C. Espèces encroütantes globuleuses ou lobées
Spec. Luffaria applicata Nobis, pl. XI, fig. 1.
Cette espèce encroûte les corps marins, à la surface elle forme une masse presque plane et ayant une épaisseur de 7 à 12 lignes. Sèche elle est rude, fauve après la perte de l'encroûtement, et formée par des fibres semblables à celles des autres Luffaria. La face supérieure qui est plane ou bosselée, présente des oscules profonds, les uns superficiels,
les autres saillants larges de 3 à 4 lignes. Ceux de ces oscules qui sont saillants, doivent ce caractère à ce qu’ils sont situés au sommet des mamelons obtus, tantôt isolés, tantôt disposés en lignes et se touchant par leurs côtés. Ces oscules ne sont pas nombreux et leur forme est arrondie.
Cette éponge quand elle est réduite à son squelette laisse passer le jour; cela tient surtout à ce qu'elle est peu épaisse, car son tissu est aussi serré que chez les espèces précédentes. Nous ne la connaissons qu'à l’état sec, et dans cet état sa coloration présente les mêmes considérations à faire connaître que celles que nous avons signalées dans les espèces précédentes.
Elle habite St. Thomas.
2e FAMILLE.
LITHOSPONGIAE.
Comme nous l’avons dit précédemment les fibres de cette famille sont siliceuses et l’on n’y remarque aucune trace de spicules. Cette famille forme en conséquence un passage naturel entre la première et la troisième famille des éponges à réseau, laquelle ne pourrait être classée si l’on suivait la classification de M. Scamipr dans quelqu’une des autres qu’on a proposées jusqu'à ce jour.
Les lithospongia se cassent, mais ne se déchirent pas comme les autres éponges, et leur tissu est inattaquable par les acides.
On trouve à la vérité dans l’ouvrage de M. Scamipr un genre vivant dans l’Adriatique qu’il appelle Reniera, mais à la différence des lithospongia le genre Reniera contient des spicules qu'on n’observe pas dans les lithospongia.
Nous ne connaissons qu'une espèce de cette famille que nous appellerons
1°. Lithospongia torva Nobis PI. XII, fig. 3, 4.
Eponge blanche, les fibres sont très-minces, elle laisse voir les oscules dont elle est garnie: de grands pores se remarquent aussi à l'intérieur.
gue FAMILLE.
HALEPONGES. — HALISPONGIAE.
Le nom de Haléponge a été proposé par BLaINvizrE pour désigner les spongiaires possédant des spicules siliceuses. Ce même groupe avait été nommé Micondria par Fremminé et Italina par Gran.
Il est toujours facile de connaître si les spicules d’une éponge sont de nature siliceuse, car dans ce cas elles ne se dissolvent pas dans les acides.
L'on pourrait croire surtout d’après ce qu'en ont dit les auteurs que les éponges à spicules sont plus dures et plus rigides que les éponges vraies, mais il n’en est pas toujours ainsi. La plupart des haléponges sont très-malléables, quand elles sont en vie. (Certaines espèces sont même excessivement molles; parmi celles-ci nous citerons l’amphidon variabilis. Quoiqu’elles soient flexibles à l’état vivant l’on ne doit les toucher qu'avec précaution, car la plupart peuvent occasionner un prurit fort désagréable.
Des auteurs ont aussi prétendu, après avoir fait un nombre d’observations très-limité que chez les haléponges les spicules étaient toujours simples, (OsrTaiNvizze, Mizxe Enwarr). Mais il n’en est pas ainsi, et il n’est pas non plus exact de dire que ces spongiaires n’ont qu'une seule sorte de spicules. Aïnsi l’Euryades notabilis qui a des spicules tricuspides , appartient évidemment aux espèces siliceuses: et les espèces du genre médon qui s’y rapportent également ont 2 sortes de spicules, les plus grandes sont tricuspides, les plus petites sont aciniformes.
Le nombre des haléponges est considérable dans la mer Caraïbe, puisqu'il surpasse celui des éponges vraies, et que nous n’avons pas rencontré d'espèces à spicules calcaires.
Comme nous l'avons dit dans la préface, nous proposons de diviser les haléponges en 3 tribus, dont la première comprend les espèces qui ont deux systèmes de spicules et que l’on peut désigner sous le nom de halispongiae armatae; la ?° tribu dite des 4a/ispongiae subarmatae , comprend les espèces dont les spicules sont aciniformes, mais qui n’ont plus qu’un seul système de spicules. Enfin la % tribu que l’on peut nommer halispongia tricuspidata est destinée à renfermer les espèces à réseau corné avec des spicules tricuspides qui peuvent être melangées avec des spicules aciniformes ou exister seules.
1re TRIBU.
LES ÉPONGES ARMATU.
Spongiae Armatae.
Gen. Polytherses Nobis.
Les espèces qui entrent dans ce genre ont une partie de leurs fibres réunies en faisceaux ou en colonnes qui viennent se rendre à la surface de la masse et qui s’y terminent en rendant sa surface hérissée d'autant de tubercules ou appendices spiniformes qu'il y a de colonnes. De plus les mailles interceptées par ces tubercules ou appendices sont fermées par un tissu ayant plus ou moins l'apparence d’être corné. Si l’on examine au microscope ce tissu d'apparence cornée, l’on voit qu'il est formé de fils excessivement tenus, monoliformes lesquels sont intimement feutrés ensemble de sorte qu’ils ont l'apparence dont nous avons parlé.
L'on trouve dans ces mailles un très-grand nombre de spicules exces-
sivement petites, et qui ne deviennent bien visibles que par l’emploi de l’acide sulphurique: elles sont répandues dans l’épaisseur des pièces cartilagineuses dont nous avons parlé et s’y entrecroisent en tous sens; les fibres cornées ou cartilagineuses qui forment le réseau ont également beaucoup de spicules dans leur composition.
Quant à la substance cornée qui forme les mailles des spongiaires, il faut ajouter qu’elle ne présente pas toujours cet aspect; mais ces mailles ne sont pas moins closes par une membrane formée des mêmes fils grêles monoliformes et bien fournies en spicules dont il a été fait mention.
Les polytherses quand ils sont macérés pendant longtemps dans l’eau laissent non sans préparation ces fils grêles dont nous avons parlé, lesquels sont alors désunis par la putréfaction: en voyant l’une de ces éponges dans cet état, l’on croirait qu’elle a été en contact avec des fils d’araignée.
Tous les polytherses sont épineux, et tous ont une couleur d’un jaune noirâtre ou brune: en général ils conservent leurs couleurs en se séchant, excepté quand ils ont été longtemps exposés au soleil et à l’eau, dans ce cas ils deviennent blanchâtres.
Leurs formes varient beaucoup, comme on pourra le voir dans la description des espèces. Ce genre ne doit pas être confiné à la mer des Antilles, car la spongia Strobilina de la Méditerrannée nous paraît lui appartenir.
A. ÆBspèces campaniformes.
Spec. Polytherses campana (Spongia) LamarcKk, Annales du Muséum tom. XX pag. 385 et Anim. sans vert. 1 et 2 édit. vol. 2? pag. 558. Lamoroux, Polypes flexibles, loc. cit. Nobis PI. XIT, fig 5.
Vivante cette éponge est d’un brun noirâtre: elle conserve cette couleur si elle est desséchée avec soin; si elle s’est décomposée dans l’eau,
elle est jaunâtre.
Var. fixa Nobis PI XII, fig. 5.
Cette variété se présente sous la forme d’un entonnoir très-évasé dont le tiers aurait été enlevé; en sorte qu’elle représente seulement les trois quarts d’un cône creux; du reste sa structure et ses détails doivent la faire rapporter à la dite espèce.
Elle habite St. Thomas, etc.
Spec: Polytherses tintrimabulum Nobis.
Haute de 3 à 4 pouces en forme de cloche ou d’entonnoir , cette espèce est muriquée et réticulée à l’intérieur comme à l'extérieur. Les épines qui se trouvent sur ses deux faces sont fortes, distantes et situées suivant des lignes parallèles et régulières, des oscules rares et médiocres sont disséminés sur les deux faces. Ses épines bien plus fortes et situées sur des lignes parallèles, des mailles bien plus grandes, une taille plus petite distinguent cette espèce du polytherses campana.
À l’état vivant ce polytherses que l’on trouve sur les côtes de St. Thomas est noirâtre.
B. Æspèces flabellées.
Spec. Polytherses Linguiformis Nobis.
Espèce flabelliforme, aiguë dans son bord supérieur, plus épaisse vers sa base: les bords latéraux sont aigus vers leur partie supérieure. Les deux faces sont à peu près planes et sont garnies ainsi que les bords d’appendices spiniformes aigus et rapprochés qui interceptent entre eux des mailles angulaires. Des oscules variant en grandeur sont épars sur les faces, mais ils ne sont pas nombreux. Les épines ont environ une ligne de longueur et une ligne de largeur vers leur base; tandis qu’elles sont aiguës vers le sommet et comprimées transversalement ; les oscules les plus grands ont ? lignes de diamètre; d’autres oscules bien plus petits sont placés au centre des espaces cartilagineux.
L’échantillon observé était déjà desséché et un peu altéré; sa couleur était jaunâtre: cependant son examen nous a montré que l'espèce est noirâtre, quand elle est fraîche.
Il provient de l’île de Tortole.
Spec. Polytherses tristis Nobis.
Cette éponge est comprimée latéralement et présente la forme d’un demi-cercle; elle a donc la forme en éventail; le bord supérieur est arqué et très-épais; les 2 faces sont planes ; toute la surface est hérissée d’appendices spiniformes aigus et dressés, interceptant entre eux des mailles angulaires. Des oscules variant en grandeur sont épars sur les 2 faces.
Les épines sont à peu près semblables à celles de l'espèce précédente tant pour la forme que pour la grandeur. Elles sont disposées par séries linéaires et presque droites qui vont de la base au sommet. La grandeur des oscules varie d’une ligne à %# de ligne.
La couleur est sur le sec d’un jaune grisâtre ; vivante elle est noire.
Elle habite St. Thomas.
Spec. Polytherses armata. Nobis PI. XIII, fig. 1.
Espèce aplatie en éventail et ayant son sommet découpé par des incisions profondes, en sorte que le bord supérieur offre des lobes obtus et assez épais; les deux faces, comme les bords, sont garnies d’appendices spiniformes nombreux, durs et très-aigus. Ces appendices ont à peu près la forme et la longueur qui existe chez les 2 espèces précédentes. Les lobes du bord supérieur présentent quelques rares oscules qui sont assez grands, puisqu'ils ont jusqu’à 4 lignes de diamètre. Sur les 2? faces l’on trouve quelques oscules beaucoup plus petits.
Espèce dure et rigide, noire à l’état vivant; elle se trouve à St. Thomas et Tortole.
Spec. Polytherses marginalis Nobis.
Epais mais comprimé en éventail, bord supérieur convexe trèsépais, arqué; processus spiniformes nombreux ayant environ une ligne, quelques oscules petits où médiocres sur les deux faces, d’autres plus grands sur le bord supérieur. Couleur noirâtre sur le vivant, devenant jaunâtre quand il a été altéré par son séjour dans l’eau.
Ce polytherses est très-semblable au p. Tristis par sa forme, mais il
en diffère par ses épines qui ne sont pas aussi dressées et qui ne courent pas suivant des lignes droites; de plus ses oscules marginaux lui donnent aussi un caractère distinctif.
Il habite St. Thomas.
Spec. Polytherses ignobilis Nobis, PL XIII, fig. 3 et 4.
Sessile. subflabelliforme, comprimé sur les côtés en sorte que ses deux faces sont plates, le bord supérieur est convexe, toute la surface est couverte par des processus spiniformes faibles et bien moins marqués que dans le polytherse armata, tristis et linguiformis qui comme lui ont une forme flabellée; les mailles sont également plus petites et leur caractère cartilagineux est bien moins évident, mais on leur trouve toujours le même caractère; elles sont formées par des fibres très-fines et solidement feutrées. Les processus spiniformes ont à peine une demi ligne de longueur, ils sont comprimés latéralement.
Des oscules de 1 à 2 lignes de diamètre sont épars sur la surface, mais ils ne sont pas nombreux.
Cette espèce est rigide quand elle est sèche; vivante elle est assez malléable et d’une couleur fauve noirâtre.
Elle habite St. Thomas.