‹ Sr Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte FaceChapitre 28 sur 75 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le Calvaire.

L'essor vers le Ciel.

« Il est de la 'plus haute importance que lame s exerce beaucoup à I'amour. afin que. se consommant rapidement, elle ne s'arrête guèreici-bas. mais arrive promptement a voir son Dieu face à face. »

S. Jka.v de la Croix.

ien des pages de cette histoire ne seliront jamais sur la terre... » Sœur Thérèse de l'Enfant-JésusTaditielnous.

le répétons forcément après elle. 11 est des souffrances qu'il n'est pas permis, de révéler ici-bas ; seul le Seigneur s'est jalousement réservé d'en découvrir le mérite et la gloire dans la clairevision qui déchirera tous les voiles...

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Il tit « déborder en l'âme de sa petite épouse les Jlots de tendresse infinie renjermés dans son Cœur divin » : ce fut là le martyre d'amour que sa voix mélodieuse a si suavement •chanté. Mais, « s'offrir en victime à l'amour, ce n'est pas s'' offrir aux douceurs, aux consolations... » Thérèse l'éprouva, car le divin .Maître la conduisit à travers les âpres sentiers de la douleur; et c'est seulement à son austère sommet qu'elle mourut Victime de Charité.

Nous avons vu combien fut grand le sacrifice de Thérèse lorsqu'elle quitta pour toujours son père, qui l'aimait si tendrement, et la maison de famille où elle avait été si heureuse; mais on pensera peut-être que ce sacrifice lui était bien adouci, puisqu'au Carmel elle retrouvait ses deux sœurs aînées, les chères confidentes de son àme : ce fut au contraire pour la jeune postulante l'occasion des plus sensibles privations.

La solitude et le silence étant rigoureusement gardés, elle ne voyait ses sœurs qu'à l'heure des récréations. Si elle eût été moins mortitiée, souvent elle aurait pu s'asseoir à leurs côtés ; mais « elle recherchait de préférence la compagnie des religieuses qui lui plaisaient le moins » ; aussi l'on pouvait dire qu'on ignorait si elle affectionnait ses sœurs ;plus particulièrement.

Quelque temps après son entrée, on la donna comme aide à Sœur Agnès de Jésus, sa « Pauline » tant aimée : ce fut une nouvelle source de sacrifices. Thérèse savait qu'une parole inutile est défendue et jamais elle ne se permit la moindre confidence. « O ma petite Mère ! dira-t-elle plus tard, que j'ai souffert alors!... Je ne pouvais vous ouvrir mon cœur, et je pensais que vous ne me connaissiez plus !... »

Après cinq années de ce silence héroïque, Sœur Agnès de Jésus fut élue Prieure. Au soir de l'élection, le cœur de la ■«petite Thérèse » dut battre de joie, à la pensée que désor-

Histoire d'une àine. — Chapitre douzième.

mais elle pourrait parler à sa « petite Mère » en toute liberté, €t, comme autrefois, épancher son àme dans la sienne; mais le sacrifice était devenu l'aliment de sa vie; si elle demanda une faveur, ce fut celle d'être considérée comme la dernière, d'avoir partout la dernière place. Aussi, de toutes les religieuses, ce fut elle qui vit sa Mère Prieure le plus rarement.

p:ile voulait vivre la vie du Carmel avec toute la perfection demandée par sa sainte Réformatrice. Bien que plongée dans une habituelle aridité, son oraison était continuelle. Un jour une novice entrant dans sa cellule s'arrêta, frappée de l'expression toute céleste de son visage. Elle cousait avec activité, et cependant semblait perdue dans une contemplation profonde. « A quoi pensez-vous? lui demanda la jeune sœur. — Je médite le Pater, répondit-elle. C'est si doux d'appeler le bon Dieu ?iotre Père !... » et des larmes brillaient dans ses veux.

« Je ne vois pas bien ce que j'aurai de plus au ciel que maintenant, disait-elle une autre fois, je verrai le bon Dieu, c'est vrai; mais, pour être avec lui, j'y suis déjà tout à fait sur la terre. »

Une vive tîamme d'amour la consumait. Voici ce qu'elle raconte elle-même :

« Quelques jours après mon offVande à V Amour miséricordieux, je commençais au Chœur l'exercice du Chemin de la Croix, lorsque je me sentis tout à coup blessée d'un trait de teu si ardent que je pensai mourir. Je ne sais comment expliquer ce transport; il n'y a pas de comparaison qui puisse faire comprendre l'intensité de cette flamme. 11 me semblait qu'une force invisible me plongeait tout entière dans le feu. Oh ! quel feu ! quelle douceur ! »

Comme la Mère Prieure lui demandait si ce transport était le premier de sa vie, elle répondit simplement :

« Ma Mère, j'ai eu plusieurs transports d'amour, particu-

2 26 Sccur Thérèse de l'Enfant-Jésus,

lièrement une fois, pendant mon noviciat, où je restai une semaine entière bien loin de ce monde ; il y avait comme un voile jeté pour moi sur toutes les choses de la terre. Mais je n'étais pas brûlée d'une réelle flamme, je pouvais supporter ces délices sans espérer de voir mes liens se briser sous leur poids; tandis que, le jour dont je parle, une minute, une seconde de plus, mon âme se séparait du corps... Hélas! je me retrouvai sur la terre, et la sécheresse, immédiatement, revint habiter mon cœur ! »

Encore un peu, douce victime d'amour. La main divine a retiré son javelot de feu, mais la blessure est mortelle...

Dans cette intime union avec Dieu, Thérèse acquit sur ses actes un empire vraiment remarquable; toutes les vertus s'épanouirent à l'envi dans le délicieux jardin de son âme.

Et qu'on ne croie pas que cette magnifique efflorescence de beautés surnaturelles grandit sans aucun eff'ort.

« Il n'est point sur la terre de fécondité sans souff"rance : souff'rances physiques, angoisses privées, épreuves connues de Dieu ou des hommes. Lorsqu'à la lecture de la vie des Saints germent en nous les pieuses pensées, les résolutions généreuses, nous ne devons pas nous borner, comme pour les livres profanes, à solder un tribut quelconque d'admiration au génie de leurs auteurs ; mais plus encore songer au prix dont, sans nul doute, ils ont payé le bien surnaturel produit par eux en chacun de nous '. »

Et, si aujourd'hui « la petite saiiite » opère dans les cœurs des transformations merveilleuses, si le bien qu'elle fait sur la terre est immense, on peut croire en toute vérité qu'elle l'a acheté au prix même dont Jésus a racheté nos âmes : la souffrance et la croix.

1 Dom Guéranger.

Histoire d'une âme. — Chapitre douzième. 22j

Une de ses moindres souffrances ne fut pas la lutte courageuse qu'elle entreprit contre elle-même, refusant toute satisfaction aux exigences de sa fière et ardente nature. Toute enfant, elle avait pris l'habitude de ne jamais s'excuser nî se plaindre ; au Carmel, elle voulut être la petite servante de ses soeurs.

Dans cet esprit d'humilité, elle s'efforçait d'obéir à toutes' indistinctement.

Un soir, pendant sa maladie, la communauté devait se réunir à l'ermitage du Sacré-Cœur pour chanter un cantique- Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, déjà minée par la fièvre, s'y était péniblement rendue ; elle y arriva épuisée et dut s'asseoir aussitôt. Une religieuse lui fit signe de se lever pour chanter le cantique. Sans hésiter, l'humble enfant se leva et, malgré la fièvre et l'oppression, resta debout jusqu'à la fin.

L'infirmière lui avait conseillé de faire tous les jours une petite promenade d'un quart d'heure dans le jardin. Ce conseil devenait un ordre pour elle. Un après-midi, une sœur, la voyant marcher avec beaucoup de peine, lui dit : « Vous feriez bien mieux de vous reposer, votre promenade ne peut vous être profitable dans de pareilles conditions, vous vous épuisez, voilà tout! — C'est vrai, répondit cette enfant d'obéissance, mais savez-vous ce qui me donne des forces ?... Eh bien! je marche pour un missionnaire. Je pense que là-bas, bien loin, l'un d'eux est peut-être épuisé dans ses courses apostoliques ; et, pour diminuer ses fatigues, j'offre les miennes au bon Dieu.»

Elle donnait à ses novices de sublimes exemples de détachement :

Une année, pour la fête de la Mère Prieure, nos familles et les ouvriers du monastère avaient envoyé des gerbes de fleurs. Thérèse les disposait avec goût, quand une sœur converse lui dit d'un ton mécontent :«0n voit bien que ces gros bouquets-

2 28 S<vur Thérèse de l'Enfant- Jésus.

là ont été donnés par votre famille ; ceux des pauvres gens vont encore être dissimulés ! » Un deux sourire fut la seule réponse de la sainte carmélite. Aussitôt, malgré le peu d'harmonie qui devait résulter du changement, elle mit au premier rang les bouquets des pauvres.

Pleine d'admiration devant une si grande vertu, la sœur alla s'accuser de son imperfection à la Révérende Mère Prieure, louant hautement la patience et l'humilité de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Aussi, quand la « Petite Reine » eut quitté la terre d'exil pour le royaume de son Epoux, cette même sœur, pleine de foi en sa puissance, approcha son front des pieds glacés de la virginale enfant, lui demandant pardon de sa faute d'autrefois. Au même instant, elle se sentit guérie d'une anémie cérébrale qui, depuis de longues années, lui interdisait tout travail intellectuel, même la lecture et l'oraison mentale.

Loin de fuir les humiliations, elle les recherchait avec empressement; c'est ainsi qu'elle s'offrit pour aider une sœur que l'on savait difficile à satisfaire ; sa proposition généreuse fut acceptée. Un jour qu'elle venait de subir bien des reproches, une novice lui demanda pourquoi elle avait l'air si heureux. Quelle ne fut pas sa surprise en entendant cette réponse : « C'est que ma Sœur"* vient de me dire des choses désagréables. Oh ! qu'elle m'a fait plaisir ! Je voudrais maintenant la rencontrer afin de pouvoir lui sourire. » Au même instant cette sœur frappe à la porte, et la novice émerveillée put voir comment pardonnent les saints.

« Je planais tellement au-dessus de toutes choses, dira-t-elle plus tard, que je m'en allais fortifiée des humiliations. »

A toutes ces vertus, elle joignait un courage extraordinaire. Dès son entrée, à quinze ans, sauf les jeûnes, on lui laissa

Histoire d'une âme. — Chapitre dou-:{ième. 22g

suivre toutes les pratiques de notre règle austère. Parfois, ses compagnes du noviciat remarquaient sa pâleur et essayaient de la faire dispenser, soit de l'Office du soir ou du lever matinal ; la vénérée Mère Prieure ' n'accédait point à leurs demandes : « Une âme de cette trempe, disait-elle, ne doit pas être traitée comme une enfant, les dispenses ne sont pas faites pour elle. Laissez-la, Dieu la soutient. D'ailleurs, si elle est malade, elle doit venir le dire elle-même. »

Mais Thérèse avait ce principe qu'il «faut aller jusqu'au bout de ses forces avant de se plaindre. » Que de fois elle s'est rendue à Matines avec des vertiges ou de violents maux de tête! « Je puis encore marcher, se disait-elle, eh bien, je dois être à mon devoir ! » Et, grâce à cette énergie, elle accomplissait simplement des actes héroïques.

Son estomac délicat s'accommodait difficilement de la nourriture frugale du Carmel ; certains aliments la rendaient malade ; mais elle savait si bien le cacher que personne ne le soupçonna jamais. Sa voisine de table dit avoir, en vain, essayé de deviner quels étaient les mets de son goût. Aussi, les sœurs de la cuisine, la voyant si peu difficile, lui servaient invariablement les restes.

C'est seulement pendant sa dernière maladie, lorsqu'on lui ordonna de dire ce qui lui faisait mal, que sa mortification fut dévoilée.

' C'était la Révérende Mère Marie de Gonzague. Elle avait reconnu en sa novice « une âme extraordinaire, déjà sainte, et capable de devenir plus tard une Prieure d'élite •». C'est pourquoi elle lui donna cette éducation religieuse si virile dont Thérèse profita si bien et dont elle se montra si filialement reconnaissante, comme elle le dit dans l'Histoire de son dme. Ce fut entre ses mains que sœur Thérèse de l'Entant-Jésus rendit le dernier soupir, « heureuse, disait-elle, de n'avoir pas, à ce moment, pour Supérieure sa petite Mère, afin de pouvoir exercer davantage son esprit de foi en l'autorité. »

Mère Marie de Gonzague mourut le 17 décembre 1904, assistée de la Révérende Mère Agnès de Jésus, alors Prieure. Elle était âgée de 71 ans.

23o Sœur 1 hérf.e de i Enfant-Jésus.

« Quand Jésus veut qu'on souffre, disait-elle alors, il faut absolument en passer par là. Ainsi, pendant que ma sœur Marie du Sacré-Cœur (sa sœur Marie) était provisoire, elle s'efforçait de me soigner avec la tendresse d'une mère, et je paraissais bien gâtée ! Pourtant que de mortifications elle me faisait faire! car elle me servait selon ses goûts, absolument opposés aux miens ! »

Son esprit de sacrifice était universel. Tout ce qu'il y avait de plus pénible et de moins agréable, elle s'empressait de le saisir comme la part qui lui était due ; tout ce que Dieu lui demandait, elle le lui donnait, sans retour sur elle-même.

« Pendant mon postulat, dit-elle, il me coûtait beaucoup de faire certaines mortifications e.xtérieures, en usage dans nos monastères ; mais jamais je n'ai cédé à mes répugnances : il me semblait que le Crucifix du préau me regardait avec des yeux suppliants et me mendiait ces sacrifices. »

Sa vigilance était telle qu'elle ne laissait inobservés aucune des recommandations de sa Mère Prieure, aucun de ces petits règlements qui rendent la vie religieuse si méritoire. Une sœur ancienne, ayant remarqué sa fidélité extraordinaire sur ce point, la considéra dès lors comme une sainte.

Elle se plaît à dire qu'elle ne faisait pas de grandes pénitences : c'est que sa ferveur comptait pour rien celles qui lui étaient permises. Il arriva pourtant qu'elle fut malade pour avoir porté trop longtemps une petite croix de fer dont les pointes s'étaient enfoncées dans sa chair. « Cela ne me serait pas arrivé pour si peu de chose, disait-elle ensuite, si le bon Dieu n'avait voulu me faire comprendre que les macérations des saints ne sont pas faites pour moi, ni pour les petites âmes qui marcheront par la même voie d'enfance. »

Les âmes les plus chéries de mon Père, disait un jour

Histoire d'une àme. — Chapitre douzième. 23 1

Notre-Seigneur à sainte Thérèse, sont celles qu'il éprouve le plus ; et la grandeur de leurs épreuves est la mesure de son amour. » Thérèse était une de ces âmes les plus chéries de Dieu ; et il allait mettre le comble à son amour en l'immolant dans un cruel martyre.

Nous connaissons l'appel du Vendredi-Saint, 3 avril 1896, où, suivant son expression, elle entendit « comme un lointain murmure qui lui annonçait l'arrivée de l'Epoux. » De longs mois, bien douloureux, devaient s'écouler encore avant cette heure bénie de la délivrance.

Le matin de ce Vendredi-Saint, elle sut si bien faire croire que son crachement de sang serait sans conséquence, que la Mère Prieure lui permit d'accomplir toutes les pénitences prescrites par la règle, ce jour-là. Dans l'après-midi, une novice l'aperçut nettoyant des fenêtres. Elle avait le visage livide et, malgré son énergie, semblait à bout de forces. La voyant si épuisée, cette novice qui la chérissait fondit en larmes, la suppliant de lui permettre de demander pour elle quelque soulagement. Mais sa jeune maîtresse le lui défendit expressément, disant qu'elle pouvait bien supporter une légère fatigue en ce jour où Jésus avait tant souffert pour elle.

Bientôt une toux persistante inquiéta la Révérende Mère. Elle soumit sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus à un régime fortifiant, et la toux disparut pour quelques mois.

« Vraiment, disait alors notre chère petite sœur, la maladie est une trop lente conductrice, ;e ne compte que sur l'amour. »

Fortement tentée de répondre à l'appel du Carmel d'Hanoï qui la demandait avec instances, elle commença une neuvaine au vénérable Théophane Vénard, dans le but d'obtenir sa complète guérison. Hélas! cette neuvaine devint le point de -départ d'un état des plus graves.

Après avoir, comme Jésus, passé dans le monde en faisant

le bien; après avoir été oubliée, méconnue comme lui, notre petite sainte allait à sa suite gravir un douloureux Calvaire.

Habituée à la voir toujours souffrir, et cependant rester toujours vaillante, sa Mère Prieure, inspirée de Dieu sans doute, lui permit de suivre les exercices de communauté dont certains la fatiguaient extrêmement.

Le soir venu, Théroïque enfant devait monter seule l'escalier du dortoir; s'arrêtant à chaque marche pour reprendre haleine, elle regagnait péniblement sa cellule, et y arrivait tellement épuisée qu'il lui fallait parfois — elle l'avoua plus tard — une heure pour se déshabiller. Et, après tant de fatigues, c'était sur sa dure paillasse qu'il lui fallait passer le temps du repos.

Aussi les nuits étaient-elles très mauvaises ; et, comme on lui demandait si quelque secours ne lui était pas nécessaire dans ces heures de souffrance : « Oh ! non, répondit-elle; je m'estime bien heureuse, au contraire, de me trouver dans une cellule assez retirée pour n'être pas entendue de mes sœurs. Je suis contente de souffrir seule; dès que je suis plainte et comblée de délicatesses, /e ne jouis plus. »

Sainte enfant!... Quel empire aviez-vous donc acquis sur vous-même pour pouvoir dire en toute vérité ces sublimes paroles!... Ainsi, ce qui nous cause à nous tant de déplaisir :

l'oubli des créatures, devenait votre jouissance! Ah!

comme votre divin Epoux savait bien vous la ménager cette amère jouissance qui vous était si douce !

On lui faisait souvent des pointes de feu sur le côté. In jour qu'elle en avait particulièrement souffert, elle se reposait dans sa cellule pendant la récréation. Elle entendit alors à la cuisine une sœur parler d'elle en ces termes : « Ma sœ^ur Thérèse de l'Enfant-Jésus va bientôt mourir; et je me demande vraiment ce que notre Mère en pourra dire après sa mort. Elle sera bien embarrassée, car cette petite sœ^ur, tout

Histoire d'une âme. — Chapitre douzième.

aimable qu'elle est, n'a pour sur rien fait qui vaille la peine d'être raconté. »

L'infirmière qui avait tout entendu lui dit :

«.Si vous vous étiez appuyée sur l'opinion des créatures^ vous seriez bien désillusionnée aujourd'hui.

— L'opinion des créatures ! ah ! heureusement le bon Dieu m'a toujours fait la grâce d'y être absolument indifférente. Ecoutez une petite histoire qui a achevé de me montrer ce qu'elle vaut :

« Quelques jours après ma prise d'habit, j'allais chez notre Mère. Une sœur du voile blanc qui s'y trouvait dit en m'apercevant : « Ma Mère, vous avez reçu là une novice qui vous fait honneur ! A-t-elle bonne mine ! J'espère qu'elle suivra longtemps la règle ! » J'étais toute contente du compliment, quand une autre sœur du voile blanc, arrivant à son tour, dit : « Mais, ma pauvre petite sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, que vous avez l'air fatigué ! Vous avez une mine qui fait trembler; si cela continue vous ne suivrez pas longtemps la règle!... » Je n'avais pourtant que seize ans ; mais cette petite anecdote me donna une expérience telle, que depuis je ne comptai plus pour rien l'opinion si variable des créatures.

— On dit que vous n'avez jamais beaucoup souffert ? » Souriant alors, et montrant un verre contenant une potion

d'un rouge éclatant ;

« Voyez-vous ce petit verre, dit-elle, on le croirait plein d'une liqueur délicieuse ; en réalité, je ne prends rien de plus amer. Eh bien, c'est l'image de ma vie : aux yeux des autres, elle a toujours revêtu les plus riantes couleurs; il leur a semblé que je buvais une liqueur exquise ; et c'était de l'amertume ! Je dis, de l'amertume, et pourtant ma vie n'a pas été amère, car j'ai su faire ma joie et ma douceurde toute amertume.

— Vous souffrez beaucoup en ce moment, n'est-ce pas ^

— Oui, mais ie l'ai tant désiré ! »

« Que nous avons de peine de vous voir tant souffrir, et •de penser que peut-être vous souffrirez davantage encore », lui disaient ses novices.

— Oh ! ne vous affligez pas pour moi, j'en suis venue à ne plus pouvoi}' souffrir, parce que toute souffrance m'est douce. D'ailleurs, vous avez bien tort de penser à ce qui peut .arriver de douloureux dans l'avenir, c'est comme se mêler de •créer! Nous qui courons dans la voie de l'amour, il ne faut jamais nous tourmenter de rien. Si je ne souffrais pas de minute en minute, il me serait impossible de garder la patience ; mais je ne vois que le moment présent, j'oublie le passé et je me garde bien d'envisager l'avenir. Si on se décourage, si parfois on désespère, c'est parce qu'on pense au passé ^t à l'avenir. Cependant, priez pour moi : souvent, lorsque je supplie le Ciel de venir à mon secours, c'est alors que je suis le plus délaissée !

— Comment faites-vous pour ne pas vous décourager dans •ces délaissements ?

— Je me tourne vers le bon Dieu, vers tous les saints, et je les remercie quand même ; je crois qu'ils veulent voir

Jusquoii je pousserai mon espérance... Mais ce n'est pas en vain que la parole de Job est entrée dans mon cœur : « Quand même Dieu me tuerait, j'espérerais encore en lui ' ! » Je l'avoue, j'ai été longtemps avant de m'établir à ce degré -d'abandon ; maintenant j'y suis, le Seigneur m'a prise et m'a posée là ! »

« Mon cœur est plein de la volonté de Jésus, disait-elle ■encore ; aussi, quand on verse quelque chose par-dessus, cela ne pénètre pas jusqu'au fond ; c'est un rien qui glisse facilement, comme l'huile sur la surface d'une eau limpide. Ah ! >si mon âme n'était pas remplie d'avance, s'il fallait qu'elle

' Job, xiu, j5.

Histoire d'une âme. — C/iapitre douzième. 235

le fût par les sentiments de joie ou de tristesse qui se succèdent si vite, ce serait un flot de douleur bien amer ! mais ces alternatives ne font qu'effleurer mon âme; aussi je reste toujours dans une paix profonde que rien ne peut troubler. »

Pourtant son âme était enveloppée d'épaisses ténèbres : ses tentations contre la foi, toujours vaincues et toujours renaissantes, étaient là pour lui enlever tout sentiment de bonheurà la pensée de sa mort prochaine.

« Si je n'avais pas l'épreuve qu'il est impossible de comprendre, disait-elle, je crois que je mourrais de joie à la pensée de quitter bientôt cette terre. »

Le divin Maître voulait, par cette épreuve, achever de la purifier et lui permettre, non plus seulement de marcher à pas rapides, mais de voler dans sa petite voie de confiance et d'abandon. Ses paroles le prouvent à chaque instant :

«Je ne désire pas plus mourir que vivre ; si le Seigneur m'offrait de choisir, je ne choisirais rien ; je ne veux que ce qu'il veut ; c'est ce qu'il fait que J'aime !

« Je n'ai nullement peur des derniers combats, ni des souffrances de la maladie, si grandes soient-elles. Le bon Dieu m'a toujours secourue: il m'a aidée et conduite par la main dès ma plus tendre enfance... je compte sur Lui. La souff'rance pourra atteindre les limites extrêmes, mais je suis sûre qu'il ne m'abandonnera jamais. »

Une telle confiance devait exciter la fureur du démon qui, aux derniers moments, met en œuvre toutes ses ruses infernales pour essayer de semer le désespoir dans les cœurs.

« Hier soir, disait-elle à Mère Agnès de Jésus, je fus prise d'une véritable angoisse et mes ténèbres augmentèrent. Je ne sais quelle voix maudite me disait : « Es-tu sûre d'être aimée de Dieu? Est-il venu te le dire? Ce n'est pas l'opinion de quelques créatures qui te justifiera devant lui. »

« Il y avait longtemps que je souffrais de ces pensées lorsqu'on vint m'apporter votre billet vraiment providentiel. Vous me rappeliez, ma Mère, tous les privilèges de Jésus sur mon âme; et, comme si mon angoisse vous eût été révélée, vous me disiez que j'étais grandement chérie de Dieu, et à la veille de recevoir de sa main la couronne éternelle. Déjà le calme et la joie renaissaient dans mon cœur. Cependant je me dis encore : « C'est l'affection de ma petite Mère pour moi qui lui fait écrire ces paroles. » Immédiatement alors je fus inspirée de prendre le saint Evangile, et, l'ouvrant au hasard, mes yeu.x tombèrent sur ce passage que je n'avais jamais remarqué : « Celui que Dieu a envoyé dit les mêmes choses que Dieu, parce qu'il ne lui a pas communiqué son esprit avec tnesure ' . »

« Je m'endormis ensuite tout à fait consolée. C'est vous, ma Mère, que le bon Dieu a envoyée pour moi, et je dois vous croire, puisque vous dites les mêmes choses que Dieu. »

Dans le courant du mois d'août, elle resta plusieurs jours comme hors d'elle-même, nous conjurant de faire prier pour elle. Jamais nous ne l'avions vue ainsi. Dans cet état d'angoisse inexprimable, nous l'entendions répéter :

« Oh ! comme il faut prier pour les agonisants ! si l'on savait ! »

Une nuit, elle supplia l'infirmière de jeter de l'eau bénite sur son lit en disant :

« Le démon est autour de moi ; je ne le vois pas, mais je le sens... il me tourmente, il me tient comme avec une main de fer pour m'empêcher de prendre le plus léger soulagement ; il augmente mes maux afin que je me désespère... Et je ne puis pas prier! Je puis seulement regarder la Sainte Vierge et dire : Jésus ! Combien elle est nécessaire la prière des Compiles :

' Joan., m, 3-{.

Flistoirc d'une âme. — Chapitre douzième.

« Procul recédant somnia. el noctium phantasmata ! Délivreznous des fantômes de la nuit. »

« J'éprouve quelque chose de mystérieux, je ne souffre pas

pour moi, mais pour une autre àme et le démon ne veut

pas. »

L'infirmière, vivement impressionnée, alluma un cierge bénit et l'esprit de ténèbres s'enfuit pour ne plus revenir. Cependant notre petite sœur resta jusqu'à la fin dans de douloureuses angoisses.

L'n jour, tandis qu'elle regardait le ciel, on lui fit cette réflexion :

« Bientôt vous habiterez au delà du ciel bleu ; aussi avec quel amour vous le contemplez! »

Elle se contenta de sourire et dit ensuite à la Mère Prieure :

« Ma Mère, nos soeurs ne savent pas ma souffrance! En regardant le firmament d'azur, je ne pensais qu'à trouver joli ce ciel matériel ; l'autre m'est de plus en plus fermé... J'ai d'abord été affligée de la réflexion que l'on m'a faite, puis une voix intérieure m'a répondu : « Oui, tu regardais le ciel par amour. Puisque ton âme est entièrement livrée à l'amour, toutes tes actions, même les plus indifférentes, sont marquées de ce cachet divin. » A l'instant j'ai été consolée. »

En dépit des ténèbres qui l'enveloppaient tout entière, de temps en temps le Geôlier divin entr'ouvrait la porte de son obscure prison ; c'était alors un transport d'abandon, de confiance et d'amour.

Se promenant un jour au jardin, soutenue par une de ses sœurs, elle s'arrêta devant le tableau ravissant d'une petite poule blanche tenant abritée sous ses ailes sa gracieuse famille. Bientôt ses yeux se remplirent de larmes, et, se tournant vers sa chère conductrice, elle lui dit : « Je ne puis rester davantage, rentrons vite... »

Et, dans sa cellule, elle pleura longtemps sans pouvoir arti-

2 38 Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

culer une seule parole. Enfin , regardant sa sœur avec une expression toute céleste, elle ajouta :

« Je pensais à Notre-Seigneur, à l'aimable comparaison qu'il a prise pour nous faire croire à sa tendresse. Toute ma vie, c'est cela qu'il a fait pour moi : // 7n'a entièrement cachée sous ses ailes ! Je ne puis rendre ce qui s'est passé dans mon cœur. Ah ! le bon Dieu fait bien de se voiler à mes regards, de me montrer rarement et comme « à travers les barreaux ' » les effets de sa miséricorde ; je sens que je ne pourrais en supporter la douceur. »

Nous ne pouvions nous résigner à perdre ce trésor de vertus, et, le 5 juin 1897, nous commençâmes une fervente neuvaine à Notre-Dame des Victoires, espérant qu'une fois encore elle relèverait par un miracle la petite Jleur de son amour. iVlais elle nous fit la même réponse que le vénérable martyr Théophane,et nous dûmes accepter généreusement la perspective amère d'une prochaine séparation.

Au commencement de juillet, son état devint très grave, et on la descendit enfin à l'infirmerie.

Voyant, sa cellule vide, et sachant qu'elle n'y remonterait jamais. Mère Agnès de Jésus lui dit :

« Quand vous ne serez plus avec nous, quelle peine j'aurai en regardant cette cellule !

— Pour vous consoler, ma petite Mère, vous penserez que je suis bien heureuse là-haut, et qu'une grande partie deimon bonheur, je Tai acquis dans cette petite cellule ; car, ajoutât-elle en levant vers le ciel son beau regard profond, j'y ai beaucoup souffert ; j'aurais été heureuse d"y mourir. »

En entrant à l'infirmerie, le regard de Thérèse se tourna

' Cant., Il, 9.

D'aprH une plwl. //- ■ •■ ■'■"■- '■ l'inlin du monafli) Vtjk générai-e Dtr Carmei, de LisiEtrx

L'infirniprie et la celhilo île S' Tliértse île l'Enfiiiit-Jésus sont marquées d'une f. La )ii-eniiére au rez-de-cha\is8ée, la deuxième an premier étage. — La Servante de Dieu, le jour où elle pleura en voyant la petite poule Idanehe, se premier jilan vers la grauelie.

trouvait dans la i)rairie, au

An fond de ee cloître se trouve l'infirmerie de S- Thérèse de l'Enfant-Jésus. Ou aperi;oit le lit où elle mourut et le fauteuil (jui fui a son usage i)endant sa maladii

Histoire d'une âme. — Chapitré doii%,ième. 23g

d'abord vers la Vierge miraculeuse que nous y avions installée. Il serait impossible de traduire l'expression de ce regard : « Que voyez-vous ? » lui dit sa sœur Marie, — celle-là même qui, dans son enfance, fut témoin de son extase et lui servit aussi de mère. — Elle répondit :

« Jamais elle ne m'a paru si belle !... mais aujourd'hui c'est la statue ; autrefois, vous sape^ bien que ce n'était pas la statue... »

Souvent depuis, l'angélique enfant fut consolée de la même manière. Un soir elle s'écria :

« Que je l'aime la Vierge Marie ! Si j'avais été prêtre, que j'aurais bien parlé d'elle! On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable. £"//£ est plus mèi'e que reine ! J'ai entendu dire que son éclat éclipse tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange! Une mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants! Moi, je pense tout le contraire ; je crois qu'elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus... La Vierge Marie ! comme il me semble que sa vie était simple ! »

Et, continuant son discours, elle nous fit une peinture si suave, si délicieuse de l'intérieur de la sainte Famille, que nous en restâmes dans l'admiration.

Une épreuve bien sensible l'attendait. Depuis le i6 août jusqu'au 3o septembre, jour bienheureux de sa communion éternelle, à cause de vomissements qui se produisaient sans cesse, il ne lui fut plus possible de recevoir la sainte Eucharistie. Le Pain des Anges! qui donc l'avait plus aimé que ce séraphin de la terre? Combien de fois, même en plein hiver de cette dernière année, après ses nuits de cruelles souffrances, la courageuse enfant se leva dès le matin, pour se rendre à la Table sainte ! Elle ne croyait jamais acheter trop cher le bonheur de s'unir à son Dieu.

Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Avant d"étre privée de cette nourriture céleste, \otre-Seigneur la visita souvent sur son lit de douleur. La communion du i6 juillet, tête de Notre-Dame du .Mont-Carmel, fut particulièrement touchante. Pendant la nuit, elle composa le couplet suivant qui devait être chanté avant la communion :

Toi qui connais ma petitesse extrême, Tu ne crains pas de t'abaisser vers moi ! \"iens en mon cœur, à Sacrement que j'aime; \'iens en mon cœur... il aspire vers toi. Je veux, Seigneur, que ta bonté me laisse .Mourir d'amour après cette faveur ; Jésus ! entends le cri de ma tendresse, Viens en mon cœur !

Le matin, au passage du Saint Sacrement, le pavé de nos cloîtres disparaissait sous les fleurs des champs et les roses effeuillées. Un jeune prêtre, devant célébrer, ce jour-là même, sa première .Messe dans notre chapelle, porta le Viatique sacré à notre douce malade. Et sœur .Marie de TP^ucharistie, dont la voi.K mélodieuse avait des vibrations célestes, chanta selon son désir :

-Mourir d'amour, c'est un bien doux martvre. Kl c'est celui que je voudrais soutlYir. O Chérubins ! accordez votre Ivre, Car, je le sens, mon exil va finir...

Di\in Jésus, réalise mon rêve :

.Mourir d'amour !

Quelques jours après, la petite victime de Jésus se trouva plus mal ; et, le 3o juillet, elle reçut l'PIxtrême-Onction. Toute radieuse elle disait alors :

« La porte de ma sombre prison est entr'ouverte, je suis dans

Histoire d'une âme. — Chapitre dou-:yiéme. 241

la joie, surtout depuis que notre Père Supérieur m'a assuré que mon âme ressemble aujourd'hui à celle d'un petit enfant après le baptême. »

Sans doute, elle pensait s'envoler bien vite au milieu de la blanche phalange des Saints Innocents. Elle ne savait pas que •deux mois de martyre la séparaient encore de sa délivrance.

Un jour, elle dit à la Mère Prieure :

« Ma Mère, je vous en prie, donnez-moi la permission de mourir... Laissez-moi offrir ma vie à telle intention... »

Et, comme cette permission lui était refusée :

« Eh bien, reprit-elle, je sais qu'en ce [moment le bon Dieu ■désire tant une petite grappe de raisin, que personne ne veut lui offrir, qu'il va bien être obligé de venir la voler... Je ne -demande rien, ce serait sortir de ma voie d'abandon, je prie seulement la Vierge Marie de rappeler à son Jésus le titre de Voleur qu'il s'est donné lui-même dans le saint Evangile, afin qu'il n'oublie pas de venir me voler. »

Un jour, on lui apporta une gerbe d'épis de blé. Elle en prit un tellement chargé de grains qu'il s'inclinait sur sa tige, et le considéra longtemps... puis elle dit à la IVlère Prieure :

« Ma Mère, cet épi est l'image de mon'^àme : le bon Dieu ni a chargée de grâces pour moi et pour bien d'autres !.... Ah! je veux m'incliner toujours sous l'abondance des dons célestes, reconnaissant que tout vient d'en haut. »

Elle ne se trompait pas : oui, son âme était chargéede grâces... et qu'il semblait ;facile de distinguer l'Esprit de Dieu se louant lui-même par cette bouche innocente!

Cet Esprit de vérité n'avait-il pas déjà fait écrire à la grande Thérèse d'Avila :

« Avec une humble et sainte présomption, que les âmes arrivées à l'union divine se tiennent en haute [estime, qu'elles aient sans cesse devant les yeux le souvenir des bienfaits reçus et se gardent bien de croire faire acte a'humilité en tie recon-

24^ Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

naissant pas les grâces de Dieu. N'est-il pas clair qu'un souvenir Jidèle des bienjaits augmente l'amour envers le bienfaiteur? Conwient celui qui ignore les richesses dont il est possesseur pourra-t-il en faire part et les distribue)- arec libéralité ? »

Ce n"est pas la seule fois que la petite Tliérèse de Lisieux prononça des paroles véritablement inspirées.

Au mois d'avril iSgS, alors qu'elle était très bien portante, elle fit cette confidence à une religieuse ancienne et digne de foi :

« Je mourrai bientôt ; je ne vous dis pas que ce soit dans quelques mois; mais, dans 2 ou 3 ans au plus ; Je le sens par ce qui se passe dans mon âme. »

Les novices lui témoignaient leur surprise de la voir deviner leurs plus intimes pensées :

« Voici mon secret, leur dit-elle : je ne vous fais jamais d'observations sans invoquer la Sainte Vierge, je lui demande de m'inspirer ce qui doit vous faire le plus de bien ; et moimême je suis souvent étonnée des choses que je vous enseigne. Je sens simplement, en vous les disant, que je ne me trompe pas et que Jésus vous parle par ma bouche. >;

Pendant sa maladie, une de ses soeurs venait d'avoir un moment de pénible angoisse, presque de découragement, à la pensée d'une inévitable et prochaine séparation. Entrant aussitôt après à l'infirmerie, sans rien laisser paraître de sa peine, elle fut bien surprise d'entendre notre sainte malade lui dire d'un ton sérieux et triste : « Il ne faudrait pas pleurer comme ceux qui n'ont pas d'espérance ! »

Une de nos Mères, étant venue la visiter, lui rendait un léger service. « Que je serais heureuse, pensait-elle, si cet ange me disait : Au Ciel, je vous rendrai cela !» — Au même instant, sœur Thérèse de TEnfant-Jésus se tournant vers elle, lui dit : « Ma Mère, au Ciel je vous rendrai cela ! »

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Mais le plus surprenant, c'est qu'elle paraissait avoir conscience de la mission pour laquelle le Seigneur l'avait envoyée ici-bas. Le voile de l'avenir semblait tombé devant elle; et, plus d'une fois, elle nous en révéla les secrets en des prophéties déjà réalisées :

« Je n'ai jamais donné an bon Dieu que de l'amour, disaitelle, il me 7'endra de l'amour. — Après ma mort, je ferai tomber

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