Jusqu'en juin
tie (les clercs, et généralement des adolescents. Mais l'existence qu'il se fit alors ne fut certes ni mondaine, ni efféminée. Du règlement qu'il s'était tracé, voici quelques articles caractéristiques : « faire, chaque jour, une heure au moins d'oraison mentale; visiter le Saint-Sacrement, surtout dans les églises où il est solennellement exposé; porter la soutane et la tonsure, être modeste, mais sans affectation, sans bizarrerie et sans fierté; se confesser tous les huit jours au moins, et communier plus souvent ». Il avait une tenue très simple, et s'il consentit encore, pendant quelque temps, à se laisser accompagner par un laquais, ce fut par condescendance pour son père. Celui-ci ne se résignait pas. Il évitait soigneusement de rencontrer son fils, et, au bout d'une année, l'ayant croisé à Timproviste, il lui tourna le dos. On devine combien Alphonse devait souffrir de cette hostilité. Les mortifications qu'il s'imposait lui étaient sans doute moins cruelles. Pourtant il pratiquait des pénitences sanglantes. Il jeûnait, chaque samedi, au pain et à l'eau. Ses austérités causaient à sa mère de vives alarmes, et non sans motifs, puisqu'en 1726, à l'été, il tomba malade d'épuisement. Il languit durant trois mois. Une nuit, son état parut si grave qu'en toute hâte on lui apporta le saint Viatique. Le jour venu, il exprima le désir de revoir la statue très aimée de Notre-Dame de la Merci, devant laquelle il avait, trois ans plus tôt, déposé son épée de gentilhomme. On ne voulut pas lui refuser cette pieuse
et suprême consolation. L'image vénérée fut placée devant le lit du moribond qui, à prier en sa présence, éprouva de suite un merveilleux réconfort. En ces années de préparation, apparaît déjà nettement la double préoccupation qui caractérisera le fondateur des Rédemptorisles : un vif souci de s'unir intimement à Dieu, et un ardent désir de porter secours aux pauvres âmes. Il ne se contente pas de venir servir la messe, chaque matin, à Santo Ano^elo a Segno, paroisse à laquelle le cardinal Pignatelli l'a officiellement attaché; il aime, les jours de fête, à participer, comme acolyte ou thuriféraire, à la célébration des offices solennels : c'est pour lui, au dire de Tannoia, un paradis anticipé. Le Saint Sacrement exposé l'attire chaque jour et le retient en une tendre contemplation, dont il ne se détache jamais qu'à regret : son confesseur devra bientôt lui interdire de prolonger ces stations plus d'une heure et demie. Mais, avec ces tendances mystiques, il manifeste un zèle et un empressement extraordinaires à exercer le ministère actif. Tous les dimanches, il fait le catéchisme aux enfants, et, pour les rassembler, il ne craint pas d'aller, comme c'était l'usage, chanter des cantiques dans les rues, le crucifix à la main. Quelle sollicitude ne témoîgne-t-il pas à ceux qui préparent leur première communion î Il ne se borne pas à se montrer d'une assiduité exemplaire chez les Lazaristes, aux réunions de la congrégation des clercs que dirige le Père Cutica; il s'agrège à cette compagnie des Blancs, dont les
SAINT ALPHONSE DE LIGL'Oni. 3
membres, ainsi nommés à cause de la couleur de leur manteau, se proposent d'assister les condamnés à mort^ Il s'empresse" d'entrer, et il prodigue son dévouement, dans cette congrégation des Missions ou de la Propagande, qui évangélisfe le peuple et qui fera plus tard une très vive opposition au fondateur des Rédemptoristes. 11 édifie ses nouveaux confrères. Il participe à leur apostolat. Il sait toucher le cœur des enfants. Les pauvres gens se groupent autour de lui, dans la rue, à la chute du jour. On ne s'étonnera pas que, sitôt diacre, il ait reçu l'autorisation de monter dans toutes les chaires de Naples. Ce fut durant la solennité des Quarante heures, à Saint-Jean de la Porte-Latine, qu'il prononça son premier sermon, au printemps de l'année i726\ Il laissa déborder toute la tendresse de son âme. Il prêcha ce qu'il ne devait plus se lasser d'opposer à la misère et à l'ingratitude des hommes, l'immensité de l'amour de Jésus-Christ. Il avait pris pour texte cet ardent appel d'Isaïe au Sauveur : Utinam dirumperes cœlos et descenderes... aquœ ardèrent igjii.
C'est à la fois pour rendre efficace son apostolat et pour nourrir sa piété que Liguori se fait de l'étude quotidienne un rigoureux devoir. Il se garde bien
1. Il devait écrire un petit opuscule sur ce genre d'apostolat.
2. Après quoi il devint fort rare, au dire de Tannoia, que l'église où le Saint-Sacrement était exposé n'eût pas Liguori comme prédicateur.
cVabancloiiner le travail intellectuel, et il l'imposera plus tard aux membres de son institut. Il leur prescrira d'exercer leur intelligence comme si la conversion des âmes dépendait d'eux seuls, et de mettre en Dieu leur confiance comme si 'd'euxmêmes ils ne pouvaient rien. Il fera donner aux novices une instruction solide et pas trop routinière. Il ne voudra pas que l'on s'attarde aux « questions inutiles et surannées adoptées ci-devant par les docteurs de l'école*. ^ Il aimera que l'on prenne goût aux exercices littéraires. A peine prêtre, il inscrit parmi ses résolutions la suivante : « Je dois travailler à acquérir la science. » Sans doute il répéterait volontiers ce que saint François de Sales, l'un de ses guides préférés, disait déjà aux ecclésiastiques de son temps : « Je vous conjure de vaquer séiieusement à l'étude : la science dans un prêtre c'est le huitième sacrement... et les plus grands malheurs sont venus de ce que l'arche (de la science) s'est trouvée en d'autres mains que celles des lévites. » Aussi Alphonse entreprendil d'approfondir les dogmes de l'Eglise, sa morale, sa théologie ascétique et mystique, demandant des leçons aux maîtres les plus éclairés. Il s'attache particulièrement à l'Ecriture sainte, recherchant ses meilleurs commentaires, et ne passant point un jour sans méditer quelques-unes de ses pages. La seule science qui l'intéresse à présent est celle de la rc-