L. S., 9 février
Un petit garçon de sept ans, qui paraissait possédé du démon, était délaissé par tous les médecins, il criait nuit et jour et déchirait tout son petit corps qui n'était qu'une plaie. Après une neuvaine faite à la sainte Vierge par l'intercession de S' Thérèse, l'enfant s'est calmé, les cris ont cessé et son corps est redevenu sain '. L- L.
T., Italie. 1 1 février 1910.
C'est la reconnaissance qui m'amène à vous, ma Révérende Mère, pour vous annoncer une nouvelle grâce reçue au milieu d'innombrables autres moins grandes, mais continuelles, par l'intercession de votre petite sainte.
Une de nos jeunes sœurs de la Maison centrale des Filles de la Charité de T. avait été frappée d'un érésipèle si violent qu'en quatre jours elle fut à toute extrémité.
Profitant d'une lueur d'intelligence au milieu de son douloureux délire, on lui fit recevoir les derniers sacrements.
Nous en étions à ce point quand je me sentis inspiré de recourir à l'intercession de S' Thérèse de l'Enfant-Jésus. Je fis commencer une neuvaine aux petites élèves de la malade et, au troisième jour, notre chère Sœur était hors de danger.
Aidez-nous, ma Révérende Mère, à remercier S^ Thérèse dont la charitable et suave mission se fait sentir au milieu des épines de notre chemin. D., pr., Directeur de l'Œuvre de...
Carmel de Gallipoli, Italie. 25 février 1910.
Ma Révérende Mère,
Le Cœur de Jésus a voulu se servir de moi, la plus indigne de cette communauté, pour faire éclater son infinie miséricorde.
Je vous envoie la relation du miracle accompli en notre faveur. Mais il y a à Rome un grand document signé non seulement de toutes nos Sœurs, mais encore de l'IU"' Mgr l'Evêque et d'une commission de Révérends.
Dans la nuit du 16 janvier, je me trouvai très souffrante et préoccupée de graves diflScultés^ Trois heures venaient de sonner, et, presque
I On ne peut livrer à la publicité les révélations arrachées aux démons dans les cxorcismes à propos de la Servante de Dieu ; mais les observations faites sur ce sujet permettent de croire que sa puissance sur les esprits de ténèbres leur est grandement redoutable.
- Le Carmel de Gallipoli se trouvait à ce moment dans la plus extrême détresse. La Mère Prieure avait eu l'inspiration de faire un triduum en l'honneur de la
58* Sœur Thérèse de l' Enfant-Jésus.
épuisée, je me soulevai un peu sur mon lit comme pour mieux respirer, puis je m'endormis et, en rêve, il me semble, je me sentis touchée par une main qui, faisant revenir la couverture sur mon visage, me couvrait avec tendresse. Je crus qu'une de mes Sœurs était venue me faire cette charité, et, sans ouvrir les yeux, je lui dis : « Laissez-moi, car je suis tout en sueur, et le mouvement que vous faites me donne trop d'air. » Alors une douce voix inconnue me dit : « Non, c'est une bonne chose que je fais. » Et continuant de me couvrir : « Ecoute^... le bon Dieu se sert des habitants célestes comme des terrestres pour secourir ses serviteurs. Voilà 5oo francs, avec lesquels vous paiere!{ la dette de votre Communauté. »
Je répondis que la dette de la Communauté n'était que de 3oo francs. Elle reprit : « Eh bien, le reste sera en plus. Mais comme vous ne pouvez garder cet argent dans votre cellule, vene^ avec moi. » Comment me lever, étant tout en sueur? pensai-je. Alors la céleste vision, pénétrant dans ma pensée, ajouta souriante : « La bilocation nous viendra en aide. »
Et déjà je me trouvai hors de ma cellule, en compagnie d'une jeune Sœur carmélite dont les habits et le voile laissaient transparaître une clarté de Paradis qui servit pour nous éclairer dans notre chemin.
Elle me conduisit en bas dans l'appartement du tour, me fit ouvrir une cassette en bois où il y avait la note de la dette de la Communauté, et elle y déposa les 5oo fr. Je la regardai avec une joyeuse admiration et je me prosternai pour la remercier en disant : « O ma sainte Mère !... » Mais elle, m'aidant à me relever et me caressant avec affection, reprit i^iNon, je ne suis pas notre sainte Mère, je suis la servante de Dieu, sœlr Thérèse de Lisieux. Aujourd'hui, au Ciel et sur la terre, on fête le Saint Nom de Jésus. » Et moi, émue, troublée, ne sachant que dire, je m'écriai plus encore avec mon cœur qu'avec mes lèvres : « O ma Mère... » mais je ne pus continuer. Alors l'angélique Sœur, après avoir posé sa main sur mon voile comme pour l'ajuster et m'avoir fait une caresse fraternelle, s'éloigna lentement. « Attendez, lui dis-je, vous pourriez vous tromper de chemin. » Mais avec un sourire céleste elle me répondit : « Non, non, ma voie est sùre, et je ne me suis pas trompée en la suivant... »
Je m'éveillai et, malgré mon épuisement, je me levai, je descendis au Chœur, et je fis la sainte Communion.
Les Sœurs me regardaient et, ne me trouvant pas comme à l'habitude, elles voulaient faire appeler le médecin. Je passai par la sacristie et les deux sacristines insistèrent beaucoup pour savoir ce que j'avais. Elles aussi voulaient absolument m'envoyer au lit et faire appeler le médecin. Pour éviter tout cela, je leur dis que l'impression d'un rêve m'avait beaucoup émue et je le leur racontai en toute simplicité.
Ces deux religieuses me pressèrent alors d'aller ouvrir la cassette, mais je répondis qu'il ne fallait pas croire aux rêves. Enfin, sur leurs instances, je fis ce qu'elles voulaient : j'allai au tour, j'ouvris la boite et... j'y trouvai réellement la somme miraculeuse de cinq cents francs !...
Sainte Trinité, prenant pour médiatrice S"- Thérèse de lEnfant-Jésus, dont la vie avait été lue en communauté quelques mois auparavant. Le triduum se terminait précisément ce i6 janvier.
Pluie de Roses. 5 g*
Je laisse le reste, ma Révérende Mère, à votre considération
Nous toutes, nous nous sentons confuses d'une si immense bonté et nous appelons de nos vœux le moment de voir sur les autels la petite sœur Thérèse, notre grande protectrice.
Suor M. Carmela del Cuore di Gesu, r. c. i.
prieure.
De la même. Septembre igio.
Ma Révérende Mère,
Il m'en coûte beaucoup de vous confier ce que ma chère petite S"" Thérèse a fait pour nous depuis le mois de janvier. Mais je ne peux pas résister plus longtemps à vos prières ni à ma petite sainte qui veut m'obliger à manifester les prodiges de Dieu opérés par elle.
A la tin du mois de janvier, malgré les soins avec lesquels notre sœur dépositaire, la clavière et les deux sœurs du tour tiennent leurs livres de comptes, nous avons trouvé dans la recette un surplus de 25 lires que nous n'avons pas pu nous expliquer, si ce n'est en pensant que S' Thérèse l'avait glissé dans notre caisse. Alors Mgr notre Evéque voulut que je séparasse l'argent de la communauté d'avec les deux billets qui nous restaient des dix apportés du Ciel.
A la fin de février, de mars et d'avril, nous avons remarqué la même chose étrange; seulement la somme variait.
Au mois de mai, j'ai revu ma petite Thérèse; elle m'a d'abord parlé de choses spirituelles, et elle m"a dit ensuite : « Pour vous prouver que c'est bien moi qui vous ai apporté le surplus d'argent constaté à vos différents règlements de comptes, vous trouvère;^ dans la cassette un billet de 5o fr. » Puis elle ajouta : «La parole de Dieu opère ce qu'elle dit. » — Vous l'avouerai-je, ma bonne Mère, pour ma grande confusion ? Cette fois encore, je n'osais pas aller voir dans la cassette; mais le bon Dieu, qui voulait que je constate la nouvelle merveille, permit que l'un des jours suivants, deux sœurs vinssent par dévotion me demander à revoir les deux billets miraculeux... Et, ma Mère, que vous dirai-je ? Vous devinez notre émotion : au lieu des deux billets, il y en avait trois!...
Au mois de juin, nous trouvâmes 5o fr. de la manière ordinaire.
Dans la nuit du i5 au i6 juillet, je revis ma sœur bien-aimée, elle me promit d'apporter bientôt loo fr. Et puis elle me souhaita ma fête', en me donnant un billet de 5 lires. Mais moi je n'osais pas l'accepter, et alors elle le déposa au pied de la petite statue du Sacré-Cœur qui est dans notre cellule; et peu après, l'heure du réveil étant sonnée, je trouvai en effet le billet où je l'avais vue le déposer.
Quelques jours après, Mgr notre Evêque, en causant, nous dit qu'il avait perdu un billet de lOO fr. en faisant les comptes pour son clergé, et qu'il espérait que S' Thérèse les apporterait chez nous.
Le 6 août arriva; c'était la veille de la fête de Monseigneur, qui s'appelle Gaétan. Je vis encore ma bien-aimée S' Thérèse elle tenait à la
« La Mère Prieure se nomme S' .Marie du Mont-Carmel, ou Carmela.
6o* Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.
main un billet de loo fr. ! ! ! Elle me dit alors << que la puissance de Dieu retire ou donne avec la même facilité dans les choses temporelles aussi bien que dans les choses spirituelles. » Ayant trouvé ce billet de loo fr. dans la cassette, je me hâtai de l'envoyer à Monseigneur avec les souhaits de la communauté; mais lui me le renvoya aussitôt.
Depuis ce temps, elle ne nous a plus apporté d'argent, car notre détresse ayant été connue par toutes ces merveilles, nous avons reçu quelques aumônes.
Mais le 5 septembre, la veille de son exhumation, je l'ai revue et, après fn'avoir parlé comme elle le fait toujours du bien spirituel de la communauté, elle m'a annoncé qu'on retrouverait « à peine ses ossements ». Et puis elle m'a fait comprendre quelque chose des prodiges qu'elle fera dans l'avenir. Soyez sûre, ma chère Mère, que ses ossements bénis feront des miracles éclatants et seront des armes puissantes contre le démon.
Presque toutes les fois, elle s'est fait voir vers l'aurore, en quelque moment de prière particulière. Son visage est très beau, brillant; ses vêtements luisent d'une lumière comme d'argent transparent, ses paroles ont une mélodie d'ange. Elle me révèle ses grandes et occultes souffrances supportées héroïquement sur cette terre... Ma petite Thérèse a beaucoup, beaucoup souffert ! ! !
Que dois-je vous dire de plus? Qu'il vous suflise de savoir, ma chère Mère, que nous sentons autour de nous l'esprit de votre angélique enfant. Toutes les sœurs affirment, avec franche et tendre vénération, que, outre les grâces temporelles accordées à la communauté, chacune^ a reçu des grâces intimes et très grandes.
Suor M. Carmela del Cuore Gesu, r. c. i.
prieure.
S. (Meuse), i" avril 1910.
Une de nos deux religieuses de la Doctrine chrétienne. S' A., souffrait depuis longtemps d'un mal intérieur (tumeur) qui ne pouvait guérir sans une opération chirurgicale fort dangereuse. Après bien des soins inutiles et un repos prolongé, le mal ne cessait d'empirer, au point que le moment arriva où elle fut envoyée à Nancy pour y subir l'opération. Elle fut mise en observation pendant huit jours, au bout desquels devait être tentée l'opération.
Durant ce temps, une neuvaine fut commencée à S' Thérèse de l'Enfant- Jésus, avec promesse de répandre son culte par une distribution d'images si l'opération réussissait.
Or, le moment d'opérer étant arrivé, le docteur constata que le mal avait disparu; il ne restait plus qu'un peu de sensibilité à la place où avait été la tumeur. Abbé F. N.
Quimper (Finistèrei, 18 avril 1910.
Souffrant depuis huit ans d'un épanchement de synovie et d'une
Pluie de Roses. 6i^
arthrite au genou gauche, et, ne trouvant aucun soulagement dans les remèdes, j'eus la pensée d'invoquer la « petite Fleur de l'Enfant Jésus * et de lui faire une neuvaine.
Dix-huit petites filles se préparant à leur première Communion s'unirent à moi.
Le huitième jour, je ressentis du mieux, et le neuvième (3 avril), la douleur avait complètement disparu. Depuis Je marche très bien, ne souffre plus du tout et sors tous les jours.
Le Docteur a promis un certificat.
Carmel de N., avril 191e.
Ma Révérende Mère,
Je vous envoie la lettre d'une pénitente guérie au cours d'une neuvaine à S"" Thérèse.
(Lettre à une amie.)
Couvent de la Préservation, N., mars 1910.
Je suis une miraculée de S' Thérèse de l'Enfant-Jésus.
J'étais atteinte d'une grippe infectieuse et le docteur désespérait de me sauver. 11 dit un soir en me quittant : « Madame la Supérieure, commencez une neuvaine pour que nous la tirions de là. » Je souffrais de vomissements continuels, mes lèvres étaient noires et j'avais déjà le hoquet de la mort: les infirmières apprêtaient ce qu'il fallait pour m'ensevelir; et moi, je voyais bien que j'allais mourir.
Quand notre Mère Supérieure revint me voir, elle me dit : «Charlotte, si vous voulez me promettre d'être fidèle à Dieu, je vais demander votre guérison. » Je répondis en rassemblant mes forces : « Oh ! oui. Madame, je vous le promets. » Les compagnes qui entouraient mon lit me dirent : « O Charlotte ! c'est une promesse sacrée ! » Notre Mère Supérieure me dit encore : « Me promettez-vous que, si vous guérissez, votre vie sera pour la gloire de Dieu et pour votre salut? » Je répondis de nouveau : « Oh ! oui, .Madame, je vous le promets. » — « Eh bien ! reprit-elle, nous allons faire une neuvaine à S' Thérèse de l'Enfant-Jésus, et demain je vous apporterai une relique de cette petite sainte. »
A ce moment suprême où je voyais déjà s'entr'ouvrir ma tombe, j'ai tout oublié, même les petites austérités de la vie des pénitentes, et j'ai promis de rester toute ma vie dans la maison si je guérissais.
Une demi-heure après, j'étais mieux; je m'endormis, et quand je me réveillai le lendemain matin, j'étais complètement guérie. Tout le monde fut stupéfait dans la maison. Ma première parole à notre Mère fut celle-ci : « Je suis à vous pour toujours. »
Maintenant mes forces sont bien revenues. Ah I c'est un vrai miracle 1 Comment en remercierai-je assez le bon Dieu ! Il voulait que je lui fasse !e sacrifice de ma liberté, car, lorsque je suis tombée malade, je voulais
62* Sœur Thérèse de i Enfant-Jésus.
absolument retourner dans le monde, où j'aurais sans doute repris ma vie de péchés.
C'est donc à S' Thérèse de l'Enfant-Jésus que je dois la vie de l'âme et celle du corps. Charlotte X.
(Lettre de la Supérieure.) Préservation, N., 3 janvier 191 1.
Je vous ai déjà écrit, ma Révérende Mère, que nous avions remarqué une frappante coïncidence entre la rechute de Charlotte et une infidélité à sa promesse : elle avait voulu en effet nous quitter. Le miracle que fit S' Thérèse en lui redonnant pour si peu de temps la santé était destiné, je crois, à l'amener à faire une confession générale. La pauvre enfant a racheté son moment de faiblesse, car sa famille étant venue la voir et voulant l'emmener pour mourir à Q., elle se montra vraiment généreuse et refusa.
Jusqu'au dernier moment elle n'a cessé d'invoquer la petite sainte. Une fois, elle assura l'avoir vue à ses côtés. Voici ce que m'en a raconté son infirmière :
« C'était pendant la nuit; Charlotte m'appela pour lui ramasser un objet qu'elle avait fait tomber. Je me levai. Charlotte avait les yeux fixés sur quelque chose. J'en fus frappée et lui dis : « Vous voyez donc le ciel ? » Elle me répondit : « Je vois la petite S' Thérèse. » Alors )'eus peur et, pour cacher mon trouble, je feignis de me moquer d'elle : « Allons donc, nous voilà bien si vous avez des visions! » Mais Charlotte, les yeux toujours fixes, redit : « J'ai vu la petite S' Thérèse ! »• Et comme je cherchais la relique qui avait disparu du chevet de son lit : « Elle est là, me dit-elle en la serrant fortement dans sa main. »
Pour moi, je me souviens de la consolation qu'elle me confia avoir éprouvée de cette visite de votre ange : « Je l'ai vue comme je vous vois », m'a-t-elle dit.
Pendant son agonie, elle avait toute sa connaissance et n'a cessé de prier durant les trois dernières heures. Ses compagnes pleuraient et disaient : « Quelle belle mort 1 »
C'était le 26 septembre.
Carmel de X. (Espagne), mai 1910.
Je viens vous faire part de la guérison d'une de mes filles, guérisorv due à votre petite sainte. Voici le fait :
« La miraculée est une créole de près de 70 ans, d'une nature craintive et peu crédule de tempérament, croyant difficilement aux faits surnaturels, comme visions, guérisons, etc. Elle était atteinte depuis des années d'un affreux rhumatisme au bras droit, qui lui rendait tout travail pénible et la faisait souff'rir au point qu'elle ne pouvait rester couchée, la chaleur du lit excitant le mal. Elle fit neuvaines sur neuvaines à l'Ange de Lisieux, et chaque fols qu'elle fit une neuvaine, elle fut favorisée la nuit d'une lumière argentée et merveilleuse qui éclairait sa cellule. Cette
Pluie de Roses. 63*
sœur, très peureuse, avoue ingénuement qu'elle fermait les yeux pour ne pas voir cette lumière qui ne ressemblait en rien à celles de la terre. Avant et après l'apparition de la lumière argentée, la cellu.e était plongée dans la plus profonde obscurité.
A la dernière neuvaine, la guérison survint si complète que, depuis un an passé, sans faire les remèdes prescrits (remèdes qu'on disait indispensables), la sœur n'a pas senti la moindre petite atteinte de ses anciennes douleurs, malgré l'hiver humide et pluvieux que nous venons de traverser. »
S' X., Prieure.
tas.
Un artiste-peintre, ami du Carmcl de L. (France), mai igio.
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance le fait suivant :
« Ayant travaillé toute la journée au portrait de S"" Thérèse de l'Enfant- Jésus, je rentrais le soir dans mon atelier quand, portant les yeux à la place de mon chevalet, je vis S' Thérèse de l'Enfant-Jésus dans un nuage lumineux. Je fus saisi !... Lorsque je revins de ma surprise, tout avait disparu. »
La Mère Prieure du Carmel de L. ajoute ceci :
Notre Fra Angelico a senti les parfums pendant l'exécution du portrait.
« De quelle nature étaient-ils ? demandai-je.
— C'était comme des parfums d'autel !... »
Carmel d'Oloron (Basses-Pyrénées), 4 mai 1910.
Ma Révérende Mï^re,
Je veux vous raconter un fait qui vous montrera une fois de plus la bienfaisante intervention de votre petite sainte.
C'était en automne dernier. J'étais en souftVance, et toute la maison avec moi, du manque d'eau pour nos lessives et l'arrosage du jardin. Ce n'est pas que l'eau fasse défaut dans notre grand enclos, mais les sources se sont détournées peu à peu. Comme il s'agit d'une forte réparation, on ajourne sans cesse, à cause de l'incertitude de l'avenir. Il en résulte que le besoin est pressant. Diverses fois, nous avions confié à l'angélique Thérèse nos inquiétudes, mais à elle seulement. Et quelle n'est pas notre surprise quand, en octobre dernier, une dame vient nous apporter 100 fr. à cette intention. Elle avait compris, je ne pus savoir par quelle voie, notre besoin d'eau. Je lui promis que nous emploierions son aumône aux premiers frais de la recherche des sources, je veux dire à l'examen du terrain. Notre but était de profiter d'un prêtre du Midi qui a reçu de Dieu un talent rare pour cela. Aussitôt je me procurai son adresse, qu'on ne me donna pas comme certaine, et je lui écrivis. J'eus soin de mettre dans la lettre une image de S' Thérèse, en disant à la petite faiseuse de miracles, avec beaucoup de foi : « Sœur Thérèse, allez droit au but 1 »
64* Sœur Thérèse de l' Enfant-Jésus.
Elle y fut en effet, mais M. l'abbé X. se trouva juste parti pour l'Autriche où mon courrier alla le rejoindre, dans un monastère où il procédait aussi à une canalisation. 11 y séjourna trois semaines. Le temps nous parut long, car il ne donna pas signe de vie.
De retour en France, ce bon prêtre se posa la question — lui-même me l'a dit — : « Devrai-je, oui ou non, aller au Carmel ? Que me voulait-on ? sans doute peu de chose, et on y aura pourvu, après un long mois. »
Dans la nuit, — il assure qu'il ne dormait pas — une religieuse se montre dans sa chambre, majestueuse dans un rayon de lumière, et lui dit : « Monsieur l'Abbé, vous oublie;{ les Carmélites d'Oloron qui ont besoin de vous i Alle^ au Carmel d'Oloron, on vous attend. » — Le prêtre reconnaît aussitôt la Carmélite qui avait accompagné ma lettre, je veux dire l'image de Si" Thérèse. Et vous le comprenez, ma Révérende Mère, il n'hésita plus, et nous arriva aussitôt. Son travail fut merveilleux, car il trouva le nœud de toutes les sources de notre enclos qui, ayant dévié de leur vrai sens, nous causent des préjudices extraordinaires par l'humidité à la chapelle, au chœur et dans presque toute la maison.
Conversion d'un soldat d'infanterie coloniale.
M. Alfred-Marie L. vint au Carmel de Saigon la première fois pour demander un scapulaire. En lui remettant le scapulaire demandé, je sentais qu'il voulait dire autre chose, et, pour le mettre à l'aise, je lui posai plusieurs questions. Il me dit qu'il désirait beaucoup se faire Carme après l'année de service militaire qui lui restait à faire. Puis il me raconta son histoire. Il avait perdu sa mère peu après sa première Communion : elle était pieuse et il faisait sa désolation, car il était diable et ne voulait pas travailler au collège. Il eut beaucoup de peine de la mort de sa mère. Son père ne pratiquait pas. N'ayant pas voulu travailler pour ses examens, il s'engagea comme simple soldat et vint à Saigon où il se livrait plus librement à toutes ses passions. Les premières années de service achevées, il s'engagea de nouveau pour deux ans au grand mécontentement de son père. Enfin il tomba malade et dut aller à l'hôpital. C'est là que le bon Dieu l'attendait.
Pendant sa convalescence, on lui prêta la Vie de S'' Thérèse de l'Enfant-Jésus. Le portrait du commencement le frappa d'abord ; l'air si pur de Thérèse lui disait quelque chose; à mesure qu'il lisait, il se mit à aimer la petite sainte et le dégoût lui venait de sa vie mauvaise. Rentré à la caserne, il n'était plus le même déjà ; le souvenir de Thérèse le poursuivait, puis il comparait les sœurs qui l'avaient soigné avec tant de douceur et d'abnégation aux personnes vicieuses qu'il avait l'habitude de fréquenter, et il résolut d'en finir avec sa vie honteuse et coupable.
Voulant retrouver S' Thérèse, les Sœurs et l'aumônier, il fit croire qu'il était malade, et on le renvoya à l'hôpital. C'est alors qu'il revint pour tout de bon à Dieu, et ce fut peu de temps après sa seconde sortie de l'hôpital qu'il nous demanda le scapulaire. Il fit, depuis, plusieurs
Pluie de Roses. 65*
visites au Carmel, et je ne puis dire combien jetais émerveillée de voir une âme, tombée au point où en était la sienne, s'élever si rapidement et si haut dans l'intelligence des choses de Dieu. Il venait à la messe dans notre chapelle, où il communiait tous les dimanches, à moins d'impossibilité, et souvent il emmenait ses camarades auprès desquels il commençait un véritable apostolat, les entraînant avec lui dans le bien comme autrefois il les avait entraînés dans le mal. « Comme je suis grand et fort, me racontait-il, ils me craignaient tous, ils avaient peur de mes poings ; ceux qui me fâchaient, je les roulais par terre. »
Quand il se convertit on n'osa rien lui dire d'abord, mais ensuite en le voyant doux et tout changé, quelques-uns de la chambrée commencèrent à le taquiner. 11 me dit un jour avec beaucoup de confusion que, s'étant senti bouillonner devant les grossièretés d'un de ses camarades, il avait eu la tentation de lui jeter son balai à la tête et de le « rouler », mais qu'il s'était souvenu de Notre-Seigneur essuyant les affronts des soldats et qu'alors il n'avait plus éprouvé que de la joie. Que de traits de ce genre j'ai oubliés !
Au commencement du mois de mai 1900, il voulut s'imposer un sacrifice en l'honneur de la sainte Vierge : il trouva que de ne plus fumer serait ce qui lui coûterait le plus, et il s'en abstint pour le reste de sa vie. Je lui demandais un jour s'il pensait souvent au bon Dieu à la caserne. Il parut un peu étonné de ma question et me répondit : «Mais j'y pense tout le temps! comment pourrais-je ne pas penser à Lui ? »
Vers la fin du mois de juin, son régiment reçut l'ordre de se tenir prêt à partir pour la guerre de Chine qui commençait. Le départ devait avoir lieu le samedi matin. Le jeudi il vint me voir, disant qu'il désirait bien communier encore une fois avant de partir, mais qu'il craignait de ne pouvoir sortir vendredi matin. Il me demanda de prier notre Père Aumônier de lui donner la sainte Communion quand il pourrait venir. Il fut convenu ainsi. Le lendemain, à 7 heures du soir, il arrivait à jeun : il n'avait pu s'échapper plus tôt de la caserne. Il se confessa et reçut la sainte Communion avec une ferveur touchante. Je lui remis une petite mèche des cheveux de S' Thérèse de l'Enfant-Jésus. « Demandez que je meure là-bas si je ne dois pas être Carme à mon retour », dit-il en me quittant. Il a été exaucé, car, peu avant d'arriver à Tientsin, il est mort d'une insolation à bord, assisté de M. l'Aumônier. Frappé le soir sur le pont, il eut la fièvre toute la nuit. Dans son délire, il parlait du Carmel et d'une lettre à nous remettre. Son âme s'envola avec celle de S' Thérèse qui l'avait tant protégé.
On peut voir par ses lettres combien il l'aimait. Je vous en envoie quelques passages.
S' X., prieure, 3i mai 1910.
Lettres de M. Alfred-Marie L., soldat d'infanterie coloniale (converti par S' Thérèse de l'Enfant-Jésusj, adressées à la R^' Mère X., Prieure du Carmel de Saigon :
6 mai 1900. — Samedi matin nous faisions la pose durant une manœuvre, et, comme il était 6 h. 10, ma pensée était dans la chapelle
66* Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.
du Carmel, car c'était l'heure de la messe et je désirais ardemment recevoir mon Dieu. J'étais un peu triste en pensant à la longue année qu'il me faut encore passer dans la dissipation forcée, quand, levant machinalement la tête, j'aperçus la grande croix du cimetière d'Han-Hoï et, sans recherche aucune de ma part, celte pensée me vmt que je ne devais pas envier le bonheur que vous avez de communier tous les jours, car moi aussi je le puis à chaque instant, sinon en recevant le Corps adorable de notre Sauveur, du moins en embrassant avec amour les croix qu'il sème sous mes pas et en coopérant en quelque sorte avec lui à l'œuvre de la Rédemption.
Si Dieu veut bien commencer à me faire comprendre qu'il accepte la donation que je lui ai faite de moi-même, il- a exaucé, je crois, ma prière et n'a pas voulu permettre que je l'offense volontairement depuis ma conversion. Grâces lui soient rendues! J'éprouve le besoin de m'entretenir de nouveau avec S' Thérèse et de lui demander de m'enseigner par son exemple la simplicité et l'humilité. Je voudrais la revoir au pied de la ■croix, dans le jardin du monastère. C'est là qu'elle m'a dit d'aimer... J'espère que vous pourrez me prêter ce livre, ma sœur; c'est elle qui me donnera la confiance qui me manque.
19 juin 1900. — Tout à l'heure je feuilletais, au hasard, la Vie de S' Thérèse de l'Enfant-Jésus et je me laissais aller à la tristesse en comparant sa jeunesse avec la mienne. Quand, brusquement, un passage fixa mon attention ; c'est celui où elle raconte qu'il lui fut révélé intérieurement que sa gloire consisterait à devenir une grande sainte : « Ce désir pourrait sembler téméraire si l'on considère combien j'étais imparfaite et le suis encore après tant d'années passées en religion ; cependant je me sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande sainte. Je ne compte pas sur mes mérites, n'en ayant aucun, mais j'espère en Celui qui est la Vertu, la Sainteté même... » Cela m'a suffi et, j'ose à peine le dire tellement c'est insensé, humainement parlant, si je considère ma vie passée, cependant je sens en moi, non pas le même désir, mais la même conviction. Avoir cette pensée, il y a quelques heures, m'eût semblé une insulte à Dieu. Mais n'est-il pas le Tout-Puissant et ne peut-il pas, en une minute, faire du plus grand pécheur un saint? Bien que je ne le mériie nullement, ma sœur, conjurez Marie Immaculée de me livrer totalement à l'amour du Cœur de Jésus, mais comme l'entendait S' Thérèse, pour souffrir et expier pour les autres et obtenir la grâce d'une conversion sincère aux pécheurs, pour consoler ce Cœur adorable et le faire aimer. Vendredi prochain, en union avec ma sœur du Ciel, je réciterai son acte d'offrande à l'Amour miséricordieux.
24 juin 1900. — C'est à 6 heures ce matin que nous quitterons la caserne pour embarquer le « Vaucan » ; je ne sais ce qui arrivera, mais je pars bien en paix et bien résolu à tout. Que Dieu est bon pour moi 1 11 va au-.ievant de tous mes désirs 1 J'avais l'intention d'écrire au Carmel de Lisieux pour solliciter un morceau du vêtement de S"" Thérèse. Je ne vous avais pas fait part de ce désir, et voilà que vous me donnez une mèche de ses cheveux 1
Je ne puis vous dire ma reconnaissance. Demandez pour moi à notre petite sœur la grâce de mourir sur le champ de bataille plutôt que d'être infidèle. Et si je ne dois jamais revoir Saïgon, au revoir au Carmel des
Pluie de Roses.
Cieux ! Je vais préparer une lettre à votre adresse que je porterai sur moi; j'en ai averti le camarade qui marchera à mes côtés, il se charge de vous la faire parvenir en cas de malheur. Cette lettre contiendra la précieuse mèche de cheveux que, pour rien au monde, je ne voudrais .perdre, ni laisser tomber aux mains des Chinois.
A.-M. L., Corps expéditionnaire de Chine.
Couvent de N.-D. de la Compassion, M. (France), 20 mai igio.
J'avais reçu une éducation chrétienne chez les religieuses de la Compassion à X., prés M. — Mais, rentrée dans le monde, j'eus vite oublié tout et j'abandonnai bientôt les saintes pratiques de notre religion. Je revins, quelques années après, pensionnaire au même couvent, et je puis dire, à ma confusion, que les sentiments chrétiens s'étaient complètement éteints en moi.
Cependant, on me prêta la Vie de la « petite fleur de Jésus ». Machinalement, — car je n'avais aucun attrait pour tout ce qui était religieux — je lus ce livre; je l'avais fini le même jour. Mes sentiments, durant cette lecture, ne changèrent pas; mais pourtant je me sentis attirée vers cette âme si pure et si sainte; le soir, lorsque j'eus fini, un quelque chose d'indéfinissable s'emparait de mon âme; la petite sainte commençait son œuvre.
Le lendemain, i5 juillet 1909, mon esprit était encore plus fortement préoccupé par le même objet; en même temps, le regret de mes fautes passées entrait dans mon cœur et l'appel divin se faisait entendre. Alors il s'engagea en moi une lutte acharnée entre la nature et la grâce. Le monde m'appelait en me montrant tous ses charmes, et Jésus m'invitait à le suivre en me faisant voir sa croix et son amour. Je ne pourrai jamais exprimer ce qui se passa dans mon âme en cette inoubliable journée ! ..
Enfin, vaincue par la grâce, j'allai confier mon bonheur à une religieuse qui tient auprès de moi la place de ma mère. Je lui racontai le miracle que S' Thérèse venait d'opérer, je lui dis le désir que j'avais de me donner entièrement à Notre-Seigneur. Puis j'allai trouver mon con-
lesseur à qui je fis une confession générale de ma vie passée C'était
bien fini, la « petite Reine » venait d'effeuiller sa rose sur mon âme, et désormais j'appartenais à Jésus !
Et aujourd'hui, ma Révérende Mère, que j'ai revêtu le saint Habit, j'attends de notre grande sainte de voir se lever pour moi l'aurore du beau jour de ma profession. Quelle reconnaissance et quel amour j'ai pour elle ! Ah! remerciez-la avec moi pour le miracle opéré en ma faveur!...
68* Sœur Thérèse de l' Enfant-Jésus.