INTRODUCTION
Le cas, qui fut le point de départ de ce travail et dont nous avons pu suivre de près l’évolution clinique à l'hôpital, à fait l’objet d’une publication récente de M. le professeur Dévé (1). L'observation (2) si intéressante qu'il y rapportait « d’une façon résumée », nous l’avons reprise avec des détails fournis par une dissection plus approfondie et avec l’adjonction de planches qui nous ont semblé de nature à mettre en relief des particularités anatomiques très curieuses. Ce sont jes idées exposées dans le travail de notre maître que nous avons essayé de développer ici, en apportant à leur appui plusieurs observations analogues que nous avons pu retrouver dans la littérature médicale. ;
Splénomégalies, d'unepart, pyléphlébites, d'autre part, ce sont là deux chapitres encore entourés de bien des obseurités, deux terrains encore peu explorés. La coexistence, dans un même cas, de ces deux phénomè-
nes morbides n’est pas faite pour simplifier les choses.
1. F. Dévé. Splénomégalie chronique avec anémie, d'origine pyléthrombosique. Normandie médicale, 1° mars 1908. 2, Observation Cerné-Dévé. Loc. cit. (v. page 78).
best
Dr: RE
Cette coexistence a déjà été signalée. Mais le problème de l’enchaîinement des lésions n’a pas été nettement élucidé.
Des cas isolés ont reçu des interprétations variées et ont été classés, selon les tendances personnelles des auteurs, soit dans le chapitre des splénomégalies, soit dans celui des pyléphlébites. Mais, à notre connaissance, aucun travail d’ensembie reposant sur un certain nombre d'observations semblables n’a jusqu'ici été entrepris.
Nous avons tenté ce travail. Et en essayant de classer les faits où l’on rencontre à la fois la splénomégalie et la pyléthrombose, nous avons cherché si, à la lumière de la théorie pathogénique défendue par M. Dévé pour son observation, il était possible d'établir un classement méthodique.
Nous n'avons pas cru pouvoir être exclusif dans cette voie. Dans le nombre des splénomégalies accompagnées de pyléthrombose, il en est quelques-unes (splénomégalies palustres) pour lesquelles on peut défendre l'origine splénique. Mais en face de ce petit nombre de fails se place un groupe plus important, auquel M. Dévé a proposé de réserver le nom de « splénomégalies pyléthrombosiques ».
Parmi celles-ci, nous pouvons distinguer deux formes très différentes : la forme aiguë et la forme chronique. La première renferme les cas, bien connus des auteurs classiques et relativement fréquents, où la splénomégalie est signalée au même titre que tous les autres symp-
tômes de la pyléphlébite, au milieu desquels elle reste,
CSA js
pour ainsi dire, perdue. Au contraire, dans la forme chronique, la splénomégalie devient le symptôme dominant, presque unique, qui, par son importance détermine un tableau clinique spécial et soulève du mème coup un problème nouveau, au double point de vue du diagnostic et de la pathogénie.
C’est cette dernière classe qui est constituée par le petit nombre de cas que nous avons pu réunir. C'est elle surtout qui a été envisagée dans ce travail, où nous nous efforçons d’extraire ce fragment du bloc encore confus des splénomégalies. |
Si nos efforts ne sont pas illusoires, nous croyons avoir pu établir un groupement nouveau, un syndrome morbide, très spécial à la fois par sa pathogénie, ses symptômes, son évolution, et dont la connaissance nous semble particulièrement utile au point de vue de la
conduite à tenir en face de cas semblables.
Ce travail, nous le savons, n’a guère de valeur que par les observations sur lesquelles il repose. Nous en apportons trois personnelles. Il nous est agréable de remarquer ici qu’elles émanent précisément des services où nous avons pu, durant nos années d’internat, nous former auprès de maîtres qui restent pour nous des plus appréciés, des plus aimés, et à qui nous voulons garder un attachement inaltérable.
La première, la plus importante, parce qu'elle est l’origine de ce travail et qu’elle représente le type le: plus pur de notre description, est sortie du service de M. le professeur Cerné, Nous sommes heureux et fier
SOLE de la tenir de ce maître qui nous prodigua avec une bienveillance inlassabie ses leçons et ses conseils. Nos deux autres observations, à la vérité, ne rentrent pas directement dans notre cadre. Nous ne les avons
rapportées qu’à titre accessoire et comparatif : la pylé-
thrombose y fut une trouvaille d’autopsie, au milieu
d’une généralisation cancéreuse. Nous aurons d’ailleurs à insister sur l’intérèt d’une semblable constatation.
L'une fut recueillie (1) dans le service de M. le D'Halipré, dont nous avions alors l'honneur d’être l’interne el qui, durant les deux années si utiles passées à ses côtés, nous initia à l'étude de la médecine.
L'autre est un cas irès instructif observé tout récemment dans le service de M. le D' Petitclerc, auprès de qui nous nous félicitons d’avoir passé, avec tant de profit, les deux dernières années de nos études médicales.
Detous ces cas, les pièces anatomo-pathologiques ont été examinées dans le laboratoire de M. Dévé ; nous aimons à en évoquer le souvenir. Nous pûmes étudier avec lui le premier de ces cas qu'il avait lui même observé cliniquement. Nous exprimons à notre maître notre profonde reconnaissance pour ces heures précieuses de collaboration, comme pour le temps où nous reçûmes à l'hôpital son enseignement clinique particulièrement fécond.
1. Sous la direction de M. Dévé, qui était chargé du service au moment où nous fimes l’autopsie de la malade.