‹ Sr Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte FaceChapitre 42 sur 75 · RÉCRÉATION PIEUSE · texte numérisé non relu

RÉCRÉATION PIEUSE

L'Ange de l'Enfant-Jésus.

(Rôle rempli par S-- Thérèse.) Air : Tombé du nid.

O Verbe-Dieu ! gloire du Père !

Je te contemplais dans le ciel ; Maintenant je vois sur la terre Le Très-Haut devenu mortel 1 Enfant, dont la lumière inonde Les Anges du brillant séjour, Jésus, tu viens sauver le monde, Qui donc comprendra ton amour ?

O Dieu dans les langes, Tu ravis les Anges !

Verbe fait enfant, Vers toi, je m'incline en tremblant.

Qui donc comprendra ce mystère :

Un Dieu se fait petit enfant .'' Il vient s'exiler sur la terre, Lui, l'Eternel, le Tout-Puissant !

Divin Jésus, beauté suprême.

Je veux répondre à ton amour :

Pour témoigner combien je t'aime, Je te veillerai nuit et jour.

L'éclat de tes langes Attire les Anges ; Verbe fait enfant, Vers toi, je m'incline en tremblant.

Les Anges a la crèche.

Depuis que ce séjour de larmes

Possède le Roi des élus.

Pour moi, les cieux n'ont plus de charmes,

Et j'ai volé vers toi, Jésus !

Je veux te couvrir de mes ailes.

Te suivre partout ici-bas ;

Et toutes les fleurs les plus belles,

Je les sèmerai sous tes pas.

Je veux d'une étoile brillante,

Enfant, te former un berceau ;

Et, de la neige éblouissante,

Te faire un gracieux rideau.

Je veux, des lointaines montagnes,

Abaisser pour toi les hauteurs';

Je veux que pour toi les campagnes

Produisent de célestes fleurs.

De Dieu, la fleur est le sourire ; Elle est l'écho lointain du ciel, Le son fugitif de la lyre Que tient en sa main l'Eternel.

Cette note mélodieuse De la bonté du Créateur Veut, de sa voix mystérieuse.

Glorifier le Dieu Sauveur.

Douce mélodie, Suave harmonie, Silence des fleurs.

D'un Dieu vous chantez les grandeurs !

Je sais que tes chères amies, Jésus, sont les vivantes fleurs...

Tu viens des célestes prairies Pour chercher les âmes, tes soeurs.

Une âme est la fleur embaumée.

Enfant, que tu voudrais cueillir; Ta petite main l'a semée Et pour elle tu veux mourir I

474 Poésies. — Troisième partie.

Mystère ineflfable I Le Verbe adorable Versera des pleurs En cueillant sa moisson de fleurs

L'Ange de la sainte Face.

Air : L'encens divin.

Divin Jésus, au matin de ta vie.

Ton beau Visage est tout baigné de pleurs !

Larmes d'amour, sur la Face bénie.

Vous coulerez jusqu'au soir des douleurs...

Divine Face, Oui, ta beauté.

Pour l'Ange efface La céleste clarté !

Je reconnais, de ton divin Visage Tous les attraits, sur ce voile sanglant ; Je reconnais, Jésus, en cette image, L'éclat si pur de ta Face d'enfant.

Divin Jésus, la souffrance t'est chère, Ton doux regard pénètre l'avenir :

Tu veux déjà boire la coupe amère ; Dans ton amour, tu rêves de mourir !

Rêve ineffable !

Enfant d'un jour, Face adorable, Vous m'embrasez d'amour !

Les Anges à la crèche. 4y5

L'Ange de la Résurrection.

Air : Noël ! Noël ! lœta voce Noël.

Ne pleurez plus, Anges du Dieu Sauveur, Je viens du ciel consoler votre cœur.

Ce faible Enfant

Un jour sera puissant ;

II ressuscitera.

Et toujours régnera.

O Dieu caché sous les traits d'un enfant, Je te vois rayonnant, Et déjà triomphant !

Je lèverai la pierre du tombeau, Et, contemplant ton Visage si beau, Je chanterai

Et me réjouirai.

Te voyant de mes yeux

T'élever glorieux !

Je vois briller des divines splendeurs Tes yeux d'enfant, ce soir mouillés de pleurs. Verbe de Dieu,

Ta parole de feu

Doit retentir un jour

Consumante d'amour !

L'Ange de l'Eucharistie.

Air : Par les chants les plus magnifiques.

Contemplez, bel Ange, mon frère.

Notre Roi montant vers le ciel ; Moi, je descends sur cette terre Pour l'adorer au saint autel. Voilé dans son Eucharistie, Je reconnais le Tout-Puissant, Je vois le Maître de la vie Bien plus petit qu'un humble enfant.

476 Poésies. — Troisième partie.

Ah ! désormais, au sanctuaire

Je veux établir rnpn séjour,

Offrant au Très-Haut ma prière,

L'hymne de mon ardent amour.

Sur ma lyre mélodieuse,

Je chanterai le Dieu Sauveur,

Et la Manne délicieuse

Qui nourrit l'âme du pécheur 1

Que ne puis-je, par un miracle, Me nourrir aussi de ce Pain !

Ah ! que ne puis-je au Tabernacle, Prendre ma part du Sang divin !

Du moins, à l'âme aimante et sainte.

Je communiquerai mes feux.

Afin que, sans la moindre crainte, Elle approche du Roi des cieux.

L'Ange du jugement dernier.

Air : Noël idAnAM).

Bientôt viendra le jour de la vengeance, Ce monde impur passera par le feu.

Tous les mortels entendront la sentence Qui sortira de la bouche de Dieu.

Nous le verrons dans l'éclat de sa gloire. Non plus caché sous les traits d'un enfant. Nous serons là pour chanter sa victoire, Et proclamer qu'il est le Tout-Puissant !

Ils brilleront d'un éclat ineffable, Ces yeux voilés de larmes et de sang.

Nous la verrons cette Face adorable.

Dans la splendeur de son rayonnement !

Sur le nuage, en voyant apparaître Jésus, portant le sceptre de sa croix : L'impie, alors, pourra le reconnaître Ce Roi, ce Juge, aux éclats de sa voix !

Fresque composte et peinte par S'' Thérùse de l'Enfant-Jcsus

autour du Tahuniach de VOrattiire inlérieur du Carmel.

Les Anges à le. crèche. 477

Vous tremblerez, habitants de la terre ; Vous tremblerez à votre dernier jour !

Ne pouvant plus soutenir la colère De cet Enfant, aujourd'hui Dieu d'amour. Pour vous, mortels, il choisit la souffrance. Ne réclamant que votre faible cœur ; Au jugement vous verrez sa puissance, Vous tremblerez devant le Dieu vengeur

Tous les Anges, à l'exception de l'Ange du jugement dernier. Air : O Cœur de notre aimable Mère.

Oh 1 daigne écouter la prière De tes Anges, divin Jésus !

Toi qui viens racheter la terre.

Prends la défense des élus.

De ta main, ah ! brise ce glaive, Apaise cet Ange en courroux !

Bel Enfant, que ta voix s'élève Pour sauver le cœur humble et doux.

Air : Petit oiseau, dis, où pas-tu ?

Consolez-vous, Anges fidèles ; Vous seuls, pour la première fois.

Loin des collines éternelles.

Du Verbe, écouterez la voix :

Je vous chéris, ô pures flammes !

Anges du céleste séjour !

Mais, comme vous, j'aime les âmes, Je les aime d'un grand amour.

Je les ai faites pour moi-même.

J'ai fait leurs désirs infinis ; La plus petite âme qui m'aime Devient pour moi le paradis.

47^ Poésies. — Troisième partie.

L'Ange de l'Enfant-Jésus lui demande de cueillir sur la terre une abondante moisson d'âmes innocentes, avant qu'elles soient ternies par le souffle impur du péché.

Réponse de l'Enfant-Jésus.

O bel Ange de mon enfance 1 J'exaucerai tes voeux ardents :

Je saurai garder l'innocence En l'àme des petits enfants.

Je les cueillerai dès l'aurore, Charmants boutons, pleins de fraîcheur*; Au ciel tu les verras éclore Sous les purs rayons de mon Cœur.

Leur belle corolle argentée, Plus brillante que mille feux.

Formera la route lactée De l'azur étoile des cieux.

Je veux des lis pour ma couronne, Moi, Jésus, le beau Lis des champs, Et je veux, pour former mon trône.

Une gerbe de lis brillants.

L'Ange de la Sainte Face demande le pardon des pécheurs. Réponse de l'Entant- Jésus.

Toi qui contemples mon Visage Dans un ravissement d'amour.

Et qui, pour garder mon image.

Quittas le céleste séjour.

Je veux exaucer ta prière :

Toute âme obtiendra son pardon.

Je la remplirai de lumière, Dès qu'elle invoquera mon Nom.

Les Anges à la crèche. 4yg

O toi qui voulus sur la terre Honorer ma croix, ma douleur ; Bel Ange, écoute ce mystère :

Toute âme qui souflFre est ta soeur.

Au ciel, l'éclat de sa souffrance Sur ton front viendra rejaillir ; Et le rayon de ton essence Illuminera le martyr.

L'Ange de l'Eucharistie demande ce qu'il pourra faire pour le consoler de l'ingratitude des hommes.

Réponse de V Entant- Jésus.

Ange de mon Eucharistie,

C'est toi qui charmeras mon Cœur ;

Oui, c'est ta douce mélodie

Qui consolera ma douleur.

J'ai soif de me donner aux âmes ; Mais bien des cœurs sont languissants : Séraphin, donne-leur tes flammes.

Attire-les par tes doux chants.

Je voudrais que l'âme du prêtre Ressemblât à l'Ange du ciel 1 Ah ! je voudrais qu'il pût renaître Avant de monter à l'autel.

Afin d'opérer ce miracle, Il faut que, brûlantes d'amour, Des âmes, près du Tabernacle, S'immolent la nuit et le jour.

L'Ange de la Résurrection demande ce que deviendront les pauvres exilés de la terre, quand le Sauveur sera monté aux cieux.

Réponse de V Enfant- Jésus.

Je remonterai vers mon Père, Afin d'attirer mes élus ; Après l'exil de cette terre, Dans mon Cœur ils seront reçus.

48o Poésies. — Troisième partie.

Quand sonnera la dernière heure, Je rassemblerai mon troupeau ; Et, dans la céleste demeure.

Je lui servirai de flambeau.

L'Ange du jugement dernier.

Oublieras-tu, Jésus, bonté suprême, Que le pécheur doit être enfin puni ?

Oublieras-tu, dans ton amour extrême.

Que, des ingrats, le nombre est infini ? Au jugement je châtierai le crime, Et ma fureur saura se décharger.

Mon glaive est prêt !... Jésus, douce Victime, Mon glaive est prêt ; je viendrai te venger !

O bel Ange, abaisse ton glaive, Ce n'est pas à toi de juger La nature que je relève :

De la paix, je suis Messager.

Celui qui jugera le monde :

C'est moi... que l'on nomme Jésus !

De mon sang, la source féconde Purifiera tous mes élus.

Sais-tu que les âmes fidèles Me consoleront chaque jour Des blasphèmes des infidèles, Par un simple regard d'amour ?

Aussi, dans la sainte patrie.

Mes élus seront glorieux ; Et, leur communiquant ma vie, J'en ferai comme autant de dieux.

Les Anges à la crèche.

L'Ange du jugement dernier.

Air : Dieu de paix et damuiir.

Devant toi, doux Enfant, le Chérubin s'incline : Il admire, éperdu, ton inetiable amour, Il voudrait, comme toi, sur la sombre colline Pouvoir mourir un jour !

RHIR.VIN

Chanté par tous les Anges.

Qu'il est grand le bonheur de l'humble créature! Le Séraphin voudrait, dans son ravissement. Délaisser, ô Jésus, l'angélique nature.

Et devenir enfant...

N'otl it><.)4.

^^o Poésies. — Troisième partie.

La fuite en Egypte.

Récréation pieuse (Fragment).

L'ANGE avertit saint Joseph.

Air : La folle de la plage.

Vers l'Egypte, bien vite, 11 faut prendre la fuite !...

Joseph, dès cette nuit, Eloigne-toi sans bruit.

Hérode, en sa furie, Cherche le Roi nouveau :

A ce divin Agneau Il veut ôter la vie.

Prends la Mère et l'Enfant, Fuyez rapidement !

Chant des Anges accompagnant la sainte Famille. Air : Les gondolières pénitienncs.

Ineffable mystère !

Jésus, le Roi du ciel, Exilé sur la terre, Fuit devant un mortel !

A ce Dieu dans les langes, Offrons tout notre amour ; Que nos blanches phalanges Viennent former sa cour.

Couvrons-le de nos ailes Et des Heurs les plus belles ; Par nos concerts joyeux.

Berçons le Roi des cieux.

Pour consoler sa Mère, Chantons avec mystère Les charmes du Sauveur, Sa grâce et sa douceur !

Ah ! quittons ce rivage.

Bien loin de l'orage,

La fuite en Egypte. 48 J

Fuyons cette nuit, Loin de tout bruit.

La Vierge sous son voile Cache notre étoile :

L'astre des élus, L'Enfant-Jésus.

Le Roi du ciel Fuit devant un mortel !...

L'Ange du désert.

Air : du Credo d'Hercutanum.

Je viens chanter, de la sainte F'amille, L'éclat divin qui m'attire en ces lieux ; Dans le désert, cette étoile qui brille Me charme plus que la gloire des cieux. Ah ! qui pourra comprendre ce mystère : Parmi les siens, Jésus est rejeté !

Il est errant, voyageur sur la terre, Et nul ne sait découvrir sa beauté.

Mais, si les grands redoutent votre empire,

O Roi du ciel. Astre mystérieux !

Depuis longtemps plus d'un coeur vous désire.

C'est vous l'espoir de tous les malheureux.

Verbe éternel, ô Sagesse profonde !

Vous répandez vos ineffables dons

Sur les petits, les faibles de ce monde ;

Et dans le ciel vous écrivez leurs noms.

Si vous donnez la sagesse en partage A l'ignorant, s'il est humble de cœur, C'est que toute àme est faite à votre image. Vous appelez, vous sauvez le pécheur !

l'n jour viendra qu'en la même prairie. L'agneau paîtra doucement près du lion ; Et le désert, votre unique patrie, Plus d'une fois entendra votre Nom.

O Dieu caché ! des âmes virginales, Brûlant de zèle au foyer de l'amour.

^^4 Poésies. — Troisième partie.

S'élanceront sur vos traces royales,

Et les déserts se peupleront un jour.

Ces cœurs ardents, ces âmes séraphiques

Réjouiront tous les Anges des cieux,

Et l'humble accent de leurs divins cantiques

Fera trembler l'abime ténébreux.

Dans sa fureur, sa basse jalousie, Satan voudra dépeupler les déserts ; 11 ne sait pas la puissance infinie Du faible Enfant qu'ignore l'univers.

Il ne sait pas que la vierge fervente Trouve toujours le repos en son coeur; 11 ne sait pas combien elle est puissante Cette âme unie à son divin Sauveur !

Peut-être un jour vos épouses chéries Partageront votre exil, ô mon Dieu !

Mais les pécheurs qui les auront bannies, De leur amour n'éteindront pas le feu. Du monde impur la haine sacrilège N'atteindra pas les vierges du Seigneur Jusqu'à souiller leur vêtement de neige. Jusqu'à ternir leur céleste blancheur.

O monde ingrat, déjà ton règne expire ;

Ne vois-tu pas que ce petit Enfant

Cueille joyeux la palme du martyre,

La rose d'or, le lis éblouissant ?

Ne vois-tu pas que ses vierges fidèles

Tiennent en main la lampe de l'amour ?

Ne vois-tu pas les portes éternelles.

Qui, pour les saints, doivent s'ouvrir un jour.>

Heureux instant ! ô bonheur sans mélange, Quand les élus, paraissant glorieux.

De leur amour recevront en échange L'éternité pour aimer dans les cieux !

Après l'exil, plus jamais de souffrance, Mais le repos du céleste séjour; Après l'exil, plus de foi, d'espérance, Rien que la paix, l'extase de l'amour !

■2 1 janvier i8^|0,

Jésus à Béthanie. 485

Jésus à Béthanie.

Récréation pieuse.

Air : f.'Ange et l'aveugle.

Marie-Madeleine.

O Dieu, mon divin Maître, Jésus, mon seul amour !

A vos pieds je veux être, J'y fixe mon séjour.

En vain sur cette terre J'ai cherché le bonheur.

Une tristesse amère Seule a rempli mon cœur...

Jésus.

Marie, ô Madeleine !

Je suis ton doux Sauveur !

Oubliant toute peine.

Jouis de ton bonheur.

Tes regrets sont extrêmes, Et mon Cœur te redit :

Je sais bien que tu m'aimes.

Ton amour me suffit !

Marie-Madeleine.

C'en est trop, mon bon Maître.

Je me sens défaillir...

Que ne puis-je renaître En ce jour, ou mourir !

Comprenez mes alarmes, O Jésus, mon Sauveur !

J'ai fait couler vos larmes :

Quelle immense douleur !

4^6 Poésies. — Troisiètne partie.

Jésus.

Il est vrai, sur ton âme

J'ai répandu des pleurs;

Mais d'un seul trait de flamme,

Je puis changer les cœurs.

Ton âme, rajeunie

Par mon regard divin,

Dans l'éternelle vie

.Me bénira sans fin !

Marie-Madeleine.

Jésus, votre amour même Vient déchirer mon cœur, Votre bonté suprême Augmente ma douleur; J'ai méconnu vos charmes Et, dans mon repentir.

Je n'ai plus que des larmes, Seigneur, à vous ofl'rir !

Jésus.

Ces larmes précieuses Brillent plus à mes yeux Que les perles nombreuses Qui scintillent aux Cieux, A l'étoile charmante Rayonnant dans l'azur.

Je préfère l'amante Au cœur devenu pur.

Marie-Ma deleine.

Quel étonnant mystère !

O mon divin Sauveur, N'est-il rien sur la terre Qui charme votre Cœur ?

Les lointaines montagnes, Le blanc et doux agneau.

Les fleurs de nos campagnes, Kst-i! rien de plus beau ?

Jésus à Béthanie. 4-^7

Jésus.

Tu vois la fleur éclose Et son éclat charmant ; Pour moi, je vois la rose De ton amour ardent.

Cette rose empourprée A su ravir mon cœur ; Elle est ma préférée Entre toute autre lleur.

Marie-Madeleine.

L'oiseau, de sa voix pure, Chante votre grandeur; Le ruisseau qui murmure Vous donne sa fraîcheur; Le lis de la vallée Vous offre son trésor :

Sa blancheur étoilée De fines perles d'or.

Jésus.

Salomon, dans sa gloire, Etait moins bien paré Sur son trône d'ivoire Que ce beau lis nacré ; Les simples pâquerettes Surpassent le grand roi, Et toutes ces fleurettes N'éclosent que pour toi.

Marie-Madeleine.

Du virginal cortège Vous offrant son amour.

Le blanc manteau de neige Brillera sans retour...

Moi, d'une triste vie, Je vous offre la fin ; Hélas ! je l'ai flétrie Encore à son matin !...

4^^ Poésies. — Troisième partie.

Jésus.

Si j'aime, de l'aurore.

Les purs et brillants feux :

Marie... ah ! j'aime encore Un beau soir radieux.

Ma bonté sans égale Placera le pécheur Et l'âme virginale Ensemble sur mon Cœur !

Marie-Madeleine.

N'avez-vous pas vos Anges, Aux sublimes ardeurs ?

Sur leurs blanches phalanges Répandez vos faveurs !

Moi, pauvre pécheresse, Je n'ai pas mérité L'ineffable tendresse De votre intimité.

Jésus.

Bien plus haut que les Anges Tu monteras un jour; Ils diront tes louanges, Enviant ton amour!

Mais il faut sur la terre.

Pour tes frères pécheurs, Que, vivant solitaire, Tu m'attires leurs cœurs.

Marie-Madeleine.

Seigneur, d'un zèle extrême Je sens brûler mon cœur; Et votre voix que j'aime En redouble l'ardeur.

Mais, pour être un apôtre.

Bien trop faible est ce cœur; Ah ! prêtez-moi le vôtre, Jésus, mon doux Sauveur !

Jésus à Béthanie. 48g

Marthe.

Considérez ma sœur, bon Maître, elle s'oublie : Voyez : tout mon travail ne l'inquiète pas. Dites-lui donc. Seigneur, ah ! je vous en supplie. Dites-lui de m'aider à servir le repas.

Jésus.

Marthe ! ma charitable hôtesse.

Pourquoi voudriez-vous blâmer Votre sœur qui toujours s'empresse Vers Celui qui sait la charmer ?

Marthe.

Mais, ô divin Sauveur, voilà ce qui m'étonne : Ne devrait-elle pas détourner un instant Ses regards de Celui qui chaque jour lui donne. Et songer à donner aussi quelque présent ?

Jésus.

O Marthe, je vous le confie :

Si votre amour est généreux.

Celui de votre sœur Marie M'sst infiniment précieux !

Marthe.

Vos paroles. Seigneur, sont pour moi des mystères, Et je ne puis encor m'empécher de penser Qu'il vaut mieux travailler que dire des prières ; Moi, je sens mon amour qui veut se dépenser.

Jésus.

Le travail est bien nécessaire.

Je viens moi-même l'honorer; Mais, au moyen de la prière, Vous devez le transfigurer.

490 Poésies. — Troisième partie.

Marthe.

Je savais bien, Seigneur, que, restant inactive, Je ne pouvais avoir de charmes à vos yeux ; C'est pourquoi je m'empresse, adorable Convive, A préparer pour vous des mets délicieux.

Jésus.

Votre âme est généreuse et pure, Votre travail peut le prouver; Mais savez-vous la nourriture Que je désirerais trouver ?

Un seul ouvrage est nécessaire :

Si votre sœur reste à l'écart Dans une amoureuse prière, FAle a choisi la bonne part !

Oui, cette part est la meilleure, Je le proclame dès ce jour; O Marthe ! venez à cette heure Partager ce repos d'amour...

Marthe.

Je le comprends enfin, Jésus, bonté suprême !

Votre divin regard a pénétré mon cœur.

Tous mes dons sont trop peu : c'est mon âme elle-même

Que je dois vous offrir, ô très aimant Sauveur !

Jésus.

Oui, c'est votre cœur que j'envie.

Jusqu'à lui, je viens m'abaisser :

Les cieux et leur gloire infinie, Pour lui, j'ai voulu délaisser.

Marthe.

Pourquoi, divin Sauveur, avez-vous, de Marie, Fait un si grand éloge à Simon le lépreux ? H me semble pourtant, que, dans toute sa vie. Vous auriez dû compter plus d'un jour orageux...

Jésus à Béthanie. 4g i

Jésus.

J'ai su comprendre le langage, D'un cœur par l'amour entraîné:

Celui-là chérit davantage A qui l'on a plus pardonné...

Marthe.

Oh ! qu'il en soit ainsi, je m'en étonne encore: Car vous m'avez, Seigneur, épargné le danger; Je vous dois mon amour, puisque dès mon aurore \'ous avez bien voulu me suivre et protéger.

Jésus.

Il est bien vrai qu'une âme pure.

Le chef-d'œuvre de mon amour, Devrait, sans aucune mesure, M'aimer, me bénir sans retour.

Vous m'avez charmé dès l'enfance Par votre grande pureté ; Mais, si vous avez l'innocence, Madeleine a l'humilité.

Marthe.

Jésus, pour vous ravir, je veux toute ma vie Mépriser les honneurs, la gloire des humains; En travaillant pour vous, j'imiterai Marie, Ne recherchant jamais que vos regards divins.

Jésus.

Ainsi vous sauverez les âmes.

Et les attirerez vers moi ;

Bien loin, vous porterez mes flammes

Avec le flambeau de la foi.

Marthe et Marie-Madeleine.

Votre voix, doux Jésus, est une mélodie Qui nous ravit d'amour, enflammant notre cœur. Restez donc avec nous pour charmer notre vie; Restez ici toujours, aimable Rédempteur!

49^ Poésies. — Troisième partie.

Jésus.

Je suis heureux à Béthanie, Je m'y reposerai souvent; Et votre Dieu, dans la patrie, Se montrera reconnaissant...

Vous avez compris le mystère Qui m'a fait descendre en ces lieux L'âme intérieure m'est chère.

Bien plus que la gloire des cieux.

Cette gloire, un jour, sera vôtre, Et tous mes biens seront à vous :

Honneur comparable à nul autre :

Vous m'appellerez votre Epoux !

Ici-bas, fidèles amies.

Vous vous chargez de me nourrir;

Au festin des noces bénies,

Je me ceindrai pour vous servir.

20 juillet i8o5.

Prière de l'enfant d'un Saint.

Prière de TenFanfe d'un Saint.

A son bon Père, rappelé à Dieu le 29 juillet 1894.

Rappelle-toi qu'autrefois sur la terre Ton seul bonheur était de nous chérir; De tes enfants exauce la prière, Protège-nous, daigne encor nous bénir !

Tu retrouves là-haut notre mère chérie, Depuis longtemps déjà dans la sainte patrie; Maintenant, dans les cieux.

Vous régnez tous les deux...

Veillez sur nous !

Rappelle-loi ton ardente Marie, Celle qui fut la plus chère à ton cœur ; Rappelle-loi qu'elle remplit la vie, Par son amour, de charme et de bonheur. Pour Dieu, tu renonças à sa douce présence, El tu bénis la main qui l'offrait la souffrance. De ion beau « diamant ^ »

Toujours plus scintillant.

Oh ! souviens-toi !

Rappelle-toi ta belle «. perle Jîiie », Que lu connus faible et timide agneau ; Vois-la, comptant sur la force divine, |]l du Carmel conduisant le troupeau.

De les autres enfants elle est aujourd'hui mère, Viens guider ici-bas celle qui t'est si chère; Et sans quitter le ciel.

De ton petit Carmel, Oh 1 souviens-toi...

I « Diamant » ■>. et purtc fine », surnoms donnes aux deux aînées,

494 Poésies. — Troisième partie.

Rappelle-loi celle ardenlc prière Que lu formas pour ta iroisième enfanl. Dieu l'entendit !... elle estime la terre Un lieu d'exil et de bannissement.

La Visitation la cache aux yeux du monde, Elle aime le Seigneur, sa douce paix l'inonde ; De ses brûlants soupirs, De ses ardents désirs, Oh ! souviens-toi...

Rappelle-toi ta fidèle Céline Qui fut pour toi comme un ange des cieux, Lorsqu'un regard de la Face divine Vint t'éprouver par un choix glorieux.

Tu règnes dans le ciel... sa tâche est accomplie ; Maintenant à Jésus elle donne sa vie... Protège ton enfant Qui redit bien souvent :

Rappelle-toi !...

Oh l souviens-toi de ta « petite reine », Du tendre amour dont son cœur déborda... Rappelle-loi que sa marche incertaine Ce fut toujours ta main qui la guida.

Papa, rappelle-toi qu'aux jours de son enfance Tu voulus pour Dieu seul garder son innocence. Ses boucles de cheveux Qui ravissaient tes yeux, Rappelle-toi !

Rappelle-toi que dans le belvédère, Tu l'asseyais souvent sur tes genoux, là, murmurant alors une prière, Tu la berçais par ion refrain si doux ! Elle voyait du ciel un retlet sur ta face. Quand ton regard profond se plongeait dans l'espace. Et de l'éternité Tu chantais la beauté. Rappelle-toi 1

Prière de l'enfant d'un Saint.

llappclle-loi ce radieux dimanche Où, la pressant sur ton cœur paternel, Tu lui donnas une fleurette blanche.

Et lui permis de voler au Carmel.

O père, souviens-toi qu'en ses grandes épreuves, Du plus sincère amour tu lui donnas des preuves; A Rome après Bayeux Tu lui montras les cieux; Rappelle-toi !

Rappelle-loi que la main du Saint-Père, Au Vatican, sur ton front se posa; Mais tu ne pus comprendre le mystère Du sceau divin qui sur toi s'imprima.

Maintenant tes enfants t'adressent leur prière; Ils bénissent ta croix et ta douleur amére ! Sur ton front glorieux Rayonnent dans les cieux Neuf lis en llcurs !

Août i8y4.

49^ Poésies. — Troisième partie.

Ge que j'aimais...

Composé à la demande de sa sœur Céline pendant son noviciat.

Air : Combien j'ai douce souvenance .

J'ai en mon lîicn-Aimc les montagnes.

Les vallées solitaires cl boisées,

Les îles étrangères,

Page 1