OBSERVATION
En septembre 1899, nous eûmes la bonne fortune de recevoir à notre consultation un marin âgé de 47 ans, H. ..S..., atteint de splénomégalie avec et topie delà rate. Ce malade, alcoolique invétéré, qui avait été atteint de fièvres paludiques graves pendant un séjour prolongé aux colonies, était tombé, en 1 895 , de la hune de misaine sur le pont, et depuis cette époque souffrait atrocement, à tel point qu’il avait été obligé d’abandonner les longs-courriers sur lesquels il avait l’habitude de voyager, pour naviguer sur un petit canot-lamaneur et faire la petite pêche, car il était obligé de cesser son travail très fréquemment et de se reposer tout à fait pendant un temps plus ou moins long, à cause des violentes douleurs qu'il ressentait au moindre effort nécessitant un peu de force ou une application soutenue.
Les différents traitements qu’il avait suivis peu ou prou d’ailleurs, n’avaient amené qu’un soulagement très problématique.
A l’examen nous constatâmes une splénoptose avec hypertrophie de l’organe. Encouragé par les brillants
résultats de notre néphropexie sans sutures nous lui conseillâmes une splénopexie qu’il accepta avec joie. Dans les premiers jours d’octobre 1899, nous lui fîmes l’opération selon la technique que nous avons décrite plus haut.
Rien de particulier à noter pendant la convalescence. Lorsque le malade quitta Paris, en janvier 1900, tous les phénomènes douloureux avaient disparu. La rate était solidement fixée dans sa nouvelle position extra-péritonéale, ce que l’on sentait très facilement d’ailleurs par la simple palpation.
Nous avions recommandé à ce marin de vouloir bien revenir se montrer vers la mi-juillet afin que nous puissions constater l’état dans lequel il se trouverait et juger ainsi de la valeur thérapeutique de notre intervention qu’il nous tardait de publier, et nous rendre compte également si la rate, devenue par notre procédé extrapéritonéale, ne s’atrophierait pas au point de disparaître tout â fait. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, H. S... n’a pu venir à Paris qu’il y a quelques jours (ier décembre 1900) et encore avec maintes difficultés.
Nous avons alors constaté que les symptômes nerveux ne s’étaient plus reproduits, que notre malade pouvait vaquer à ses affaires et s’adonner au rude labeur de matelot de grand voilier et que naturellement, point n’est d’ailleurs besoin de le dire, sa rate était solidement fixée et nullement douloureuse.