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comme épigraphe cette remarquable formule, que saint Ignace donne pour programme h ses religieux durant la troisième année de leur probation, in scholâ affectuSy pour apprendre à aimer. Même quand il parle de l'enfer, un sujet qu'il n'évite pas, Liguori le présente assez volontiers comme une manifestation de l'amour divin, ce qui semble paradoxal et s'explique cependant un peu, en observant que cette menace aide notre faible volonté à refréner nos mauvais penchants \ puis que Teffroyable gravité de la sanction nous fait soupçonner l'inappréciable valeur du don refusé. C'est pourtant à d'autres considérations qu'il a généralement recours pour aviver la charité.
L'auteur de Y Amour des âmes., ou réflexions et affections sur la Passion'^ ^ rapporte avec quel feu sainte Thérèse s'élevait contre l'opinion de certains écrivains qui conseillaient d'éviter les trop longues méditations sur la Passion comme un obstacle à la contemplation de la Divinité. « O Seigneur de mon âme, s'écriait-elle, Jésus crucifié, rien qu'à me souvenir de cette pensée, il me semble que je pèche. Serait-ce possible que vous. Seigneur, me fussiez un obstacle à un plus grand bien? Et d'où me viennent tous les biens, sinon de Vous? » Elle
1. Fallait-il pourtant aller jusqu'à dire : « Si Teufcr n'existait pas, y aurait-il de Aiais adorateurs? » [De L'amour divin, § i).
2. Certains traducteurs ont intitulé cet ouvrage : Horloge de ta Passion.
«joutait : « J'ai vu que, pour tire content et pour nous faire de grandes grâces, Dieu veut que nous allions à Lui par la voie de celte très sainte humanité, dans laquelle sa souveraine Majesté nous assure avoir mis ses complaisances. » Cette voie, en effet, est celle qu'il a prise pour venir au-devant de nous et pour gagner tous les cœurs. Si nous n'avions de Dieu qu'une notion abstraite et philosophique, qui sait combien d'esprits pourraient arriver à l'aimer vivement? Mais revêtu de notre chair, et étant descendu habiter parmi nous, Il se fait tendrement adorer de tous, petits et grands, ignorants et savants. Or, durant son passage sur terre, cette manifestation de sa bonté, de sa cliarité, n'a jamais été plus éclatante qu'au Calvaire. C'est donc là surtout qu'il est facile d'apprendre à aimer. Et l'on comprend sans peine que le culte de Jésus souffrant, de Jésus crucifié, ait été, pour saint Alphonse, l'une des dévotions fondamentales.
On sait avec quelle ferveur il prêchait aussi la dévotion au Saint Sacrement. C'est bien l'aspect le plus en vue et le plus caractéristique de sa piété. En dépit des jansénistes, il s'obstine et trouve sa joie à entourer l'autel de fleurs et de lumières. Ses heures les plus douces sont celles qu'il passe soit devant l'Hostie exposée, soit devant les tabernacles silencieux, tabernacles de bois ou de pierre, dans lesquels l'Hôte divin, se mettant à la portée de tous, comme la fleur des champs, demeure le jour, la
nuit, souvent seul et saus autre hommage que la faible lueur d'une petite lampe*. Poète^, saint Alphonse n'a jamais été mieux inspiré que pour Jésus sacvanienteUement enfermé dans le ciboire : « Bienheureuses etes-vous, ô fleurs, qui nuit et jour tout près de mon Jésus restez sans cesse, et
ne le quittez pas toute votre vie, jusqu'à la fin
Heureux êtes-vous, ô cierges, qui brûlez en l'honneur de votre Seiijneur et du mien : mon cœur voudrait être, comme vous, lumière et chaleur, et se fondre comme vous, se fondre de saint amour — Heureux ciboire ! y a-t-il dignité ou béatitude comparable à la tienne, toi qui arrives à donner asile à ton Seigneur. Oh! si ton office pouvait être confié un seul jour à mon pauvre cœur!... » Celui qui rattache, en quelque sorte, toute sa religion à la plus surnaturelle manifestation d'amour que le Christ ait confiée à son Eglise ne se laisse pas entraîner là par une pieuse illusion mystique. Il a vu juste. Lorsque M. Taine étudiait les manifestations du dévouement catholique et cherchait leur secret, il recueillit et rapporta" un témoignage très instructif et très autorisé. « Ce secret, disait-on, c'est Jésus- Christ, connu, aimé, servi, dans l'Eucharistie. » Et l'un des derniers enseignements du pape
1. Préparation à la jrwrt, xxxv. — Voj. aussi Réflexions pieuses, xxxiv, et Religieuse sanctifiée^ xviii.
2. Le P. Reuss vieut de donner une bonne édition de ses cantiques spirituels a^ec traduction en vers latins [Carmina sacra S. Alplioiisi Mariœ de Ligorio^ Roniœ, 1896).