‹ Sr Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte FaceChapitre 40 sur 75 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

lia Bergère de Domremy

écoutant ses Yoîx,

Fragments.

RÉCRÉATION PiCUSE

Moi, Jeanne la bergère, Je chéris mon troupeau; Ma houlette est légère Et j'aime mon fuseau.

J'aime la solitude De ce joli bosquet ; J'ai la douce habitude D'y venir en secret.

J'y tresse une couronne De belles fleurs des champs Je l'offre à la Madone Avec mes plus doux chants.

J'admire la nature.

Les fleurs et les oiseaux ; Du ruisseau qui murmure Je contemple les eaux.

Les vallons, les campagnes Réjouissent mes yeux ; Le sommet des montagnes Me rapproche des cieux.

44^ Poésies. — Tj-oisième partie.

J'entends des voix étranges Qui viennent m'appeler...

Je crois bien que les anges Doivenl ainsi parler.

J'interroge l'espace, Je contemple les cieux ; Je ne vois nulle trace D'êtres mystérieux.

Franchissant le nuage Qui doit me les voiler, Au céleste rivage Que ne puis-je voler!

Sainte Catherine et Sainte Marguerite.

Air : L'Ange et l'âme.

Aimable enfant, notre douce compagne, Ta voix si pure a pénétré le ciel, L'Ange gardien qui toujours t'accompagne A présenté tes vœux à l'Eternel.

Nous descendons de son céleste empire.

Où nous régnons pour une éternité; C'est par nos voix que Dieu daigne te dire Sa volonté.

Il faut partir pour sauver la patrie, Garder sa foi, lui conserver l'honneur; Le Roi des cieux et la Vierge Marie Sauront toujours rendre ton bras vainqueur.

(Jeanne pleure.) Console-toi, Jeanne, sèche tes larmes.

Prête l'oreille et regarde les cieux :

Là, tu verras que souffrir a des charmes, Tu jouiras de chants harmonieux.

Ces doux refrains fortifieront ton âme Pour le combat qui doit bientôt venir; Jeanne, il te faut un amour tout de flamme. Tu dois souffrir !

La Bergère de Domremy écoutant ses voix. 443

Pour l'âme pure, en la nuit de la terre, L'unique gloire est de porter la croix; Un jour au ciel, ce sceptre tout austère Sera plus beau que le sceptre des rois.

Saint Michel.

Air : Partes, hérauts.

Je suis Michel, le gardien de la France, Grand Général au royaume des cieux; Jusqu'aux enfers j'exerce ma puissance, Et le démon en est tout envieux.

Jadis aussi, très brillant de lumière, Satan voulut régner dans le saint lieu ; Mais je lançai comme un bruit de tonnerre Ces mots : « Qui peut égaler Dieu ? »

Au même instant la divine vengeance.

Creusant l'abîme, y plongea Lucifer; •Car pour l'ange orgueilleux il n'est point de clémence, Il mérite l'enfer.

Oui, c'est l'orgueil qui, renversant cet ange. De Lucifer a fait un réprouvé :

Plus tard aussi, l'homme chercha la fange. Mais de secours il ne fut pas privé.

C'est l'Eternel, le Verbe égal au Père, Qui, revêtant la pauvre humanité, Régénéra son œuvre tout entière Par sa profonde humilité.

Ce même Dieu daigne sauver la France ; Mais ce n'est pas par un grand conquérant. Il rejette l'orgueil et prend de préférence Un faible bras d'enfant.

Jeanne, c'est toi que le ciel a choisie, Il faut partir pour répondre à sa voix; Il faut quitter tes agneaux, ta prairie. Ce frais vallon, la campagne et les bois. Arme ton bras ! vole et sauve la France ! Va... ne crains rien, méprise le danger; Va ! je saurai couronner ta vaillance.

Et lu chasseras l'étranger.

444 Poésies. — Troisième partie.

Prends cette épée et la porte à la guerre ; Depuis longtemps Dieu la gardait pour toi : Prends pour ton étendard une blanche bannière, Et va trouver le roi...

Jeanne seule.

Air : La plainte du Mousse.

Pour VOUS seul, ô mon Dieu, je quitterai mon père. Tous mes parents chéris et mon clocher si beau. Pour vous je vais partir et combattre à la guerre. Pour vous je vais laisser mon vallon, mon troupeau. Au lieu de mes agneaux je conduirai l'armée... Je vous donne ma joie et mes dix-huit printemps ! Pour vous plaire. Seigneur, je manierai l'épée, Au lieu de me jouer avec les fleurs des champs. Ma voix, qui se mêlait au souffle de la brise, Doit bientôt retentir jusqu'au sein du combat; Au lieu du son rêveur d'une cloche indécise. J'entendrai le grand bruit d'un peuple qui se bat! Je désire la croix, j'aime le sacrifice : Ah ! daignez m'appeler, je suis prête à souffrir. Souffrir pour votre amour, ô Maître, c'est délice ! Jésus, mon Bien-Aimé, pour vous je veux mourir...

Saint Michel.

Air : Les Rameaux (de Faure).

Il en est temps, Jeanne, tu dois partir. C'est le Seigneur qui l'arme pour la guerre; Fille de Dieu, ne crains pas de mourir, Bientôt viendra l'éternelle lumière !

Sainte Marguerite.

O douce enfant, tu régneras.

Sainte Catherine.

Tu suivras de l'Agneau la trace virginale...

Les deux Saintes ensemble.

Comme nous tu chanteras Du Dieu Très-Haut, la puissance royale.

La Bergère de Domremy écoutant ses voix. 445

Saint Michel.

Jeanne, ton nom est écrit dans les cieux, Avec les noms des sauveurs de la France ; Tu brilleras d'un éclat merveilleux, Comme une reine en sa magnificence.

Les saintes offrant à Jeanne la palme et la couronne.

Avec bonheur nous contemplons Ce reflet qui déjà sur ta tête rayonne, Et du ciel nous t'apportons

Sainte Catherine.

La palme du martyre

Sainte Marguerite.

Et la couronne.

Saint Michel, présentant l'épée.

Il faut combattre avant d'être vainqueur; Non, pas encor la palme et la couronne ! Mérite-les dans les champs de l'honneur; Jeanne, entends-tu le canon qui résonne ?

Les Saintes ensemble.

Dans les combats nous te suivrons.

Nous te ferons toujours remporter la victoire, Et bientôt nous poserons Sur ton front pur l'auréole de gloire.

Jeanne seule.

Avec vous, saintes bien-aimées, Je ne craindrai pas le danger; Je prierai le Dieu des armées.

Et je chasserai l'étranger.

J'aime la France, ma patrie ; Je veux lui conserver la foi.

Je lui sacrifierai ma vie Et je combattrai pour mon roi.

Non, je ne crains pas de mourir,

446 Poésies. — Troisième partie.

C'est l'éternité que j'espère.

Maintenant qu'il me faut partir, O mon Dieu, consolez ma mère...

Saint Michel, daignez me bénir!

Saint Michel.

J'entends déjà tous les élus du ciel Chanter joyeux en écoutant la lyre Du Pape-Roi, du Pontife immortel Appelant Jeanne une sainte Martyre.

J'entends l'univers proclamer Les vertus de l'enfant qui fut humble et pieuse; Et je vois Dieu confirmer Le beau nom de Jeanne la Bienheureuse !

En ces grands jours la France souffrira, L'impiété souillera son enceinte; De Jeanne, alors, la gloire brillera; Toute âme pure invoquera la Sainte.

Des voix monteront vers les cieux, S'harmonisant en chœur, vibrantes d'espérance : Jeanne d'Arc, entends nos vœux; Une seconde fois, sauve la France !

Hymne de Jeanne d'Arc après ses victoires. 44j

Hymne de Jeanne d'Are

après ses victoires.

Air : Les regrets de Mignon.

A VOUS tout l'honneur et la gloire,

O mon Dieu, Seigneur tout-puissant !

Vous m'avez donné la victoire

A moi, faible et timide enfant.

Et vous, ô ma divine Mère,

Bel astre toujours radieux.

Vous avez été ma lumière,

Me protégeant du haut des cieux !

De votre éclatante blancheur,

O douce et lumineuse étoile.

Quand donc verrai-je la splendeur ?

Quand serai-je sous votre voile.

Me reposant sur votre cœur ?...

Mon âme en l'exil de la terre Aspire au bonheur éternel ; Rien ne saurait la satisfaire...

Il lui faut son Dieu dans le ciel !

Mais, avant de le voir sans ombre, Je veux combattre pour Jésus, Lui gagner des âmes sans nombre, Je veux l'aimer de plus en plus.

L'exil passera comme un jour; Bientôt au céleste rivage Je m'envolerai sans retour ; Bientôt, sans ombre, sans nuage.

Je verrai Jésus, mon amour!

44^ Poésies. — Troisième partie.

Prière de Jeanne d'Arc dans sa prison.

Air : La plainte du Mousse.

Mes voix me l'ont prédit : me voici prisonnière; Je n'attends de secours que de vous, ô mon Dieu ! Pour votre seul amour j'ai quitté mon vieux père, Ma campagne fleurie et mon ciel toujours bleu ; J'ai quitté mon vallon, ma mère bien-aimée, Et montrant aux guerriers l'étendard de la croix. Seigneur, en votre nom j'ai commandé l'armée : Les plus grands généraux ont entendu ma voix.

Une sombre prison, voilà ma récompense,

Le prix de mes travaux, de mon sang, de mes pleurs !.

Je ne reverrai plus les lieux de mon enfance.

Ma riante prairie avec ses mille fleurs...

Je ne reverrai plus la montagne lointaine

Dont le sommet neigeux se plonge dans l'azur,

Et je n'entendrai plus, de la cloche incertaine.

Le son doux et rêveur onduler dans l'air pur...

Dans mon cachot obscur, je cherche en vain l'étoile

Qui scintille le soir au firmament si beau! ■

La feuillée, au printemps, qui me servait de voile,

Lorsque je m'endormais en gardant mon troupeau.

Ici, quand je sommeille au milieu de mes larmes.

Je rêve les parfums, la fraîcheur du matin ;

Je rêve mon vallon, les bois remplis de charmes.

Mais le bruit de mes fers me réveille soudain...

Seigneur, pour votre amour j'accepte le martyre.

Je ne redoute plus ni la mort, ni le feu.

C'est vers vous, ô Jésus, que mon âme soupire;

Je n'ai plus qu'un désir, et c'est vous, ô mon Dieu!

Je veux prendre ma croix, doux Sauveur, et vous suivre,

Mourir pour votre amour, je ne veux rien de plus.

Je désire mourir pour commencer à vivre.

Je désire mourir pour m'unir à Jésus.

Les voix de Jeanne pendant son martyre. 449

es Voix de Jeanne

pendant son maptyre.

Air : Au sein de l'heureuse patrie.

Nous descendons de la rive éternelle Pour te sourire et t'emporter aux cieux ; Vois en nos mains la couronne immortelle Qui brillera sur ton front glorieux.

Viens avec nous, vierge chérie, Oh 1 viens en notre beau ciel bleu ; Quitte l'exil pour la patrie, Viens jouir de la vie.

Fille de Dieu !

De ce bûcher la flamme est embrasée.

Mais plus ardent est l'amour de ton Dieu; Bientôt pour toi l'éternelle rosée Va remplacer le supplice du feu.

Enfin voici la délivrance.

Regarde, ange libérateur...

Déjà la palme se balance,

Vers toi Jésus s'avance.

Fille au grand cœur!

Vierge martyre, un instant de souffrance Va^ie conduire au repos éternel.

Ne pleure pas, ta mort sauve la France ; A ses enfants tu dois ouvrir le ciel !

Jeanne, expirant.

J'entre dans l'éternelle vie.

Je vois les anges, les élus...

Je meurs pour sauver ma patrie!

Venez, Vierge Marie; « Jésus... Jésus !... »

^5o Poésies. — Troisième partie.

lie jugement divin.

Air : Mignon regrettant sa patrie.

Je te réponds d'en haut, puisque ta voix m'appelle; Je brise le lien qui t'enchaîne en ces lieux. Oh ! vole jusqu'à moi, colombe toute belle. Viens... l'hiver est passé; viens régner dans les cieux !

Jeanne, ton Ange te réclame.

Et moi, le Juge de ton âme,

En toi, toujours, je le proclame.

J'ai vu briller la flamme de l'amour.

Oh ! viens, tu seras couronnée.

Tes pleurs, je veux les essuyer.

De l'exil l'ombre est déclinée.

Je veux te donner mon baiser !

Avec tes compagnes, Viens sur les montagnes; Et dans les campagnes.

Tu suivras l'Agneau.

O ma bien-aimée.

Je t'ai réclamée ; Chante, transformée, Le refrain nouveau.

De tous les saints Anges, Les blanches phalanges Chantent tes louanges Près de l'Eternel.

Timide bergère.

Vaillante guerrière.

Ton nom sur la terre Doit être immortel.

Timide bergère, Vaillante guerrière.

Je te donne le ciel !...

Le cantique du triomphe. ^S i

Le cantique du triomphe.

Air : Oui, je le crois, elle est immaculée.

Les Saints.

Elle est à toi l'immortelle couronne ; Martyre du Seigneur, cette palme est à toi. Nous t'avons préparé cet admirable trône. Tout près du Roi.

Ah ! reste dans les cieux, Jeanne, colombe pure Echappée à jamais du filet des chasseurs. Tu trouveras ici le ruisseau qui murmure. L'espace avec des champs en fleurs.

Prends ton essor, ouvre tes blanches ailes. Et tu pourras voler en chaque étoile d'or; Tu pourras visiter les voûtes éternelles. Prends ton essor!

Jeanne, plus d'ennemis, plus de prison obscure, Le brillant Séraphin va te nommer sa sœur; Epouse de Jésus, ton Bien-Aimé t'assure L'éternel repos sur son Cœur!

Jeanne.

Il est à moi... quelle douceur extrême ! Tout le ciel est à moi !

Les Saints.

Tout le ciel est à toi !

Jeanne.

Les anges et les saints, Marie et Dieu lui-même. Ils sont à moi !

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