‹ Sr Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte FaceChapitre 43 sur 75 · I-cs neuves retentissants · texte numérisé non relu

I-cs neuves retentissants

Le murmure des zéphyrs amoureux.

La nuit paisible.

Pareille au lever de l'aurore ; La musique silencieuse, La solitude harmonieuse.

Le souper qui charme et qui accroît lamour. (Saint Jb.^n de l.k Croix.)

Oh ! que j'aime la souvenance Des jours bénis de mon enfance !

Pour garder la fleur de mon innocence.

Le Seigneur m'entoura toujours D'amour.

Aussi, malgré ma petitesse, A Dieu je donnai ma tendresse ; Et de mon cœur s'échappa la promesse D'épouser le Roi des élus, Jésus.

Ce que j'aimais... (,gy

J'aimais, au printemps de ma vie, Saint Joseph, la Vierge Marie; Déjà mon âme se plongeait ravie Quand se reflétaient dans mes yeux Les cieux !

J'aimais les champs de blé, la plaine, J'aimais la colline lointaine ; Dans mon bonheur, je respirais à peine. En moissonnant avec mes sœurs, Les fleurs.

J'aimais à cueillir les herbettes.

Les bluets, toutes les fleurettes; Je trouvais le parfum des violettes Et surtout celui des coucous Bien doux.

J'aimais la pâquerette blanche, Les promenades du dimanche, L'oiseau léger gazouillant sur la branche, Et l'azur toujours radieux Des cieux.

J'aimais à poser chaque année Mon soulier dans la cheminée ; .

Accourant dès que j'étais éveillée, Je chantais la fête du ciel :

Noël !

De maman, j'aimais le sourire.

Son regard profond semblait dire :

* L'éternité me ravit et m'attire, « Je vais aller dans le ciel bleu «. Voir Dieu !

« Je vais trouver dans la patrie « Mes anges, la Vierge Marie, « De mes enfants que je laisse en la vie. « A Jésus j'offrirai les pleurs, « Les cœurs ! »

^(jS I^i^ésit's. — Troisième partie.

Oh ! que j'aimais Jésus-Hoslie Qui vint, au matin de ma vie, Se fiancer à mon âme ravie !

Oh! que j'ouvris avec bonheur Mon cœur !

J'aimais encore, au belvédère Inondé de vive lumière, A recevoir les doux baisers d'un père, A caresser ses blancs cheveux Neigeux.

Sur ses genoux, étant placée Avec Thérèse, à la veillée.

Je m'en souviens, j'étais longtemps bercée. J'entends encor, de son doux chant.

L'accent.

O souvenir ! tu me reposes.

Tu me rappelles bien des choses...

Les repas du soir, le parfum des roses, Les Buissonnets pleins de gaîté L'été.

A l'heure où tout vain bruit s'apaise, J'aimais à confondre à mon aise ^ Mon âme avec celle de ma Thérèse;

Je ne formais avec ma soeur Qu'un cœur !

Alors nos voix étaient mêlées.

Nos mains, l'une à l'autre enchaînées ; Ensemble, chantant les noces sacrées, Déjà nous rêvions le Carmel, Le ciel !

De la Suisse et de l'Italie, Ciel bleu, fruits d'or m'avaient ravie.

J'aimai surtout le regard plein de vie Du saint Vieillard, Pontife-Roi, Sur moi.

Ce que j'aimais.

Avec amour je t'ai baisée.

Terre sainte du Coiysée !

Des Catacombes la voûte sacrée A répété bien doucement Mon chant.

Mon bonheur fut suivi de larmes ; Bien grandes furent mes alarmes!

De mon Epoux je revêtis les armes, Et sa croix devint mon soutien, Mon bien.

Alors j'aimais, fuyant le monde.

Que l'Echo lointain me réponde ;

En la vallée ombragée et féconde

Je cueillais, à travers mes pleurs,

Les fleurs.

J'aimais, de la lointaine église, Entendre la cloche indécise.

Pour écouter les soupirs de la brise, Dans les champs j'aimais à m'asseoir Le soir.

J'aimais le vol des hirondelles.

Le chant plaintif des tourterelles; Avec plaisir j'entendais le bruit d'ailes De l'insecte au bourdonnement Bruyant.

J'aimais la perle matinale Ornant la rose de Bengale ; J'aimais à voir l'abeille virginale Préparer sous les feux du ciel Le miel.

J'aimais à cueillir la bruyère; Courant sur la mousse légère.

Je prenais, voltigeant sur la fougère.

Les papillons au relkt pur D'azur.

Poésies. — Troisième partie.

J'aimais le ver luisant dans l'ombre, J'aimais les étoiles sans nombre...

Surtout j'aimais l'éclat, en la nuit sombre, De la lune au disque d'argent Brillant.

A mon père, dans sa vieillesse.

J'offrais l'appui de ma jeunesse...

Il m'était tout : bonheur, enfant, richesse. Ah 1 je l'embrassais tendrement Souvent.

Nous aimions le doux bruit de l'onde.

L'éclat de l'orage qui gronde; Le soir, en la solitude profonde, Du rossignol au fond du bois La voix.

Mais un matin son beau visage

Du Crucifix chercha l'image

De son amour il me laissa le gage, Me donnant son dernier regard :

Ma part!...

Et de Jésus la main divine Prit le seul trésor de Céline, Kt, l'emportant bien loin de la colline. Le plaça près de l'Eternel, Au ciel !

Maintenant je suis prisonnière.

J'ai fui les bosquets de la terre.

J'ai vu que tout en elle est éphémère. J'ai vu tout mon bonheur finir, Mourir !

Sous mes pas l'herbe s'est meurtrie, La fleur en mes mains s'est flétrie...

Jésus, je veux courir en ta prairie, Sur elle ne marqueront pas iMes pas.

.e que j atmais.

Comme un cerf, en sa soif ardente, Soupire après l'eau jaillissante, O Jésus, vers toi j'accours défaillante : Il faut, pour calmer mes ardeurs, Tes pleurs...

C'est ton seul amour qui m'entraîne:

« Mon troupeau je laisse en la plaine, « De le garder je ne prends pas la peine » Je veux plaire à mon seul Agneau Nouveau.

Jésus, c'est toi l'Agneau que j'aime; Tu me suffis, ô Bien suprême !

En toi j'ai tout : la terre et le ciel même ; La fleur que je cueille, ô mon Roi, C'est toi !

Jésus, beau lis de la vallée, Ton doux parfum m'a captivée.

Bouquet de myrrhe, ô corolle embaumée.

Sur mon coeur je veux te garder, T'aimer !

Toujours ton amour m'accompagne; En toi j'ai les bois, la campagne.

J'ai les roseaux, la lointaine montagne. La pluie et les flocons neigeux Des cieux.

En toi, Jésus, j'ai toutes choses, J'ai les blés, les fleurs demi-closes, Myosotis, boutons d'or, belles roses; Du blanc muguet, j'ai la fraîcheur.

L'odeur.

J'ai la lyre mélodieuse, La solitude harmonieuse.

Fleuves, rochers, cascade gracieuse, Le doux murmure du ruisseau. L'oiseau.

-5<'^ Poésies. — Triiisicme partie.

J'ai l'arc-en-ciel, j'ai l'aube pure.

Le vaste horizon, la verdure; J'ai l'ile étrangère et la moisson mûre, Les papillons, le gai printemps, Les champs.

En ton amour je trouve encore Les palmiers que le soleil dore, La nuit pareille au lever de l'aurore; En toi je trouve pour jamais La paix !

J'ai les grappes délicieuses.

Les libellules gracieuses, La forêt vierge aux Heurs mystérieuses ; J'ai tous les blonds petits enfants.

Leurs chants.

En toi j'ai sources et collines.

Lianes, pervenche, aubépines, Frais nénuphars, chèvrefeuille, églantines. Le frisilis du peuplier Léger.

J'ai l'avoine folle et tremblante, Des vents la voix grave et puissante.

Le fil de la Vierge et la riamme ardente, Le zéphir, les buissons fleuris.

Les nids.

En toi j'ai la colombe pure; En toi, sous ma robe de bure, Je trouve joyaux et riche parure, Colliers, bagues et diamants Brillants.

J'ai le beau lac, j'ai la vallée Solitaire et toute boisée; De l'Océan j'ai la vague argentée, Perles, corail, trésors divers Des mers.

Ce que j'aimais... 5o3

J'ai le vaisseau fuyant la plage.

Le sillon d'or et le rivage ; J'ai, du soleil festonnant le nuage Alors qu'il disparaît des cieux.

Les feux.

En toi j'ai la brillante étoile; Souvent ton amour se dévoile.

Et j'aperçois comme à travers un voile, Quand le jour est sur son déclin, Ta main !

O toi qui soutiens tous les mondes!

Qui plantes les forêts profondes ; D'un seul coup d'oeil, toi qui les rends fécondes. Tu me suis d'un regard d'amour Toujours !

J'ai ton Coeur, ta Face adorée.

De ta Jlèche je suis blessée...

J'ai le baiser de ta bouche sacrée, Je t'aime et ne veux rien de plus, Jésus !

J'irai chanter avec les Anges De l'amour sacré les louanges...

Fais-moi voler bientôt en leurs phalanges. O Jésus, que je meure un jour D'amour !

Attiré par sa transparence, Vers le feu l'insecte s'élance ; Ainsi ton amour est mon espérance, C'est en lui que je veux voler, Brûler...

Je l'entends déjà qui s'apprête, Mon Dieu, ton éternelle fête ! Aux saules, prenant ma harpe muette.

Sur tes genoux je vais m'asseoir.

Te voir !

Poésies. — Troisième partie.

Près de toi, je vais voir Marie, Les Saints, ma famille chérie ; Je vais, après l'exil de cette vie.

Retrouver le toit paternel Au ciel...

28 avril 1895.

Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur.

Armoiries de Jésus et de Thérèse

Jours de grâces accordés par le Seigneur à sa petite épouse.

Naissance : 2 janvier 1873. — Baptême : 4 janvier iSyS. — Sourire de la sainte Vierge : 10 mai i883. — Première Communion : 8 mai 1884.

— Confirmation : 14 juin 1884. — Conversion : 25 décembre 1886. — Audience de Léon XIII : 20 novembre 1887. — Entrée au Carme! : 9 avril 1888.

— Prise d'Habit : 10 janvier 1889. — Profession : 8 septembre 1890. — Prise de Voile : 24 septembre 1890. — Offrande de moi-même à l'Amour : 9 juin i8g5.

D'après une peinture de sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Explication des -^rmoiwes

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Le blason J.n.S est celui que Jésus a daigné apporter en dot à sa pauvre petite épouse, l'appelant Thérèse de \' Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Ce sont là ses litres de noblesse, sa richesse et son espérance. — La vigne qui sépare le blason est encore la figure de Celui qui daigna nous dire : « Je suis la vigne et vous êtes les branches ; je veux que vous me rapportie^ beaucoup de fruit ^. » Les deux rameaux, entourant l'un la Sainte Face, l'autre le petit Jésus, sont l'image de Thérèse qui n'a qu'un désir ici-bas, celui de s'offrir comme une petite grappe de raisin pour rafraîchir Jésus- Enfant, l'amuser, se laisser presser par lui au gré de ses caprices... et puis étancher aussi la soif ardente qu'il ressentit pendant sa Passion. La harpe représente encore Thérèse qui veut chanter sans cesse à Jésus des mélodies d'amour.

Le blason FmT est celui de Marie-Françoise-Thérèse, la pelile fleur de la sainte Vierge; aussi cette petite fleur est-elle représentée recevant les rayons bienfaisants de la douce Etoile du matin. — La terre verdoyante, c'est la famille bénie au sein de laquelle la fleurette a grandi. Plus loin se voit la montagne du Carmel, oij Thérèse figure en ses armoiries le dard enflammé de l'amour qui doit lui mériter la palme du martyre. Mais elle n'oublie pas qu'elle n'est qu'un faible roseau ; aussi l'a-t-elle placé sur son blason. Le triangle lumineux représente Fadorable Trinité qui ne cesse de répandre ses dons inestimables sur l'âme de la petite Thérèse; aussi, dans sa reconnaissance, n'oublicra-t-elle jamais celte devise :

« L'amour ne se paie que par l'amour. »

Sœur Tlu-rèse de i Enfant- Jésus et de la Sainte Face. 1 .loan., XV, 5.

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