‹ St Alphonse de LiguoriChapitre 23 sur 71 · Visites au Saint-Sacrement^ introduction · texte numérisé non relu

Visites au Saint-Sacrement^ introduction

le grand duc de Toscane. Il avait parlé avec sa maîtrise habituelle, et sa cause semblait gagnée, lorsque son adversaire le pria de revoir une pièce du dossier. Liguori bien volontiers la lut, et il s'aperçut avec stupeur qu'elle lui donnait manifestement tort. Comment ce qui tranchait ainsi le litige avaitil pu lui échapper? De quelle infâme comédie n'aurait-on pas le droit de l'accuser, bien que le président, convaincu de sa sincérité, essayât d'expliquer cette méprise? Brusquement et comme hagard, il rentra chez lui, s'enferma dans sa chambre, refusant de voir personne et de rien manger. Il n'ouvrit que le surlendemain, cédant aux supplications et aux larmes de sa mère, alors que la colère de son père n'avait pu rien obtenir. En parlant, longtemps après, de cette crise, dont il ne cessa de se reprocher l'extrême violence, comme l'une des plus grandes fautes de sa vie, il disait, détail caractéristique, combien lui avait paru amer le premier aliment qu'il consentit à prendre, une tranche de melon. Celte triste fin de juillet fut le point de départ d'une vie intraitablement silencieuse et retirée. Le reclus volontaire n'avait plus de goût que pour de longues stations soit devant le Saint-Sacrement, soit à l'hospice des incurables. Ses parents l'observaient avec inquiétude et mécontentement. Il jeta son père dans un profond désespoir, en lui refusant de s'occuper d'une affaire qui intéressait la famille et en déclarant qu'il ne reparaîtrait jamais au barreau. L'incertitude qui planait toujours sur ses desseins

d'avenir rendait encore cette situation plus pénible. La journée du 28 août, dont Liguori rappelait plus tard l'anniversaire comme celui de sa conversion, devait apporter, à lui du moins, une grande clarté directrice. C'était fête à Naples, en l'honneur des trente-deux ans de Timpératrice de Vienne, femme du souverain des Deux-Siciles, l'empereur Charles YI. Le cardinal Altan, vice-roi, avait préparé pour divertir le peuple une riche et brillante cocagne. A la cour, il y avait réception et baisemain. Don Joseph comptait s'y rendre accompagné de son fils qui résista tout d'abord, et puis, devant l'irritation que provoquait son refus, offrit de céder. IMais la colère du marquis ne tomba point; il n'était plus d'humeur à se montrer au palais, et montant seul en carrosse, il se fit conduire à sa maison de campagne de Marianella. Alphonse, tout bouleversé, sortit de son côté, et se rendit à l'hôpital des incurables, son séjour préféré. Auprès de ces infirmes et de ces pauvres, il dominait plus facilement ses souffrances personnelles, et il sentait le Christ plus proche. C'est là que Dieu l'attendait et allait lui parler. Tout à coup, rapporte son biographe, la maison lui parut trembler, il vit briller une grande lumière, et il entendit une voix qui disait : « Quitte le monde, donne-toi tout entier à moi. » Sans crier au miracle, sans même prendre aucune déterminalion, il continua le plus tranquillement qu'il put à soigner ses malades. Lorsqu'il s'en allait et descendait l'escalier, de nouveau la maison lui parut

trembler et la voix déjà entendue lui répéta les mêmes paroles. Sa conscience alors ne lui permettant plus de douter, il répondit du fond du cœur : c( Seigneur, j'ai trop résisté, me voici. Faites de moi tout ce qu'il vous plaira. » Et il alla prier dans une église qu'il aimait, dite de la Rédemption des captifs et dédiée à Notre-Dame de la Merci ^ Là, éclairé encore d'une lumière inaccoutumée, il fit résolument à Dieu l'offrande de sa vie, renonçant au monde, à son droit d'héritier de sa maison, pour promellre d'entrer dans la congrégation de l'Oratoire. Comme pour mieux engager sa foi de gentilhomme, il détacha l'épée qu'il portait au côté et la déposa sur l'autel de la Vierge.

Le soir même, il avertit et consultA le Père Pagano. Celui-ci, tout en l'encourageant, ajourna sa réponse définitive à une année. Il fallait s'attendre à de bien autres résistances dans la maison paternelle. Alphonse goûta une profonde douceur intérieure pendant les trois jours de jeûne qu'il s'imposa, en expiation du jeûne de dépit du mois précédent. Mais assez vite son père revint de Marianella. Tantôt il se montrait rude et colère, tantôt il essayait d'attendrir celui qui brisait une carrière

I. Dans la suite de sa vie, chaque fois qu'il venait à Naples, il avait soin, rapporte Tannoia, d'aller dans cette église de la Rédemption rendre visite à la Sainte Vierge, et il y demeurait quelque temps pour remercier sa bienfaitrice. Très gravement malade en 1726, il obtint que la statue qu'il aimait fût apportée dans sa chambre de moribond.

pleine de promesses. Au bout de longues hésitations, celui-ci déclara ses intentions à Don Joseph qui, après une scène de plaintes, se retira consterné. II revint à la charge; il fit joindre à ses instances celles de parents, d'amis et même d'ecclésiastiques qu'il avait gagnés h sa cause. Ce fut en vain. L'élu de Dieu tenait bon, non sans souffrir. A la fin, Monseigneur Cavalieri, son oncle, les Pères Pagano et Cutica eurent raison de l'opposition du marquis. Il exigea seulement que son fils renonçât à l'Oratoire et continuât d'habiter la maison paternelle. Il le conduisit lui-même au cardinal Pignatelli, digne disciple de Gaétan de Tienne et archevêque de Naples. Alphonse avait vingt-six ans, rame pure comme un enfant, mais ferme et mûrie déjà par l'épreuve, lorsqu'il abandonna pour toujours sa tenue de gentilhomme, le samedi 9,3 octobre IJ9.3.

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