PARTIE DESCRIPTIVE DES ÉPONGES DE LA MER CARAÏBE
1re DIVISION.
DECTIMOSPONCGTATF:
1re FAMILLE.
BUSPONGIOR. — ÉPONGES VRAIES.
Les éponges vraies sont celles qui n’ont pas de spicules, mais qui sont formées seulement par un réseau de fibres avec la pulpe gélatineuse. C’est dans cette famille que se trouvent toutes les espèces propres. En effet la plupart d’entre elles deviennent très-molles quand on les plonge dans l’eau, et présentent un tissu à la fois flexible et tenace. Cependant parmi elles il y en a dont la souplesse n'est jamais assez grande pour que l’on puisse les employer, d’autres dont le tissu n’est pas assez résistant et se déchire trop aisément.
Parmi les espèces spiculifères, il s’en trouve dont les spicules sont très-fines et le tissu assez tenace et assez flexible, mais leur usage serait capable de produire des accidents, car les éponges après avoir été desséchées conservent toujours des particules animales en décomposition,
de plus les spicules s’introduisent dans la peau, ce qu’on peut observer avec une loupe, et inoculent la matière putride. Alors il arrive des phénomènes semblables à ceux qui se déclarent chez les anatomistes qui se blessent en disséquant.
La plupart des éponges vraies renferment très-peu de carbonate calcaire; d’autres en paraissent dépourvues: quelques-unes cependant en renferment d'assez fortes quantités, comme certaines callyspongiae. La matière calcaire se trouve généralement dans l'intérieur des fibres cornées.
Ces fibres cornées s’anastomosent en tous sens et forment ainsi un lacis serré, dans lequel se trouve la pulpe gélatineuse qui forme en se desséchant ce que l’on nomme l’encroûtement , lequel peut manquer, soit que la pulpe gélatineuse soit peu abondante, soit qu’elle se détruise aisément.
Cette famille doit se diviser en 3 tribus qui sont les suivantes: 1°. Les éponges à pinceaux ; 2°. les éponges hétérogènes ; 3°. les éponges homogènes.
dre TRIBU.
ÉPONGES à PINCEAUX.
Spec. Penicellatae.
Dans cette tribu les fibres cornées se réunissent pour former des nervures, des pinceaux, des faisceaux ou des colonnes, et ne sont jamais comme dans les deux autres tribus distinctement séparées les unes des autres.
Quelquefois l’assemblage de ces fibres en faisceaux ne se reconnaît pas tout d’abord. Ainsi chez les Evenor, l’oeil ne fait connaître que l'existence d’un grossier treillis de fibres cornées, mais si l’on examine ces fibres au microscope, l’on voit que ce sont de véritables faisceaux
de fibres intimement soudées entre elles.
Presque toujours à la première vue on peut reconnaître si une éponge appartient à cette première tribu. Ainsi elles offrent tantôt des nervures visibles ou des pinceaux à leur surface, ou bien en les coupant en minces tranches l’on peut constater l’existence de cette disposition: dans tous les cas l’on ne peut les confondre avec les 2% et 3% tribus, dont les fibres sont distinctes les unes des autres dans toutes les parties. Si nous prenons la spongia manus, l’on voit à l’extérieur, et surtout sur les bords des rameaux, qu'il existe des faisceaux de fibres distinctes. De plus en fendant de haut en bas et suivant sa largeur la sommité de l’un des rameaux, l’on trouve sur la coupe de gros faisceaux de fibres dirigées verticalement, et entre ces faisceaux l’on aperçoit des canaux, les uns horizontaux qui vont déboucher sur les faces latérales, les autres obliques ou verticaux. La spongia rubens offre à l’intérieur une structure à peu près semblable à celle de la précédente; en effet si l’on fend suivant sa longueur l’un des rameaux terminaux, on trouve sur la coupe des faisceaux fibreux qui se dirigent vers la surface de l'éponge; entre les faisceaux sont creusés de nombreux canaux. Prenons dans la spongia tubulifera une tranche mince et verticale, exposons cette partie entre l'oeil et la lumière, et l’on verra que beaucoup de fibres sont réunies en faisceaux. Enfin chez la spongia tuba la chose est encore plus évidente, car toujours la cavité du siphon présente des nervures très-prononcées qui viennent mourir à l’orifice, en y formant d'ordinaire des cils plus ou moins prononcés. Les figures A, B et C, de la 1° planche donnent une idée du réseau de ces éponges, et l’on peut aussi consulter la belle planche IT de l’ouvrage de Mr. Scamipr.
Du reste comme nous l’avons déjà dit, l'inspection seule de la surface chez les éponges vraies suffit en général pour faire connaître à laquelle des tribus elles appartiennent, et celle de la première tribu ont le plus souvent des nervures, des houppes ou des pinceaux qui sont caractéristiques, et dans le cas où cela n'existe pas, une simple coupe suffit pour constater qu'il y a des fibres fisciculées; du reste jamais chez les éponges à pinceaux les fibres ne sont distinctes et isolées comme chez les homogènes et les hétérogènes ; il suffit de comparer quelques espèces
de ces trois groupes pour voir combien ils différent les uns des autres. Cette tribu comprend 3 genres que nous allons faire connaître.
Gen. Evenor Nobis.
Tissu corné et rude, ayant un aspect licheniforme ou fuciforme , formé par des rameaux très-lâchement anastomosés entre eux; vus au microscope ces rameaux se montrent composés de fibres intimement unies entre elles dans certaines places, tandis qu'à l’endroit des dichotomies plusieurs d'entre elles deviennent libres sur de petites parties de leur longueur. À l’état vivant les mailles des Evenor sont remplies d’une matière gélatineuse, qui est comme une solution de gomme épaisse qui s'écoule promptement dès que l'éponge est retirée de l’eau; il en résulte ‘qu'aussitôt mis hors de l’eau, ces corps organisés se présentent toujours sans encroûtement et n'offrent qu'un réseau formé de rameaux plus ou moins anastomosés d’une couleur obscure et d’un aspect licheniforme. D’autres espèces appartenant aux spiculiféres (éponges à spicules) offrent aussi la forme de lichens, et ont une matière pulpeuse qui s’écoule rapidement, mais l'existence des spicules les fait rentrer dans un groupe différent.
Spec. Evenor fuciformis Nobis, pl. III, fig. 1, 2.
Très-lichement anastomosés, les rameaux sont très-aplatis et s’élargissent encore davantage à l’endroit des dichotomies; sur le vivant ces rameaux ont une ligne de large, mais en se desséchant ils se rétrécissent d’une manière très-notable. Les mailles sont larges de 4 à 10 lignes. A l’état vivant l’aplatissement des rameaux de cette espèce et sa couleur olive sombre fait que son squelette corné ressemble beaucoup à certains fucus; en se desséchant, elle perd beaucoup de cet aspect; elle habite les côtes de St. Thomas.
Gen. Spongia accet
Spongia et Cacospongia, SCHMIDT.
Le tissu des espèces de ce genre est parcouru intérieurement par de
nombreux canaux, quelquefois l’on y observe des cavernes très-grandes. L'encroûtement est en général assez fugace; les fibres sont disposées çà et là par pinceaux ou par mèches dans l’intérieur de la masse, et se montrent là aussi sous forme de houppes et même quelquefois de nervures à la surface.
Les espèces du genre éponge sont lobées, gibbeuses, flabelliformes ou arborescentes, mais elles ne sont jamais siphiformes. Leurs oscules sont distribués à leur surface; ils sont très-grands quelquefois et constituent alors des tubes siphonoïdes; certaines éponges comme p. e. la spongia musicalis font passage au genre tuba, car leurs tubes siphonoïdes se rapprochent beaucoup des siphons.
A l'état vivant et lorsqu'elles ont leur encroûtement, presque toutes les éponges sont noires; il y a cependant des exceptions que nous signalerons en décrivant les espèces. Quand elles sont sèches et privées de leur encroûtement, toutes offrent un réseau corné d’une couleur jaunûtre.
A. Espèces arrondies, gibbeuses ou lobées.
Spec. Cavernosa, barbara, corlosia, cerebriformis, meandisformis , vermiculata, lacinulosa, tubilifera, gossypina, fenestrata, utilis, lapidesceus.
B. Espèces comprimées ou flabelliformes.
Spec. Discus, complanata, obliqua, fusca, musicalis, subcircularis.