V" ROUMIEUX
Pluie de Roses. g5*
Fours (Nièvre), lo décembre 1910.
Je venais de m'offrir en victime à Notre-Seigneur quand je reçus le livre de la petite S' Thérèse. Je l'ouvris par hasard le 6 août, jour de la Transfiguration, et aussitôt je me sentis envahi, comme je ne l'avais jamais été, par les ardeurs de l'amour divin. Au même instant où je commençais à lire, je sentis — oh ! mais intensément — la présence à côté de moi de la petite S' Thérèse.
Fernand Richard '.
29 décembre 1910.
Relation de la H''^ Mère Prieure du Carmel de X.
En février 1909, S' X. fut atteinte d'un gros rhume, accompagné d'une toux fatigante. Le i" mars, elle eut une hémorragie, suivie de fortes douleurs à la poitrine et au dos, et sa faiblesse devint grande. Les hémorragies se renouvelèrent, presque chaque jour, jusqu'au i" avril. Ce jour-là, le médecin déclara que les poumons étaient sérieusement atteints.
En avril et en mai, le mal empira, et elle fut condamnée par le docteur qui exigea qu'elle fût séparée du reste de la communauté à cause de la contagion. Je remis alors à la malade une relique de S'' Thérèse de l'Enfant-Jésus et je fis avec les Sœurs deux neuvaines à la chère petite sainte que nous vénérons beaucoup ici et qui nous a obtenu de grandes grâces.
A la fin de la deuxième neuvaine (le 2 juillet 1909), la malade était guérie. Il y a de cela dix-huit mois et elle continue à jouir d'une santé parfaite.
Relation du docteur.
J'ai soigné la S' X. au cours d'une maladie très prolongée qui s'était annoncée par tous les symptômes de l'influenza aiguë et qui, s'étendant aux deux poumons, présenta ensuite les symptômes d'une consomption aiguë. Il y avait expectoration abondante, muco-purulente ; une fièvre hectique d'un caractère très prononcé ; un pouls extrêmement rapide et très faible, des sueurs abondantes la nuit, et un dépérissement tel que la malade fut presque réduite à l'état de squelette.
Les remèdes habituels : inhalations de formol, absorptions de créosote furent employés sans succès et je m'attendais tous les jours à recevoir la nouvelle de sa mort. Alors les religieuses de sa communauté eurent recours à la prière et, à mon grand étonnement, je l'avoue, une amélioration rapide se manifesta, et bientôt eut lieu la guérison complète. Le cas de la malade était cependant désespéré et rien moins qu'un miracle ne pouvait la sauver de la mort. Docteur X.
' M. Fernand Richard, jeune poète chrétien, mort comme un prédestiné en 191 1 Un de ses derniers chants a été consacré à S' Thérèse.
gO* Sœur Thérèse de l' Enfant-Jésus.
Belgique, décembre 19 lo.
Quelques jours après avoir subi ma douloureuse opération, le 9 décembre, Dieu me fit la grâce de comprendre et de sentir que je n'étais pas inutile à la Cause de S' Thérèse et que ma vie de souffrances, offerte dans ce but, l'aiderait à accomplir sa mission. Depuis cette lumière, mon âme est dans un ineffable abandon, dans un état d'acquiescement complet à tout ce que Dieu voudra pour aider l'œuvre de la chère petite sainte.
Celle-ci a voulu me montrer, par une vision symbolique, jusqu'où elle pourrait m'entrainer dans cette voie ; elle m'a fait entrevoir le calice de Jésus avec ses amertumes.
Il me semble, ma Mère, que le démon serait intéressé à ce que je ne parle pas de cette faveur, car le jour où je fus engagée à vous en faire la confidence et au moment même où je m'y décidai, je fus torturée pendant un quart d'heure par une puissance infernale qui voulait m'empêcher de parler.
Je dois dire d'abord que, depuis mon opération, je reçois chaque jour Notre-Seigneur dans ma chambre. La religieuse qui me soigne me fait boire, après l'action de grâces, l'eau des ablutions.
Le lundi 12 décembre 1910, je faisais comme d'ordinaire mon action de grâces, les yeux fermés, quand une religieuse s'approcha de moi, ayant à la main un petit verre dont le contenu un peu trouble, comme laiteux, me frappa. Je bus une longue gorgée du liquide qui m'était présenté ; aussitôt une amertume affreuse se répandit dans ma bouche; je pensais au fiel qui abreuva Notro-Seigneur et j'hésitais à achever disant : « O ma Sœur, comme c'est amer ! j'en ai pris assez, je vous assure, et n'en pourrais prendre davantage. » Mais la religieuse, me le présentant de nouveau, me dit : « Buvez, buvez encore, car au fond c'est Jésus ! » J'achevai avec effort de boire l'amer breuvage et repris mon action de grâces. Un moment après survint mon infirmière apportant le verre d'eau habituel. Je lui dis avec simplicité : « Pourquoi m'en donner deux aujourd'hui, vous venez de me l'offrir déjà tout à l'heure ?» — « Mais non, répondit-elle en riant, à quoi donc pensez-vous ? »
Alors je commençai à comprendre qui m'avait apporté le premier verre à la mystérieuse amertume !
Dans la même matinée. Dieu acheva de m'éciairer. Il permit qu'une personne de mon entourage ayant vu, dans mon état, des symptômes alarmants qui ne m'auraient pas inquiétée à cause de mon inexpérience, eut la maladresse de me dire que je ne guérirais pas et qu'il me faudrait deux opérations successives et des plus graves. A cette épreuve s'en ajoutèrent, en même temps, d'autres plus intimes et non moins crucifiantes.
C'était bien S' Thérèse qui était venue me présenter le calice de ma passion I Depuis elle continue de m'abreuver divinement ; chaque jour amène sa goutte d'amertume, goutte délicieuse puisque la chère sainte est là pour m'aider à la boire et à l'offrir à Jésus.
Pluie de Roses. 97*
Dans les sacrifices plus grands qui m'attendent encore, c'est Jésus que je l'Ois: Thérèse me l'a dit, et ce mot d'elle a suffi pour jeter sur ma vie entière cette lumière pénétrante qui réduit tout en joie.
Hospice de Cl. (Seine), 3o décembre 1910.
Nous avons été témoin de la guérison d'une jeune fille de 17 ans, atteinte d'hvdrarthrose du genou droit, en traitement ici depuis quatre mois, sans aucune amélioration, et qui devait, d'après l'avis du docteur, subir une grave opération.
Malade depuis l'enfance, elle a déjà été opérée plusieurs fois et a été longtemps traitée dans les hôpitaux pour des humeurs froides.
Dans l'attente de son admission à l'hôpital Necker (Paris), nous eûmes la pensée de vous écrire pour demander des reliques de S' Thérèse de l'Enfant-Jésus. A leur arrivée, la pauvre malade pleine de confiance commença pieusement une neuvaine avec son infirmière, et nous appliquâmes sur le genou un sachet contenant un morceau du rideau du lit d'infirmerie de la petite sainte.
Dès le premier jour, qui était le 10 décembre 1910, la malade fut prise de vomissements violents, ce qui nous parut étrange, car elle a un très bon estomac et montrait d'habitude un excellent appétit. Les vomissements durèrent ainsi jusqu'au i3. La pauvre enfant souffrait beaucoup aussi d'un violent point de côté. Chaque jour l'infirmière lui lisait, pour l'encourager, quelques guérisons dues à l'intercession de S' Thérèse de l'Enfant-Jésus. Alors sa confiance se ranimait ; elle voulait être toute seule et priait continuellement l'angélique sainte. Elle affirme que, dans la nuit du i3 au 14, S' Thérèse lui dit en songe : « Je te guérirai » (la malade ordinairement ne rêvait jamais).
La journée du 14 fut fort pénible ; les douleurs s'accentuèrent. Pas de changement le i5. Le vendredi 16 décembre 1910, septième jour de la neuvaine, le calme se fit, la malade sentit un grand mieux et, pleine de joie, se mit à chanter. Le samedi matin, au réveil, ne ressentant plus aucune douleur, elle sauta hors de son lit en s'écriant : « Je suis guérie ! »
Nous examinâmes son genou : tout avait disparu. A midi, elle mangea sans aucun malaise. Le médecin arriva le lendemain, il regarda le genou, le tâta et s'écria : « C'est renversant ! plus rien ! Elle est guérie ! renvoyez-la chez elle. »
Depuis, la miraculée se porte parfaitement et marche sans aucune fatigue. S' Th., supérieure.
Asile des Petites Sœurs des Pauvres, Lisieux, 3o décembre 1910.
Guérison d'un cancer à la langue.
S' Thérèse de l'Enfant-Jésus a exaucé la prière d'un de nos bons vieillards (car bien qu'âgé de 60 ans seulement, il paraissait en avoir 80) qui lui demandait sa guérison.
q8* Sœur Thérèse de l'Enfant- Jésus.
Ferdinand Aubry — c'est le nom du privilégié de la petite Sainte — est entré dans notre asile au mois de mai igio. Dés ce moment nous avons remarqué sur sa langue des taches qui nous firent craindre pour plus tard un cancer, 11 commençait déjà à souffrir un peu. Aux mois d'août et septembre, les douleurs augmentèrent ; il ne pouvait plus manger de viande ni prendre d'aliments chauds.
Le 22 septembre, la langue se trouvait très envenimée; le lendemain 23, la Sœur infirmière s'aperçut que le mal commençait à ronger les chairs, Le 24, M. le docteur V. vint le voir. Il trouva en effet la langue dans un état très grave. Selon notre conviction il était atteint, soit de gangrène, soit d'un cancer; mais nous pensions plutôt que c'était un cancer, à cause des taches que nous avions constatées à son entrée à l'asile.
Le docteur ordonna de l'envoyer à l'hôpital, car, disait-il, nous n'avions pas ici les tubes et ce qu'il fallait pour le soulager dans les horribles souffrances qui l'attendaient ; il voulait en même temps nous épargner le spectacle de sa mort qu'il prévoyait devoir être affreuse. Nous pensions bien, nous aussi, qu'elle serait cruelle, car nous avions soigné déjà un vieillard atteint de cette maladie. En attendant son transfert, le docteur approuva que nous prenions des précautions sérieuses, comme celle de laver son linge à part. Il aurait voulu que nous l'isolions des autres vieillards à cause de l'odeur infecte qu'il exhalait. Il nous conseilla aussi de lui procurer sans tarder la sainte Communion afin qu'il put la faire encore une fois avant de mourir, car le mal faisait des progrès rapides ; il jugea même prudent de dire à Monsieur l'Aumônier de ne lui donner qu'une parcelle de la sainte hostie.
Dès le lendemain 25, on fit communier le malade. Quelques instants plus tard, nous lui donnâmes une image et une relique de S' Thérèse de l'Enfant-Jésus en lui disant d'avoir confiance en elle, et de lui faire une neuvaine pour obtenir sa guérison.
Nous avions confiance nous-mêmes, car cette petite Sainte si pure aime les pécheurs, et nous savions que les antécédents de ce pauvre homme n'empêcheraient pas sa céleste charité de s'exercer sur lui. 11 avait vécu de longues années loin du bon Dieu, adonné au vice abrutissant de l'ivrognerie. A son arrivée ici, nous avions agi avec lui selon notre coutume en pareil cas, ne le sevrant pas tout à coup, mais l'habituant peu à peu à la sobriété ; et, sa bonne volonté et son courage aidant, il avait fini par se corriger tout à fait.
Quand je lui fis connaître la petite S' Thérèse de l'Enfant-Jésus, je lui lus le passage de sa vie où elle parle d'un pauvre vieillard à qui elle porta l'aumône et qui lui inspira une si vive compassion qu'elle se souvint de lui le jour de sa première Communion. Le bon Ferdinand en fut touché ; cette petite Sainte qui aimait les pauvres et les vieillards l'avait conquis. Aussi fit-il sa neuvaine, selon son expression, « avec deux cœurs ». Tous les vieillards, émus d'une vive pitié, s'unirent à sa neuvaine en récitant la « prière pour demander la béatification de S' Thérèse ». Ce même jour, 25 septembre 1910, deux Petites Sœurs allèrent en pèlerinage à la tombe de la Servante de Dieu, à la même intention ; et, le lendemain, M. l'Aumônier offrit le saint sacrifice de la Messe pour demander à Dieu la béatification de l'angélique S' Thérèse et, par son intercession, la guérison de notre malade.
Pluie de Roses. g g'*
Le lendemain, lundi 26, l'infirmière, en pansant le pauvre homme, arracha avec un linge un lambeau de chair pourrie qui pendait de la langue. Elle en fut très impressionnée, car le mal parut encore plus visible ; le bout de la langue avait disparu, et le reste continuait à se ronger. Le cou était très enflé. A chaque pansement, on voyait les progrés du mal. L'infirmière déclara plusieurs fois qu'il était impossible, à moins d'un miracle, que le malheureux guérisse.
Le mercredi 28, nous allAmes au Carmel demander un pétale de roses avec lesquelles S' Thérèse avait embaumé et caressé son crucifix sur son lit de mort. Au retour, nous posâmes la relique auprès du malade. Revenant un instant après, nous fûmes surprises de ne rien retrouver dans le petit sachet authentiqué ; nous lui demandâmes ce qu'il avait fait du précieux pétale : « Mais, ma Sœur, je l'ai mangé ! » répondit-il d'un ton résolu et qui révélait sa foi profonde.
A partir de ce moment nous constatâmes une légère amélioration. Pour lui il ne disait rien, mais il ne souffrait plus. Nous l'apprîmes le 2 octobre lorsque, à notre grande surprise, il nous déclara tout à coup : « Je suis guéri ! — Mais depuis quand ? — Depuis trois ou quatre jours ! »
Le lendemain, 3 octobre 1910, dernier jour de la neuvaine, nous priâmes notre docteur de venir voir notre miraculé. Nous le prévînmes de la guérison, mais il crut que nous nous trompions. Lorsqu'il arriva près du bon Ferdinand, celui-ci tout heureux ouvrit la bouche, et le docteur s'écria : « Il est guéri, sa langue est cicatrisée 1 »
Alors, d'une voix rendue à peine intelligible à cause de l'absence du morceau de langue que la gangrène avait fait disparaître, le vieillard demanda : « Ma langue va-t-elle repousser ? — Oh ! pour ça non, mon ami ; n'y comptez pas, c'est bien impossible ! » lui répondit le docteur étonné de cette foi naïve.
Mais la petite Sainte ne voulut pas se contenter d'avoir miraculeusement guéri son vieux protégé, elle lui obtint encore la merveille extraordinaire qu'il désirait ; sa langue se mit aussitôt à repousser, et, à la fin d'octobre, elle avait repris l'aspect normal d'une langue parfaitement saine.
Notre vieillard était atteint de paralysie; aussi en lui faisant demander la guérison de sa langue, l'avions-nous engagé à demander en même temps celle de son autre maladie. Mais il ne l'avait pas voulu, disant que, pourvu qu'il ne meure pas de son cancer, tout le reste lui était égal. Il ne tenait pas à la vie et préférait même mourir dans les bonnes dispositions où il était.
Après être resté quelque temps dans un état stationnaire qui permit à de nombreux témoins d'admirer en lui la puissance d'intercession de la petite Sainte du Carmel, il s'aftaiblit graduellement. 11 put cependant encore, le 8 décembre, aller en voiture jusqu'au cimetière pour remercier sa céleste bienfaitrice ; mais ce fut sa dernière sortie. Quelques jours plus tard, le 18 décembre 1910, il rendait doucement son âme à Dieu après avoir reçu les derniers sacrements avec une grande piété. — Il était dans une parfaite tranquillité d'âme. Un des soirs qui précéda sa mort, il dit : « Je suis si faible, je crois que je vais mourir cette nuit ; pour ne pas déranger Monsieur l'Aumônier, on pourrait me donner tout dç suite l'Extrême-Onction. »
100* Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Pendant son agonie, on l'encourageait par la pensée d'aller voir au ciel son angélique protectrice; alors il demanda dans une pensée d'humilité : « Mais, vais-je pouvoir entrer dans I' « appartement » où elle est ? »
La nuit de sa mort, à onze heures et demie, l'infirmière voulut lui donner de l'eau bénite. Le malade lui prit la main et fit un geste qui indiquait son désir d'être aidé à faire le signe de la croix ; il fixait en même temps avec attention le portrait de S' Thérèse attaché au bénitier et paraissait ne pouvoir en détacher les yeux. On l'exhortait à avoir confiance en Dieu, lui promettant l'assistance de sa céleste bienfaitrice au moment de sa mort. En entendant le nom de S' Thérèse de l'Enfant- Jésus, il eut comme un tressaillement d'allégresse ; son regard mourant s'illumina tout à coup et se dirigea en haut vers un certain point de la chambre. Il y avait dans ce regard comme une assurance de salut ! ! !
Encore une remarque sur l'organe guéri : avant de mettre le corps dans le cercueil, un docteur voulut examiner la langue, et nous pûmes voir avec lui qu'elle était restée belle et saine.
Puisse-t-elle chanter maintenant les miséricordes du Seigneur !
S' X., supérieure.