extension de la thrombose aux veines iliaques et la pyléthrombose est
écartée à cause de cette imminence de la phlébite ascendante. Injection de morphine.
Dans les Jours qui suivent, le gonflement du ventre reste stationnaire. La malade se plaint seulement d’une constipation opiniâtre. La face est livide, les lèvres sont cyanosées.
Cependant, les douleurs abdominales augmentent et la palpation fait sentir de nouveaux noyaux dans l'abdomen. La malade prend 1 et 2 centigrammes de chlorhydrate de morphine en potion et se montre très calme.
Peu à peu elle s'amaigrit et s’affaiblit, Elle reste dans le coma pendant deux jours et, après un peu de délire calme, elle meurt
le 1° juin.
Autopsie, — En approchant, on s'aperçoit que de la bouche
s'échappe une traînée de sang noir d’hémalémèse, À l'ouverture de la cavité abdominale, il s'écoule une petite quantité de liquide. Pas de péritonite. On procède à l’éviscération totale. Les deux -plèvres renferment, la gauche surtout, une quantité notable de liquide citrin.
Les poumons sont rétractés el recouverts de fausses membranes, mais ne présentent à la coupe aucune lésion spéciale.
Cœur : la face aortique de la valvule mitrale est épaissie et
blanchâtre.
Pas de liquide dans le péricarde.
Le foie est énormément hypertrophié et. présente de nombreuses bosses, au niveau desquelles on remarque une fluctuation très nette et très superficielle. En le détachant, on déchire une de ces poches, d’où il s'écoule une matière cancéreuse blanche et très liquide.
A la coupe, on s'aperçoit que tout le lobe droit, très augmenté, de volume, est envahi par une vaste poche anfractueuse, d’où s’échappe la même matière fluide, blanchâtre, très analogue à de la matière cérébrale écrasée.
L'estomac, ainsi que tout l’intestin grêle, est entièrement rempli de sang, Le gros intestin, au contraire, est bourré de matières fécales très dures, ce qui explique que le sang ne se soit pas manifesté par sa présence dans les selles.
L’estomac est le siège d’un envahissement cancéreux, diffus. Les ganglions de la chaîne gastro-épiploïque sont gros comme le pouce, fluctuants, À l'ouverture de l’estomac, on remarque une masse végétante de la région pylorique. [l est impossible de retrouver le siège de l’hémorragie.
La rate est un peu augmentée de volume, flasque et ridée,
Peut-être at-elle diminué de volume sous l'influence de l’hémorragie ?
En examinant la pièce, par sa face postérieure, on retrouve les bosses cancéreuses du foie et une masse ganglionnaire volumineuse dégénérée, derrière l’estomac. De cet endroit on voit partir le canal thoracique qui est en entier envahi par le cancer. Il est constitué par une série de renflements blanchâtres et durs jusqu’à son abouchement dans la veine sous-clavière gauche. À ce niveau, il décrit sa crosse normale, qui est simplement indurée et grosse, donnant tout à fait l'aspect d’un canal déférent rendu moniliforme par la tuberculose. Il ne se trouve à cet endroit aucun ganglion cancéreux, ce qui explique que, malgré le cancer du canal thoracique, le signe de Troisier ait fait défaut.
Le tronc de la veine porte est, à son origine, dilaté et dur, tandis que plus haut il est aplati. |
A l'ouverture, il présente un caillot stratifié, mêlé de parties blanches et de parties noires, qui se prolonge dans la veine splénique sur une longuer de 2 centimètres environ, ainsi que dans la veine mésaraïque. r
Quant aux veines des membres inférieurs, elles sont toutes thrombosées. Il en est de même de toutes les veines du bassin et l’on peut facilement suivre le caiïllot, tantôt noir,tantôt blanchâtre, dans les veines iliaques externes, hypogastriques, iliaques primitives, veine cave inférieure et toutes leurs branches,
Cette dernière étant ouverte, on voit qu’elle enfermait un
large caillot organisé peu adhérent et qui se termine, en s'effilant, juste en face de l’abouchement des veines rénales. Peutêtre le torrent sanguin plus rapide de ces deux veines a-t-il
arrêté 1à la coagulation. Mais, aussi, il est étonnant qu’il n’ait
pas détaché une embolie de ce caïillot flottant, qui était cottfé par un fin coagulum rouge et fragile, s’effilant en zig-zag. Les deux veines utéro-ovariennes étaient perméables, mais il faut noter qu’elles s’abouchaient toutes deux dans la veine rénale correspondante.
En somme,la mort est due, d’abord, à la cachexie cancéreuse. Elle a été hâtée, non par une embolie pulmonaire qui était pourtant si menaçante, mais par l’hémorragie. Il faut noter que, malgré le cancer,il n’y en avait jamais eu jusqu'ici et qu’elle a été déterminée surtout par l’hypertension que provoqua dans les
veines gastriques la pyléthrombose.
Dans ces deux observations très comparables en plusieurs points,nous trouvons, d’abord, parmi les anlécédents une fièvre typhoïde, qui fut suivie de phénomènes douloureux du côté des jambes, marquant très certainement pour l’une, vraisemblablement pour l'autre, l'établissement d'une phlegmatia alba dolens.Nos deux malades, laveuses l’une et l’autre, présentèrent, d’abord, des troubles digestifs qui pouvaient être attribués à l’alcoolisme, puis un envahissement évident de cancer de l’estomac, qui se propagea au foie, dont le diagnostic fut aidé, ou confirmé par l'apparition d’une phlébite. Enfin, dans les deux cas, l’autopsie montra une thrombose du système porte, qui n’avait pu être diagnostiquée pendant la vie.
En somme, ce que nous voulons souligner, c'est cette prédisposition aux phlébites qui s’établirent sous l'influence de la typhoïde, d'abord, et du cancer, ensuite.
En face de cette « dyscrasie veineuse », il n’est pas
étonnant que ces deux malades aient fait encore, sous l'influence du cancer,une thrombo-phlébite du système porte. Chez la seconde, la thrombose cancéreuse est généralisée d’une facon étonnante, puisque, outre le système porte, tout le système de la veine cave inférieure était thrombosé, jusqu’à la hauteur des veines rénales, et que le canal thoracique, par lequel avaient été lancées peut-être dans la circulation générale les embolies ‘cancéreuses, était lui-même entièrement
thrombosé.