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2. C'est ainsi qu'il eut à prendre plusieurs fois la plume pour soutenir un débat ardu sur la question du probab'disme et que, outre sa Théologie morale fiySS) dont il donna neuf éditions, depuis sa première édition sous forme de commentaire à celle du P. Busembaum S. J. {/idnotalicncs, 1748) jusqu'à l'édition de 1/85, il publia une Instruction pratique pour les confesseurs [i']^^) traduite en latin sous le titre d'Homo apostolicus (1762) et le Confesseur des gens de la campagne (1767).
moins cFâmes trouvant clans la vie cliiétienne l'apaisement et le soutien que donnent ses secours surnaturels? Il faut lui garder quelque reconnaissance. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer, ni même de résumer ce que l'on peut dire pour ou contre le magistère moral de l'Eglise, pour ou contre la casuistique. Il est difficile de contester que les solutions adoptées par Liguori ne soient généralement inspirées par une sagesse ferme et douce. Sans doute, on ne saurait assurer qu'il n'ait jamais proposé de décision contestable, et, d'ailleurs, luimême pensait s'être trompé plusieurs fois, puisqu'il a remanié à plusieurs reprises ses opinions sur plus d'un point. Mais les espèces que ses censeurs lui reprochent le plus communément^ sont-elles vraiment bien scandalisantes ? — Lorsqu'on l'accuse d'autoriser l'homicide sous prétexte qu'il se refuse à condamner ceux qui, en cas de légitime défense, donnent la mort à leur agresseur, on confond trop, comme Pascal d'ailleurs dans sa treizième Provinciale, l'assassinat avec le meurtre qui peut être excusable. — Quant à l'adultère de la femme, veut-on sérieusement obliger celle-ci, sous peine de refus des sacrements, à répondre affirmativement au mari qui lui demande si vraiment elle l'a trompé? L'époux malheureux lui adresse là une question à ne pas poser, et la franchise absolue de l'épouse pourrait avoir des conséquences trop dangereuses,
I. Ce sont celles qu'indique notamment M, Boulioux dans son Pascal (1900), p. 199.
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même ailleurs que chez le peuple et en Italie.
Reste le cas du serment dont la sincérité n'est qu'apparente et sauvée, pour la forme seulement, par la célèbre combinaison des restrictions mentales. Lorsqu'il y a des raisons légitimes de ne pas divulguer la yérité, Liguori autorise bien, sauf en justice, à répondre et même à prêter serment avec équivoque, ou restriction non purement mentale'. Il trouve qu'entre l'équivoque et le mensonge la différence est notable. On peut n'être pas de son avis. Il semblerait plus franc d'oser dire que, dans certains cas, le mensonge est permis, que la vérité peut et doit même parfois être refusée '. A l'égard de l'équivoque, nous partageons volontiers la répugnance de saint François de Sales, qui trouvait que par cet artifice on tente de canoniser le mensonge. Et c'est à ce propos aussi que New^man écrivait que, malgré tous les mérites du caractèrc italien, il aimait mieux, en ces questions, le caractère anglais. Mais, en somme, on ne peut guère reprendre ici qu'un procédé de justification trop formaliste, trop pareil aux fictions, plus ou moins ingénieuses, dont usait parfois le droit romain. La solution, en elle-même, est inattaquable. Et ceuxlà nous inspirent une respectueuse admiration qui
1. Lu rostriciioa purement mentale, que Liguori interJit, est celle qui ne laisserait au prochain aucun moyeu dt reconnaitre l'ëquivoque.
2. Voy. G.-L. Fousegrive, Éléments de philosophie^ i«^9i-i t. Il, p. 47^ et suiv.
l'appliquèrent durant la tourmente révolutionnaire de la fin du xviii^ siècle, cachant des proscrits et refusant de les livrer. Ajoutez que, pour son usage personnel, Liguori professa toujours la plus vive horreur du mensonge.
Dans les nombreuses questions qu'il étudie, Liguori rapporte constamment les avis des casuistes les plus autorisés, avis parfois divergents, et qui permettent alors de mettre en jeu la fameuse théorie du probabilisme. Il ne faut pas exagérer son importance ^ Elle ne dispense pas le chrétien d'user de sa conscience et de sa raison, qui généralement lui montreront bien son devoir. Elle ne supprime pas le principe fondamental que Ton est sûr de mal agir en n'agissant pas de bonne foi. Elle est faite pour les confesseurs chargés de juger au tribunal de la Pénitence et ne trouvant pas dans l'examen de la question en elle-même de motifs décisifs pour fixer leur conviction. Elle leur dit qu'en cas d'incertitude ils ne doivent pas condamner, qu'ils peuvent conseiller le plus parfait et surtout le choisir pour eux-mêmes, mais non l'im-
I. Oa fait, me semble-t-il, une trop grande place à cette question. Aussi de la littérature assez abondante dont elle est l'objet depuis quelques années, me contenterai-je d'indiquer l'ouvrage bien informé du P. Le Bacbelet, La question liguorienne^ probabilisme et équiprobabilisîne (Paris, 1899). On trouvera en latin un exposé bref et précis du système de Liguori dans une dissertation (1882) de Mgr Kiss, professeur à l'Université de Budapest, Mais sur cette question se beurtaient deux tendances contraires, deux esprits opposés.
poser toujours h autrui, que loi douteuse n'oblige pas. Sur le degré de probabilité qui permet de suivre une opmiou, plusieurs systèmes ont été défendus : Tuu exige que la probabilité soit plus forte (probabiliorisme) ; l'autre qu'elle soit égale à la probabilité de l'opinion contraire, ég^alité dont il n'est guère facile, pratiquement, d'avoir la certitude (èquiprobabilisme)\ un troisième enfin se contente d'une probabilité sérieuse [pur probabilisine ou inimisprohnhilismey . Ayant reçu de ses premiers maîtres un enseignement probabiliorisle, Liguori passa, sous l'influence de Mgr Falcoia et de l'expérience du ministère sacerdotal, à un probabilisme plus large, qu'il restreignit ensuite pour se fixer dans ce que l'on pourrait appeler un probabilisme modéré.
Sans doute il ne faut pas trop s'attarder à la casuistique; elle ne serait pas sans dangers si elle prétendait s'isoler de notions plus riches et se suffire à elle-même. Mais certainement, pour Liguori, elle n'indiquait nullement à la vie morale son terme ; elle réglait ses commencements et elle
I. Ou a cherche abusivement à interpréter comme une condamnation du probabilisme un décret d'Innocent XI (26 juin 1680) qui prescrivait aux Jésuites de hiisser dans leurs maisons défendre Je probal)iliorisme. Voy. Etudes religieuses^ 20 mars 1901 et 20 juin 190-2. L'Eglise a certainement condamné le laxisme et le tutiorisnie. Et il est bien entendu, même pour les probabilistes, que l'on ne saurait se contenter de probabilité lorsqu'il est question de validité de sacrements ou d'actes dangereux pour le prochain.
avait précisément pour objet de préparer, en l'usage des sacrements, ce qui aide à monter beaucoup plus haut. L'institution sacramentelle en effet, qui, lorsque Ton ne méconnaît pas son véritable caractère, « est un moyen, non un but, un auxiliaire, et non un équivalent de la vertu* », offre de merveilleux ferments de progrès. C'est vrai de l'Eucharistie surtout, qui donne non seulement la grâce de Dieu mais le Christ lui-même. Saint Alphonse souhaitait que la communion fût fréquente, hebdomadaire^, pour tous les chrétiens de bonne volonté ^
Croit-on qu'elle soit conciliable avec les marchandages mesquins, et que l'auteur de la P^oie du salut' déclare dangereux, de ceux qui entendent se sauver au meilleur compte possible, donner le moins possible, s'interdisant seulement, et bien à regret, les actes qui leur sembleraient exposer à de trop grands risques? La simple préparation qu'il prescrit avant d'approcher de la table sainte
1. Mgr d'Hulst, La vie surnaturelle en France au xix^ siècle. La même pensée a été déAcloppée par le P. G. Tyrrell, flans sou External religion, ils use and abuse (1899) dont M. Augustin Léger vient de donner une traduction française.
2. On sent avec quel cœur saint Alphonse eût approuvé et béni le II. P. Covdié pour sou beau livre sur La communion hebdomadaire (1899).
3. Pas pour ceux qui vivent en païens [qui gentililer vivant),
4. Ouvrage composé en 1767 et traduit pour la première lois en français (iSSa), par l'abbé G..., le fulur Dom Guéranger.
élargit Tàme, en la dégageant un peu de ses attaches égoïstes, en la pénétrant du désir de s'unir à Dieu et d'avancer dans son amour. Si vous préférez vous abstenir, êtes-vous sûr de ne pas céder à la crainte secrète de vous sentir demander des efforts et des sacrifices qui vous coûteraient? Lorsque Ton soiiliaite profondément sortir de sa misère et trouver le Rédempteur, on accueille les secours qu'il offre, même quand leur incompréliensible générosité déconcerte. Et il y a dans cette acceptation tendrement empressée et reconnaissante plus d'humilité vraie, c'est-à-dire plus de vraie religion, que dans tous les raisonnements d'Antoine Arnauld ou des moralistes contemporains pour discréditer l'usage des sacrements.
Rien ne révoltait plus vivement ni plus justement Pascal que la prétention qu'il imputait à certains casuistes, d'ouvrir le ciel, au moyen des sacrements, en dispensant d'aimer Dieu. Voilà un reproche que ne mérite certes pas saint Alphonse. « Comme Dieu, dit-il', n'est que charité. Il veut que sa loi soit toute remplie de cette vertu. Jésus- Christ, qui est venu nous révéler cette loi d'amour, a donné lui-même l'exemple.... C'est dans l'Eglise
I. Férité de la foi, V partie, chap. i. — Neuvainc au C(rur de Jésus. — De l'amour divin. — Théologie morale.
catholique qu'on trouve le véritable amour envers Dieu et envers le prochain. — L'amour de Jésus- Christ devrait être véritablement la principale et presque l'unique dévotion du chrétien. — Pour avancer dans la perfection, exercez-vous surtout h l'amour divin. — Si vous voulez aller au ciel, aimez Dieu de tout votre cœur. » On pourrait aisément multiplier les citations de ce genre. Et la profondeur de sincérité avec laquelle Liguori est pénétré de ces sentiments est indéniable, même quand leur expression, n'échappant pas au mauvais goût italien, manque de concision et de sobriété, paraît un peu mièvre, précieuse ou fade. Pour savoir qu'il conçoit le christianisme comme une religion d'amour, il suffit d'avoir ouvert un de ses livres de piété*, dont plusieurs sont justement très répandus, dont d'autres encore mériteraient d'être souvent médités. Ils exhalent parfois un parfum (ï Imitation^ « livre d'or », écrivait Liguori', et dont il se plaisait à lire un peu tous les jours, n'étant nullement de ceux qui dédaignent ce bréviaire traditionnel de vie intérieure. A presque tous on mettrait volontiers
1. visites au Saint Sacrement (iy45)' — L^ amour des àmes^ ou réflexions et affections sur la Passion de Jésus- Christ (i^Sa). — Préparation à la mort, considérations sur les vérités éternelles (1762). — Manière de converser avec Dieu. — Conformité à la volonté de Dieu (iy6i). — T'oie du salut (1^67). — Pratique de V amour envers Jésus-Christ (1768). — Réflexions sur la Passion. Réflexions pieuses (i^yS). — Petit traité de Pamour divin (1776), elc.