LES ÉPONGES HOMOGÈNES
Spongiae Homogenae.
Cette tribu comprend des espèces diversiformes qui sont tubuleuses, gibbeuses, arboscentes etc., mais qui présentent certains caractères communs qui leur donnent une grande ressemblance entre elles.
Elles sont composées de fibres cornées, creuses, fauves, très-rigides, toutes égales entre elles, et qui s’anastomosent pour former des mailles sans jamais se réunir en faisceaux.
Ces éponges sont tontes noires, brunes ou jaunes quand elles sont vivantes; sèches elles sont toujours noires, car même celles qui sont jaunes pendant la vie deviennent noires en se desséchant. Cette couleur est due à la pulpe qui remplit les mailles et forme l’encroûtement ; aussi celles qui ont été privées de cette partie par le lavage ou par leur décomposition dans l’eau ne présentent qu’un assemblage de fibres fauves et rudes.
Quelquefois cet encroûtement tombe très-facilement, aussi ces espèces ne sont guère connues dans les collections que par leur squelette corné, chez d’autres au contraire cette partie est tenace et se conserve presque toujours.
Les espèces de cette tribu se ressemblent donc: 1°. par l'égalité de leurs fibres qui restent toujours distinctes; 2°. par une coloration assez identique pendant la vie et toujours la même sur les espèces desséchées et garnies de leur encroûtement, 3°. par leur squelette corné qui offre toujours une coloration fauve, et qui est formé de fibres rondes et grossières. ê
Plusieurs des espèces de cette tribu semblent habiter les eaux profondes, car ce n’est qu'après les fortes tempêtes que l’on peut les recueillir sur le rivage. Nous n'avons établi qu’un seul genre pour ce groupe.
Gen. Luffaria Nobis.
Mêmes caractères que ceux de la tribu. Le mot luffaria a été tiré de Luffa, genre de plantes de la famille des cucurbitacées, dont le fruit sec et dépouillé de son épicarpe laisse pour squelette un amas de fibres roides et anastomosées assez semblables à de grossières éponges. Dans certaines colonies l’on se sert du fruit des luffa ainsi préparé pour les usages domestiques en place des éponges communes que l’on n’a pas toujours sous la main.
A. Æspèces fistuleuses.
Spec. Luffaria sebae Nobis. SeBa, 7'hesaur. tab. XCV, fig. 7.
Cette éponge consiste tantôt dans un seul tube tantôt dans deux tubes soudés par leur côté. L’orifice du siphon est large de 4 à 5 lignes, et la surface extérieure de la masse est creusée de sinuosités profondes, dirigées en général longitudinalement et séparées par des crêtes élevées et très-obtuses dont les côtés sont perpendiculaires à la surface.
Vivante cette espèce est noire; elle conserve cette même couleur à l’état sec, à moins qu'elle n'ait perdu son encroûtement, dans ce cas elle ne présente plus qu’une masse fauve de fibres cornées.
Nous pensons que la figure de SrBa convient à cette espèce et non à la spongia plicifera pour laquelle Lamarck l’a indiquée.
Habite St. Thomas, Tortole, Viecques.
Spec. Luffaria rupicola Nobis.
Masse épaisse, dure, rigide, très-plissée à l'extérieur et comme bosselée par la présence de gros mamelons ou de protubérances irrégulières; cette masse peut être considérée comme fermée par 2 ou 3 siphons à parois très-épaisses à surface extérieure mamelonnée ou garnie de protubérances irrégulières, et c’est surtout le développement de ces parties qui font l'épaisseur considérable des tubes.
Cette éponge est brune quand elle est vivante, noire quand elle est sèche et qu’elle conserve son encroûtement. Si cette dernière partie a disparu, elle présente un lacis grossier et assez serré de fibres fauves. L’épaisseur de cette espèce, le caractère particulier de sa surface extérieure la font aisément distinguer de la précédente.
Elle habite St. Thomas.
Spec. Luffaria fistularis (spongia). Esper, Polaire, vol. IT, pl XXI A ; Lamarck, Annales du Muséum, tom. IV, pag. 435 et Anim. sans vert., 1 et 2% édit., vol. II, pag. 557; Lamoroux, Polyp. fleæ., pag. 49; SEBA, T'hesaur., tab. XCV, fig. 1.
Nous avons rencontré deux fois cette espèce à la Guadeloupe; elle paraît n’être pas commune, elle est noirâtre quand elle a conservé son encroûtement, lorsque celui-ci a été détruit elle est de couleur fauve.
Spec. Luffaria nuciformis Nobis, pl. X, fig. 2.
Masse ovale, aussi large que haute, composée de 2? à 3 tubes à parois épaisses, surface extérieure marquée par quelques dépressions peu profondes.
Cette espèce est haute et large de 3 à 4 pouces, ovale, orifice du siphon large de 8 à 10 lignes, parois du tube très-épaisses, composées de fibres roides, fauves et presque piquantes.
Cette espèce semble bien distincte en ce qu’elle se présente constamment sous une forme presque globulaire, grosse à peu près comme le poing ef percée par un ou deux siphons qui descendent presque jusqu'à la base. Quand il y a deux siphons leur partie supérieure est un peu
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libre et il s’agit alors évidemment de deux tubes épais soudés l’un à l’autre.
Cette espèce ainsi que la précedente semble vivre dans les endroits où la mer est profonde, car nous ne les avons jamais recueilli avec les instruments de pêche dont nous nous servons; c’est après le gros temps qu'elle peut se rencontrer sur nos côtes; elle est noire quand elle est desséchée avec son encroûtement; quand celui-ci manque, la masse est d’une couleur fauve.
Elle habite St. Thomas. L
Spec. Luffaria insularis Nobis.
D'une base commune s’élèvent des rameaux courts soudés à leur base et devenant libres vers leur sommet. La partie libre de ces rameaux est d'environ un pouce, un peu plus ou un peu moins; quelques-uns restant soudés jusqu’à leur terminaison, donnent aussi naissance à quelques lances épaisses de 4 à 5 lignes, hautes de 2 à 3 pouces, offrant sur leur bord supérieur des orifices siphonoïdes larges de 2? à 3 lignes, les rameaux qui ne sont pas soudés ensemble, présentent à peu près la grosseur du doigt, et offrent un orifice siphonoïde à leur sommet ayant les dimensions que nous avons signalées plus haut.
Cette éponge se présente comme assez irrégulière avec de courts rameaux obtus terminant la masse à son sommet; sa couleur est noire sur le sec quand l’encroûtement persiste, si non elle est fauve.
Habite St. Thomas, Tortole.
Spec. Luffaria rigida (spongia). Esper, Pfaz., tab. XX VIT, fig. 1, 2.
Nobis, pl. XII, fig. 1.
Cette éponge varie tellement quand on l’examine à l’état vivant ou à l’état sec, avec ou sans encroûtement, que la personne qui ne serait pas prévenue pourrait en faire 3 espèces différentes, en l’examinant dans ces différents états que nous venons de mentionner. La table D'ESPER ne représente que son squelette corné, la figure que nous en offrons aux lecteurs la représente au moment où elle vient d’être retirée de la mer.
1°. A l’état vivant cette éponge se présente comme une réunion de tubes soudés à leur base, libres à leur sommet qui est percé d’un orifice siphonoïde de 2 à 3 lignes, l'extrémité libre de ces tubes ayant environ la grosseur du doigt. La surface extérieure présente des crêtes saillantes séparées les unes des autres par des lacunes qui ne pénètrent pas dans la cavité du tube, car elles sont tapissées au fond par l’encroûtement qui existe aussi sur les crêtes. A l’état vivant cette éponge est d’un jaune orange, elle est alors très-molle.
2°. À l'état sec et garnie de son encroûtement elle est d’un noir foncé et toute ratatinée, en sorte que les extrémités des tubes sont revenues sur elles-mêmes et ont perdu une partie de leur volume et les orifices siphonoïdes une partie de leur ampleur; les crêtes si saillantes et si caractéristiques se sont aussi effacées en partie par l’effet du dessèchement.
3°. A l’état de squelette corné, ainsi que la représente la table XX VIIT d’Esrer, toute la poulpe et l’encroûtement ayant disparu l’on a un squelette corné qui présente à considérer les choses suivantes: La masse de l'éponge présente de nombreux pertuis très-larges qui de l'extérieur pénètrent dans le tube central. Chacune de ces lacunes est séparée des autres par une larve à jour qui est composée de fibres cornées anastomosées ensemble sur un seul plan. Ce sont ces larves qui formaient les crêtes sur l’exemplaire frais, et les parties qui pénètrent jusqu’au tube se trouvent-là où existaient auparavant les lacunes que nous avons mentionnées.
Ce squelette corné est composé de fibres roiïdes et fauves; mis entre l'oeil et la lumière on voit le jour à travers, car les fibres sont rares et manquent partout où se montrent les pertuis; la figure d’Esprr quoique grossière donne une très-bonne idée du squelette corné de cette éponge, qui est très-commune à St. Thomas: elle se trouve très-abondamment dans le port même, et il est facile de se la procurer parce qu'elle vit à une petite profondeur.
B. Æspèces phytoides.
Spec. Luffaria fulva. Lamoroux, Po/yp. fleæ., pag. 88. Sesa , Thesaur. , tab. XCV, fig. 9 et pl. XCVI, fig. 1.
Nobis pl. X, fig. 6, 7.
Les figures de SeBa sont faites d’après des échantillons incomplets.
Oscules épars où subsériés le long des rameaux: larges de 1 à 2 lignes et superficiels. Quelquefois ils sont situés à la terminaison des ramuscules. Couleur jaune sur le vivant, noire sur l'espèce desséchée avec son encroûtement; sans encroûtement elle est fauve ainsi que l’indique son nom, et ses fibres ressemblent en tout à celles des espèces précédentes.
Habite la Guadeloupe, St. Thomas, Tortole, Viecques.
Spec. Luffaria picca Nobis.
Simple allongée et caudiforme, cette éponge se présente sous forme d'une tige roide et quadrangulaire haute de 3 à 4 pieds et ayant 7 à 8 lignes d'épaisseur; des 4 faces qu’elle présente deux seulement ont des oscules arrondis, superficiels, nombreux, tantôt rapprochés, tantôt distants les uns des autres. Ne l’ayant pas vue vivante nous dirons seulement que sèche et garnie de son encroûtement elle est noire, et jaune fauve quand elle est réduite à son squelette corné.
Elle habite St. Thomas.